Histoire de la Wallonie de 1830 à 1914

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Article principal : Histoire de la Wallonie.

Par histoire de la Wallonie, on entend ici l'histoire des territoires relevant de le Région Wallonne telle que définie par la Constitution belge.

Cet article relate les faits marquants de l'histoire de la Wallonie de 1830 à 1914. Deux autres articles relatent les faits marquants de la période avant 1830 et de la période après 1914.

L'indépendance belge en 1830 clôt par définition l'Histoire de la Wallonie avant 1830. Celle-ci, tout juste avant la création de l'État belge a connu divers régimes : celui de l'Autriche (avec l'exception de la Principauté de Liège) depuis le début du XVIIIe siècle, puis de la France républicaine (1795), de la France impériale (1804), des Pays-Bas (1815), enfin de la Belgique actuelle (1830).

La révolution industrielle (1774-1847)[modifier | modifier le code]

La révolution industrielle a lieu principalement sur ce qui sera appelé logiquement le sillon industriel, soit cette bande de terre allant de Mons (Borinage) à Verviers en passant par La Louvière, Charleroi, une partie de la région de Namur (la Basse-Sambre), puis Liège et Verviers. Elle s'étend de 1770 à 1847 (la Flandre restera longtemps en retrait sauf à Gand puis Anvers avec le développement du port, notamment à cause du Congo). Elle a connu sa phase décisive entre 1798 et 1830, c'est-à-dire, pour l'essentiel, avant la naissance de l'État belge[1] Cette révolution industrielle met la production réalisée sur cet espace, pourtant très restreint, à la tête de celles de l'époque et même dans certains domaines, cela n'est dépassé que par l'Angleterre en chiffres absolus[2] Le fait que cette révolution industrielle se soit produite à cet endroit n'est pas un hasard. Depuis le Haut Moyen Âge, comme on l'a vu, à peu près partout dans ce qui s'appellera la Wallonie, le fer est transformé selon des techniques qu'inventeront les entrepreneurs locaux, notamment la méthode wallonne qui fait place à l'énergie hydraulique (pour actionner le soufflet des forges), évolution qui amènera elle-même à la production d'acier dans des hauts fourneaux et à l'usage du coke dans ceux-ci. Voyez Histoire des techniques en Wallonie de 900 à 1800 et Histoire de la production de l'acier. En outre, le sous-sol est riche et recèle les métaux les plus divers avec la houille découverte déjà depuis longtemps mais qui ne sera utilisée à grande échelle qu'au courant du XVIIIe siècle.

Premier emploi du mot Wallonie[modifier | modifier le code]

Le néologisme français Wallonie est créé par Charles-Joseph Grandgagnage en 1844 à partir du latin Wallonia datant de 1618. La montée en puissance politique de la Flandre ne vise pas d'abord la Wallonie. Ce que veut le mouvement flamand, ce qu'il imposera finalement à toute la bourgeoisie flamande mais francophone, c'est qu'en Flandre tout soit en flamand (on dira plus tard en néerlandais). La bourgeoisie flamande francophone va adopter le néerlandais au moins dans les échanges extérieurs à la vie privée.

La Wallonie une puissance industrielle dirigée de l'extérieur[modifier | modifier le code]

Locomotive « Le Belge », première locomotive d'Europe continentale, issue des ateliers John Cockerill

La révolution industrielle en Wallonie, qui s'étend de 1770 à 1847, a connu sa phase décisive entre 1798 et 1830, c'est-à-dire, pour l'essentiel, avant la naissance de l'État belge[3]. Sans doute, est-ce là que se développe toute la richesse du pays mais on peut parler d'une prospérité dépendante dans la mesure où ce n'est pas la Wallonie comme telle qui dirige au plus haut niveau son développement, mais une bourgeoise francophone dont le projet et le cadre national est belge: « [Elle est] faite de provinciaux se bruxellisant, de bourgeois s'anoblissant, de nobles s'embourgeoisant ; [elle] se structure autour de trois éléments en étroite liaison : le Palais, l'administration supérieure et le gouvernement, la haute finance ; il y a réellement constitution d'une nouvelle aristocratie (...) ou plutôt d'une bourgeoiso-aristocratie bruxelloise. Le pouvoir de celle-ci repose à la fois sur la grande propriété foncière et sur la haute banque ; elle assure un certain passage de l'une à l'autre (...) elle occupe en tout cas, et Bruxelles avec elle, une position dominante sur et dans le pays... »[4] et Michel Quévit mettra lui aussi sans cesse l'accent sur cela[5] .

