Joffre Dumazedier

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Joffre Dumazedier

Naissance
Taverny (Seine-et-Oise)
Décès (à 86 ans)
Créteil (Val-de-Marne)
Nationalité Drapeau : France française
Profession sociologue

Joffre Dumazedier, né en 1915 et mort en 2002, est un sociologue français.

Sociologue du loisir et de l'auto-formation[modifier | modifier le code]

Joffre Dumazedier est considéré comme l'un des pionniers de la sociologie du loisir et l’auteur le plus éminent en la matière depuis son ouvrage paru en 1962 Vers une civilisation du loisir ?. Il est également un contributeur fécond dans le domaine de la formation par sa réflexion sur le secteur novateur de l'auto-formation . Après une longue expérimentation, après la seconde guerre mondiale, il inventera une méthode socio-pédagogique de simplification du travail intellectuel : l'Entraînement mental.

La Civilisation du Loisir[modifier | modifier le code]

Les ouvrages et plus largement le propos de Dumazedier, concernent l’étude du loisir des masses et de ses interactions avec l’ensemble des activités de la vie quotidienne, le travail, la famille ou la politique.

Pour lui le loisir n'est pas un thème secondaire mais central de la société actuelle.

  • Vers une civilisation du loisir ? (1962)
  • Télévision et éducation populaire (1975),
  • Le loisir et la ville (1976),
  • La révolution culturelle du temps libre (1990), demeurent par ailleurs ses ouvrages les plus connus

Ils soutiennent la thèse selon laquelle le loisir de masse doit s’intégrer dans une démocratie culturelle exigeant une politique globale et préalable d’éducation et d’information. Dans Sociologie Empirique du Loisir (Seuil), Joffre Dumazedier écrit que « le loisir, bien que conditionné par la consommation de masse et la structure de classe est de plus en plus le centre d'élaboration de valeurs nouvelles, surtout chez les jeunes ».

L'autoformation[modifier | modifier le code]

Joffre Dumazedier est également le principal sociologue et théoricien français de l'autoformation. Il a exposé son approche de celle-ci lors de l'ouverture du Premier colloque européen sur l'autoformation organisé à l'Université de Nantes en 1994 par Georges Le Meur, cofondateur du Groupe de Recherche sur l'Autoformation en France. Dans sa communication intitulée Vers une socio pédagogie de l'autoformation, après une approche des notions d'autoformation et de socio-pédagogie, Joffre Dumazedier traitera du passage De l'enseignement des disciplines scolaires à l'aide au "travail autonome" de l'apprenant ; Il s'attachera à montrer l'évolution de l'éducation populaire et de la formation professionnelle continue vers l'aide collective à l'autoformation ; Il présentera la Dynamique éducative contrariée de la société médiatique en faisant remarquer que l'enseignement à distance produit une autodidaxie asssitée à tous les âges. Il abordera L'émergence d'un sujet social apprenant plus autonome en toute institution y compris l'institution scolaire. Nous pouvons lire ce texte dans la revue Education Permanente no 122 de 1995. Auparavant, en 1985, il avait coordonné le no 78-79 de la même revue, numéro spécial sur l'Autoformation. Il voulait "nous faire profiter des recherches menées en socio-pédagogie des adultes à l'université René Descartes" et dans les divers espaces-temps de la société post-industrielle. Il ne s'agissait pas de joindre les voix au discours contre l'école, mais d'éclairer scientifiquement des pratiques éducatives qui se développent hors l'école... dans une perspective de l'éducation permanente. Autour du concept d'autoformation gravitent diverses notions connexes et constituantes. Pour Philippe Carré elles forment une Galaxie qu'il explique dans L'autoformation (PUF). Pour Georges Le Meur elles représentent un Feu d'Artifice émis par le concept de néo-autodidaxie. Il les expose et les définit dans Les Nouveaux Autodidactes, préfacé par Joffre Dumazedier (PU Laval Québec ou Chronique Sociale). À l'instar de Norbert Elias, André Moisan les installe dans une configuration pour repenser le lien autoformation-contexte organisationnel (L'Autoformation en Chantiers, Education Permanente no 122). Brigitte Albéro complète le panorama des pratiques en théorisant L'Autoformation en contexte Institutionnel (l'Harmattan). Dans son dernier ouvrage Penser l'Autoformation (Chronique Sociale), Joffre Dumazedier montre que les mutations sociales justifient une éducation tout au long de la vie par le développement de l'autoformation des sujets sociaux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Joffre Dumazedier né le à Taverny (Val-d'Oise) [1] d'une famille modeste du Nord de la France doit son prénom au maréchal éponyme. Son père meurt lors de la bataille de Verdun. Le concours des bourses lui ouvre l'accès au collège et au lycée puis il poursuit des études littéraires à la Sorbonne qu'il achève par un mémoire de linguistique portant sur les fonctions médiatrices du langage. Sans héritage particulier dans les domaines de la culture savante il complète ses savoirs scolaires dans les mouvements sociaux, sportifs...Dès 1935 toujours étudiant en Sorbonne il vient dans sa banlieue d'origine animer des cours du soir dans un collège du travail pour ses anciens "copains de la communale" opprimés par l'injustice sociale. Il tente de mettre des savoirs savants à leur disposition. Sa pédagogie ne semble pas adaptée à ses auditeurs. Chercheur-militant il entreprend une longue réflexion pour comprendre les difficultés d'apprentissage des publics désavantagés. Dans la conquête des performances physiques ses amis lui font découvrir l'efficacité de l'entraînement sportif qu'il essaiera de transposer dans le travail intellectuel. Durant ses nombreuses expérimentations il inversera progressivement le paradigme de la distribution de savoirs par une méthode d'aide à l'appropriation de connaissances par le sujet social.

