Compteur communicant

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Un compteur communicant (ou « compteurs évolués ») est un compteur disposant de technologies avancées, dites AMR (Automated Meter Reading) qui identifient de manière plus détaillée et précise, et éventuellement en temps réel la consommation énergétique d’un foyer, d’un bâtiment ou d’une entreprise, et la transmettent, par téléphone (ou par courants porteurs en ligne (CPL)), au gestionnaire des données de comptage (en France, mission confiée au distributeur par la loi du 7 décembre 2006[1]).

Un compteur intelligent connecté à un smartgrid utilisé notamment en Allemagne. Il communique en duplex et peut déconnecter l'installation ou en réduire la puissance.

Les compteurs « communicants » aident à produire des factures sur la consommation réelle, à repérer des gaspillages, des pertes en ligne ou les postes qui coûtent le plus au client. Ils peuvent éventuellement l'informer de microcoupures ou de pertes sur le réseau électrique. L'opérateur en attend des gains de productivité important, via la suppression des emplois de personnels chargés du relevé des compteurs.

Si le compteur est en outre « programmable à distance » et équipé d'un appareil de coupure à distance, il est dit « AMM » (Advanced Meter Management). Cette dernière qualité est capitale car dépassant le simple relevé à distance ; elle ouvre l'ensemble du réseau (de distribution d'électricité, d'eau, de gaz) à des évolutions profondes génériquement connues sous le nom de « réseau intelligent ». Cependant, ces compteurs présentent des inconvénients en termes de coût et potentiellement en termes d'atteinte à la vie privée notamment[réf. nécessaire].

Cette notion concerne plus souvent le compteur électrique, mais s'étend aux domaines du gaz naturel et de l'eau. Éventuellement « bidirectionnels », ils sont aussi développés dans la perspective de la ville intelligente ou ville du futur où sont attendus des instruments (capteurs intelligents et communicants) et des réseaux capables de traiter, stocker, filtrer, sécuriser ou renvoyer ou partager des données, pour notamment suivre en temps réel les réseaux, équilibrer l'offre et la demande, maitriser ou lisser les consommations, produire des factures, repérer et réparer les pannes ou défauts, piloter la gestion de crise, affiner les modèles de prévision, etc.


Avantages et inconvénients[modifier | modifier le code]

La dérégulation progressive des marchés de l'électricité et du gaz dans le monde, ainsi que l’interconnexion croissante des réseaux ont incité des agences et organismes gouvernementaux de réglementation ou de régulation à rechercher des moyens de mieux connaître, prévoir et maîtriser la consommation électrique, de gaz et d’eau des habitants, d’un quartier, d’une région ou d’un pays.

Avantages[modifier | modifier le code]

Les promoteurs de ces compteurs visent à inciter les clients à moins consommer, par l'établissement de prix différenciés en temps réel, aux heures de crêtes (surtarification) prévisibles selon les heures de la journée et la saison. Cela est censé encourager les clients à consommer moins d'énergie et permettre des économies globales d'énergies dans une perspective de développement durable. En effet, en permettant un suivi de consommation, ces systèmes permettraient de réaliser des économies d’énergie de 5 à 15 %, en favorisant de meilleures pratiques. Ces compteurs permettent également de couper à distance avec l’accord des clients l’alimentation de certains équipements, pour éviter les surcharges du réseau en périodes de pointe[2].

Les compteurs communicants permettent également d’effectuer certaines opérations à distance, sans qu’un technicien ne se déplace et que le client soit présent. En éliminant les tâches manuelles de relève, de changement de puissance, de coupure ou de remise en service, ces compteurs sont censés, à terme, permettre une diminution des coûts de distribution de l'énergie et des délais d’intervention.

Ces compteurs permettront en outre d'avoir une facture basée sur une consommation en temps réel, plutôt que sur une alternance de relevés sur site et d'estimations.

