Entraînement mental

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L'entraînement mental est une méthode particulière, élaborée à partir des années 1940 par des membres de la Résistance, et fournissant des outils à un raisonnement critique. Prise dans sa dimension pédagogique, elle vise en particulier à l'éducation populaire, en permettant le rapprochement de la pratique et de la théorie à travers un cadre logique, dialectique et éthique. Elle peut ainsi se qualifier de formation intellectuelle pratique, à destination de tout public cherchant à acquérir une certaine faculté d'analyse et d'abstraction. De façon plus pragmatique, ses application sont nombreuses, analyse de la pratique, méthodologie du projet, élaboration de décisions collectives, outils et techniques d'animation, en sont des exemples.

L'auteur et la genèse[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930 Joffre Dumazedier, étudiant en Sorbonne, constatait les grandes difficultés des ouvriers des collèges du travail à assimiler les savoirs savants. Il se promit de tenter de créer une méthode efficiente d'appropriation des connaissances. Pour cela, il mit en œuvre une démarche de recherche par observation participative sur un nombre significatif de groupes d'autodidactes en formation de 1935 à 1945. Ainsi, pendant la seconde guerre mondiale Joffre Dumazedier, responsable pédagogique à l'école des cadres d'Uriage s'attachait à découvrir des moyens d'apprentissage pour adultes. Dans les maquis du Vercors il expérimentait ce qu'il nommera, en 1945, l'entraînement mental. Dans son ouvrage Les hommes d'Uriage, Pierre Bitoun rappelle que J. Dumazedier organisait les séquences d'apprentissages avec les étudiants eux-mêmes. Après avoir mené une recherche-action durant plusieurs années Joffre Dumazedier expose les résultats de sa démarche et sa théorisation dans son ouvrage La méthode d'entraînement mental édité par Voies Livres (1994). Dans les pratiques les apprenants choisissaient, et choisissent encore aujourd'hui, les objectifs, les contenus et s'interrogeaient quant aux façons d'y accéder. En général ils souhaitaient réfléchir à partir des conditions d'existence de leur vie quotidienne. Joffre Dumazedier en déduisit que la représentation de la situation vécue constituerait une phase première dans la progression pédagogique. En général il se trouvait que cette conjoncture se révélait insatisfaisante pour la personne. Elle se devait alors de mettre en place un cursus pour approcher une situation satisfaisante. Il construisit et formalisa très lentement les différents passages obligés et phases de la démarche. En créant une association d'éducation populaire Peuple et culture il garantira la diffusion et la pérennité de la méthode dans de multiples milieux. Ainsi, il permettra à celui qu'il nommera plus tard le sujet social apprenant de ne plus subir une distribution de savoirs choisis par un maître.

Méthodologie et construction[modifier | modifier le code]

Logique, dialectique, éthique[modifier | modifier le code]

L'Entrainement Mental (EM) se propose de fournir un cadre méthodologique pour développer une pensée construite et acquérir un esprit d'analyse.

L'esprit d'analyse requiert d'aller à l'essentiel, et de posséder une rigueur dans le raisonnement. À ce titre, l'EM articule sa formation autour de trois axes : la logique, la dialectique, et l'éthique. La logique consiste en la rigueur du raisonnement. La dialectique, elle, fournit le cadre d'analyse à toute situation problématique. Elle permet de voir en quoi deux réponses opposées existent sur une même question, de prendre conscience de cette opposition, et de la dépasser. Concrètement, la dialectique intervient dans tout débat d'idées, par exemple en politique. Enfin, l'éthique invite à s'interroger sur ce qu'il est « bon de faire » ; elle amène ainsi une dimension concrète à la pensée, en la tournant vers l'action.

Aujourd'hui, l'EM à deux utilisations distinctes. De façon restreinte, son aspect pratique le rend intéressant pour divers domaines : management, formation de cadres d'entreprise, méthodes thérapeutiques, et cetera. Mais pratiqué par des associations, il se révèle un excellent outil pour l’éducation populaire, à destination de tout public cherchant à acquérir une certaine faculté d'analyse et d'abstraction.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après avoir formé pendant plusieurs années moult promotions d'étudiants venus des milieux agricoles, Jean-François Chosson montre dans l'entraînement mental (Seuil, 1975) que cette méthode s'adresse à des « autodidactes soucieux d'acquérir, dans un délai limité, une formation intellectuelle de base ». Il s'agit pour eux « d'apprendre à penser » et aussi « d'intégrer la rigueur de l'esprit scientifique » pour « utiliser le raisonnement expérimental dans [...] la vie sociale ». J.F Chosson s'intéresse à la primauté des rapports entre l'intelligence, la raison et la pensée scientifique et à leur découverte. En effet « l'homme peut, à tout âge, acquérir une démarche mentale plus rigoureuse » par l'entraînement mental qui autorise à « penser scientifiquement en partant des situations de la vie quotidienne ». Pour l'apprentissage de la démarche il préconise une série de « phases qui se succèdent logiquement » et que sous-tendent des principes. C'est pourquoi il amène à pratiquer des exercices globaux et des opérations analytiques.

