Oléoduc Énergie Est

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L' oléoduc Énergie Est est un projet de TransCanada visant à acheminer du pétrole de l'Alberta et de la Saskatchewan au terminal maritime de Québec et à celui de Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Cet oléoduc de 4 400 km de long aura une capacité de 1 100 000 barils par jour. Il transporterait soit du pétrole léger conventionnel soit du pétrole brut de synthèse, provenant du pré-raffinage du bitume extrait des sables bitumineux de l'Athabasca[1]. Son coût est évalué à 12 milliards $ CA[2]. Évoqué dès 2012, ce projet est annoncé officiellement le 1er août 2013. Selon le calendrier initial de TransCanada, l'oléoduc devait entrer en service à Québec en 2017 et à Saint-Jean en 2018[3]. En octobre 2013, TransCanada annonce qu'elle ne sera pas en mesure de déposer son projet devant l'Office national de l'énergie avant 2014[4].

Le parcours[modifier | modifier le code]

L'oléoduc sera alimenté à partir d'un nouveau terminal de réservoirs situé à Hardisty (Alberta) et d'un autre qui sera construit en Saskatchewan[5]. Il acheminera le pétrole à un nouveau terminal maritime dans la région de Québec[6], et à un autre, au Canaport Energy East Marine Terminal à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), construit par Irving Oil, en partenariat avec TransCanada[4], à un coût unitaire de 300 millions $[7],[3]. À partir de ces ports, le pétrole sera pompé dans des pétroliers à destination des marchés étrangers[4]. Le Canaport sera agrandi de façon qu'on puisse y charger deux super-pétroliers en même temps[4].

Au passage, l'oléoduc alimentera aussi les raffineries de Sarnia (Imperial Oil), Montréal (Suncor), Québec (Valero) et Saint-Jean (Irving). Seule la raffinerie de Sarnia est équipée d'un coqueur permettant de transformer le bitume en un pétrole brut de synthèse raffinable. Selon certains, l'analyse du marché indique que le bitume devrait être exporté tel quel vers les méga-raffineries asiatiques plutôt que raffiné sur place[8].

D'une longueur totale de 4 400 km, l'oléoduc sera constitué de sections neuves se greffant à des sections existantes:

  • Une section d'oléoduc de 375 km sera construite depuis le terminal de réservoirs de Hardisty (Alberta) jusqu'à Burstall (Saskatchewan) pour s'y connecter au gazoduc de TransCanada, qui achemine le gaz de l'Ouest vers l'Ontario.
  • Une canalisation de la ligne principale de ce gazoduc sera convertie en oléoduc sur une distance de 3 000 km[9]. En effet, ce gazoduc n'est utilisé qu'à 50% de sa capacité, en raison de la concurrence du gaz de schiste des États-Unis, dont la production a connu une expansion rapide[9].
  • De nouvelles sections d'oléoduc seront construites:
    • Cornwall - Montréal, où il alimentera la raffinerie Suncor, dont la capacité est de 137 000 b/j;
    • Montréal - Québec, où il alimentera la raffinerie Valéro, dont la capacité est de 235 000 b/j; le tracé longerait le gazoduc TQM sur la rive nord du Saint-Laurent et traverserait le fleuve à Saint-Augustin-de-Desmaures pour se rendre jusqu'à Saint-Nicolas[6];
    • Québec - Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), où il alimentera la raffinerie Irving, dont la capacité est de 300 000 b/j[10].

Au total, 68 réservoirs d'entreposage de pétrole brut seront construits le long du pipeline[11].

Un nouveau port pétrolier[modifier | modifier le code]

TransCanada envisage également de construire un port pétrolier à Cacouna pour l'exportation du brut au moyen de pétroliers géants de type post-Panamax. Cacouna deviendrait ainsi, avec Saint-Jean, un terminal maritime pour le pétrole albertain[12].

Certains craignent pour la population des bélugas, qui se reproduisent dans cette zone marine[12].

Engagements de TransCanada[modifier | modifier le code]

Devant les difficultés d'Enbridge à faire accepter son projet d'oléoduc du Northern Gateway, et la forte opposition à laquelle se heurte son projet Keystone XL aux États-Unis, TransCanada a pris les devants afin de se gagner l'opinion publique. Elle s'engage à :

  • procéder à « une étude environnementale et socioéconomique complète »;
  •  préserver les ressources environnementales par le rétablissement des caractéristiques biophysiques de l’environnement à un niveau équivalant à celui d’avant le projet;
  • maintenir une servitude pour le droit de passage durant toute la durée de vie de l'oléoduc et de collaborer avec les propriétaires fonciers afin de résoudre tout problème qui découlerait de ses activités;
  • procéder, avant le démarrage du projet, à des évaluations des ressources du patrimoine, de la végétation, des zones humides, des sols, de la faune, y compris des espèces en péril, ainsi que des habitats aquatiques[13].

