Voile islamique dans les écoles en France

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Sous diverses appellations (affaire du voile, du voile islamique, du foulard, etc.), un débat portant sur la question du port du voile islamique dans les écoles a lieu en France depuis le milieu des années 1990. Ce débat soulève des questions connexes liées à :

Cet article résume cette controverse, depuis « l’affaire du voile » et le vote de la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques jusqu'à aujourd'hui, ainsi que les arguments qui s'affrontent en France. Ce débat a donc contribué à brouiller les limites entre « gauche » et « droite » et a révélé la séparation entre des nouvelles tendances politiques : entre les « républicains » (intervention de la République laïque) et les « libéraux », au sens politique du terme (défense des libertés individuelles). Depuis, des Affaires du voile islamique ont éclaté dans d'autres lieux que l'école et dans d'autres pays que la France.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premiers cas (juin 1989)[modifier | modifier le code]

À la mi-juin 1989, les médias français commencent à parler de filles qui portent « le Tchador à l'école». Dans Le Quotidien de Paris, Ghislaine Ottenheimer, en tant qu'« envoyée spéciale » à Épinal, relate le 13 juin 1989, une querelle entre des instituteurs et des parents d'élèves. « Les premiers, écrit-elle, au nom des principes laïcs, proscrivent le port du foulard traditionnel. Les seconds invoquent le droit d'afficher leur religion. » L'article est illustré par une photo de 4 enfants de 5 ou 6 ans (trois garçons et une fillette non voilée) d'origine étrangère ; la légende titre : « Tout le problème de l'intégration. ».

L'article de Ghislaine Ottenheimer explique qu'à la faveur de récréations, alors qu'il faisait très chaud, la directrice, voyant une fillette suer, lui aurait demandé de retirer son foulard, ce que la fillette refusa de faire. Au-delà de l'anecdote, Ghislaine Ottenheimer insiste sur l'époque et sur le climat : « Mais de quel droit, sous quel prétexte s'offenser du port d'un couvre-chef quel qu'il soit, en plein hiver ? Là, à la faveur des premiers rayons de soleil, la directrice a testé le caractère emblématique et religieux de ce fichu. ». La fillette refusera, la Directrice se braquera, puis les parents aussi. Le père de la fillette, Miloud el-Kihal, président de l'association musulmanne culturelle des Vosges, et directeur de l'école musulmane, prend les choses en mains. Aucune des parties ne veut lâcher du terrain, et le conflit sera finalement tranché par les « responsables académiques », qui soutiendront la directrice mais accepteront que les fillettes portent leur foulard en cours.

L'affaire de Creil (septembre 1989)[modifier | modifier le code]

Le 18 septembre 1989, Fatima (13 ans) et Leïla (14 ans) Achahboun, ainsi que Samira Saïdani, cessent de fréquenter le collège Gabriel-Havez de Creil dans l'Oise (500 élèves musulmans sur 876[1] et 25 nationalités[2]), sur la demande du principal du collège, Ernest Chénière, qui estime dans une lettre aux parents que le voile est une marque religieuse incompatible avec le bon fonctionnement d'un établissement scolaire. Il écrit : « Notre objectif est de limiter l'extériorisation excessive de toute appartenance religieuse ou culturelle. Je vous prie de leur donner la consigne de respecter le caractère laïc de notre établissement. »[3] Selon le Principal, dans ce même établissement, « une vingtaine de jeunes israélites ne viennent pas le samedi matin, ni le vendredi soir pendant l'hiver. Les professeurs ne peuvent plus l'accepter. Nous ferons respecter la laïcité. »[3] Les parents des filles portant le foulard ne veulent pas désarmer. Les filles seront exclues de l'établissement.

