Fantôme d'Heilbronn

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Plaque commémorative près du site où la jeune policière Michèle Kiesewetter fut tuée.

L'affaire dite du Fantôme de Heilbronn est une série de crimes et délits liés entre eux par des analyses ADN suggérant à chaque fois l'implication de la même femme. Ces crimes se sont déroulés principalement en Allemagne et en Autriche, le premier meurtre connu datait de 1993 et les derniers de 2008. En fait, l'ADN en question provenait d'une contamination des bâtonnets de prélévement à l'usine de fabrication et pas de l'implication d'une seule et même personne dans ces crimes.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le nom vient de la ville d'Heilbronn dans le Bade-Wurtemberg où une jeune policière avait été tuée d'une balle en pleine tête, meurtre de sang froid et apparemment gratuit qui avait ému l'Allemagne[1]. Lors de l’enquête, une empreinte recélant un ADN avait été prélevée dans la BMW des policiers[2]. Cet ADN sera retrouvé lors de plusieurs affaires criminelles non élucidées dans différents endroits d'Allemagne, d'Autriche et un braquage en FranceArbois dans le Jura), permettant aux enquêteurs d’attribuer l’ensemble de ces affaires à une mystérieuse tueuse en série.

En mars 2009, l'attribution de ces meurtres en une seule et même personne se révèlera finalement être une erreur due à une contamination du matériel de prélèvement. En effet, le journal allemand Bild révèle que l'ADN prélevé sur les scènes de crime et supposé être celui d’une tueuse en série était en réalité celui d'une employée de l'entreprise qui fabriquait les cotons tiges servant à prélever les échantillons d'ADN[3], l’information reprise par les médias allemands sera confirmée par le parquet d'Heilbronn qui expliqua que le lot contaminé d'écouvillons fut vendu dans tous les pays européens, ces derniers, par souci d'économie, ayant utilisé ce lot périmé[1]. De plus, l'institut de médecine légale de Hombourg (Sarre) réalisa des tests démontrant que des bâtonnets non encore utilisés par les services de police portaient le même ADN[1],[4].

L'enquête mobilisa plus de 100 policiers en Allemagne et en Autriche avec plus de 1 400 pistes différentes suivies et plus de 2 400 vérifications d'ADN pratiquées[5] et sera qualifié par les médias avant les révélations de mars 2009 du journal Bild de « plus grande énigme criminelle de l'Histoire »[6]. Les policiers s'y référant eux sous le sigle UWP (en allemand : Unbekannte weibliche Person c’est-à-dire « Personne de sexe féminin inconnue »)[1].

