Spasmophilie

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La spasmophilie n'est pas une maladie, mais un ensemble de symptômes liés à un état anxieux voire dépressif sur fond d'hypersensibilité physique et morale. C'est donc un syndrome. Elle correspond à une réaction de peur et à ses manifestations (connues depuis longtemps), mais qui se produit de façon inappropriée par rapport à l'environnement (absence de danger). Ce terme n'a d'ailleurs d'existence qu'en France[1] et n'est pas reconnu par les classifications médicales. Les professionnels de santé sont néanmoins des interlocuteurs privilégiés pour aider à lutter contre la survenue trop fréquente d'attaques de panique. La spasmophilie semble plus fréquente chez les femmes. On parle aussi de crise de tétanie, bien que médicalement la vraie tétanie soit extrêmement rare et n'ait rien à voir avec la spasmophilie.

Sommaire

[modifier] Symptômes cliniques

  • Picotements au niveau des doigts, des lèvres, du visage
  • Tressautement des paupières, de groupes de muscles
  • Sensations de perte de connaissance, sans réelle perte de connaissance
  • Sensations d'être détaché du monde, être dans un rêve, de devenir fou
  • Sentiment de vide dans la tête, de ne plus pouvoir réfléchir
  • Fatigue matinale (ou qui ne passe pas avec le repos)
  • Sensation de chaleur, de froid, frissons, tremblements
  • Pointe dans le dos
  • Douleur de poitrine
  • Migraines, céphalées
  • Crispations, contractures
  • Difficultés à respirer, sensation d'étouffement, de boule dans la gorge, ...
  • Baisse ou perte visuelle momentanée
  • "Brûlures d'estomac", crises d'aérophagie, parfois extrêmes
  • Fourmillements dans les mains ou dans les pieds
  • Difficultés voire impossibilité de marcher
  • Malaise durant les repas
  • Tachycardie
  • Palpitations (extrasystoles ...)
  • Nausées
  • Angoisse irraisonnée, sentiment de panique, "peur de mourir, sensation de mort imminente"
  • Hypocondrie

Rappelons que ces symptômes ne sont pas spécifiques et peuvent correspondre à de nombreuses pathologies: anémie, carence en fer, thyroïde, embolie pulmonaire... En pratique, un examen médical bien conduit permet d'affirmer rapidement le caractère "non lésionnel" des troubles.

Nb. Longtemps évoquée par le corps médical, la responsabilité d'une carence en magnésium est à présent exclue. L'inutilité de son dosage est souligné depuis les premières RMO -références médicales opposables- 1997).([2]: http://www.biocm.com/rmo/rmo16.htm).

[modifier] Physiopathologie

Avant de commencer, un petit rappel physiologique s'impose.

[modifier] Fonction respiratoire

La fonction respiratoire a pour principale fonction l'apport de dioxygène à l'organisme, ainsi que l'évacuation du dioxyde de carbone. Ce dioxyde de carbone est produit par le métabolisme énergétique qui permet à l'organisme d'obtenir de l'énergie en dégradant du glucose avec du dioxygène, avec production d'énergie (sous forme d'ATP) et de dioxyde de carbone.

[modifier] Équilibre acide base

Le pH du sang est de 7,40 +/- 0,04. À partir de pH>7,45, on parlera d'alcalose. Le corps, parmi les dispositifs d'homéostasie, régulera une éventuelle charge acide par l'utilisation de l'équation chimique suivante:

H+ + HCO3-CO2 + H2Osystème tampon CO2/HCO3-

Il s'agit de l'un des tampons acide/bases, on citera le tampon phosphate inorganique

H2PO4- ⇆ H+ + HPO4--

Voir les articles alcalose métabolique, alcalose ventilatoire.

[modifier] L'hyperventilation provoque l'alcalose ventilatoire

Lors d'un stress insuffisamment géré, un individu est susceptible de voir sa fréquence respiratoire augmenter. Ceci correspond à une préparation à la fuite provoquée par la libération d'adrénaline lors d'un danger. En effet l'hyperventilation permet de lutter contre le manque d'oxygène et la production musculaire d'acide lactique, lors de l'exercice physique intense. Lors de l'hyperventilation, il se produit un gain net de dioxygène, que l'organisme tolèrera parfaitement. Par contre, la perte nette de dioxyde de carbone provoquera une baisse de la pression partielle de dioxyde de carbone plasmatique. Le dioxyde de carbone constituant une des voies d'évacuation des charges acides (par le système tampon CO2/HCO3-), une perte d'acidité provoque un gain de base, c'est l'alcalose, ici d'origine respiratoire.