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Cet oléoduc serait bénéfique pour le secteur de la construction et alimenterait en pétrole les raffineries de Montréal et de Saint-Romuald, augmentant ainsi la compétitivité d'un secteur de l'économie québécoise[14].

Le coût d'acheminement du pétrole, depuis l'Alberta jusqu'à Saint-Jean, revient à environ 7 $ le baril par oléoduc, contre 15 $ le baril par train[15].

Ce projet de TransCanada entre en concurrence avec celui d'Enbridge, qui envisage d'inverser la direction de sa Ligne 9B et de l'oléoduc Portland-Montréal, construit en 1941, de façon à acheminer le pétrole de l'Ouest vers Montréal, puis vers le terminal pétrolier américain plutôt que vers ceux de Québec et Saint-Jean.

Le projet aurait pour conséquence que Gaz Métro, actuellement approvisionné en gaz de l'Ouest par le gazoduc de TransCanada, serait obligé de se fournir en gaz de schiste aux États-Unis[14] ou, à tout le moins, de se trouver une nouvelle source d'approvisionnement en gaz naturel. TransCanada se déclare prêt à leur fournir le gaz aux compagnies distributrices, notamment Gaz Métro et Union Gas en Ontario, à condition que celles-ci s'engagent pour une durée de 10 ans ou plus, ce qui revient à leur faire assumer le coût et les risques de la construction d'un nouveau gazoduc[16]. Le conflit sera soumis à l'Office national de l'énergie.

La situation connaît une complication supplémentaire en raison du fait que Enbridge contrôle 38,9% de Gaz Métro, contre 61,1% appartenant à Trencap s.e.c., elle-même une filiale de la Caisse de dépôt.

Selon un économiste, le Québec devrait exiger en compensation « une bonification du système de péréquation. La position québécoise devrait être : pipeline contre péréquation[17]. »

Enjeux environnementaux[modifier | modifier le code]

Hausse majeure des gaz à effet de serre[modifier | modifier le code]

Selon une étude d’impact effectuée par l’Institut Pembina [18], la production de sable bitumineux nécessaire pour l’oléoduc générerait de 30 à 32 millions de tonnes de GES, ce qui surpasse le total des GES générés par les véhicules routiers du Québec. En comparaison, la mise en fonction de l’oléoduc Keystone XL, un autre projet de TransCanada, augmenterait les émissions de 22 tonnes [19].

Type de pétrole[modifier | modifier le code]

Les impacts environnementaux de ce projet dépendent de la nature du pétrole qui circulera dans ce pipeline. L'Alberta produit du pétrole léger provenant de puits conventionnels, mais en trop faible quantité pour alimenter un oléoduc d'une telle capacité, car la production était en 2012 de 556 000 b/j[20]. Par contre, le volume de bitume produit était, cette même année, de 1 900 000 b/j (305 000 m3) et devrait doubler en 2022, pour atteindre 3 800 000 b/j, soit 221 millions de m3/an[20]. Or, le bitume ne coule pas dans un oléoduc en raison de sa viscosité très élevée. Il doit donc :

  • (a) soit être mélangé à des composants légers, pour produire du dilbit (bitume dilué), dont le brut lourd Western Canadian Select (WCS) est la variété la plus standardisée parmi quelque 25 autres[21];
  • (b) soit être transformé sur place, dans une pré-raffinerie ou un coqueur, en pétrole brut de synthèse —en anglais synthetic crude oil (SCO), assimilable au pétrole léger. En 2011, l'Alberta transformait ainsi dans ses cinq pré-raffineries 57 % de sa production totale de bitume[22]. Comme les projets de nouvelles pré-raffineries ont été abandonnés pour des raisons économiques, le pourcentage de SCO devrait baisser, la production de bitume augmentant régulièrement[22].

