Hébreux noirs

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Les Hébreux noirs (anglais : Black Hebrews), sont un ensemble de groupes afro-américains considérant que les Israélites de l'Ancien Testament étaient en fait des noirs, et que les noirs actuels sont leurs descendants. Les thématiques de l'esclavage, de la délivrance, de l'exode, expliquent cette identification aux anciens Hébreux, et la thématique du peuple élu renforce la fierté noire.

Certains refusent aux Juifs blancs le statut de véritables Israélites, quand d'autres l'acceptent. Certains prônent l'émigration vers l'Afrique, d'autres vers la terre sainte, d'autres encore préfèrent se maintenir aux États-Unis, mais en revendiquant une forte autonomie communautaire.

Les Black Hebrews ne doivent pas être confondus avec les juifs noirs américains faisant partie des communautés juives traditionnelles, issus de mariages mixtes ou de conversions. La majorité appartiennent à des congrégations juives conservatrice ou libérale, mais certains sont orthodoxes. Ils ne doivent pas non plus être confondus avec les Falashas, les juifs d'Éthiopie, dont la judéité a été reconnue par l'État israélien, et dont plusieurs milliers ont réalisé leur aliyah (montée vers Israël). Les Blacks Hebrews, au contraire, ne sont pas reconnus comme Juifs par les communautés juives traditionnelles, et certains n'utilisent d'ailleurs pas le terme, lui préférant celui d'hébreux ou d'israélite.

Selon certaines études, les Juifs noirs (traditionnels et Hébreux réunis) seraient environ 200 000[1]. Eu égard à la multiplicité des groupes, il est difficile de donner des estimations chiffrées pour les Hébreux noirs, chaque groupe ayant tendance à exagérer son importance. Il est généralement accepté qu'ils compteraient au total quelques dizaines de milliers de membres.

Church of the Living God, the Pillar Ground of Truth for All Nations[modifier | modifier le code]

La première organisation identifiée est la Church of the Living God, the Pillar Ground of Truth for All Nations, fondée en 1886 à Chattanooga. Elle semble la matrice des organisations futures, qui sont soit des dissidences, soit qui ont été au moins influencées par ses idées. La multiplication des organisations s'explique par l'influence du protestantisme américain, ou une grande diversité d'église est admise, mais aussi par la manque d'une théologie clairement admise par tous.

Church of God and Saints of Christ[modifier | modifier le code]

Le « premier tabernacle », un lieu de culte rachetée en 1903 par la Church of God and Saints of Christ.

La Church of God and Saints of Christ est organisée par William Saunders Crowdy, en 1896. Elle est basée à Belleville, en Virginie. Le Christ auquel il est fait référence dans son nom est en fait le messie attendu pour l'avenir, pas le christ des chrétiens[2]. L'utilisation du terme implique cependant une certaine influence chrétienne. Il y aurait 30 à 40 000 membres dans 200 églises[2].

Temple of the Gospel of the Kingdom[modifier | modifier le code]

Le mouvement (« Le temple de l'évangile du royaume ») a été fondé en 1900 par un prêcheur charismatique, Warren Roberson. Les membres apprenaient le Yiddish et suivaient les pratiques juives traditionnelles. Mais en 1926, Roberson fut inculpé dans une affaire de mœurs avec des femmes de sa communauté. Il plaida coupable, et fut condamné à 18 mois de prison. Son organisation s'effondra et disparut[2].

The Church of God[modifier | modifier le code]

En 1915, le « prophète » F.S. Cherry a établi l'« église de Dieu » à Philadelphie. Le mouvement semble avoir été influencée à l'origine à la fois par le Temple of the Gospel of the Kingdom et par la Church of God and Saints of Christ. Pour l'organisation, les humains originels étaient noirs, à l'image de Dieu et de Jésus, les Blancs étant le produit d'une malédiction. Les Juifs blancs étaient donc des imposteurs, les noirs étant les véritables hébreux. Bien que The church of God ait eu des pratiques assez éloignées de l'orthodoxie juive, elle utilisait le Yiddish, l'hébreu et le Talmud, et respectait le Shabbat du samedi. La consommation de porc étaient interdite, mais aussi les photographies (du fait de la prescription biblique des idoles)[2].

