Alcamène

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Alcamène (en grec ancien Ἀλκαμένης / Alkaménês) est un sculpteur grec du premier classicisme (Ve siècle av. J.-C.). Il fut élève de Phidias.

Biographie[modifier | modifier le code]

Peut-être né dans la clérouquie athénienne de Lemnos[1], il passe toute sa carrière à Athènes. Pline l'Ancien[2] situe son apogée lors de la 83e olympiade, c'est-à-dire en 448-445 av. J.-C. et cite comme ses contemporains Critios et Phidias, dont il est le disciple[3]. Il figure parmi les sculpteurs officiels de la cité attique et décore de ses œuvres de nombreux temples érigés pendant la guerre du Péloponnèse. On lui doit notamment les statues de culte de l'Héphaïstion, sculptées entre 421 et 415 av. J.-C.

Il est encore actif en 403 av. J.-C., date à laquelle il sculpte, à la demande de Thrasybule, le relief d'Héraclès et Athéna de l'Héracléion de Thèbes qui célèbre le renversement de la tyrannie des Trente[4]. Face à cette période d'activité particulièrement longue, certains auteurs ont conclu que Pline se trompait en faisant d'Alcamène un contemporain de Phidias[5]. De même, on considère généralement[6] que c'est par erreur que Pausanias[7] lui attribue les sculptures du fronton Ouest du temple de Zeus à Olympie ; on a aussi suggéré l'existence de deux Alcamène[8].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Statue féminine du type de l'Aphrodite accoudée, dans laquelle il faut sans doute reconnaître l’Aphrodite des jardins d'Alcamène, musée du Louvre.

Alcamène s'est distingué à la fois dans le marbre et dans le bronze. Il a également recouru à la technique chryséléphantine. Nous conservons de lui un original, le groupe de Procné avec Itys, son fils, qu'elle médite de tuer[9]; il a été trouvé sur l'Acropole à l'endroit où Pausanias l'a vu ; le dessin tourmenté des plis du péplos et le mouvement du corps de l'enfant évoquent le style tragique des frontons ouest du Parthénon, où figuraient d'ailleurs les mêmes personnages[10] ; d'autres de ses œuvres ont été identifiées dans des copies romaines. Son style est souvent rapproché de celui de Phidias[11].

Les textes mentionnent de sa main :

  • une statue d'Aphrodite dite « des Jardins »[12], traditionnellement reconnue dans l’Aphrodite accoudée ;
  • une statue d'Héra dans un temple situé entre Phalère et Athènes[13] ;
  • une statue d'Hécate Épipyrgidia (« qui est sur le bastion ») à Athènes[14] ;
  • une statue d'Arès à Athènes[15], traditionnellement reconnue dans l'Arès Borghèse ;
  • une statue de Dionysos à Athènes[16] ;
  • une statue d'Héphaïstos à Athènes[17];
  • une statue d'Hermès Propylaios (« qui est devant la porte ») placée à l'entrée de l'acropole d'Athènes[18] ;
  • un groupe de Procné et Itys[19];
  • un relief d'Athéna et Héraclès à Thèbes ;
  • une statue d'Asclépios à Mantinée[20];
  • un penthathlète encrinomenos (« qualifié »)[21].

On peut aussi attribuer les Caryatides de l'Erechthéion à l'atelier d'Alcamène.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Souda (q.v.) le qualifie de « Lemnien », Jean Tzétzès indique qu'il est « originaire des îles » (Chiliades, VIII, 340).
  2. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XXXIV, 49.
  3. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XXXVI, 16 ; Tzétzès (VIII, 340).
  4. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], IX, 11, 6.
  5. Rolley, op. cit., p. 144. Boardman (op. cit., p. 206) et Muller-Dufeu (op. cit., p. 345), par exemple, suivent Pline.
  6. Boardman, op. cit., p. 206 et Rolley, op. cit., p. 144 ; Muller-Dufeu suit Pausanias, p. 345 et 351.
  7. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], V, 10, 8.
  8. J. P. Barron, « Alkamenes at Olympia » dans Bulletin of the Institute of Classical Studies of the University of London no 31 (1984), p. 199-211.
  9. Conservé au musée de l'Acropole d'Athènes, inv. 1358. Voir Boardman, op. cit., fig. 135.
  10. Jean Charbonneaux, Roland Martin, François Villard, Grèce Classique, collection L'Univers des formes, Gallimard, 1969, p. 162.
  11. Denys d'Halicarnasse, Sur l'admiration de l'art oratoire, in Démosthène (50, § 1108).
  12. Histoire naturelle (XXXVI, 16) ; Description de la Grèce (I, 19, 2) ; Lucien de Samosate, Portraits (VI).
  13. Description de la Grèce (I, 1, 5 et X, 35, 2).
  14. Description de la Grèce (II, 30, 2).
  15. Description de la Grèce (I, 8, 4).
  16. Description de la Grèce (I, 20, 3) ; Harpocration (q.v.).
  17. Cicéron, De la nature des dieux (I, 30) ; Valère Maxime (VIII, 11, ext. 3).
  18. Description de la Grèce (I, 22, 8) ; Jahrbuch des Deutschen Archäologischen Instituts no 82 (1967), p. 74-78, fig. 49-51. ; Inschriften von Ephesos (515).
  19. Description de la Grèce (I, 24, 3).
  20. Description de la Grèce (VIII, 9, 1).
  21. Histoire naturelle (XXXIV, 71).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • John Boardman (trad. Florence Lévy-Paoloni), La Sculpture grecque classique [« Greek Sculpture: The Classical Sculpture »], Paris, Thames & Hudson, coll. « L'Univers de l'art »,‎ 1995 (1re édition 1985) (ISBN 2-87811-086-2), p. 206.
  • Loredana Capuis, Alkamenes. Fonti storiche e archeologiche, Florence, publications de la Faculté de lettres et de philosophie de l'Unversité de Padoue, no 44, 1968.
  • Marion Muller-Dufeu, La Sculpture grecque. Sources littéraires et épigraphiques, Paris, éditions de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, coll. « Beaux-Arts histoire »,‎ 2002 (ISBN 2-84056-087-9), p. 344-347.
  • Claude Rolley, La Sculpture grecque, vol. II : La période classique, Manuels d'art et d'archéologie antiques, Picard,‎ 1999 (ISBN 2-7084-0506-3), p. 143-149.
  • (en) Andrew Stewart, One Hundred Greek Sculptors: Their Careers and Extant Works [lire en ligne]