Euphranor

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Ensemble Alexandre Rondanini représentant Alexandre le Grand et son père, copie romaine possible d'après Euphranor, Glyptothèque de Munich.
Voir dans Pline, XXXIV, 78.

Euphranor (en grec ancien Ἐυφράνωρ) est un artiste grec du milieu du IVe siècle av. J.-C. Il fut le seul artiste grec à exceller à la fois dans la peinture et la sculpture[1]. On le considère aussi comme un des premiers « peintres-savants[2] ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa vie est mal connue. Pline l'Ancien l'appelle « Euphranor de l'Isthme » (Isthmius, ce qui peut vouloir dire qu'il était d'une petite ville près du sanctuaire de Poséidon à Isthmia, mais Pausanias n'en décrit aucune dans ses écrits sur la région et aucune n'a été mise au jour[3]. Il peut également s'agir d'une périphrase pour Corinthe[4]. Une scholie à Juvénal le mentionne comme athénien[5], mais aux côtés de Polyclète, notoirement originaire d'Argos, ce qui discrédite le témoignage[6]. Néanmoins, Euphranor ne travailla quasiment qu'en Attique[4] et est cité par Plutarque comme l'un des maîtres de l'école attique de peinture[7]. Les signatures de Sostratos, son fils, ne mentionnent pas d'ethnique, ce qui implique qu'il était athénien[6].

Pline place son apogée dans la 104e olympiade (364-361 av. J.-C.), en même temps que celle de Praxitèle[8]. La date correspond à son travail sur la Stoa de Zeus à Athènes, c'est-à-dire au début de sa carrière. On estime qu'il débuta sa carrière à Athènes dans les années 360 av. J.-C. ; elle se poursuivra au moins jusqu'à la carrière de Lycurgue[3].

Il se distingua en étant un peintre et un sculpteur de premier plan. Quintilien écrit ainsi : « ce qui fait admirer Euphranor, c'est que, tout en ayant de bons sujets d'intérêt, il fut un artiste des plus grands, aussi remarquable en peinture qu'en sculpture[9]. » Les Anciens le citent comme peintre aux côtés d'Apelle, Polygnotos, Zeuxis et Parrhasios[10], et comme sculpteur aux côtés d'Alcamène, Phidias, Myron et Polyclète[11]. Pline écrit qu'il « apprenait facilement, travaillait plus que tous, excellait dans tous les genres, toujours égal à lui-même[12] ».

Euphranor écrivit un important traité sur les proportions (symmetriae) auquel Plutarque fait longuement référence dans Sur la gloire des Athéniens[13].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Pline l'Ancien lui attribue une bataille de cavalerie, une représentation des Douze Dieux, un Thésée et, à Éphèse, la folie imaginée d'Ulysse[8]. Pausanias vit les deux premiers tableaux dans la Stoa de Zeus, sur l'agora d'Athènes et fournit davantage de précisions[14]. La bataille de cavalerie représente les Athéniens venant au secours des Spartiates contre les Thébains d'Épaminondas, à la bataille de Mantinée (362 av. J.-C.). Thésée est figuré aux côtés d'allégories de la Démocratie et du Peuple, avec une légende indiquant qu'il a introduit l'égalité politique parmi les Athéniens.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Pline lui attribue des statues de Pâris, Leto avec son fils Apollon et Artémis, Philippe et Alexandre sur leurs chariots[8].

De sa main, seul une statue en marbre représentant Apollon Patrôos est identifiée (datée d'environ 330 av. J.-C.). Elle a été découverte en 1907[15] près du temple où Pausanias[16] la situait déjà[17]. Malheureusement, il est difficile d'identifier, parmi les autres sculptures encore existantes, celles qui copieraient le travail d'Euphranor. Certains lui attribuent cependant l'original disparu dont l'Alexandre Rondanini (Glyptothèque de Munich, inv. 298) est la copie[18].

Les caractères de ses œuvres seraient proches de celles de son contemporain Lysippe, notamment par son souci de symétrie, son intérêt marquées pour les formes corporelles et les sujets héroïques[réf. nécessaire].

