Chamil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Chamil à la fin de sa vie. Photo d'Alexander Roinashvili.

Chamil ou Imam Chamil ( Avar: Шейх Шамил; en turc : Şeyh Şamil; en azéri : Şeyx Şamil ; en russe : Имам Шамиль; en arabe : الشيخ شامل), parfois écrit Shamil (1797-1871) fut le plus connu des chefs de guerre qui dirigèrent les tribus caucasiennes dans les guerres qui les opposèrent à l'armée russe entre 1830 et 1860. Son origine vient des Avars (peuple turc). Les motivations de ces combattants semblaient être à la fois une volonté d'indépendance et des raisons religieuses liées au muridisme, mouvement de l'islam présent dans le Caucase (Tchétchénie et Daghestan).

Biographie[modifier | modifier le code]

Chamil vers 1850. Artiste : Vassili Timm.

Chamil est né en 1797 dans l'aoul de Guimry (actuel Daghestan). Son père Dengau possède des terres, et sa position permet à Chamil, qui se démarquait déjà dans sa jeunesse par sa prouesse dans l'équitation et la maitrise des armes, ainsi qu'à son ami Mohammed Ghazi (Mollah Ghazi), d'étudier, notamment l'arabe, la grammaire, la rhétorique et la logique. Il rejoint la Naqshbandiyya et s'impose comme un homme respecté et cultivé pour les peuples musulmans du Caucase.

À cette époque, la Russie cherche à s'étendre sur les terres ottomanes et perses. En réaction à l'invasion russe, les nombreuses tribus du Caucase s'unissent pour briser la loi russe dans ce qu'on appelle aujourd'hui la guerre du Caucase. Les premiers meneurs connus de cette résistance sont le cheikh Mansour et le mollah Ghazi. Chamil est un ami d'enfance de Ghazi et veut devenir son disciple et conseiller.

En 1832, Ghazi meurt à la bataille de Guimry, et Chamil est un des deux seuls murides qui arrivent à s'échapper, mais il est gravement blessé. Il va alors se cacher et les Russes comme les murides pensent qu'il est mort. Une fois rétabli, il réapparaît et rejoint les combattants, alors menés par Gamzat-bek. Celui-ci se fait assassiner en 1834 par Hadji Murad, Chamil le remplace alors comme chef de la résistance caucasienne et devient donc le troisième Imam du Daghestan, après Mohammed Ghazi et Gamzat-bek. À l'été 1839, Chamil et ses partisans (environ 4 000 hommes, femmes et enfants) sont assiégés dans leur fort de montagne d'Akhoulgo, niché dans une boucle de la rivière Andi- Koïssou, à une quinzaine de kilomètres de Guimry. Il faut huit jours aux Russes pour emporter la victoire. Le bilan est très lourd : près de 3 000 soldats russes sont morts, les rebelles sont presque tous tués après des combats extrêmement violents, typiques de cette guerre, qu'en 1858, Alexandre Dumas, à l'occasion d'un voyage dans le Caucase, décrira comme « une guerre sans merci, sans prisonniers, où tout blessé est considéré comme un homme mort, où le plus féroce des adversaires coupe la tête, où le plus doux coupe la main »[1].

Chamil livre en otage aux Russes son fils ainé Djemmal-Eddin. Celui-ci grandira à la cour impériale et deviendra officier dans l'armée russe, avant d'être échangé contre des otages russes et rendu à son père.

Chamil et une poignée de ses partisans, ainsi que sa famille, arrivent miraculeusement à s'échapper juste avant la fin du siège. Après sa fuite, il parvient de nouveau à rallier des hommes pour combattre les Russes. Il réussira à unir les nombreuses tribus caucasiennes divisées contre les Russes, prenant l'islam comme base de cette union. Il fit un usage efficace de techniques de guérilla, profitant de la nature du terrain montagnard, difficile d'accès et propice aux embuscades, et la résistance continua sous son commandement jusqu'en 1859. Toutefois l'armée russe prend l'avantage et, le 25 août 1859, Chamil et ses proches doivent se rendre aux Russes, ils sont emprisonnés dans l'aoul de Gounib (Daghestan).

Capture de Chamil, par Franz Roubaud.

Il est ensuite envoyé à Saint-Pétersbourg (alors capitale de l'empire russe) où il est présenté à l'empereur Alexandre II qui décide de l'exiler à Kalouga, petite ville proche de Moscou. Après quelques années dans cette ville où il ne se plaît guère, il reçoit en décembre 1868 la permission de s'installer à Kiev. Il emménage dans une demeure rue Alexandrovskaïa. Les autorités impériales ordonnent au surintendant de la ville de garder Chamil sous une « stricte mais pas trop onéreuse surveillance » et allouent à la ville une somme assez conséquente pour les besoins de l'exilé. Chamil semble avoir apprécié ce séjour relativement luxueux, comme le prouve la lecture des lettres qu'il a écrites à cette époque[2].

En 1869 on l'autorise à faire un pèlerinage (hajj) à La Mecque. Il meurt en 1871 alors qu'il est à Médine, et est enterré au cimetière Jannat al-Baqi, où reposent de nombreuses personnalités importantes de l'islam. Ses deux fils Djamaleddin et Mohammed Sefi deviendront officiers dans l'armée russe, tandis que les deux autres, Mohammed Gazi et Mohammed Kamil, serviront dans l'armée turque.

Il est toujours honoré dans le Caucase pour sa résistance aux Russes, et est considéré comme un modèle par certains musulmans qui luttent encore aujourd'hui contre l'influence russe dans cette région. Il est à noter que le Rabbi de Loubavitch enseigna au Hassidim une mélodie que Chamil a composé lors de son emprisonnement décrivant son désir de retrouver son statut préalable, cette mélodie est appelée Nigun Shamil et est une allusion au désir de l'âme précédemment unie à Dieu et actuellement emprisonnée dans le corps, qui désire ardemment s'exprimer librement à travers celui-ci[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Dumas, « Chamil et la résistance tchétchène contre les Russes »
  2. Андрей Манчук, Шамиль на печерских холмах, "Газета по-киевски", 06.09.2007
  3. http://www.chabad.org/multimedia/media_cdo/aid/140724/jewish/Shamil.htm

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eric Hoesli (post. Thierry de Montbrial), À la conquête du Caucase : Épopée géopolitique et guerres d'influence, Paris, Éditions des Syrtes,‎ octobre 2006, 690 p. (ISBN 978-2-845130-8[à vérifier : isbn invalide]), chap. 1 (« Tuez Chamil ! »)
  • (de) Grigol Robakidze. "Imam Shamil". Kaukasische Novellen, Leipzig, 1932; Munich, 1979
  • (en) Lesley Blanch. The Sabres of Paradise. New York: Viking Press. 1960.
  • (en) Nicholas Griffin. Caucasus: Mountain Men and Holy Wars
  • (en) The Russian conquest of the Caucasus / John F. Baddeley (1908)
  • Léon Tolstoï. Hadji Murat.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :