Prise de ris

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Grand-voile arisée grâce à un enrouleur dans le mât, sur un Bavaria 36

La prise de ris (verbes associés : « prendre un ris » ou « ariser une voile ») consiste à réduire la surface d'une voile en la repliant en partie : l'objectif est d'adapter la surface de la voilure à la force du vent lorsque celui-ci forcit. La voile est réduite en la repliant généralement sur la bôme (sur la vergue sur un gréement carré de la marine ancienne). Sur un voilier moderne cette manœuvre concerne la grand-voile; la voile d'avant étant soit enroulée, soit remplacée pour répondre à la même situation, à l'exception notable du solent à ris.

La poussée exercée sur la voile est proportionnelle au carré de la vitesse du vent : lorsque le vent forcit, la force de propulsion augmente donc rapidement mais également, sous certaines allures, la gîte et la violence des réactions du gréement à toute fausse manœuvre. En particulier au près, si la surface de la voilure n'est plus adaptée à la force du vent, le voilier va réagir en gîtant de manière excessive et en venant bout au vent dans la moindre survente.

Si le vent continue de croître, plusieurs manœuvres de réduction de voilure peuvent être réalisées successivement (généralement 3 dans un gréement moderne); les prises de ris se font pour le premier ris vers 15-20 nœuds de vent, le deuxième ris entre 20 et 30 nœuds de vent, le troisième ris entre 25 et 35 nœuds de vent. Ces chiffres indicatifs sont très variables d'un modèle de voilier à un autre.

La prise de ris est une manœuvre délicate, en particulier sur les anciens gréements, car elle doit être réalisée en partie dans des zones exposées - au pied de mât sur certains voiliers modernes, dans la mâture sur un gréement carré - alors que les conditions se sont dégradées : bateau ballotté par les vagues, voile et gréement secoués violemment par le vent, gîte importante, pont balayé par les vagues. Sur les voiliers modernes toutefois, la prise de ris est souvent une manœuvre relativement simple : soit la voile est équipée de « ris automatiques » qui permettent en tirant sur des bouts depuis le cockpit de réduire sa surface en étarquant les points d'amure et d'écoute de la bande de ris, soit, dans le cas d'une grand-voile sur enrouleur, il suffit de donner quelques tours à l'enrouleur placé dans la bôme ou dans le mât.

Larguer un ris, c'est rétablir une partie de la surface réduite lorsque le vent faiblit.

Description de la prise de ris (prise de ris classique)[modifier | modifier le code]

Quand on ne dispose pas de système de ris automatique ou d'une grand-voile à enrouleur, la manœuvre de ris comprend les étapes suivantes :

  • Le bateau est placé à une allure proche du près bon plein : il faut que la bôme ne soit pas trop écartée et ne pas avoir à travailler dans les mauvaises conditions créées par le près.
  • La balancine de bôme est reprise de manière à maintenir la bôme à bonne hauteur lorsque la drisse de grand-voile sera relâchée
  • L'écoute de grand-voile est choquée de manière à ce que la grand-voile ne porte plus
  • La drisse de grand-voile est choquée à la demande : un équipier positionné généralement dans le cockpit largue la drisse tandis qu'un deuxième équipier sort au fur et à mesure les coulisseaux de la grand-voile de la gorge du mât ; il faut que la grand-voile soit descendue un peu en dessous du point d'amure situé sur la bande de ris. Le point d'amure en question est ensuite fixé généralement à un crochet situé sur le vit-de-mulet.
  • La drisse de grand-voile est hissée et étarquée
  • La bosse de ris en bout de bôme est passée dans l'œillet de la bande de ris de la grand-voile correspondant au nouveau point d'écoute puis ramenée sur la bôme où elle est fixée par un nœud de chaise. Les bosses de ris peuvent être passées de manière permanentes dès que la grand-voile a été installée sur la bôme. En course, elles sont souvent passées plus tard, car les bosses de ris perturbent l'écoulement sur la chute de la grand-voile, ce qui est pénalisant par vent faible.
  • La bosse de ris est étarquée. On vérifie que la bosse de ris tire de manière efficace la bordure grand-voile vers l'arrière sans cisailler la voile. Il est essentiel que la voile soit plate, donc que la bordure soit bien tirée pour ne pas laisser apparaître de poches qui limiteraient l'effet du ris et fatigueraient la voile.
  • L'écoute de grand-voile est bordée et le voilier reprend sa route initiale
  • Un bout supplémentaire peut être passé dans l'œillet du nouveau point d'écoute et frappé sur la bôme pour contribuer à mieux plaquer la voile sur la bôme.
  • Le bas de la grand-voile inutilisé est tiré au vent, roulé et les garcettes de ris sont nouées avec un nœud de chaussure pour plaquer la voile et l'empêcher de battre