Philippe Destatte écrit : «L'enthousiasme, l'avidité technique et la hâte du moment entraînent les entrepreneurs au gigantisme, ce qui les amène à prendre des risques démesurés. Crises de la production et crises du crédit vont se succéder. Le système bancaire domine dès lors l'industrie en prenant des participations financières dans les entreprises, principalement par la création de sociétés anonymes. La décision économique échappe ainsi à l'espace wallon pour s'installer à Bruxelles, devenu centre financier lors de la mise en place du pouvoir politique belge en 1830. En 1847 tout est joué. Bruxelles structure et domine l'espace belge[6]. »

Modalité de ce développement dépendant[modifier | modifier le code]

La bourgeoisie francophone belge va devenir essentiellement une bourgeoisie financière : une haute banque et une haute finance dont les deux têtes sont la Société générale (absorbée en 1988 par Suez (groupe)), et la Banque de Belgique, aujourd'hui disparue. Ces deux institutions adoptent la politique des participations industrielles, des Holdings (Sociétés à portefeuille avant la lettre. La bourgeoisie financière va si l'on veut absorber la bourgeoise industrielle wallonne et le développement industriel de la Wallonie sera dirigée depuis Bruxelles, de l'extérieur du sillon Sambre-et-Meuse[7] Voyez aussi Histoire de Belgique de 1830 à 1914.

Une querelle des langues concernant peu la Wallonie au départ[modifier | modifier le code]

Les habitants de la Flandre (qui deviendront néerlandophones), usent de dialectes du néerlandais et ont des élites qui parlent le français. Les habitants de la Wallonie (qui deviendront francophones), usent du wallon ou du picard et lorrain, de dialectes de l'allemand), et ont des élites francophones également. Le mouvement flamand ne se bat pas au départ contre la Wallonie. Certains Waalse flaminganten (Wallons flaminguants catégorie utilisée par l’Encyclopedie van de Vlaaamse Beweging), dont Louis Jottrand le proclame avec l'accord du mouvement flamand[8]. Le mouvement flamand se bat donc pour l'adoption du flamand en Flandre alors que l'État belge y impose le français.

Minorisation politique de la Wallonie dès 1884[modifier | modifier le code]

Les premiers votes en faveur du flamand au milieu du XIXe siècle font naitre une réaction surtout francophone en Flandre et à Bruxelles, qui se différencie du mouvement wallon proprement dit). Mais à partir de l’instauration du suffrage universel (obtenu cependant à la suite d’une grève violente du pays wallon, en 1893), la majorité en Flandre est souvent entièrement cléricale[9]. Dans la période 1884-1914 les gouvernements belges seront quasiment des gouvernements composés d'élus de Flandre, de ministres de Flandre et tablant sur une majorité politique pour tout le pays parfois déjà acquise sur la seule base de la représentation parlementaire en Flandre.

Auguste Beernaert en 1909.
Périodes et Ministères Flamands Bruxellois Wallons
A. Beernaert : 26 octobre 1884/ 17 mars 1894 60 % 14 % 26 %
J.de Burlet  : 26 mars/1894/25 juin 1896 75 % 9 % 16 %
P.de Smet de Naeye : 26 juin 1896/ 23 janvier 1899 87 % - 13 %
J.Vanden Peereboom : 24 janvier 1899/ 31 juillet 1899 84 % - 16 %
P. de Smet de Naeyer : 5 août 1899/ 12 avril 1907 76 % - 24 %
J. de Trooz : 1er mai 1907/ 31 décembre 1907 67 % 11 % 22 %
F.Schollaert : 9 janvier 1908/ 8 juin 1911 57 % 22 % 21 %
Ch. de Broqueville : 18 juin 1911/ 4 août 1914 42 % 22 % 36 %

Un cartel électoral libéral/socialiste en 1912 ne peut rien y changer : il n'a la majorité que dans une Wallonie numériquement minoritaire. Jules Destrée écrit alors sa fameuse Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre. La revendication du suffrage universel en Wallonie se lie alors à celle de la “séparation administrative” (le fédéralisme). Face à une Flandre qui s'émancipe du français lutte une Wallonie qui, à partir de 1884 au moins (sinon plus tôt), aura toujours été toujours dominée par la Flandre [10].

