Chott el-Jérid

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Chott el-Jérid
Route traversant le chott
Route traversant le chott
Administration
Pays Tunisie Tunisie
Gouvernorats Kébili et Tozeur
Géographie
Coordonnées 33° 42′ 00″ N 8° 26′ 00″ E / 33.7, 8.433333 ()33° 42′ 00″ Nord 8° 26′ 00″ Est / 33.7, 8.433333 ()  
Type Chott

Géolocalisation sur la carte : Tunisie (relief)

(Voir situation sur carte : Tunisie (relief))
Chott el-Jérid

Le Chott el-Jérid (شط الجريد, également appelé Shaţţ al Jarīd, Sciott Gerid et Shott el Jerid[1],[2],[3],[4], est la plus vaste plaine saline ou sebkha tunisienne avec une superficie d'environ 5 000 km2.

Le 28 mai 2008, le gouvernement tunisien propose le site pour un futur classement sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco[5].

Localisation[modifier | modifier le code]

Long de près d'une centaine de kilomètres d'est en ouest, le chott el-Jérid se prolonge à sa pointe orientale par le Chott el-Fejaj. Déployé sur un axe est-ouest entre Nefta à l'ouest et El Hamma à l'est, l'ensemble couvre pratiquement la largeur du Sud tunisien, entre le golfe de Gabès et la frontière algérienne, respectivement distants du chott d'une vingtaine de kilomètres. Le Chott el-Gharsa en Tunisie puis le Chott Melrhir en Algérie terminent cet ensemble de dépressions fermées à évaporation intense. Le Jérid, le Fejaj et le Gharsa sont « de vastes sebkhas. Mais on continuera à les désigner par le nom de chott consacré par l'usage »[6].

Le chott el-Jérid est situé dans un creux synclinal, à la limite entre les chaînons montagneux tunisiens et la plateforme saharienne. Son altitude actuelle est de 15 à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer[7].

Paysage[modifier | modifier le code]

Étendues aventureuses[modifier | modifier le code]

Sel récolté à la surface du chott
Aperçu du chott

Le Jérid et le Fejaj ne possédant aucune altitude inférieure à 15 mètres, ils sont donc au-dessus du niveau de la mer, contrairement à une idée répandue et à la différence du Melrhir qui possède des altitudes négatives jusqu'à -30 mètres[8]. La surface de l'intérieur des chotts est celle de sebkhas : couverte d'une croûte argileuse sans végétation, tapis constitué de cristallisations salines diverses et de sable agglomérés, et bordée, à la périphérie et sur des largeurs variables, par une steppe halophile (localement appelée hamdha) qui justifie l'appellation de chott proprement dite[9]. Selon Hédi Ben Ouezdou, « pendant l'hiver, on peut observer une nappe superficielle d'épaisseur variable qui couvre les chotts. Par contre, au cours de la longue période sèche de l'été, la lame d'eau superficielle cède la place, après évaporation, à une mince pellicule de sel »[10].

Cette hamdha constitue le terrain de parcours des chameaux[11]. À l'exception de quelques pistes aménagées, tout déplacement à l'intérieur du chott est imprudent surtout après les pluies (quand l'argile s'est transformée en vase). Une route, construite sur une digue traversant le Jérid, relie toutefois Kébili à Tozeur sur 80 kilomètres.

Une sebkha est une dépression surcreusée par déflation éolienne, qui élimine les particules d'argile floculées par le sel. La dépression est bordée par des chotts, c'est-à-dire des pâturages salés, qui par extension ont donné leur nom à toute la zone[7].

Zones non dépourvues d'eau[modifier | modifier le code]

« Le climat [ayant] changé à plusieurs reprises au cours du Quaternaire, les chotts se sont retrouvés, selon les périodes, soit des milieux le plus souvent à sec soit des lacs »[12]. La pluviométrie actuelle se caractérise par son irrégularité d'une année sur l'autre mais la moyenne est généralement inférieure à 150 millimètres par an. Si les pluies d'hiver sont fréquentes mais relativement peu abondantes, elles peuvent, en octobre ou mars, constituer des petits « déluges localisés »[13] riches en eaux de ruissellement des oueds. La présence d'eau dans les chotts n'est néanmoins pas due qu'à la pluviométrie : elle résulte également des nappes souterraines situées à faible profondeur. Deux nappes plus profondes sont enfouies dans les couches géologiques (correspondant au Crétacé inférieur, au Miocène et au Pliocène) à des profondeurs variant entre 300 mètres et 2 500 mètres[11].