Beth B'nai Abraham congregation[modifier | modifier le code]

La congrégation fut fondée par Arnold Josiah Ford, qui se disait un Juif d'Éthiopie, après son expulsion de l'Universal Negro Improvement Association de Marcus Garvey, en 1923. L'organisation disparut, en proie à une crise financière, et ses membres rallièrent la Holy Church of the Living God[2]. Ford émigra en Éthiopie.

Commandment Keepers : Holy Church of the Living God[modifier | modifier le code]

L'organisation fut fondée en 1919 par Arthur Wentworth Mathew, qui semble avoir été Nigerian d'origine, et non américain. Il fut influencé par Arnold Josiah Ford, par l'UNIA de Marcus Garvey, mais aussi par ses contacts avec des Juifs blancs. Il aurait été à l'origine un pasteur de la Church of the Living God, the Pillar and Ground of Truth.

Il prit le titre de grand rabbin, et sa communauté de « Juifs noirs » affirma ses liens avec les Juifs d'Éthiopie, preuve pour Mathew des liens entre Juifs et noirs. La communauté pense même qu'elle descend des Falashas d'Éthiopie[2].

En décembre 1930, Taamrat Emmanuel, le principal leader des Juifs d'Éthiopie établit d'ailleurs le contact avec le grand rabbin Matthew, contacts qui seront suivi par le soutien à Haïlé Selassié et par le bref établissement d'une petite colonie de la communauté en Éthiopie, colonie qui prendra fin avec l'invasion italienne du pays en 1936.

Matthew prêchait que la domination des blancs allait finir en l'an 2000, et que les vrais Israélites (les noirs) allaient redevenir le groupe dominant. Cette idéologie nationaliste noire n'a pas empêchée des contacts relativement bons, quoique jamais très développés, avec certaines communautés juives de New-York[2].

Parfois appelés les « Éthiopiens de New-York », le groupe est un des plus proche du Judaïsme orthodoxe, et existe toujours. Malgré la relative orthodoxie de ses pratiques, l'auto-conversion de ses membres les fait rejeter par le Judaïsme officiel.

African Hebrew Israelite Nation of Jerusalem[modifier | modifier le code]

La African Hebrew Israelite Nation of Jerusalem a été fondé dans les années 1960 à Chicago par Ben Carter. Le groupe pratique la polygamie, rejette le Talmud, est végétarien, et a majoritairement émigré à partir de 1967, d'abord vers le Libéria, puis vers Israël (1969).

Il n'est pas reconnu comme juif par l'état d'Israël, et considère que les noirs américains descendent de la tribu de Juda.

À l'origine, selon une position assez fréquente (mais pas absolue) chez les différentes organisations américaines d'Hébreux noirs, les Juifs étaient considérés comme des imitateurs illégitimes des anciens Hébreux. « Pendant les années 1970, [les African Hebrew Israélites] ont proclamé dans des brochures [...] qu'ils étaient les seuls héritiers légitimes de la terre d'Israël et qu'il faisait donc partie de leur mission d'ignorer puis de détruire l'État juif. Depuis la fin des années 1980, [...] les Hébreux noirs reconnaissent que l'Israël biblique était une société multiraciale dont, après la destruction du second temple en 70, les habitants se sont enfuis vers l'Europe et l'Asie, aussi bien que vers l'Afrique[3] ». Les Juifs sont donc aujourd'hui officiellement reconnus comme étant des Israélites légitimes

Après des relations avec Israël très difficiles dans les années 1970-1980, les relations sont devenues bonnes depuis les années 1990, et les jeunes de la communauté font leur service militaire dans Tsahal depuis 2004 (une centaine en 2006)[4].