À noter que le CO2 est plus rapidement mobilisable à travers la barrière hémato-encéphalique que les ions HCO3- et H+. De ce fait, les conséquences cliniques se portent plus rapidement et préférentiellement sur un champ clinique neurologique.

[modifier] Conséquences d'une alcalose : le syndrome dit de spasmophilie

Si se produit une alcalose, la concentration en ion H+ (notée [H+]) baisse, donc la concentration plasmatique en ion potassium (notée [K+]) monte. Un certain temps est cependant nécessaire pour que la kaliémie se modifie, c'est sans doute pourquoi la symptomatologie cardiaque à type de palpitations semble retardée.

Les équilibres acidobasiques de l'organisme veillent à maintenir un pH aussi contenu que possible entre 7,36 et 7,44. L'une des raisons à ce maintien tient au fait que les molécules organiques du vivant, notamment les très nombreuses enzymes, jouissent pour leur fonctionnement d'une conformation stérique liée au pH. Si le pH varie hors de limites, les conformations stériques varient aussi, donc l'efficacité enzymatique diminue globalement, provoquant le cortège des signes cités.

[modifier] Solution

Il est généralement observé une très nette amélioration après quelques minutes de ventilation sans perte de CO2 (hypercapnie). Il est proposé de respirer dans un sac en papier afin que le patient respire l'air expiré plus concentré en gaz carbonique, de façon à limiter la perte de CO2, le temps que les reins rétablissent la situation.

Cependant, le principal écueil est le diagnostic : l'hyperventilation ou les tremblements peuvent être dus à un autre phénomène, dans ce cas-là, la diminution d'apport en dioxygène en raison du sac peut être délétère. On ne pratiquera donc ce geste que sur recommandation d'un médecin, ou si la personne le demande elle-même. En situation thérapeutique, la mesure de la saturation en O2, à l'aide d'un saturomètre, permet de trancher pour savoir si le patient manque ou pas d'oxygène. Si le patient manque d'oxygène (saturation basse), l'oxygénothérapie est bienvenue. Dans tous les cas, en cas de première crise, il convient de demander un avis médical.

Il est donc assez simple, pour un médecin de distinguer un déficit effectif d'oxygénation (comme dans l'asthme ou l'embolie pulmonaire par exemple, où la concentration en oxygène est abaissées) d'une "impression" d'étouffement d'origine neurodystonique. Dans le deuxième cas, les paramètres cliniques et biologiques sont tous normaux.

Le symptôme ayant valeur de signal d'alarme, il n'est pas surprenant qu'il soit perçu par le malade (ou son entourage) comme traduisant une situation de danger imminent. La spasmophilie est une réaction de panique légitime face à une manifestation "neurodystonique" inquiétante et invalidante. La réaction d'hyper-ventilation que l'on observe chez les malades est liée à une sensation subjective (mais bien réelle) d'étouffement. Elle conduit en cercle vicieux à l'alcalose respiratoire (décrite plus haut) qui aggrave les sensations de malaise. Toutes les crises sont spontanément résolutives, ce qui plaide pour une origine "imaginaire" et conduit à des approches psychologiques discutables. En pratique, si l'on arrive contrôler la panique, il est préférable de mettre le corps en mouvement par une marche rapide de 20 minutes. Dans le cas contraire, les sédatifs oraux (benzodiazépine ou autre) peuvent contribuer à raccourcir la crise.

[modifier] Évolution

Ce trouble peut être envisagé comme l'expression d'un « mal-être ». Il doit toujours être pris en compte en dépassant les perturbations biologiques (rapidement identifiables par un bilan sanguin, ici, normal), comme l'expression somatique de difficultés réelles.

La crise de spasmophilie est ressentie par le malade comme un signal de danger imminent. Il s'agit d'une attaque de panique se traduisant par une hyperventilation. Lorsque les crises se répètent, en l'absence de cause organique, il faut rechercher un trouble sous-jacent.

