Roberto Calvi

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Roberto Calvi

Roberto Calvi était un homme d'affaires italien, né à Milan le 13 avril 1920 et retrouvé mort à Londres le 18 juin 1982. Surnommé le « banquier de Dieu », il était responsable de Banco Ambrosiano. Sa mort reste mystérieuse.

Biographie[modifier | modifier le code]

D'abord simple employé au Banco Ambrosiano dans les années 1960, Roberto Calvi parvient à gravir tous les échelons jusqu'à la présidence de ce groupe, avec l'aide de Mgr Paul Marcinkus, un prélat américain à la tête de l'IOR (Institut pour les œuvres de religion), la banque du Vatican qui deviendra rapidement l'actionnaire majoritaire de Banco Ambrosiano. Roberto Calvi est alors membre de la loge P2, dirigée par Licio Gelli[1].

Déjà jugé et condamné en 1981 à quatre ans de prison avec sursis et une amende de 19,8 millions de dollars pour exportation frauduleuse de 27 millions de dollars de capitaux hors du pays, il est suspecté en 1982 d'être à l'origine de la dette de 1,3 milliard de dollars dans les caisses de Banco Ambrosiano. La destination des sommes disparues, dont une part importante appartenait à la Mafia, n'a jamais été élucidée. Plusieurs pistes ont été citées dans le dossier (la loge maçonnique italienne dite « loge P2 », des comptes privés, un soutien au syndicat polonais Solidarność par le pape Jean-Paul II et aux Contras nicaraguayennes), sans que la lumière puisse être faite[1].

Mort[modifier | modifier le code]

Alors qu'il doit comparaître devant la Cour de Milan et que plusieurs cadres de la banque se sont déjà suicidés, Calvi disparaît de son appartement de Rome le 10 juin 1982, fuit son pays avec un faux passeport au nom de Gian Roberto Calvini. Ayant rasé sa moustache, il utilise une filière yougoslave mafieuse pour gagner Londres par avion. Une semaine après sa disparition, sa secrétaire se suicide[1].

Le 18 juin 1982 à 7h30, un postier retrouve son corps pendu par une corde en nylon à un échafaudage sous un pont de Londres, le Blackfriars Bridge (Coïncidence ou fait troublant, les membres de la loge P2 s'appelant entre eux black friars) alors qu'il porte sur lui près de 15 000 dollars en liquidités dans trois devises différentes. La justice britannique conclut au suicide, une thèse mise en doute par sa famille car plusieurs signes laissent penser à un meurtre rituel maçonnique : pendaison à proximité de l'Église du Temple, poches remplies de pierres, jambes en équerre[2].

Nouvelles enquêtes, déclarations et condamnations[modifier | modifier le code]

En 1992, une enquête est rouverte en Italie.

Le repenti mafieux Francesco Di Carlo, accusé lors de la première enquête du meurtre de Calvi avant d'en être blanchi lors d'enquêtes ultérieures, déclare en 2004 qu'il avait été approché par Pippo Calò pour effectuer ce meurtre, avant que celui-ci ne lui dise que le « problème » avait été finalement résolu[3].

Le Camorriste Vincenzo Casillo avoue cet assassinat à son avocat, Enrico Madonna, qui est lui-même assassiné en octobre 1993, trois jours après avoir dit à un journaliste qu'il allait révéler à une commission parlementaire tout ce qu'il savait sur les circonstances de l'enlèvement, en 1981, du notable local de la Démocratie chrétienne, Ciro Cirillo (it), par Giovanni Senzani, alors chef des Brigades rouges[réf. à confirmer][4].

En 2003 sont inculpés Pippo Calò, son ancien chauffeur Silvano Vittor, les entrepreneurs Ernesto Diotallevi et Flavio Carboni, et l'amie de Carboni, Manuela Kleinszig, pour meurtre aggravé et prémédité.

Mgr Marcinkus, qui est également soupçonné par la justice d'être impliqué dans cette affaire, reçoit la protection du pape Jean-Paul II[5] et quitte son poste de président de la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican en 1990.

Licio Gelli, grand-maître de la loge P2, est aussi interrogé en tant qu'accusé par les magistrats, ainsi que, en tant que témoin, Ernest Backes. Selon ce dernier, ancien numéro 3 de Clearstream, le licenciement de Roberto Calvi aurait été relié à sa connaissance des activités financières de la Banco Ambrosiano, qui détenait des comptes non publiés à la chambre de compensation luxembourgeoise, notamment concernant des filiales au Pérou et en Amérique latine.

Selon les magistrats romains, Roberto Calvi fut éliminé pour trois raisons :

  • le punir de sa mauvaise gestion des immenses sommes d'argent confiées par l'organisation criminelle de la mafia
  • le faire taire, lui qui connaissait tous les rouages du recyclage de l'argent mafieux à travers le Banco Ambrosiano et l'IOR (Institut pour les œuvres de religion)
  • servir d'exemple à tous les collaborateurs externes à la mafia, politiciens, hommes d'affaires, etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Philippe Di Folco, Les secrets de la mafia, Vuibert,‎ 2013, 288 p. (ISBN 2311007491)
  2. (en) « 1982 : 'God's banker' found hanged », sur BBC,‎ 19 juin 1982
  3. (en) Mafia wanted me to kill Calvi, says jailed gangster, Daily Telegraph, 10 décembre 2005.
  4. Behan, The Camorra, p. 101
  5. (en) Alan Riding, « U.S. Prelate Not Indicted in Italy Bank Scandal », sur The New York Times,‎ 30 avril 1989

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Films documentaires[modifier | modifier le code]

  • Dans l'ombre des francs-maçons. Documentaire américain. Réalisé par Gary Lang en 2007. Produit par Parthenon Productions pour National Geographic Channels. Durée 120 minutes.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Rupert Cornwell, Le banquier du Vatican, celui par qui le scandale arriva, Plon, 1983.
  • (it) Antonella Beccaria, da E RIMASERO IMPUNITI, 2010.
  • (it) Ferrucio Pinotti, Poteri forti, la morte di Calvi e la scandalo dell'ambrosiano, la nueva ricostruzione delle misteriose della finanza italiana.
  • (it) Gianfranco Laterza, Crack ambrosiano. Il risparmio tradito. La banca d'Italia e la spartizione segreta del tresor svizzero di Licio Gelli.
  • (it) Mario Almerighi, Il banchieri di Dio. Il caso Calvi.
  • (en) Philip Willan, The Last supper: the mafia, the masons and the killing of Roberto Calvi.