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 26 mai 1993, découverte du cadavre de Liselotte Schlenger, une retraitée de 62 ans étranglée à son domicile avec un fil en métal dans la ville d'Idar-Oberstein (Rhénanie-Palatinat). On relève plusieurs traces d'ADN notamment sur une tasse à café. L'analyse de la trace génétique par la police scientifique établit que l'ADN appartient à une femme.
  • De 1994 à 2000, pas de meurtre connu durant cette longue période. La tueuse ne fait apparemment pas parler d'elle (du moins pas de crime connu ou de trace d'ADN trouvée). Les policiers pensent qu'elle a peut-être décidé de se mettre définitivement au vert, ou bien qu'elle a dû faire face à une ou plusieurs maternités, qu'elle est peut-être en prison ou tout simplement morte.
  • 26 mars 2001, à Fribourg-en-Brisgau (Bade-Wurtemberg), à 500 kilomètres du premier crime connu, on découvre le cadavre d'un biffin de 61 ans se disant « brocanteur », à son domicile. On l'a étranglé et on lui a défoncé le crâne pour l'achever avec une sauvagerie et une barbarie peu communes, dans la ville de Fribourg… et toujours le même ADN trouvé à plusieurs endroits de la pièce où a été commis le meurtre.
  • 11 octobre 2001, un enfant se blesse avec une seringue contenant des résidus d'héroïne abandonnée dans une zone boisée dans la région de Gerolstein. La police retrouve le même ADN et imagine avoir affaire à une « junkie » prête à commettre des crimes crapuleux pour se procurer ses doses de drogue.
  • septembre 2004, à Arbois, dans le Jura. Elle pourrait alors avoir participé à l'agression d'un couple de commerçants ambulants. Un commerçant ambulant d'origine cambodgienne et sa femme sont séquestrés à leur domicile et dépouillés de 3 000 euros en liquide, bijoux et d'un lingot d'or. Les gendarmes interpellent quatre suspects mais découvrent au domicile du couple victime une arme factice, un pistolet Beretta à billes sur lequel ils relèvent une trace d'ADN, celle de l'inconnue[7].
  • Jusqu'en avril 2007, on retrouve épisodiquement la trace d'ADN du Fantôme qu'on a relevé sur trente lieux différents, en Allemagne en Autriche lors de cambriolages de domiciles, de bureaux, d'établissements hôteliers ou de supermarchés, de caravanes, de cabanes de jardins-ouvriers, de braquages ou de vol de voitures. On relève également la trace génétique de la tueuse sans visage sur l'une des douilles de balles tirées lors d'un règlement de compte entre gens du voyage de la même famille qui ont blessé gravement une personne… Mais pour les enquêteurs rien dans cette affaire ne semble avéré, car la tueuse est d'une rare intelligence et semble bien capable de vouloir brouiller les pistes.
  • , sur un parking dans la ville d'Heilbronn (Bade-Wurtemberg) deux jeunes policiers en tenue qui déjeunaient tranquillement à l'ombre entre deux missions dans leur voiture ont reçu chacun une balle dans le crâne tirée par surprise et sans sommation. Michèle Kiesewetter, une jeune policière de 22 ans décède sur le coup. Son collègue Martin A. (25 ans) sortira du coma trois semaines plus tard, mais ne gardera aucun souvenir de l'attaque. C'est à partir de cette date que la criminelle est désignée unanimement sous le nom de « Fantôme d'Heilbronn » car on retrouve encore son ADN. Le crime a en fait été commis par des membres du groupe néonazi Nationalsozialistischer Untergrund(Uwe Mundlos, Uwe Boehnhardt qui se sont suicidés depuis et Beate Zschäpe)[8].
  • En février 2008, dans une rivière proche d'Heppenheim (Hesse), les hommes-grenouilles de la police criminelle repêchent les corps de trois hommes de nationalité géorgienne tués pour deux d'entre eux d'une balle dans le crâne. Le troisième ayant été étouffé ou étranglé. Pour certains policiers, c'est bien là la signature du fantôme. L'ADN de la « femme sans visage » a été retrouvé quelques jours auparavant dans la voiture qui avait transporté les trois Géorgiens a fini par conduire les policiers à retrouver ces cadavres lestés au fond de l'eau.
  • De nouvelles traces d'ADN ont été trouvées lors d'un cambriolage nocturne en avril 2008, ainsi qu'au bord de la piscine d'une maison qu'on a tenté de cambrioler le mois suivant.
  • Le , dans la Sarre, une sexagénaire qui faisait le ménage dans une cabane appartenant à une association de pêcheurs est sauvagement agressée pour voler quelques centaines d'euros dans son portefeuille. Elle est dans un état grave. C'est la 33e trace d'ADN appartenant à la femme sans visage que l'on retrouve sur place.
  • Le , dans le bois de Heilbronn-Weinberg le cadavre d'une infirmière de 43 ans est retrouvé baignant dans une grande flaque d'eau de pluie, à quelques mètres seulement de sa voiture, qui a été garée et fermée soigneusement à clef. À l'intérieur du véhicule on relève les traces ADN du fantôme de Heilbronn. Cela provoque la peur dans la ville, la tueuse semblant de retour dans la région.

Un gang de homejackers de nationalité française mais d'origine albanaise est arrêté à Metz en Lorraine. On relève dans leurs véhicules volés les traces génétiques de la tueuse sans visage. Les deux chefs des malfaiteurs supposés connaître l'identité du "Fantôme" sont amenés devant la police de Sarrebruck le 20 décembre 2008 pour y être entendus et interrogés mais sans résultats et ils sont relâchés quelques jours plus tard.

Une récompense est promise aux témoins ou complices qui permettront l'arrestation du « Fantôme de Heilbronn ». Elle a été portée à 300 000 euros[9],[10] en janvier 2009.

Livres sur le Fantôme de Heilbronn[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • "La Voix de Heilbronn" Tous les articles et vidéos sur le Fantôme d'Heilbronn Quotidien Heilbronner Stimme & et la Chaîne privée Stimme TV'
  • Café Crime de Jacques Pradel reçoit l'écrivain Michel Ferracci-Porri sur Europe1 le 22 juin 2009 « L'Affaire du Fantôme de Heilbronn »
  • Magazine 7 à 8, TF1, 11 mai 2008 TF1 Le Fantôme de Heilbronn
  • Faits Divers, le Mag magazine des samedis 28 février et 28 mars 2009 sur France 2 avec multirediffusion sur « Planète Justice ». Deux reportages exclusifs consacrés à l'enquête de Ferracci-Porri en Allemagne sur « L'Affaire du Fantôme de Heilbronn" et sur le scandale national qui a suivi l'identification de celle que l'on nommait « la Tueuse sans visage ».

Notes et références[modifier | modifier le code]