Responsable à l'université de la formation en deuxième et troisième cycle de formateurs autodidactes, Georges Le Meur, enseignant-chercheur, propose à une douzaine de promotions d'accéder à une méthode de simplification du travail intellectuel : l'entraînement mental. En utilisant une grille d'observation participante systématisée il compile les minutes des séquences d'apprentissage issues de thèmes choisis par les apprenants. Il découvre ainsi la prépondérance de la représentation de la situation à laquelle on se consacre et il démontre que l'entraînement mental constitue une démarche de recherche-action des plus efficiente. En effet, pour se diriger vers la situation satisfaisante on utilise toutes les méthodes et techniques du chercheur. Ainsi on parle d'hypothèse, de questionnement, de sélection et de recueil de données, d'analyse de celles-ci, d'écriture, de proposition d'action.... Il résume les stades de la démarche dans Construire ma recherche, Joffre Dumazedier chercheur-accompagnateur (2005) où il établit que tout néo-autodidacte peut, en s'appropriant l'entraînement mental, devenir un travailleur intellectuel.

Professeur d'éducation physique, formateur-animateur d'une structure officielle d'éducation populaire Marcel Giry se penche sur l'étude des nouvelles pédagogies dont la société dispose pour apprendre à apprendre. Ses expérimentations plurielles au long cours auprès des stagiaires de son institution lui permettent d'analyser et de théoriser ses pratiques. Dans son ouvrage Apprendre à raisonner, Apprendre à penser (1994) il expose les principales méthodes d'éducabilité cognitive. Ainsi, pour « apprendre à penser scientifiquement » il suggère plus particulièrement l'apprentissage de la méthode de l'entraînement mental. Il distinguera quatre moments importants dans le déroulement du processus : « la représentation des faits, la mise en problème, le diagnostic et le projet d'action » qui deviendront le leitmotiv des formateurs en entraînement mental.

Enseignant-chercheur, Gérard Jean-Montclerc, après une recension critique et théorisée des méthodes d'éducabilité cognitive, produit une publication : Des méthodes de développement intellectuel (1992) qui s'attarde plus particulièrement sur l'entraînement mental. Il confirme que celui-ci autorise à « passer de la langue ordinaire aux langages spécialisés par une amélioration de l'expression »"car dans les faits « il s'agit de réduire l'inégalité entre le mode de pensée des travailleurs manuels et celui des travailleurs intellectuels ». Dans ses travaux il dévoile également que la méthode suscite « le désir et la capacité d'autoformation ».

Pour vérifier la pertinence de ces divers constats Georges Le Meur a mis en œuvre la méthode lors de formations de longue durée à l'entraînement mental. Il discerne toutes les phases de la démarche et atteste de l'efficience de l'utilisation des opérations mentales de base à tous les niveaux d'intervention dans Organiser sa pensée, Apprendre à décider avec l'Entraînement Mental (2009). L'analyse des pratiques et plus particulièrement leur théorisation garantissent le caractère scientifique de l'ouvrage. Il met en exergue la primauté de l'apprentissage au questionnement, à l'expression et à l’auto documentation pour le passage des savoirs ordinaires de l'expérience aux connaissances savantes. Pour celles-ci l'accès à la conceptualisation joue un rôle premier. Cet ouvrage, soucieux d'éthique socio-pédagogique, se révèle également un « manuel d'autoformation à la méthodologie de l'entraînement mental et à la théorisation des pratiques sociales ».

Depuis la fin des années 90, quatre réseaux ont relancé sa diffusion : l'union Peuple et Culture, Rhizome, un groupe en Alsace autour de Charlotte HERFRAY et le réseau des Crefad (penser et structurer son action dans la complexité).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joffre Dumazedier, La méthode d'entraînement mental, Voies Livres, 1994.
  • Joffre Dumazedier, La méthode d'entraînement mental, Journal de l'E A O, n°242, 1990.
  • J.F Chosson, L'entraînement mental, Seuil, 1975.
  • J.F Chosson, Pratiques de l'entraînement mental, A. Colin, 1991.
  • Pierre Bitoun, Les hommes d'Uriage, La Découverte, 1988.
  • Georges Le Meur, Construire ma recherche, Joffre Dumazedier chercheur-accompagnateur, Chronique Sociale, 2005.
  • Georges Le Meur, Organiser sa pensée, Apprendre à décider avec l'Entraînement mental, Chronique Sociale, 2009.
  • Gérard Jean-Montclerc, Des Méthodes de développement intellectuel, Nathan, 1992.
  • Marcel Giry, Apprendre à raisonner, Apprendre à penser, Hachette, 1994.
  • Charlotte Herfray, Penser vient de l'inconscient, la méthode de l'entrainement mental, 2012