Malek Boutih, alors vice-président d'SOS Racisme, trouve « scandaleux que l'on puisse au nom de la laïcité intervenir ainsi dans la vie privée des gens, malmener les convictions personnelles »[4]. L'Humanité du 6 octobre 1989 continue : « volonté de mettre l'islam au ghetto, relents de racisme, démission éducative, Malek Boutih ne mâche pas ses mots ». SOS Racisme demandera la réintégration des trois élèves et déclarera : « En aucun cas, une sanction ne peut être infligée à des élèves en vertu de leur foi. »[4],[5]

Le SNES, dans une déclaration du 5 octobre 1989, affirme que « certaines facilités peuvent être offertes aux élèves pour l'exercice de leur croyance (…) dans le respect du principe de neutralité et dans la limite des contraintes matérielles (…) cette pratique souple et tolérante de la laïcité exclut cependant de transformer les établissements scolaires en lieux d'affrontement entre croyants de différentes confessions ou avec les non-croyants. »

Lionel Jospin, ministre de l'éducation de l'époque, déclarera qu'il faut respecter « la laïcité de l'école qui doit être une école de tolérance, où l'on n'affiche pas, de façon spectaculaire ou ostentatoire, les signes de son appartenance religieuse. » Il précisera que « l'école est faite pour accueillir les enfants et pas pour les exclure »[6]

Finalement, les trois élèves du collège Gabriel-Havez de Creil retourneront à l'école le lundi 9 octobre 1989, à la suite d'un accord entre les parents et le collège. Les filles pourront mettre leur foulard dès la sortie des cours et le retirer avant d'y entrer[1].

Mais cette affaire est à l'origine d'une vague médiatique[7] et politique[8] qui fera beaucoup de dégâts au sein de plusieurs associations[9], dont le MRAP.

L'emballement (octobre-novembre 1989)[modifier | modifier le code]

Tout de suite après l'affaire de Creil, le MRAP est saisi par le frère de Souan Flijan. Cette tunisienne en cours de naturalisation de 18 ans demeurant à Marseille s'est vu essuyer plusieurs refus d'inscription parce qu'elle portait le voile[10]. Inscrite finalement au lycée professionnel de Marie Laurencin à Sainte-Marthe, elle est admise en cours le matin du 6 octobre 1989. Cependant, dès l'après-midi, on la refuse à nouveau en classe et Souan Flijan n'est plus revenue au lycée. Le MRAP est saisi et Maître Gilbert Collard assurera la défense des intérêts de l'association et de Souan Flijan. Le 16 octobre 1989, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille Charles Zorgbibe se rend au lycée professionnel pour soutenir les enseignants, qui font blocs avec le proviseur pour ne pas accepter que la jeune Souan porte son voile en cours. Il déclarera : « Cette intégration ne se fera que dans la laïcité. On ne peut pas lâcher sur ses principes. Il faut que tous les jeunes Marseillais apprennent à vivre dans la République. »[11] SOS Racisme suivra le MRAP dans cette affaire et jugera cette position « on ne peut plus douteuse et irresponsable »[11].

À la suite de l'exclusion, le lundi 16 octobre 1989, de Saida[12] (17 ans, préparant un BEP de coiffure) du LEP Philippe de Girard à Avignon, huit élèves viennent à l'école en arborant un foulard sur la tête. Une des élèves déclarera : « Saida a porté pendant deux ans le tchador au collège, deux mois sans problème au LEP et puis d'un coup les affaires se multiplient en France et on vire Saida ! »[13]

Le 19 octobre 1989, Le Provençal publie un reportage sur une école coranique comorienne à Frais-Vallon intitulé : « La guerre du voile n'aura pas lieu. ». L'orientation de l'article est révélatrice de l'ambiance qui entoure l'attention toute particulière portée soudain sur le voile en plein contexte de l'affaire Rushdie : « Les voiles des petites Comoréennes [sic] de Frais-Vallon n'ont rien à voir avec les tchadors iraniens, ni mêmes avec les tenues austères des religieuses. Ce sont des pièces de coton colorées, de couleurs vives, que les filles portent comme des foulards. Verts, jaunes, orange, unis ou décorés de motifs. Plutôt agréable à l'œil. »

Le jeudi 19 octobre 1989, les trois jeunes musulmanes du Collège Havez de Creil reviennent à nouveau avec leur voile en classe et ne sont donc plus admises en cours.