Jean-François Deniau, dans son Dictionnaire amoureux de la Mer, cite aussi la prise de ris « à l'irlandaise ». Celle-ci consiste, lors de tempêtes particulièrement violentes où la force habituelle n'est pas en mesure de « rentrer de la toile », à donner des coups de couteau dans la voile pour l'aider à se déchirer et diminuer ainsi la pression.

Larguer la prise de ris (prise de ris classique)[modifier | modifier le code]

La manœuvre pour larguer les ris se fait dans l'ordre inverse de la prise de ris :

  • Normalement aux allures de près ou de bon plein, on reprend de la balancine.
  • On largue la bosse du ris complètement ce qui libère le point d'écoute.
  • On donne un peu de mou à la drisse pour pouvoir enlever l'oeillet du croc au point d'amure.
  • On re-hisse la drisse à bloc.
  • On choque la balancine.
  • Il ne reste plus qu'à re-régler la grand'voile et tracer sa route.

Retarder la prise de ris[modifier | modifier le code]

C'est une décision qu'on peut prendre si la survente est jugée passagère (rafale), par contre reculer la prise de ris peut accroître le risque d'ennuis futurs si le mauvais temps se maintient ou forcit : il faudra alors de toute façon réduire mais dans des conditions généralement plus difficiles (mer plus forte, vent plus fort).

En tenant la barre d'une main ferme on peut tenter de contenir les effets de l'excès de surface de voilure, mais au prix de zigzags dus à la perte de contrôle partielle du voilier durant les surventes ou au passage des vagues. On peut également :

  • Lofer en deçà de l'allure adaptée à la direction du vent ce qui déventera une partie de la voilure.
  • Au près descendre le chariot d'écoute de grand-voile complètement sous le vent avec le même effet.
  • Étarquer au maximum le guindant et la bordure de la grand-voile en tirant sur les bouts qui les contrôlent.
  • Reprendre le pataras.
  • Prendre le ris de fond, si la voile en est équipée, lorsque le premier ris n'a pas encore été passé.

Sur les gréements modernes, une fois tous les ris pris, si le vent forcit encore on peut hisser une voile dont le grammage, la forme et la surface sont adaptées aux conditions de vent extrême : la suédoise. Elle était plus répandue jusque dans les années 70.

Prise de ris et allure[modifier | modifier le code]

Voilier avec un ris dans la grand voile

Les effets néfastes de l'augmentation de la vitesse du vent sont particulièrement importants du près au travers car à ces allures une partie de la poussée exercée contribue à faire gîter le bateau. Aux allures portantes, l'augmentation de la poussée se traduit sur certains voiliers modernes par une augmentation de la vitesse : le bateau déjauge et peut partir en longs surfs sur les vagues. Un voilier, bien manœuvré, pourra conserver ainsi toute sa voilure alors qu'au près il aurait déjà pris son deuxième ris. Le risque associé aux allures portantes - le départ au lof - est toutefois amplifié et la violence de ce départ au lof peut conduire à des dégâts matériels proportionnels à la force du vent.

L'autre risque, non négligeable, est de voir le navire sancir, quelquefois avec l'action combinée d'une grosse vague prise sur l'arrière. Ceci est observable facilement sur les catamarans de sport dont les entrées d'eau sont particulièrement fines.

La prise de ris sur les gréements anciens[modifier | modifier le code]

Sur les voiliers anciens, pour réduire la voilure, on commençait par amener les voiles situées en hauteur (cacatois, perroquet) qui contribuaient par leur position à faire gîter le voilier et exercer une forte pression sur son gréement, puis la réduction était progressivement étendue aux voiles les plus basses. Seules les grandes voiles et les huniers étaient munis de bandes de ris qui renforçaient les points d'attache des garcettes. Le premier ris, le plus près de la vergue était appelé le ris de chasse, le plus bas était le ris de cape qui n'était pris que lors des tempêtes.

Avant d'aborder les zones de vent fort (cinquantièmes rugissants), la partie haute de la mature était dans certains cas démontée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]