Joseph-Marie Amiot

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Amiot.

Joseph-Marie Amiot, né le 8 février 1718 à Toulon (France) et décédé le 8 octobre 1793 à Pékin (Chine), est un prêtre jésuite, astronome et historien français, missionnaire en Chine. Il fut l'un des derniers survivants de la Mission jésuite en Chine[1].

Le père Joseph-Marie Amiot, jésuite et mandarin

Premières années et formation[modifier | modifier le code]

Amiot entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Avignon en 1737, et fut ordonné prêtre le 21 décembre 1746 à Lyon. Durant sa formation il avait demandé à être envoyé comme missionnaire en Chine. Cela lui fut accordé, et, en compagnie de deux novices (jésuites) chinois, il quitta le port de Lorient (France) en décembre 1749 pour arriver à Macao le 27 juillet 1750. L’année suivante il monta à Pékin où il entra le 22 août 1751. Il y resta jusqu’à sa mort, en 1793.

Atmosphère politique changée[modifier | modifier le code]

Si les hommes de science et les intellectuels de l’Ouest étaient toujours les bienvenus à la cour impériale, l’atmosphère en Chine n’était plus ce qu’elle était au temps des Matteo Ricci, Ferdinand Verbiest et autres pionniers. Le christianisme y avait été interdit, et des persécutions avaient périodiquement lieu. Les jésuites résidant à la cour (dont Amiot) espéraient que leur présence et leur travail pour l’empereur permettraient une réhabilitation du christianisme ou du moins le rétablissement de la liberté religieuse.

Langues et activités scientifiques[modifier | modifier le code]

Amiot étudia le chinois et le mandchou (alors langue officielle imposée par la dynastie Qing au pouvoir). Il est l’auteur d’une grammaire et dictionnaire mandchou. En fait il se passionna pour tout ce qui était chinois : coutumes, langues et dialectes, histoire et musique. Il prit à son service un jeune Chinois qu’il forma aux méthodes scientifiques européennes et c’est avec lui que pendant 31 ans il publia ses écrits.

Outre le travail habituel de la publication des bulletins astronomiques Amiot poussa la recherche dans le domaine du magnétisme et s’occupa de la formation d’hommes de science chinois.

Il a par ailleurs traduit et introduit en Europe en 1772 le livre, considéré comme fondateur de la stratégie, l'Art de la guerre de Sun Zi, sous le titre les treize articles.

Musique chinoise[modifier | modifier le code]

En 1754 il envoie en France un mémoire, non signé, non daté, demeuré inédit, De la Musique moderne des Chinois, qu’il dit compléter par un autre envoi, perdu, sur la Musique que les Chinois cultivaient anciennement[2]. En 1779 ses Divertissements chinois, non édités, consistent en musiques notées à la chinoise et transcrites selon une notation mixte sur une portée. Quarante-et-un airs auraient dû être ainsi mis à la disposition de l’amateur européen. Des études ont montré qu’il ne s’agit pas de transcriptions d’oreille faites par un européen qui les auraient entendues, mais bien de partitions écrites en usage à la cour mandchoue. Il n’a pas été possible de retrouver le recueil qui servit de source à Amiot, et ses Divertissements constituent un témoignage précieux de la musique et de la danse chinoise de l’époque.

Tragiques développements[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup de membres de la Mission jésuite en Chine, Amiot a contribué à faire connaître la culture chinoise en Europe, même si cela n’était pas l’objectif premier de sa présence à Pékin. Avec ses compagnons jésuites Antoine Gaubil et Michel Benoist, il cherchait à obtenir un nouveau droit de cité pour la religion chrétienne et le retour de missionnaires en Chine. Il n’y réussit pas.

De plus, les nouvelles venant d’Europe étaient dramatiques. La Compagnie de Jésus était bannie de France en 1764. Amiot obtint alors de Henri Bertin, ministre d’état avec lequel il était en correspondance, que le roi de France, à titre personnel finance le travail des jésuites français à Pékin. Neuf ans plus tard, en 1773 la Compagnie de Jésus était supprimée par Clément XIV. Pour sauver ce qui restait de la Mission jésuite de Chine, Amiot obtint que les Lazaristes prennent leur place. Tout cela fut balayé par la Révolution française de 1789. Amiot fut ensuite profondément troublé lorsqu’il apprit que le roi Louis XVI avait été exécuté. Il semble bien qu’Amiot mourut le jour même où on l’informa de cette nouvelle : il célébra une messe pour le roi et mourut dans la nuit du 8 octobre 1793. Avec lui disparaissait le dernier jésuite de la grande épopée de la Mission jésuite en Chine.

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Éloge de la ville de Moukden, trad. du chinois, 1770 ;
  • Art militaire des Chinois d'après L'Art de la guerre de Sun Tzu, en 1772 ; plusieurs ouvrages sur la Typographie et la Musique des Chinois;
  • Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts, les mœurs et les usages des Chinois (par les missionnaires de Pékin), 15 vol., Paris, 1776-1789. | Tome 3 numérisé par Google Tome 5 BNF
  • Mémoire de la Musique des Chinois tant anciens que modernes, envoyé en 1776, (Vol. VI des Mémoires, publié par l’abbé Roussier en 1779).
  • Divertissements ou concerts de musique chinoise, en deux fois trois cahiers, accompagnés d’un cahier de musique sacrée (prières catholiques en chinois mis en musique, envoyés à Mr. Bignon, bibliothécaire du Roi, demeurés inédits.
  • Vie de Confucius (formant le tome XII des Mémoires sur les Chinois);
  • Dictionnaire tatar-mandchou-français (2 vol.), Paris, 1789
  • Grammaire de la langue tatare-mantchoue.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • CD « Jésuites et courtisanes » & « Concert baroque à la cité interdite » par l’Ensemble baroque XVIII-21, dir. Jean-Christophe Frisch
  • Camille de Rochemonteix, Joseph Amiot et les derniers survivants de la mission française de Pékin, Picard, 1915

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le dernier jésuite français mort à Pékin est le père Louis-Antoine Poirot, décédé le 13 décembre 1813 quelques mois avant la restauration universelle de la Compagnie de Jésus. Il est cependant mort comme 'jésuite' car il avait obtenu son affiliation à la Compagnie de Jésus en Russie.
  2. voir le manuscrit conservé à la BNF [1]