Le 20 octobre 1989, Libération consacre une pleine page sur les « tchadors ». Il rend compte notamment de la rencontre entre le recteur de la Grande Mosquée de Paris et le Cardinal Lustiger, et de l'interview d'Alain Goldmann, Grand Rabbin de Paris, qui explique qu'accepter les voiles à l'école serait une mesure discriminatoire envers les Juifs : « L'école laïque doit donner l'exemple de la tolérance. La confrontation pour les petits Français avec "la différence" est de plus une excellente technique. [Mais] si un enfant juif veut vivre pleinement son identité dans le respect de la cacheroute et des fêtes, ses parents doivent l'inscrire dans une école juive. »[14]

Le dimanche 22 octobre 1989, un millier de personnes selon Libération, « quelques centaines » pour l'Humanité, ont manifesté à Paris contre l'interdiction du port du foulard à l'école. Libération du 23 octobre 1989 consacrera 4 pages à ce dossier et titrera en une : « Un déferlement de prises de positions a marqué ce week-end, à propos du port des foulards coraniques dans les écoles publiques. Si l'embarras domine, les clivages ne recoupent pas les frontières politiques et idéologiques traditionnelles. Ils départagent ceux qui prônent l'interdiction par crainte du développement de l'intégrisme et les partisans de l'autorisation, eux-mêmes différemment motivés. » Tous les journaux, y compris l'Humanité, illustreront leur édition du 23 octobre 1989 par des photos de manifestantes voilées en tenue iranienne.

Toutes ces affaires viennent relancer un climat délétère : sans discontinuer, les prises de position et analyse des médias connaîtront un déferlement incroyable pendant 7 jours. La violence des débats le disputera à la cacophonie.

[Texte temporaire résumant les avis exprimés en 7 jours]

  • France Soir, fait sa Une, le 2 novembre 1989, sur les nombres d'immigrés en France, « ce qu'ils coûtent et rapportent à la sécurité sociale », leur « taux de fécondité » et leur « taux de criminalité ».
  • À droite, Pierre Bernard (condamné à plusieurs reprises pour discriminations racistes)[15], montre du doigt le prétendu comportement raciste des immigrés, et Brunot Mégret (alors membre du mouvement d'extrême droite le Front national) affirme que la cohabitation n'est pas possible entre des « communautés ethniques religieuses [sic] différentes »[16].
  • À gauche, Julien Dray (PS), réclame un « ministre de l'Intégration » le 2 novembre 1989[16], mais prônera deux jours après l'acceptation des filles voilées à l'école qui, ainsi, « évolueront d'elles-mêmes »
  • Chez les religieux

Le même jour, Le Figaro rend compte d'une polémique autour de la création d'une mosquée à Marseille : « Alors que la question du voile islamique déchire la gauche, Robert Vigouroux (alors maire de Marseille) relance le débat sur un front parallèle, avec la construction d'une "mosquée cathédrale" à Marseille »[17]. Dans une tribune dans Libération le 3 novembre intitulée Le symbole ou la vérité, Étienne Balibar (Maitre de conférence en Philosophie à l'Université Paris-I), tout en prônant la tolérance, pose le problème de la laïcité à l'école dans toute sa complexité et rend compte des divergences ou convergences d'opinion à ce sujet qui traversent tous les courants politiques (le débat perdurera en ces termes jusqu'en 2006, date où une loi sera spécifiquement votée pour trancher la question des signes religieux à l'école). Lors de la séance à l'assemblée nationale le 3 novembre 1989, Lionel Jospin (soutenu par Jack Lang, alors ministre de la Culture), est vivement critiqué par « l'opposition libérale et le Parti communiste, mais aussi par plusieurs députés socialistes » parce qu'il ne respecte pas le principe de laïcité ; les enseignants du collège de Creil demande à Lionel Jospin de venir dans l'établissement pour expliquer ses directives ; La Voix de l'Islam, une association ultra-musulmane (dite « islamiste »), avait appelé à une manifestation pour le port du voile à l'école, mais l'avait annulé pour organiser « un débat sur les droits et les devoirs des musulmans en France » le 11 novembre 1989[18]. Le 4 novembre 1989, c'est au tour de Danielle Mitterrand de se prononcer pour le respect des traditions et accepter les filles voilées à l'école, Danielle Mitterrand qui sera accusée par Marie-Claire Mendès-France de faire le lit de la « charia musulmane ». De son côté, Julien Dray (PS) prône l'acceptation des filles voilées qui, ainsi, « évolueront d'elles-mêmes » tout en soulevant la problématique d'intégration de la population d'origine étrangère, opinion partagée par Jean Bousquet (Député UDF de Nîmes). De son côté, la démarche de Lionel Jospin est rapprochée, dans Le Monde du 4 novembre 1989, de celle d'Eugène Spüller, ministre des cultes en 1894 : « En mettant en avant l'impératif de tolérance, écrit le journaliste du Monde Alain Rollat, à l'époque comme aujourd'hui, il s'agissait pour le gouvernement de la gauche de pratiquer une politique centriste de rassemblement »[19]. Le débat est clairement posé sur l'identité culturelle de la France face à l'Islam[20]. Le maire PC de Clichy-sous-Bois, André Deschamps, dit « "comprendre" l'attitude de son collègue de Montfermeil Pierre Bernard (Divers droite) qui avait décidé d'exclure du service public deux écoles maternelles de la cité des Bosquets, les directrices de ces dernières ayant inscrit, sans son accord, 40 enfants d'immigrés nouvellement installés dans la commune »[21]. Une pétition qui fait « Le pari de l'école » et qui reconnait « le signe de l'oppression et de la contrainte exercée sur les femmes musulmanes », mais qui affirme que « l'exclusion sera toujours la pire des solutions » est signée dans Libération du 6 novembre 1989 par plusieurs personnalités, dont Marguerite Duras (écrivain), Catherine Barma (productrice), Elli Medeiros (artiste), Catherine Lara (artiste), Noria Allami (auteur de Voilées et dévoilées), Monique Ewange-Epee (recordwoman de France du 100 mètres haie), Souad Benami (Présidente de "Nana beurs"), Ségolène Royal (PS), Anne-Marie Granger (Cahiers du féminisme), Halima Boumédienne, etc. Michel Rocard, alors Premier ministre, défend de son côté la défense de la laïcité et le principe de refus des exclusions[22]. Libération ne parle plus de « tchadors », mais de « foulards ». Au milieu de ce capharnaüm, le Conseil d'État est saisi pour trancher la question et Lionel Jospin invitera à déjeuner trois chefs d'établissement, dont celui du collège de Creil, pour leur expliquer sa position[23]. Jean-Marie André, maire (droite) de Beaucaire dans le Gard, s'apprête à exclure une trentaine d'enfants marocains des établissement scolaires de "sa" commune, mais reculera devant la mobilisation de la FCPE[24].