The House of Judah[modifier | modifier le code]

Le groupe (« la maison de Juda ») a été fondée en 1965 à Chicago par le « Prophète » William A. Lewis. Le groupe s'est ensuite déplacé en 1985 vers l'Alabama. Il ne compte en 2007 que quelques dizaines de membres. Jérusalem est la véritable terre des Noirs, et est occupée illégitimement par les juifs blancs, qui sont des usurpateurs. Les Hébreux de l'antiquité étaient des noirs, et Dieu enverra un second Moïse pour ramener son peuple (les noirs américains) à Jérusalem.

Nation of Yahweh[modifier | modifier le code]

La Nation of Yahweh est un groupe ultra-nationaliste et raciste, prônant la supériorité raciale des Noirs. Il a été créé à la fin des années 1970 près de Miami, en Floride, par Yahweh ben Yahweh (Hulon Mitchell Junior), un ancien membre de Nation of Islam[2]. Les membres du groupe se considèrent comme les « vrais Juifs », et les Blancs sont qualifiés de « diables blancs », dans une rhétorique similaire à celle de la Nation of Islam des débuts. Tom Metzger, du groupe raciste White Aryan Resistance, les a qualifiés de « notre contrepartie noire »[5]. En 1990, Hulon Mitchell et quinze membres du culte furent accusés d’avoir commis (ordonné dans le cas de Mitchell) des crimes rituels contre les « diables blancs » commis entre avril et octobre 1986, dont la majorité des victimes étaient des SDF ; sept de ces crimes, dont six commis au nom de l’organisation, avaient été reconnu par Robert Rozier, condamné en 1986, qui témoigna contre le mouvement lors du procès ulérieur. Mitchell et sept membres furent condamnés pour conspiration criminelle, le premier à dix-huit ans. Libéré après onze ans, il mourut en 2007[6]

Israelite Church of GOD in Jesus Christ[modifier | modifier le code]

La Israelite Church of GOD in Jesus Christ a été fondée par Abba Bivens à Harlem, dans les années 1960. Elle est ouverte aux noirs, latino-américains et indiens (en pratique essentiellement les noirs), mais pas aux blancs. Ceux-ci sont assimilés aux édomites de l'Ancien Testament, ennemis des Juifs[7]. Le groupe est un des plus puissants.

Divers groupes[modifier | modifier le code]

Il existe ou a existé d'autres groupes de petite taille se réclamant des Hébreux de l'Ancien Testament. On peut citer de façon non exhaustive : The United Hebrew Congregation de Chicago (années 1970), dirigés par Rabbi Naphtali Ben Israel ; the B'nai Zakin Sar Shalom ; the Moorish Zionist Temple ; Rabbi Ishi Kaufman's Gospel of the Kingdom Temple.

La Fraternité Judéo-Noire (FJN)[modifier | modifier le code]

Association de loi 1901, créée en 2007 et basée à Paris, qui sous l'impulsion de Guershon Nduwa, fondateur du mouvement et ancien pilier de l'Amitié Judéo-Noire[8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chiffre établi par l'Alliance of Black Jews, en partie selon une étude sur la population juive de 1990 ; voir Michael Gelbwasser Organization for black Jews claims 200,000 in U.S. Jewish News weekly 1998-04-10
  2. a, b, c, d, e, f, g et h « Black Jews », sur The Religious Movements Homepage Project de l'Université de Virginie
  3. Israel as Africa, Africa as Israel (PDF), Fran Markowitz (University of the Negev), pages 6-7. Article de 13 pages publié originellement dans Anthropological Quarterly, octobre 1996, volume 69, p. 193.
  4. The Hebrew Israelite Community, article de présentation de la communauté sur le site officiel du ministère israélien des Affaires étrangères, publié le 29 septembre 2006.
  5. Black suprematist. Southern Poverty Law Center.
  6. Le cas Nation of Yahweh sur Crime library
  7. Par exemple dans Deuxième livre des Chroniques - Chapitre 28.
  8. Site officiel de la F.J.N.