Inconvénients[modifier | modifier le code]

La précision de ces compteurs et la liaison constante qu'ils entretiennent avec le fournisseur d'électricité sont jugées préoccupantes en raison des possibles atteintes à la vie privée qu'ils permettent. Ainsi, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) s’inquiète des dérives possibles en matière policière et commerciale : « Le gestionnaire peut savoir, en théorie, minute par minute dans quelle pièce vous vous trouvez et ce que vous y faites ! » relève ainsi Levi Nietvelt, conseiller chargé de l’énergie au BEUC[3]. Un chiffrage des données transmises devrait néanmoins éviter les piratages et les fournisseurs devraient se voir imposer des règles strictes dans l’usage de ces informations. En France, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a constitué un groupe de travail sur ce sujet incluant la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés)[4]. Cette dernière a, à cette occasion, mis en garde EDF quant à la nécessité de « garanties sérieuses » sur la confidentialité des données, compte tenu du fait qu'à terme ces compteurs permettront de savoir « beaucoup de choses sur les occupants d'une habitation, comme leur horaire de réveil ou le moment où ils prennent une douche »[5].

Par ailleurs, le coût de ces appareils n'est pas négligeable : entre 12 et 24 euros par an pendant dix ans à chaque utilisateur[3] ; il pourrait même doubler par rapport au prix initialement prévu[5].

En outre, l'utilisation du CPL suscite une interrogation du fait de la pollution électromagnétique en ondes à hautes fréquences associée à cette technologie lorsqu'elle est utilisée sans blindage des câbles. Outre des problèmes d'interférence pour les utilisateurs professionnels d'ondes HF, généralisées par le caractère systématique de l'installation des nouveaux compteurs, les hautes fréquences sont susceptibles de poser un sérieux problème de santé publique[6].

Enfin, il a été souligné que cela entraînerait la disparition de nombreux emplois chez ErdF[3].

Prospective[modifier | modifier le code]

Dans le monde entier, à partir des années 1990-2000, la plupart des gouvernements et distributeurs d'électricité puis de gaz et d'eau se sont emparés de la question ou s'y intéressent, emboîtant le pas à l'Italie, premier grand pays à être intégralement doté de compteurs électriques dits intelligents (en 2011, dans son évaluation de Linky la Commission de régulation de l'énergie (CRE) parle plutôt de « système de comptage évolué »)[7].

  • Une première étape a été celle de la comptabilisation de volumes ou flux (smart metering) au service de l'équilibrage des réseaux (électricité dans un premier temps), c'est-à-dire de l'opérateur.
  • Une seconde étape, en cours pourrait être une aide peu à peu généralisée à la gestion (plus ou moins automatisée) ; au service de l'usager.
  • Une troisième étape, appuyée sur le Web 2.0 et le développement de prises électriques intelligentes (smart plug) et de différents types de capteurs et objets communicants, pourrait être un système commun et unifié de gestion intelligente des réseaux d'eau, de gaz et d'électricité, incluant les compteurs d'électricité et diminuant toutes les pertes en ligne. Selon la CRE (2011), pour qu'il puisse économiser au mieux l'énergie, « le consommateur doit disposer en temps réel de sa consommation en kilowattheures et en euros, voire en contenu de CO2, de la puissance soutirée, de la période tarifaire, ainsi que de fonctions de mémorisation et de comparaison ».
    Les premiers compteurs d'eau "intelligents" sont apparus en 2012 en France.
    Des prospectivistes comme Jeremy Rifkin prévoient l'émergence proche d'un « Internet de l'énergie », qui pourrait également s'étendre aux réseaux et systèmes de transports intelligents promus par l'Europe notamment[8]. L'innovation pourrait aussi porter sur le développement de compteurs "bi directionnels", c'est-à-dire pouvant alimenter le réseau et pas seulement y soutirer un flux (Linky le permet), par exemple pour des transferts latéraux (entre voisins, entre quartiers) de surplus d'énergies d'origine renouvelable (ou d'eau pluviale, dans un réseau séparé, voire un jour de méthane ou hydrogène) produits in situ. Ceci demande d'homogénéiser l'adressage (les IP des compteurs) et standardiser l'interopérabilité des systèmes par un protocole de communication standard ou des systèmes de traduction entre quelques protocoles. Les compteurs d'eau intelligent devraient notamment aide les opérateurs à repérer les fuites d'eau dans la maison, comme dans le réseau de distribution d'eau en amont, ainsi que les coupures de réseau. Des questions nouvelles, éthiques et techniques se posent, sur la protection de la vie privée et la sécurité ou vulnérabilité de ce type de réseau selon qu'ils sont centralisés, décentralisés, transparents ou non, locaux, régionaux ou transnationaux, etc.