Cependant, l'évaporation prélève jusqu'à sept fois plus d'eau qu'il n'en est apporté par les pluies, notamment au cours de la saison chaude où les températures varient entre 25 et 40 °C (pour une moyenne de 10 à 24 °C le reste de l'année) et où le souffle du sirocco, vent chaud et sec originaire du Sahara, suffit à élever la température d'une dizaine de degrés en quelques heures. « Au total, le climat est d'une aridité et d'une chaleur remarquables rapprochant la région plus du Sahara que de la steppe »[14].

François Élie Roudaire et le mythe de la mer intérieure[modifier | modifier le code]

L'alignement des chotts a suggéré l'idée de créer une mer intérieure en les remplissant par de l'eau de mer, notamment au XIXe siècle, lorsque « le commandant Roudaire a proposé d'inonder les chotts et de créer une mer intérieure en ouvrant une communication entre le golfe de Gabès et le Chott el-Gharsa au moyen d'un canal qui, après avoir percé le seuil de Gabès (ou celui de l'oued Melah plus au nord), traverserait le Chott el-Jérid et franchirait le seuil de Tozeur »[15]. Le projet est abandonné en 1882 pour des raisons financières mais aussi techniques, compte tenu de l'élévation positive des côtes des chotts el-Jérid et el-Fejaj. Cette aventure inspire Jules Verne dont le livre L'Invasion de la mer constitue le dernier manuscrit qu'il ait retravaillé avant sa mort en 1905[16].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Les paysages du chott apparaissent dans plusieurs épisodes de Star Wars : les scènes extérieures de la résidence d'Owen Lars, située sur Tatooine, sont en effet filmées sur un site au sud-ouest de Nefta.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Shaţţ al Jarīd : Tunisie », Noms géographiques (consulté le 16 septembre 2012)
  2. (fr) « Sciott Gerid : Tunisie », Noms géographiques (consulté le 16 septembre 2012)
  3. (fr) « Shott el Jerid : Tunisie », Noms géographiques (consulté le 16 septembre 2012)
  4. (fr) « Chott el Jerid : Tunisie », Noms géographiques (consulté le 16 septembre 2012)
  5. (fr) Dossier du Chott el-Jérid (Unesco)
  6. (fr) [PDF] Mohamedou Ould Baba Sy, « Recharge et paléorecharge du système aquifère du Sahara septentrional », Faculté des sciences de Tunis,‎ 29 janvier 2005 (consulté le 2 août 2013), p. 8
  7. a et b Collectif, Dictionnaire illustré des merveilles naturelles du monde, Paris, Sélection du Reader's Digest,‎ 1982, 3e éd., 463 p., p. 127-128
  8. (fr) Gustave Léon Niox, Géographie militaire, tome VI « Algérie et Tunisie », éd. Librairie militaire de L. Baudoin et Cie, Paris, 1890, p. 221
  9. Mohamedou Ould Baba Sy, op. cit., p. 9
  10. Hédi Ben Ouezdou, Les chotts et le pays des oasis, éd. Simpact, Tunis, 1998, p. 7
  11. a et b Hédi Ben Ouezdou, op. cit., p. 8
  12. Hédi Ben Ouezdou, op. cit., p. 25
  13. Mohamedou Ould Baba Sy, op. cit., p. 92
  14. Hédi Ben Ouezdou, op. cit., p. 6
  15. (fr) Gustave Léon Niox, op. cit., p. 224
  16. (fr) Jean-Marie Seillan, Aux sources du roman colonial (1863-1914) : l'Afrique à la fin du XIXe siècle, éd. Karthala, Paris, 2006, pp. 345-346

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hédi Ben Ouezdou, Les chotts et le pays des oasis, éd. Simpact, Tunis, 1998
  • René Létolle et Hocine Bendjoudi, Histoires d'une mer au Sahara : utopies et politiques, coll. Écologie et agronomie appliquée, éd. L'Harmattan, Paris, 1997
  • Virgine Pelaez, De Tozeur à Zaafrane : Du Chott el Jerid au désert, éd. Éditions de l'Officine, Paris, 2008
  • Mohamed Chédly Rabia, Étude géologique et hydrogéologique de la région des chotts par télédétection spatiale. Détection du rayonnement naturel et analyse hydrogéochimique, éd. Université de Bordeaux I, Bordeaux, 1984

Liens externes[modifier | modifier le code]

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