En règle générale, la spasmophilie peut être considérée comme un signe de sommeil inefficace. Le sujet fatigué met en jeu des mécanismes de résistances et augmente son niveau d'éveil. Cela provoque des manifestations neurodystoniques angoissantes qui ont valeur de signal d'alarme en dehors de toute perturbation biologique. Ce signal d'alarme est, par définition, angoissant, mais la normalité des examens complémentaires conduit à une impasse de la relation médecin-malade et à la formulation d'hypothèses hasardeuses comme les carences en magnésium ou autre. En l'absence d'explication valide, la plupart des médecins se tournent vers un diagnostic psycho-pathologique de nature anxio-dépressive, mais un trouble de l'efficacité du sommeil ne doit pas être écarté. Les malades « spasmophiles » sont donc des sujets fatigués mais résistants et qui sont souvent confrontés à l'incompréhension du corps médical. Ils partagent ce statut de « sans-papiers de la médecine » avec les malades atteints de fibromyalgie et de fatigue chronique. Ces trois tableaux, encore mal définis médicalement, pourraient résulter de mécanismes pathologiques communs en rapport avec un sommeil inefficace.

[modifier] Facteurs déclenchants ou aggravants

  • Fatigue accumulée (troubles du sommeil, ...)[3]
  • Stress important, émotion violente, changement de mode de vie
  • Stimulants et irritants (tabac, alcool, aliments contenant de la caféine, ...)
  • Mauvaises habitudes alimentaires, intolérance à certains aliments
  • Absence d'activité sportive régulière

[modifier] Spasmophilie et société

Comme en témoignent les nombreuses publications au cours des années 1980, l'intérêt pour la spasmophilie a alors été largement stimulé par les médias, celle-ci étant présentée comme une nouvelle « maladie du siècle »[4].

[modifier] Notes et références

  1. (en) P. Cathebras, « Neurasthenia, spasmophilia and chronic fatigue syndromes in France », Transcultural Psychiatric Research Review, 1994, vol. 31, n° 3, p. 259-270
  2. Ref
  3. (fr) « Spasmophilie-Tétanie-Panique » sur le site Sommeil et médecine générale [1]
  4. (fr) Marion et Patrick Meney, Les maladies du siècle, Ramsay, 1989, 261 p. (ISBN 2859567976261)

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Bibliographie

  • Patrick Micheletti, Spasmo, Un roman abordant les thèmes de la spasmophilie et des attaques de panique de manière romancée et dédramatisée. Editions Manuscrit.com (2003)

Le roman est accompagné d'un site internet avec liens et commentaires : http://spasmo.is.free.fr

  • Jean-Yves DiMarco, Spasmophilie : effets de quelques métaux et vitamines injectables sur les anomalies électromyographiques, Université de Paris VI, Pitié-Salpêtrière, 1972 (thèse)
  • Jean Durlach, Spasmophilie et déficit magnésique, Masson, 1969, 141 p.
  • Jean-Michel Gautier, Spasmophilie : traitement et prise en charge à l'officine, Université de Paris 11, 2002, 88 p. (thèse de pharmacie)
  • Geneviève Goreux-Marois, Spasmophilie: refuser la fatalité et trouver la sérénité, Éd. Opera (ISBN 2908068818)
  • M. Horenstein, « Spasmophilie ou attaque de panique ? », La Presse médicale, 1986, vol. 15, n° 26, p. 1230-1236
  • Jean-Claude Houdret, Soigner la spasmophilie : avec les médecines douces et des méthodes naturelles, Solar, Paris, 2006, 110 p. (ISBN 2-263-04022-6)
  • Henri-Pierre Klotz, La Spasmophilie de l'adulte, maladie psycho-organique, Éditions Médicales Flammarion, 1948.
  • Henri-Pierre Klotz (et al.), La tétanie chronique ou spasmophilie : signes étiologie, pathogénie, traitement, Expansion scientifique française, 1958, 259 p.
  • Henri Rubinstein, Êtes-vous spasmophile?: la spasmophilie ou tétanie chronique, ses symptômes, ses mécanismes et son traitement, R. Laffont, 1981, 177 p. (ISBN 2221007719)
  • Patrick Véret, La spasmophilie enfin vaincue, Éditions du Rocher, 1985, 207 p. (ISBN 2268004554)

[modifier] Filmographie

  • La spasmophilie, film documentaire de Gérard Milhaud (auteur) et Jean-Loup Berger (réalisateur), présenté par le Conseil de l'Ordre des médecins, Université Audio-visuel/École normale supérieure de Saint-Cloud, 1982, 26' (VHS)

[modifier] Liens externes

  • SpasmInfo (site commercial sur la spasmophilie).
  • [2] (Sommeil et médecine générale).
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