  • Dans la Wallonie industrielle[11], et ses entreprises de pointe, c'est le wallon qui domine, car plus apte que le français pour désigner les techniques nouvelles, de sorte que du manœuvre au directeur, dans les mines en particulier, le wallon est la langue de la sécurité, que tous sont obligés de connaître[12].
  • Le bilinguisme « belge » exclut le wallon. Dans ce contexte, certaines propositions de lois flamandes sur le bilinguisme des ingénieurs (français/flamand), ou des tribunaux du travail, ont un aspect émancipateur difficilement compréhensible dans le contexte wallon ; les travailleurs flamands en Wallonie sont soumis d'abord à l'obligation du wallon, non du français. Or les recensements linguistiques, comme l'a montré Paul Lévy dans l'Encyclopédie du Mouvement wallon ne prennent pas en compte le wallon. Toute personne s'exprimant surtout ou seulement en wallon est assimilée à un francophone. C'est que le mouvement flamand refuse de voir le flamand mis sur le même pied que le wallon.

Un cartel électoral libéral/socialiste en 1912 ne peut rien y changer : il n'a la majorité que dans une Wallonie numériquement minoritaire. Jules Destrée écrit alors sa fameuse Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre. La revendication du suffrage universel en Wallonie se lie alors à celle de la « séparation administrative » (le fédéralisme).

L'historien flamand Maarten Van Ginderachter écrit que « Les Wallons sont pratiquement écartés du pouvoir central puisque, entre 1884 et 1902, un seul de leurs représentants participe au gouvernement[13]

Face à une Flandre qui s'émancipe du français lutte une Wallonie qui, à partir de 1884 au moins (sinon plus tôt), aura toujours été toujours dominée par la Flandre [10].

Le 3 mai 1918, un fonctionnaire résidant en Belgique occupée fait parvenir via la Hollande un rapport sur cette situation au gouvernement belge et au roi. IL écrit : « Par le jeu de notre politique intérieure, la direction des affaires du pays appartient à un parti qui s'appuie principalement sur les régions flamandes et agricoles de la Belgique, alors qu'elle échappe entièrement aux régions industrielles wallonnes du pays. C'est là une situation qui n'est pas normale, qui procède d'une application défectueuse du régime parlementaire (...) qui était déjà visible avant-guerre et qui va empirer. La différence entre la question flamande et la question wallonne, c'est que les Flamands poursuivent l'accomplissement graduel d'un idéal d'ordre intellectuel et moral, tandis que les Wallons exigent l'abolition immédiate d'un état de choses qu'ils regardent comme abusif et vexatoire[14]. »

La langue dominante en Wallonie n'était pas le français mais le wallon[modifier | modifier le code]

Dans la Wallonie industrielle[11], , les entreprises de pointe, c'est le wallon qui domine, car il est plus apte que le français pour désigner les techniques nouvelles, de sorte que du manœuvre au directeur, dans les mines en particulier, le wallon est la langue de la sécurité, que tous sont obligés de connaître, dans les faits[12].

Étrangeté d'un bilinguisme « belge » qui exclut le wallon[modifier | modifier le code]

Dans ce contexte, certaines propositions de lois flamandes sur le bilinguisme des ingénieurs (français/flamand), ou des tribunaux du travail, ont un aspect émancipateur difficilement compréhensible dans le contexte wallon ; les travailleurs flamands en Wallonie sont soumis d'abord à l'obligation du wallon, non du français. Or les recensements linguistiques, comme l'a montré Paul Lévy dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon ne prennent pas en compte le wallon. Toute personne s'exprimant surtout ou seulement en wallon est assimilée à un francophone. C'est que le mouvement flamand refuse de voir le flamand mis sur le même pied que le wallon dans la mesure où celui-ci est perçu comme un dialecte, voire un patois et que pratiquement personne à l'époque ne milite en faveur de sa reconnaissance comme langue officielle.