En Europe[modifier | modifier le code]

En septembre 2009, l'Union européenne a fixé[9] aux États membres l'objectif de déployer des compteurs communicants dans 80 % des foyers européens avant 2020, et 100 % avant 2022[10] (Directive à transposer dans le droit national avant mars 2011[9]). Dans le marché intérieur de l'énergie (et donc de l’électricité), chaque États doit veiller « à la mise en place de systèmes intelligents de mesure qui favorisent la participation active des consommateurs au marché de la fourniture d’électricité. La mise en place de tels systèmes peut être subordonnée à une évaluation économique à long terme (avant le 3 septembre 2012) de l’ensemble des coûts et des bénéfices pour le marché et pour le consommateur, pris individuellement, ou à une étude déterminant quel modèle de compteurs communicants est le plus rationnel économiquement et le moins coûteux et quel calendrier peut être envisagé pour leur distribution »[11], en ciblant aussi l'objectif des « trois fois 20 » proposés par la Commission pour combattre le changement climatique : augmenter de 20 % la proportion des sources renouvelables dans le mix énergétique ; diminuer de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) ; améliorer l’efficacité énergétique de 20 % d’ici à 2020. Selon la Commission ces compteurs communicants peuvent réduire les dépenses énergétiques de 10 % en Europe.

La Suède et l’Italie sont les premiers pays à avoir entrepris l’installation de compteurs communicants.

France[modifier | modifier le code]

Le projet Linky[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Linky.

Le 1er distributeur français, ERDF, a lancé en 2007 le projet Linky (nom donné officiellement au compteur en mars 2009), avec l'objectif d'équiper toute la France avant 2021, soit 35 millions de clients, pour un coût annoncé de 4 milliards d'euros. Les associations de consommateurs ont exprimé des inquiétudes concernant le financement de ces appareils : ERDF assure que le financement sera assuré par les économies réalisées par les gestionnaires de réseau et les économies d'énergie, mais les opérateurs payant le tarif d'utilisation du réseau public d'électricité qui finance ce projet risquent de répercuter sur leur facture l'augmentation de cette taxe[12].

Le gouvernement français décidera de cette généralisation à l’issue de la phase d’expérimentation à la fin de l’hiver 2011 et d'une évaluation (publiée par la CRE en Juin 2011[7], et concluant que le Linky respectait les critères d'évaluation[13] retenus par la CRE, bien que ne permettant pas à ce jour « les fonctionnalités relatives au prépaiement, à l’enregistrement du dépassement de puissance et au délestage par limitation de la puissance appelée, désormais jugées non indispensables ») ;

Selon ERDF, la généralisation du compteur Linky permettrait[14] :

  • pour les gestionnaires de réseaux : une réduction des coûts de gestion,
  • pour les fournisseurs : une réduction des fraudes et des réclamations, et une plus grande richesse d’informations permettant de proposer aux clients de nouvelles offres,
  • pour les producteurs : une meilleure maîtrise des pointes de consommation et une simplification de l'installation de panneaux photovoltaïques,
  • pour les clients : des factures établies systématiquement sur leur consommation réelle, des interventions effectuées sans intervention à l'intérieur du domicile et sans prise de rendez-vous.