Selon certains, cet oléoduc transportera du pétrole léger[23],[24]. Selon d'autres sources, c'est du dilbit qui sera acheminé par cet oléoduc[22] et cette hypothèse se confirme en novembre 2013, car la compagnie Suncor prévoir construire à sa raffinerie de Montréal une nouvelle unité de cokerie pour traiter le brut extra-lourd[25]. Or, cela pose problème en cas de déversement dans un lac ou une rivière. En effet, alors que le pétrole léger flotte à la surface et finit par s'évaporer ou peut être recueilli ou dissous par des solvants, le dilbit se décompose en éléments lourds qui coulent au fond[26], tandis que les diluants —benzène, toluène et HAP— se dissipent dans l'atmosphère et engendrent divers symptômes, tels nausée, vertiges, maux de tête, toux et sensation de fatigue chez 60 % des gens qui y sont exposés. En outre, les HAP ont été identifiés comme pouvant causer le cancer, l'asthme et des problèmes hormonaux[27],[28],[29]. Alors qu'un gazoduc n'exige pas de renforcement spécial au passage d'un cours d'eau, le gaz s'échappant dans l'atmosphère, il en va donc tout autrement pour le dilbit. Les opérations de nettoyage d'un important déversement de dilbit dans la rivière Kalamazoo en juillet 2010[30] ont coûté plus d'un milliard de dollars à la firme Enbridge[31].

Manque de fiabilité de la technologie[modifier | modifier le code]

Devant les fuites fréquentes d'oléoducs et les déversements parfois importants de pétrole au cours des dernières années, le ministre de l'énergie de l'Alberta demande aux responsables industriels de renforcer la sécurité des oléoducs en investissant dans des technologies plus raffinées de prévention et détection des fuites[32]. Toutefois, comme le rappelle David Suzuki, « Vous aurez peut-être des redevances, mais en échange, vous êtes assurés qu’il y aura des déversements. C’est une technologie qui produit des fuites. Il n’y a pas de moyens de les éviter[33] ».

Positions des organismes environnementaux[modifier | modifier le code]

Lors de l'annonce du projet, la compagnie a souligné l'intérêt pour le pays de cet oléoduc, qui réunit les provinces de l'Est et de l'Ouest, comme jadis le chemin de fer transcanadien. À quoi, le représentant de Greenpeace répondit qu'on ne pouvait bâtir un pays « autour d'un projet qui empoisonne l'eau, viole les traités et accélère une crise climatique[34]». Le groupe québécois Equiterre est opposé au projet parce qu'il entraînerait une augmentation de l'exploitation des sables bitumineux, et par conséquent une croissance des effets néfastes de celle-ci sur le plan environnemental[35].

Positions des groupes politiques[modifier | modifier le code]

Partis fédéraux[modifier | modifier le code]

Le premier ministre Stephen Harper estime que le projet sera profitable pour la région de l'Est canadien et promet une évaluation indépendante du projet[2]. Toutefois, certains doutent de la crédibilité du processus d'évaluation, car celle-ci doit être faite par l'Office National de l'énergie, sur lequel le pouvoir exécutif exerce un étroit contrôle[2].

En septembre 2012, Thomas Mulcair, chef du NPD, appuie publiquement le projet en raison de ses bénéfices économiques pour les différentes régions du pays[36]. Toutefois, en août 2013, un député de son parti se déclare hostile au projet[2].

Québec[modifier | modifier le code]

Le gouvernement québécois de Pauline Marois est divisé sur la question[37]. En novembre 2012, à l'issue d'une rencontre avec Alison Redford, première ministre de l'Alberta, Pauline Marois accepte de mettre sur pied un comité chargé d'étudier les impacts d'un oléoduc transportant du pétrole des sables bitumineux à travers le Québec[38].

Québec Solidaire se déclare hostile à un projet qui n'est qu'une voie de passage pour le pétrole sale de l'Alberta[39].

Le maire de Québec, Régis Labeaume, se déclare favorable, disant préférer le transport de pétrole par oléoduc plutôt que par train ou navire-citerne[2].

Alberta[modifier | modifier le code]

Étant très intéressé à diversifier les routes d'exportation de son pétrole, le gouvernement de l'Alberta a signé une entente avec TransCanada par laquelle il s'engage à verser un montant de 5 milliards $ en 20 ans, soit 250 millions par an, en droits pour l'acheminement du pétrole par cet oléoduc, correspondant à 100 000 b/j[40].