Bien que marxiste et coutumier du monde ouvrier, après la défaite de 1940 il intègre en tant qu'instructeur l'école des cadres d'Uriage où il organise les stages ouvriers, et se voit confier les questions sociales et pédagogiques. Dans Les hommes d'Uriage (la Découverte) Pierre Bitoun retrace la vie et la philosophie de cette "école". Cette méthode d'aide à l'accès aux savoirs devient le socle de ses pratiques et de son éthique socio-pédagogique. Résistant, il participe aux "équipes volantes" du Vercors de 1943 à 1944. Il pratique et formalise davantage cette méthode de simplification du travail intellectuel qu'en 1945 il nommera : l'entraînement mental. On peut la découvrir dans son opuscule : la méthode d'entraînement mental (voies livres). Elle est également exposée et expérimentée dans : Organiser sa pensée - Apprendre à décider avec l'entraînement mental de Georges Le Meur (chronique sociale).

Il contribue avec une majorité d'anciens uriagistes à fonder en 1944 le mouvement d’éducation populaire Peuple et culture, au travers duquel il expérimente ses théories en matière de sociologie des loisirs et d’utilisation du temps libre. Un autodidacte, Benigno Cacérès, charpentier, réfugié espagnol, formé à Uriage, l'accompagnera dans l'aventure et lui consacrera un ouvrage : Le Président. Lors des obsèques de Benigno Cacérès en octobre 1991 Joffre Dumazedier prononcera un hommage intitulé : Bénigno Cacérès ou les deux rivages. Allusion non voilée au difficile parcours de la rive des savoirs ordinaires vers celle des connaissances savantes. Peuple et Culture assurera la divulgation et le suivi de la méthode d'entraînement mental dans les divers lieux socio-économiques.

En 1954, il fonde le Groupe d'études des loisirs et de la culture populaire. À Amsterdam en 1956 il crée avec une vingtaine de sociologues allemands, américains, anglais, brésiliens, hollandais, russes, yougoslaves... le comité de recherche sur le loisir, composante de l'association internationale de sociologie. Il est également Chercheur au CNRS et professeur à l'Université René Descartes-Paris V-Sorbonne où il crée la chaire de socio-pédagogie de la formation des adultes en 1968. Le sociologue Joffre Dumazedier publiera une quinzaine d'ouvrages en sciences sociales en rapport avec ses recherches plurielles(voir la bibliographie). La majorité sera traduite en diverses langues : portugais, anglais, japonais, espagnol, italien, allemand et même chinois. Il enseignera dans des universités européennes de l'est, de l'ouest, américaines, canadiennes, de l'Amérique latine. Il sera nommé docteur honoris causa de l'université européenne de Bruxelles, de l'université du Québec à Trois-Rivières, de l'université fédérale de Rio de janeiro.

Il meurt le à l'hôpital Henri Mondor à Créteil (Val-de-Marne)[1]. Le mouvement Peuple et Culture qu'il a créé en 1945 lui rendra un hommage lors d'une soirée en 2002. L'université de Nantes organisera un séminaire d'une journée-souvenir avec de nombreux chercheurs en 2003. Les textes des communications sont publiés dans "Construire ma Recherche ; Joffre Dumazedier Chercheur-Accompagnateur" en 2005 par Chronique Sociale où Joffre Dumazedier a publié en 2002 son dernier livre "Penser l'Autoformation".

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • Bibliothèque de jeune, Seuil, Paris, 1945;
  • Regards neufs sur le sport, Seuil, Paris, 1950;
  • Regards neufs sur les jeux olympiques, Seuil, Paris, 1952;
  • Télévision et éducation populaire, avec B.Sylwan, Unesco, Paris, 1955
  • Vers une civilisation du loisir ? Seuil, Paris, 1962; rééd.1972
  • Le loisir et la ville, avec Aline Rippert, Seuil, Paris, 1966
  • Sociologie empirique du loisir, Seuil, Paris, 1974;
  • Les femmes innovatrices, avec Colette Carisse, Seuil, 1975
  • Société éducative et pouvoir culturel, avec Nicole Samuel, Seuil, 1976
  • Révolution culturelle du temps libre, 1968-1988, Méridiens Klingstieck, Paris, 1988
  • Temps libre et modernité;
  • La méthode d'entrainement mental, Journal de la Formation continue, no 242, Paris, 1990
  • La leçon de Condorcet. Une conception oubliée de l'instruction pour tous nécessaire à une république; avec Éric Donfu, L'harmattan, Paris, 1994
  • Nouveaux autodidactes, avec Georges Le Meur, Chronique Sociale, Lyon, 1998
  • Pratique sportive et résistance au vieillissement, avec Raymonde Feillet, L'harmattan, Paris, 2000
  • Penser l'autoformation : société d'aujourd'hui et pratiques d'autoformation, Chronique sociale, Lyon, 2002

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr) Éric Donfu, « Nécrologie de Joffre Dumazedier », Le Monde,‎ 27 septembre 2002 (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]