Depuis le 1er janvier 2010, les clients industriels raccordés en basse tension (BT) peuvent disposer de leur propre compteur communicant, le compteur PME-PMI. Celui-ci ne fait pas encore l'objet d'un déploiement massif mais il équipera ces clients en cas de défaillance des anciens compteurs ou en cas de création d'un point de livraison. Les clients industriels raccordés en haute tension (HTA) seront quant à eux couverts par le futur compteur HTA dont la mise en œuvre est prévue en 2013. Linky, PME-PMI et HTA formeront ainsi la gamme complète des compteurs communicants français, selon les projets d'ERDF.

L'ADEME a conduit une évaluation des bénéfices pour l'environnement du compteur Linky, et a conclu fin 2010 que le gain réel en économie d'énergie pour le consommateur n'était pas prouvé, préconisant une année supplémentaire de test, et l'ajout d'un mécanisme d'affichage supplémentaire relié au compteur et situé à l'intérieur du logement pour mieux informer le consommateur. C'était une des critiques faites par les détracteurs de Linky[15]

En 2013, dans une perspective de ville intelligente, l'université de Lille (USTL) a mis en place une Chaire Industrielle "Réseaux Urbains Intelligent" [16].

Un déploiement sur dix ans[modifier | modifier le code]

On peut distinguer trois phases au projet Linky :

  • L'étude (2007-2009), où les grandes orientations ont été choisies (spécifications système d'information, compteurs et concentrateurs, modes de communication, condition de l'expérimentation) et où le consortium chargé de la création conjointe du SI et des matériels, et de la spécification des protocoles de communication, a été désigné. Placé sous la responsabilité d'Atos Origin France, il regroupe trois constructeurs  : Landis+Gyr, Itron (Actaris) et Iskraemeco, et Trialog.
  • L'expérimentation (2009-2010)[17], lancée en mars 2009, consiste à installer en Indre-et-Loire et à Lyon 300 000 compteurs[18] issus des productions des sociétés membres du consortium choisi lors de l'étude, et à fournir à la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) le retour d'expérience permettant au pouvoir public de décider ou non de la phase de généralisation. ERDF profite de l'expérimentation pour réaliser le système d'information cœur du système Linky (SI Linky, fourni par Atos Origin International France, avec le support en assistance à maîtrise d'ouvrage de la société Accenture), mettre en place les processus métier du déploiement sur le terrain et au sein du système d'information du déploiement (SID, fourni par Steria, avec le support en assistance à maîtrise d'ouvrage de la société Talan et l'expertise en application de mobilité de la société Nomadvance).
    Le 15 septembre 2010, le ministère de l'Environnement a confirmé une prolongation du projet pilote des compteurs « au moins jusqu’au 31 mars 2011, pour une évaluation complémentaire du système en période de froid »[19].
  • La généralisation (à partir de 2012 ?), qui s'appliquerait à l'ensemble des clients d'ERDF sur le segment C5 (particuliers et professionnels disposant d'une puissance inférieure à 36 kVA) dans le cas où ERDF obtiendrait un accord des autorités, sachant que dans le même temps, les autres segments de clientèle (C1-C4) et les territoires desservis par d'autres distributeurs qu'ERDF (SICAE, régies, etc.) feront aussi l'objet d'un déploiement de dispositifs de comptage intelligents.
    Selon la CRE[7], « Le déploiement généralisé du système de comptage évolué Linky va entraîner la pose de 35 millions de compteurs, soit 2 à 7 millions de compteurs par an » (avec une montée en puissance à partir de 2015. Le remplacement en masse est un investissement important ; un rapport rédigé par Ernst & Young pour l'Allemagne a conclu que l'investissement pour un remplacement rapide des compteurs existants n'était pas dans l'intérêt du consommateur et il préconise de renouveler seulement les compteurs en fin de vie[20].
Aspects techniques[modifier | modifier le code]