Ontario[modifier | modifier le code]

L'Ontario annonce en novembre 2013 la tenue d'audiences publiques sur le projet[41].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Financial Post, 13 juillet 2013, Economics of TransCanada’s West-to-East pipeline plan ‘compelling,’ says analyst
  2. a, b, c, d et e Le Devoir, 3 août 2013, Oléoduc Énergie Est - Harper promet un examen indépendant
  3. a et b Le Soleil, 2 août, Pour ou contre la construction d’un pipeline au Québec ?
  4. a, b, c et d (en) The Globe and Mail, 3 octobre 2013, Energy East Pipeline application delayed until 2014: TransCanada
  5. TransCanada, Le projet
  6. a et b Le Soleil, 2 août 2013, Oléoduc TransCanada: «bonne idée», dit Stephen Harper
  7. (en) Global News, 1er août 2013, Irving Oil to build new terminal for Energy East Pipeline project
  8. (en) The Globe and Mail, Markets hunger for Canadian bitumen, not refined oil
  9. a et b (en) The Globe and Mail, 6 septembre 2012, TransCanada looks east as Gateway pipeline gets bogged down
  10. The Globe and Mail, 6 août 2013, TransCanada's pipeline from Alberta to Eastern Canada
  11. (en) The Globe and Mail, 11 septembre 2013, TransCanada touts national benefits of Energy East plan
  12. a et b Le Devoir, 25 novembre 2013, Bas-Saint-Laurent - Un port pétrolier pour le brut albertain
  13. TransCanada, Oléoduc Énergie Est, Respect de l'environnement
  14. a et b L'Actualité, 5 août 2013, Pipeline ou pas pipeline?
  15. (en) The Globe and Mail, 31 août 2013, Where oil meets water: The final stop for the Energy East pipeline
  16. (en) The Globe and Mail, 13 août 2013, Battle between TransCanada and customers reflects changing market
  17. Le Devoir, 21 mai 2014, L’Alberta s’enrichit au prix d’un appauvrissement du Québec
  18. Pembina institute report: Energy-east-climate-implications.pdf
  19. huffingtonpost.ca 6 avril 2014, Énergie est, hausse des émissions polluantes
  20. a et b (en) Source : Alberta Oil Sands Industry. Quarterly Update. Summer 2013
  21. Cenovus, Western Canadian Select (WCS) fact sheet
  22. a, b et c Watershed Sentinel, nov-dec 2012, Line 9 - Shipping Tar Sands Crude East
  23. Financial Post, 6 août 2013, TransCanada’s Energy East pipeline to transform North American oil industry
  24. (en) The Globe and Mail, 31 août 2013, Where oil meets water: The final stop for the Energy East pipeline. Il est question de pétrole «pipeline ready»
  25. (en)The Globe and Mail, 4 novembre 2013, Suncor’s crude could be headed to Montreal
  26. (en) Elizabeth Shogren, « When This Oil Spills, It's 'A Whole New Monster' », NPR All Things Considered,‎ 16 août 2012 (lire en ligne). «Tar sands oil has to be diluted to make it liquid enough to flow through a pipeline. But once it's back out in the environment, the chemicals that liquefied it evaporate. That leaves the heavy stuff behind.»
  27. (en) Policy Alternatives, 1er octobre 2012, The Oil Industry's Dilbit Cover-Up
  28. (en) The New York Times, 20 août 2012, Crude, Dirty and Dangerous
  29. (en)Site web sur les déversements de dilbit
  30. Le 25 juillet 2010, un oléoduc de la firme Enbridge a laissé s'échapper 3 320 m3 de bitume dans la rivière Kalamazoo. Voir Radio-Canada. Fuite dans la rivière Kalamazoo en 2010 : Enbridge avait ignoré les avertissements, 23 juin 2012.
  31. DeSmog, 26 août 2013, Official Price of the Enbridge Kalamazoo Spill, A Whopping $1,039,000,000
  32. (en) The Wall Street Journal, 6 septembre 2013, Alberta Minister Wants More Investment in Pipeline-Monitoring Technologies
  33. Le Devoir, 5 novembre 2013, Le Québec a tort de se tourner vers le pétrole, dit David Suzuki
  34. (en) The Globe and Mail, 1er août 2013, The promise and the perils of a pipe to Saint John
  35. Equiterre, 11 juillet 2013, Se sortir la tête des sables
  36. (en) Watershed Sentinel, novembre-décembre 2012, [1]
  37. La Presse, 29 août 2013, Oléoducs: le gouvernement Marois divisé
  38. Le Devoir, 23 novembre 2012, Marois entrouvre la porte au pétrole albertain
  39. Le Soleil, 5 août 2013, Projet d'oléoduc: Québec solidaire en désaccord
  40. (en) Global News, 5 juillet 2013, Alberta government commits $5 billion for pipeline east
  41. (en) The Globe and Mail, 13 novembre 2013, Alberta oil faces political hurdles in East

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]