Galerie[modifier | modifier le code]

Du milieu du IVe siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Copies romaines[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jerome J. Pollitt, compte-rendu de l’Euphranor d'Olga Palagia, American Journal of Archaeology 88/3 (juillet 1984), p. 417 [417-419].
  2. Agnès Rouveret, Critique d'art (Antiquité gréco-romaine), dans Encyclopædia Universalis, Paris, av. 1992.
  3. a et b Palagia et 1980 6
  4. a et b Rolley 1999, p. 284.
  5. Scholie à Juvénal, Satires, III, 217 = Muller-Dufeu 2002, no 1639.
  6. a et b Palagia et 1980 7
  7. Plutarque, Sur la gloire des Athéniens II.
  8. a, b et c Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XXXV, 128.
  9. Quintilien, Institution oratoire, XII, 10, 6. Extrait de la traduction de Muller-Dufeu 2002, no 1640.
  10. Lucien de Samosate, Sur ceux qui sont aux gages des grands, 42 ; Pour les images, 7-8 ; Philostrate, Vie d'Apollonios de Tyane, II, 20.
  11. Lucien, Jupiter tragédien, 7 ; Aurelius Victor, Épitome, 14 ; Grégoire de Nazianze, Poésies iambiques, II, 12, 739.
  12. Pline, XXXV, 128. Extrait de la traduction de Muller-Dufeu 2002, no 1637.
  13. Voir aussi Pline, XXXV, 129 et Vitruve, De l'architecture, VII, préface, 14.
  14. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], I, 3, 3-4.
  15. Musée de l'Agora (Athènes), inv. 2154.
  16. Pausanias, I, 3, 4 :
    « On a peint dans ce même portique la bataille de Mantinée, où les Athéniens étaient comme auxiliaires des Lacédémoniens. Xénophon et d'autres ont écrit toute l'histoire de cette guerre; la prise de la Cadmée, la défaite des Lacédémoniens à Leuctres, l'invasion des Béotiens dans le Péloponnèse et comment les Athéniens envoyèrent des secours aux Lacédémoniens. Le tableau dont il s'agit représente le combat de la cavalerie ; les personnages les plus connus sont, Gryllos, fils de Xénophon, du côté des Athéniens, et parmi les Béotiens Épaminondas de Thèbes. Ces tableaux sont d'Euphranor qui a peint aussi, dans le temple voisin, Apollon surnommé Patroos. » [il s'agit de peintures... à revoir] (Traduit du grec par l'abbé Gédoyn en 1731).
  17. À partir d'elle, Bernard Holtzmann fait aussi l'hypothèse, sur la base du traitement de son drapé (« très ample, animé par des plis profonds »), qu'il soit l'auteur d'une Athéna en bronze du Pirée (Musée archéologique, inv. 4646) dont le Louvre (inv. MA 530) possède une copie en marbre.
  18. Cf. Bernard Holtzmann.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Holtzmann, Euphranor (actif entre 370 et 325 env. avant J.-C.), dans Encyclopædia Universalis, Paris, av. 2004.
  • Marion Muller-Dufeu, La Sculpture grecque. Sources littéraires et épigraphiques, Paris, éditions de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, coll. « Beaux-Arts histoire »,‎ 2002 (ISBN 2-84056-087-9), p. 559-563, nos 1537-1601
  • (en) Olga Palagia, Euphranor, Leyde, Brill,‎ 1980 (ISBN 90-04-05932-6)
  • (en) Jerome J. Pollitt, The Art of Ancient Greece: Sources and Documents, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1990 (ISBN 0521273668), p. 93-94 et 167-168
  • Claude Rolley, La Sculpture grecque, vol. II : La période classique, Manuels d'art et d'archéologie antiques, Picard,‎ 1999 (ISBN 2-7084-0506-3), p. 284-289
  • Agnès Rouveret, Histoire et imaginaire de la peinture ancienne [Thèse, Paris, 1983], Rome, 1989 (BEFAR, 274) (ISBN 2-7283-0174-3).
    Voir aussi ses commentaires de Pline, HN XXXVI, Paris, 1981 (CUF, 250) (ISBN 2-251-11186-7) ; et son éd. de Adolphe Reinach (1887-1914), Textes grecs et latins relatifs à l'histoire de la peinture ancienne : recueil Milliet, Paris, 1985 (1re éd. 1921) (ISBN 2-86589-013-9).
  • Luigi Todisco, Scultura greca del IV Secolo, Milan, 1993, p. 91-103 (ISBN 88-304-1111-6).