On lira la suite dans l’Histoire de la Wallonie depuis 1914.

L'histoire militaire[modifier | modifier le code]

La Wallonie devint un « terre de batailles » dès l'Antiquité romaine. La résistance offerte aux légions de Jules César par les « peuples belgiques » leur valut de la part de l'empereur romain cet éloge devenu fameux : « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves ».

Les descendants wallons de ces guerriers celtes entretinrent cette réputation guerrière en servant dans force phalanges réputées pour leur valeur militaire - à l'instar des Suisses, mais pour des raisons historiques fort différentes - comme les « Gardes wallonnes » au service des souverains espagnols ou les régiments de « Royal-Wallon » ou « Royal-Liégeois » (entre autres régiments wallons) au service de l'Ancien Régime en France. Il en fut de même pour les grenadiers de la 28. SS-Freiwilligen-Grenadier-Division Wallonien sur le front de l'Est.

Les territoires de la future Belgique se trouvant sous la main de différents souverains européens, jusqu'en 1830, l'histoire militaire des Wallons et des Flamands se trouve ainsi liée à celles des puissances dominantes du temps : Espagne, Autriche, France ou Pays-Bas - Flamands et Wallons servant dans les armées de ces nations et se retrouvant parfois opposés sur les champs de bataille. Du Moyen Âge au XXe siècle, la Wallonie fut aussi le champ de bataille de ces grandes puissances. Elle vit ainsi s'affronter les forces coalisées et les troupes de Napoléon Ier lors de la décisive bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, qui scella le sort du Premier Empire.

Enfin, les Wallons ont aussi donné aux armées étrangères des chefs de guerre réputés comme Jean t'Serclaes, comte de Tilly.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Lebrun et alii, Essai sur la révolution industrielle en Belgique, Bruxelles, 1979, pp.589 et suivantes..
  2. J.P. Rioux, La révolution industrielle, Seuil, Paris, 1971. Les tableaux 10, 11 et 13 ne concernent en réalité que la Wallonie, même s'ils utilisent le mot Belgique
  3. Pierre Lebrun et alii, Essai sur la révolution industrielle en Belgique, op. cit., pp.589 et suivantes..
  4. Pierre Lebrun, op. cit. p. 578
  5. Les causes du délin wallon, EVO, Bruxelles, 1978
  6. Philippe Destatte, L'Identité wallonne, IJD, Charleroi, 1997, p. 51.
  7. Michel Quévit, La Wallonie, l'indispensable autonomie, Ententes, Paris, 1982
  8. Yves Quairiaux, L'image du Flamand en Wallonie, Labor, Bruxelles, p.25
  9. Yves Quairiaux, L'image du Flamand en Wallonie, op. cit.
  10. a et b Michel Quévit, les causes du déclin wallon, EVO, Bruxelles, 1978
  11. a et b Yves Quairiaux dans L'image du Flamand en Wallonie op. cit.
  12. a et b * L.Mauchard-Mausy, Vocabulaire de la houillerie : dialecte de la région du centre, mémoire de philologie romane, ULB, 1949. Paul Minon, Le vocabulaire professionnel des mineurs de Mariemont, Morlanwelz, 1988 (manuscrit). C.Laes, La charrue et le labourage dans la région de Soignies. Éléments de dialectologie, mémoire de licence en philologie romane, Katholieke Universiteit Leuven. J.Haust, La houillerie liégeoise, réédition Liège, 1976. Pour le Nord de France où un phénomène semblable s'observe : A.Viseux, Mineur de fond, Paris, 1991 (coll. Terre humaine)
  13. Le Chant du Coq, Cahiers Jan Dhondt 3, Acamedia Press, Gand, 2005, p. 24.
  14. Cité par Paul Delforge, La Wallonie et la Première Guerre mondiale', IJD, Namur, 2009, p. 490.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]