Linky monophasé et triphasé ont sensiblement les mêmes dimensions que leurs prédécesseurs[14], les compteurs bleus électroniques (CBE) mono et triphasés. Le compteur Linky embarque toutes les fonctionnalités existantes sur les CBE auxquelles il vient ajouter celles de sa génération (mesures sur 14 index, relevé de courbe de charge, communication CPL avec les concentrateurs), symbolisées par la présence d'un port USB en façade, qui toutefois ne peut recevoir un périphérique USB standard mais est destiné à offrir les fonctionnalités (déjà existantes sur le CBE) de télé-information client (TIC)[21]. Lors de l'expérimentation de 2010, les compteurs Linky ne sont pas reliés au bus de téléreport Euridis, afin d'éviter la confusion entre CBE et Linky lors des télérelèves. Linky exploite une version plus avancée d'Euridis : Euridis2.

Fait significatif en matière de développement des énergies renouvelables grâce à la production décentralisée, Linky compte à la fois en soutirage (consommation) et en injection (production).

Le système construit par ERDF repose sur la communication bi-directionnelle entre son parc de comptage et un unique système d'information via des concentrateurs installés dans les postes de transformation HTA/BT. Les informations et les ordres circulent entre ces 3 points de la manière suivante :

  • de Linky au concentrateur, par courants porteurs en ligne (CPL) bas débit sur le réseau BT
  • du concentrateur au système central par téléphonie mobile (GPRS).

Les flux sont supervisés par une unique agence centrale de supervision (aussi appelée "control room").

Le courant porteur en ligne utilisé est basé sur une modulation S-FSK, à un débit de 2400 bits par seconde. Au-dessus de cette couche physique sont utilisées les couches du protocole PLAN (norme IEC 61334) ainsi qu'une messagerie COSEM (norme IEC 62056)[22].

Le système Linky est à la fois un gestionnaire d'actifs et de données de comptage et un automate délivrant des services aux autres SI de l'entreprise et, via eux, aux SI des fournisseurs d'électricité. Grâce à lui, un client emménageant dans son nouveau logement pourra appeler son fournisseur, lui demander une mise en service et l'obtenir sans la contrainte d'un rendez-vous physique, dans les 24h.

Services associés : quels bénéficiaires ?[modifier | modifier le code]

Linky apporte aux clients les services de tout compteur AMM tels que décrits en tête de l'article et permet à ERDF de se préparer à lancer son propre « réseau intelligent » (smart grid), gage d'autres possibilités pour les différents usagers des réseaux et la collectivité en général.

Exemples de services :

  • le relevé d’index à distance, sans que l’abonné ne soit présent (et donc la disparition des factures estimées) ;
  • la mise en service à distance, dans des délais plus bref (après un déménagement par exemple) ;
  • le dépannage à distance.

Pour l'UFC-Que Choisir, ce compteur n'est conçu que « dans l'intérêt exclusif du gestionnaire du réseau et des fournisseurs d'énergie » car, alors que la loi Grenelle I prévoit que le suivi au jour le jour de la consommation électrique soit possible, ce service sera payant pour l'usager sur le compteur Linky[23].

Pollution électromagnétique[modifier | modifier le code]

La technologie CPL (courant porteur en ligne), utilisée par le compteur Linky pour la communication entre le compteur et le concentrateur, présente l'inconvénient de produire des ondes à haute fréquence à l’extérieur des fils lorsque le réseau électrique n'est pas blindé. En outre, la communication entre le concentrateur et le système central se ferait par ondes téléphoniques (GPRS)[réf. nécessaire]. Ainsi, le déploiement des compteurs serait contradictoire avec la volonté de nombreuses communes, dont Paris, de diminuer l'exposition quotidienne de la population aux champs électromagnétiques. L'association Robin des toits, ainsi que d'autres a annoncé le 30 novembre 2011 avoir déposé un recours devant la juridiction administrative pour contester la décision de généraliser l'installation des compteurs Linky, notamment au motif que cette décision, prise sans étude d'impact sanitaire, est contraire au principe de précaution[24]. Ce recours, ainsi que d'autres recours portant sur les mêmes questions, a été rejeté le 20 mars 2013 par le Conseil d’État, qui a considéré que le dossier ne faisait pas apparaître, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à faire obstacle au déploiement de dispositifs de comptage[25].

