Kazimierz Brodziński

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Kazimierz Brodziński

Kazimierz Brodziński (1791-1835) est un écrivain romantique polonais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naquit le à Królówka près de Bochnia, dans une famille de petite noblesse. Il fit ses études secondaires à Tarnów puis servit dans l'armée du Grand-Duché de Varsovie. Il prit part à la campagne de 1812, au cours de laquelle il fut promu lieutenant. Au cours de la Bataille des Nations à Leipzig, il fut blessé et fait prisonnier par les Prussiens. De retour de captivité, en 1814, il s'installa à Varsovie, où il travailla dans un bureau. Il adhéra à la franc-maçonnerie, parvint au cinquième degré de l'initiation et, en 1819, devint secrétaire du Grand-Orient. À partir de 1818, il fut professeur de littérature polonaise et de style dans des écoles à divers niveaux. Il collabora également au journal Pamiętnik Warszawski, d'abord en tant que membre du personnel de rédaction, et plus tard comme coéditeur. En 1823 il devint membre de la Société des Amis des Sciences. Ayant passé son doctorat en philosophie, il fut nommé professeur à l'Université de Varsovie. Il se rendit à Prague, en Allemagne, en Italie, en Suisse et en France. Ces voyages, où il essayait de retrouver la santé, furent une occasion de faire la connaissance avec des chercheurs tchèques qui s'intéressaient aux études slaves et au folklore tchèque et slovaque : Josef Jungmann, Vaclav Hanka et Jan Kollar. Pendant l'Insurrection de Novembre 1830, il devint rédacteur en chef de journaux de l'insurrection : Kurier Polski et Nowa Polska. Nommé inspecteur général des écoles par les autorités rebelles, il travailla à réorganiser l'enseignement. Après l'échec de l'insurrection, il fut démis de ses fonctions. Il séjourna à Cracovie pendant quelque temps. En 1834, il revint à Varsovie, où il édita Jutrzenka et Magazyn Powszechny. En mai 1835, il partit en traitement à Karlsbad. Sur le chemin du retour il mourut à Dresde le 10 octobre 1835. Il est enterré à l'Ancien cimetière catholique de Dresde.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sa connaissance de la langue allemande, acquise à l'école, éveilla très tôt son intérêt pour la littérature allemande. Il lut les pastorales de S. Gessner, les œuvres de Schiller et de Goethe. Avant tout il était un écrivain d'élégies et de pastorales. Dans ses pastorales, il cherchait à donner à ce genre ancien une forme moderne. Il cherchait l'inspiration dans les vieilles pastorales polonaises, dans la poésie de Reklewski, dans les textes théoriques de Herder, de Jean Paul et de Schiller. Il inclut ses réflexions sur la pastorale dans ses essais esthétiques: O klasyczności i romantyczności tudzież o duchu poezji polskiej (1818) et O idylli pod względem moralnym (1823)

La pastorale Wiesław lui valut l'approbation générale. La première version parut dans les volumes 16 et 18 de Pamiętnik Warszawski de 1820. C'était une représentation pastorale centrée sur l'histoire d'amour de Wiesław et de Halina. Pourtant, elle ne traitait pas des vicissitudes des amoureux. Dans sa pastorale, Brodziński décrit le monde d'harmonie entre les hommes vertueux et la nature. La source de la vertu était le travail des champs, une relation étroite avec la terre. Le poète soulignait l'originalité du monde dans Wiesław en l'utilisant pour le folklore. Adam Mickiewicz, dans l'Épilogue de Pan Tadeusz, fait allusion à la popularité de l'œuvre de Brodziński parmi les lecteurs contemporains. Wiesław a été traduit en bulgare, en tchèque, en allemand et en russe.

L'opinion d'Adam Mickiewicz[modifier | modifier le code]

Casimir Brodzinski, ancien militaire, débuta par des poésies dans le genre des légionnaires. Après la chute de l'empire, il se retira de la scène politique et parut découragé. Se défiant de l'enthousiasme et de l'exaltation nationale, enfermé dans la sphère purement artistique, poète national slave, il commença une marche rétrograde vers le passé slave et devint un Slave danubien. La vie champêtre, la vie domestique, le paysage slave, les chansons slaves, c'est son monde.

Il eut peur des phénomènes qui surgissaient dans la sphère artistique de cette époque : il n'ose parler de lord Byron ; c'est avec effroi qu'il prévoit l'influence de ce génie puissant sur le génie inflammable de la Pologne : il voudrait rendre toute la Pologne tranquille, agricole et paisible. Brodzinski ne savait pas qu'en déclamant contre l'exaltation et l'enthousiasme, il nuisait à la cause nationale. Le public admirait ses ouvrages comme parfaits au point de vue artistique; les littérateurs lisaient ses dissertations remplies d'érudition et de science : on le proclamait chef de l'école qu'on qualifiait de romantique, faute de pouvoir la définir autrement; mais la masse de la nation restait sourde aux accents de Brodzinski.

Bien loin d'exciter aucun enthousiasme dans le pays, il se trouve abandonné du public, exposé aux attaques quelquefois injustes de la jeunesse, qui commence à pressentir un principe dangereux dans ses ouvrages.

Brodzinski allait finir sa carrière comme Puchkin abandonné, presque insulté par son public. Mais la Révolution de 1830 éclaira tout à coup son esprit, et il eut la sublime humilité de reconnaître ses fautes. Il demanda pardon au génie national.

Brodzinski, dans un discours remarquable prononcé dans la Société littéraire de Varsovie, formula pour la première fois la philosophie nationale de la Pologne. Surpris par une révolution enthousiaste, il dit en face de ses auditeurs qui l'avaient si souvent entendu déclamer contre l'exaltation et l'enthousiasme de la jeunesse :« La nation a prononcé. En mon âme et conscience, je me soumets à ses arrêts; j'y reconnais la voix de l'Éternel. » Dès ce moment, il servit la révolution avec tout le dévouement dont il était capable.

Dans la même séance, il dit les paroles que j'ai citées l'année passée, dans ma seconde leçon, et que je suis obligé de vous rappeler, parce que ces quelques paroles nous serviront de passage à l'histoire scientifique de la Pologne. Brodzinski apprécia le premier ce qu'il y a de profond, de national et en même temps d'universel dans le système de Copernic.

« Jusqu'à la venue de Copernic, la terre n'a été regardée que comme un globe égoïste existant pour lui-même. ll a été donné au philosophe, qui représente une nation noble, hardie et aventureuse, de démontrer qu'il n'y a pas d'existence égoïste dans l'univers ; que la terre, au lieu de vivre pour soi, roule dans l'immensité des cieux, à travers les espaces inconnus, autour d'un centre connu en élaborant ainsi son avenir; que cette patrie commune de l'humanité est mobile; que son mouvement est progressif. »

Brodzinski expliqua scientifiquement l'histoire politique de la Pologne. Vous voyez ici un rayon scientifique éclaircir l'histoire obscure des légions et des émigrations polonaises, l'histoire de la seule nation de l'Europe qui ait dit qu'elle existait en dehors des conditions de territoire, de glèbe : de même que notre globe, elle a son centre de mouvement dans une sphère supérieure. »

Il est remarquable que des philosophes polonais qui méditaient alors dans le silence les hautes questions de la philosophie spéculative, qui n'avaient aucune connaissance de la poésie polonaise et des discours de Brodzinski, arrivèrent à la même vérité, formulèrent leurs systèmes d'après l'histoire ancienne de la Pologne, d'après le système de Copernic[1].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. in Les Slaves, Cours professé au Collège de France, 1840-41

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