Le Curé de Cucugnan

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Le Curé de Cucugnan est une nouvelle d'Alphonse Daudet, publiée dans L’Événement du 28 octobre 1866, puis dans les Lettres de mon moulin en 1869.

Résumé[modifier | modifier le code]

À Cucugnan, dans l'Aude, la foi n'est plus présente. Le curé raconte dans un sermon qu'il a rêvé qu'il allait au Paradis puis au Purgatoire et n'y trouvait pas les habitants décédés de Cucugnan ; il les a trouvés en Enfer. Il fait alors le projet de confesser tout le village et de redonner la foi à tous les habitants.

Auteurs[modifier | modifier le code]

La première version a été écrite par Hercule Birat dans les années 1850 et publiée en 1860. Dans le premier volume de ses Poésies narbonnaises, dans le « Cinquième entretien », l'auteur annonce à l'Aristarque, à propos de la commune de Ginestas : « Je vais travailler à un sermon que je ferai prononcer au père Bourras » et il invoque la « tradition patoise » qui exposait ainsi l'arrivée du curé aux portes du Paradis, puis du Purgatoire :

« — Pam, pam, pam ! — Qui tusto dè bas ?
— Lou pèro Bourras — Cal demandats
— Dé géns dé Ginestas — Aïcis y gna pas, anats pus bas »,

 puis à celle de l'Enfer :
« — Pam, pam, pam ! — Qui tusto dè bas ?
 — Lou pèro Bourras — Cal demandats
 — Dé géns dé Ginestas — Dintrats, dintrats ! y’n manco pas »

(Hercule Birat, Poésies narbonnaises en français ou en patois, suivis d'entretiens sur l'histoire, les traditions, les légendes, les mœurs, etc., du pays narbonnais, tome premier, E. Caillard, 1860, p. 684.)

Ce thème se retrouve chez Daudet : « — Pan, pan ! — Qui frappe me fait une voix rauque et dolente. — Le curé de Cucugnan[1] ».

Dans le deuxième volume des Poésies narbonnaises, dans le « Sixième entretien », l'auteur dit « « à l'ami lecteur » :

« Tu ne prendras que ce que tu voudras de notre bavardage ; mais ne vas pas te dispenser au moins de jeter les yeux sur le sermon si pathétique et si orthodoxe du révérend père Bourras qui en fait partie car il contient des choses très-profitables ; les survivants de ces vieilles ouailles de Ginestas qui, par la négligence, sans doute, de leurs précédents pasteurs, abion toutos saoutat lou parré, s'étaient toutes échappées du bercail et y furent ramenées, sans qu'il en manquât une, par ses salutaires exhortations, peuvent en porter témoignage. »[2] Suit quelques pages plus loin, Le Sermon du père Bourras, en octosyllabes (et en français).

Le thème sera repris par Blanchot de Brenas dans La France littéraire, artistique et scientifique du 30 juillet 1859 (et situé à Cucugnan[3]) dans un feuilleton intitulé Avec mon ami Félix racontant un voyage dans Corbières[4], puis, en provençal, par Joseph Roumanille (qui s'est inspiré de Blanchot de Brenas) dans l'Armana prouvençau de 1867 sous le tire Lou curat de Cucugnan[5], par Achille Mir, dans le tome 3 de ses œuvres complètes, Countes en proso e en vèrs, sous le titre Lou sermou dal Curat de Cucugna en 1884 et par Frédéric Estre, sous le titre Lou curat de Cucugnan en prouvençau en 1878.

Alphonse Daudet écrit dans l'incipit : « Tous les ans, à la Chandeleur, les poètes provençaux publient en Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu’aux bords de beaux vers et de jolis contes. Celui de cette année m’arrive à l’instant, et j’y trouve un adorable fabliau que je vais essayer de vous traduire en l’abrégeant un peu…[6] », et dans l'excipit : « Et voilà l’histoire du curé de Cucugnan, telle que m’a ordonné de vous la dire ce grand gueusard de Roumanille, qui la tenait lui-même d’un autre bon compagnon[7] ». Le texte de Daudet est une traduction de la nouvelle, écrite en provençal, par Roumanille. Daudet a raccourci le texte, omettant un passage où est décrit le stratagème utilisé par le curé pour que tout le village vienne écouter son sermon (la découverte d'un trésor)[8].

Adaptation cinématographique[modifier | modifier le code]

Le Curé de Cucugnan est l'une des quatre Lettres de mon moulin adaptées en 1954 par Marcel Pagnol. Dans cette adaptation, le rôle du curé est tenu par Fernand Sardou.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alphonse Daudet, « Le Curé de Cucugnan », Lettres de mon moulin, Folio Junior no 115, 1979, p. 79.
  2. Hercule Birat, Poésies narbonnaises, tome second, p. 457.
  3. l'abbé Ruffié, curé de Cucugnan, aurait prononcé en chaire un sermon de la même veine. Il aurait pu connaître le texte de Birat : Paul Albarel, L'Invention du curé de Cucugnan, A. Brieu, 1927, p. 8 où Albarel s'appuie sur Charles Pélissier, « La Vérité sur le Curé de Cucugnan », La Cigalo narbouneso no 36, mars-avril 1914 et « Encore le curé de Cucugnan », ibid, no 39-40.
  4. disponible sur Gallica.
  5. lire en ligne.
  6. Alphonse Daudet, « Le Curé de Cucugnan », p. 77.
  7. ibid, p. 84.
  8. Roger Ripoll, in Alphonse Daudet, Œuvres, tome 1, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1981, p. 1325.