Sécurité des données[modifier | modifier le code]

Soucieuses du respect de la vie privée, les associations de consommateurs émettent des réserves sur le déploiement de Linky. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a déclaré, dans un communiqué publié le 5 août[26] : « Les informations de consommation d’énergie transmises par les compteurs sont très détaillées et permettent de savoir beaucoup de choses sur les occupants (d’un foyer). (…) Les distributeurs d’énergie devront donc apporter des garanties sérieuses sur la sécurisation de ces données et leur confidentialité ».

ERDF a répondu que toutes les données de consommation sont chiffrées, pour protéger le système contre des attaques malveillantes pouvant nuire au respect de la vie privée. L’entreprise a ajouté que toutes les informations collectées seront considérées comme des données personnelles et donc transmises aux producteurs et distributeurs d'énergie dans le respect de règles de confidentialité, sous le contrôle de la CNIL.

L'accès aux données est juridiquement cadré par deux articles de loi :

  • article 79 de la loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement (dit Grenelle II). Il modifie l'article L. 224-1 du code de l'environnement, implique un décret en Conseil d'État pour prescrire aux fournisseurs d’électricité, de gaz naturel ou de chaleur, l’obligation de communiquer périodiquement aux consommateurs finals domestiques un bilan de leur consommation énergétique accompagné d’éléments de comparaison et de conseils pour réduire cette consommation et une évaluation financière des économies éventuelles ;
  • article 18 de la loi n° 2010-1488 du 7 décembre 2010 ; Il organise le nouveau marché de l'électricité (code de la consommation et permet au consommateur d’accéder gratuitement à ses données de consommation. Un décret pris après avis du Conseil national de la consommation et de la CRE précisant les modalités d'accès à ces données. La CRE a recommandé en 2011, que l'accès puisse se faire via un site Internet (financé par le TURPE avec code personnel d'accès.
Projets de compteurs AMR pour le gaz[modifier | modifier le code]

GRDF prévoit l'installation de compteurs communicants gaz, baptisés Gazpar, pour les prochaines années.
Une décision ministérielle de déploiement de ces compteurs en remplacement des 11 millions de compteurs gaz actuels est attendue pour le milieu de l'année 2013.

Projets de compteurs AMR pour l'eau[modifier | modifier le code]

Les trois distributeurs majeurs d'eau en France (Veolia, Lyonnaise des Eaux et Saur) installent des compteurs communicants dans le secteur de l'eau[27] soit pour équiper toute une ville, soit pour équiper ponctuellement un site industriel ou un immeuble d'habitation ou de bureaux. Plusieurs fabricants de compteurs proposent des solutions adaptées, différentes de celles utilisées pour les compteurs communicants utilisées pour le gaz et l'électricité (pour ce qui relève des données produites qui sont parfois spécifiques), le système de collecte pouvant lui être commun (collecte mobile piétonne ou par véhicule, ou collecte via un réseau fixe ou mobile).

Des partenariats se nouent pour que différentes marques de compteurs d'eau puissent bénéficier d'un modules radio de même nature afin de rendre le compteur intelligent et communiquant. Ces partenariats sont encouragés à suivre cette voie par les distributeurs d'eau qui peuvent ainsi référencer d'une part les compteurs d'eau sur leur qualité métrologique et d'autre part référencer les modules radio compatibles. Ces derniers étant soit conçus par les fabricants de compteurs d'eau, soit conçus par des sociétés tierces spécialisées dans le domaine (par exemple, Coronis, Homerider Systems, etc.).

Le constructeur israélien Arad s'est récemment allié au français Polier Water pour promouvoir ses solutions télécom dans l'hexagone[28].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Italie[modifier | modifier le code]

ENEL SpA, principal producteur en Italie, fut précurseur. L'installation de compteurs communicants chez 27 millions d'abonnés a eu lieu entre 2000 et 2005.

Ces compteurs à puce électronique et communications bidirectionnelles, de conception solide mesurent la puissance et sont dotés de capacités logicielles de gestion. Ils communiquent sur des lignes à faible tension avec des normes standard entre l’IP locale et les serveurs de l’entreprise ENEL. Le client comme le fournisseur peuvent aussi connaître la consommation du compteur, à distance, lire des informations sur l'utilisation d'un compteur, détecter une panne de service ou une utilisation non autorisée de l'électricité… Un client peut réclamer à tout moment et changer à distance ses conditions de facturation, son plan de crédit de pré-paiement, son montant forfaitaire ou ses tarifs.

Dans diverses publications, ENEL a estimé le coût du projet à environ 2,1 milliards d'euros, pour des économies d’exploitation attendues de 500 millions d'euros par an, soit un amortissement en quatre ans.

Irlande[modifier | modifier le code]

Ce pays va lancer d'ici à 2012 (et dès 2008 dans 25 000 foyers) des compteurs communicants à 250 euros pièce qui aideront le public à prendre conscience en temps réel de ses consommations, et qui permettront la comptabilité des flux de courant dans les deux sens pour les foyers équipés de modules photovoltaïques ou d'une autre installation de production électrique, ou de bâtiment à énergie positive. Ces compteurs informeront les producteurs en temps réel et permettront des factures plus détaillées pour les clients. L'Irlande espère aussi réduire la demande en électricité en incitant les ménages et entreprises à plus de sobriété électrique. Le surcoût induit par l'installation de ces compteurs est évalué à 300 millions d'€.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

La société Oxxio a présenté son premier compteur d'électricité et de gaz « intelligent » aux Pays-Bas en 2005. En septembre 2007, le gouvernement néerlandais a proposé que les sept millions de ménages du pays aient un tel compteur d'ici à 2013, dans le cadre d'un plan national d’économies d’énergie.

Dans le reste du monde[modifier | modifier le code]

Australie[modifier | modifier le code]

En 2004, l’ESC « Essential Service Commission » de l’État de Victoria, en Australie prévoit l'installation de tels compteurs pour 2013 pour toutes les résidences et les petites entreprises. D’autres États l'envisagent également[29].

Canada[modifier | modifier le code]

Ontario[modifier | modifier le code]

L'Ontario Energy Board (Ontario, Canada) conduit un projet de technologie incluant la pose de compteur et la mise en place d'un système d'information Smart meter et a développé un cadre règlementaire pour sa mise en œuvre.
Des compteurs communicants doivent être installés dans 800 000 foyers (avant fin 2007) avec un objectif de 100 % de généralisation pour 2010[30].
En 2010, des inquiétudes émise par des députés du NDP (qui réclament un audit) sont nées du fait de dépassements importants de budget, mais mi-2010, 4,1 millions de compteurs étaient posés, et 400 000 en cours. Un compteur coûte 700,54 dollars canadiens et l'installation 145 dollars[31].

Québec[modifier | modifier le code]

Hydro-Québec prévoit remplacer ses 3,8 millions de compteurs électromécaniques et électroniques par des compteurs communicants entre 2012 et 2017 dans le cadre du déploiement d'une «infrastructure de mesurage avancé» et de la lecture à distance des compteurs. Les appareils seront fabriqués par Landis+Gyr[32] et Elster[33],[34].

Le projet, dont les coûts sont estimés à 997 millions $, vise d'abord à assurer la pérennité du parc de compteurs, à réduire les coûts de la relève à pied, à éliminer la facturation basée sur une estimation de la consommation et à faciliter l'interruption et la remise en service. Dans une demande déposée en 2011 à la Régie de l'énergie du Québec, Hydro-Québec Distribution prévoit que le projet lui permettra de réaliser des gains de 200 millions $ actualisés (2011), notamment par l'abolition de 726 postes[35]. Le programme d'implantation des nouveaux compteurs est cependant contesté par le Syndicat des employés de techniques professionnelles et de bureau d'Hydro-Québec, qui soutient que «le système actuel est plus efficace et plus rentable»[34].

Dans un premier temps, le distributeur d'électricité québécois ne prévoit pas mettre en œuvre d'autres services rendus possibles par cette technologie, comme la gestion de la demande ou la tarification différenciée dans le temps, qui risquent de s'avérer impopulaires auprès de la clientèle[36], mais n'exclut pas l'ajout de nouvelles fonctionnalités dans le futur[37]. Parmi elles, la société d’État a annoncé qu’elle débuterait le déploiement, dès 2014, d’une fonctionnalité permettant aux clients de visualiser et de gérer leur consommation. De même, elle a annoncé qu’un algorithme sera implanté et développé pour intégrer les signaux des compteurs communicants et favoriser la gestion de panne[38].

En date du 9 avril 2014, la société d’État a annoncé avoir installé 1,4 million de compteurs communicants depuis le début du déploiement[39].

Chronologie des décisions et avis publics[modifier | modifier le code]
Chronologie du projet[modifier | modifier le code]
  • Octobre 2012 – La Régie de l’énergie autorise la phase 1 du projet Lecture à distance[41];
  • Octobre 2012 – La Régie de l’énergie rend sa décision sur une option de retrait[41];
  • Février 2013 – Début du déploiement des premiers compteurs[42];  
  • Novembre 2013  – Dépôt de la demande à la Régie de l'énergie pour les phases 2 et 3 du projet lecture à distance[43];
  • Janvier 2014 – Hydro-Québec annonce que plus d'un million de nouveaux compteurs ont été installés[42].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Certains états, dont la Californie font des recherches actives sur ces technologies[44].
Le 20 juillet 2006, la Californie a approuvé un programme d'amélioration des compteurs classiques par adjonction d'un processeur de communications électroniques chez 9 millions de ménages clients (gaz et d'électricité). Ces compteurs calculent et communiquent la consommation horaire du ménage, permettant des factures intégrant des coûts horaires différenciés pour une meilleure maîtrise de la demande en électricité (MDE). Le plein déploiement devrait prendre cinq ans[45].

Turquie[modifier | modifier le code]

Plus d'1 million de compteurs à puce et pré-paiement ont été installés pour le gaz, l’eau et l’électricité (avec l’opérateur Elektromed).

Technologie[modifier | modifier le code]

Le problème principal de ces compteurs est celui de la communication, qui doit pouvoir être fiable et automatique ou sollicitée, dans un réseau communicationnel où circuleront en permanence des milliards de données affluant vers un ou quelques nœuds centraux. Selon les cas (urbain, rural, zone d’activité, zones isolées, etc.), on a songé à utiliser les antennes relais des téléphones mobiles, les ondes radio, les lignes électriques ou téléphoniques, les solutions Wi-Fi et Internet ou la combinaison de plusieurs de ces solutions.

Programmer les compteurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LOI no 2006-1537 du 7 décembre 2006 relative au secteur de l'énergie (1) Sur le site droit.org
  2. Le compteur électrique « intelligent » à la hauteur des attentes de 2012 ?, la Voix du Nord, 20 septembre 2010
  3. a, b et c Des compteurs intelligents et chers, sur le site lemonde.fr du 10 juin 2010
  4. Compteurs intelligents et vie privée : la CNIL fait le point, sur le site generation-nt.com du 6 août 2010
  5. a et b 60 millions de consommateurs, no 453, octobre 2010, p. 10
  6. (en) A new electromagnetic exposure metric: high frequency voltage transients associated with increased cancer incidence in teachers in a California school., sur le site ncbi.nlm.nih.gov, août 2008
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]