La jurisprudence du conseil d'État (1989-2003)[modifier | modifier le code]

En novembre 1989, le Conseil d'État saisi par le ministre de l'éducation nationale, Lionel Jospin, affirme que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, est compatible avec la laïcité, et rappelle qu'un refus d'admission ou une exclusion dans le secondaire « ne serait justifié que par le risque d'une menace pour l'ordre dans l'établissement ou pour le fonctionnement normal du service de l'enseignement[25] ». En décembre, le ministre publie une circulaire, statuant que les enseignants avaient la responsabilité d’accepter ou de refuser le voile en classe, au cas par cas.

En janvier 1990, trois filles sont exclues du collège Pasteur de Noyon. Les parents de l’une des filles exclues du collège Gabriel-Havez portent plainte contre le principal pour diffamation. À la suite de ces événements, les enseignants d’un collège de Nantua se mettent en grève contre le port du voile islamique à l’école. Une seconde circulaire ministérielle rappelle le besoin de respecter le principe de la laïcité dans les écoles publiques.

En septembre 1994, une nouvelle circulaire, la « circulaire Bayrou »[PDF] est publiée, faisant la différence entre les symboles « discrets » pouvant être portés en classe, et les symboles « ostentatoires » devant être interdits dans les établissements publics. En octobre de la même année, une manifestation est organisée par les élèves du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, en faveur de la liberté de porter le voile en classe. En novembre, 24 filles voilées sont expulsées de ce même lycée, et du lycée Faidherbe à Lille (dont Hicham Kochman, devenu le rappeur militant Axiom était le délégué de classe. Axiom écrira plus tard un titre appelé "Lettre au Président" auquel M. Jacques Chirac répondra personnellement).

De 1994 à 2003, 100 filles environ ont été exclues de collèges et de lycées publics pour port de voile islamique. Dans un cas sur deux environ, ces expulsions furent annulées par les tribunaux. La situation devient intenable, chaque proviseur est seul face aux différents refus d'enlever le voile et prend des décisions aux cas par cas. L'égalité de tous devant la loi n'est plus respectée donc en décembre 2003, le président Jacques Chirac décide qu’une loi devait explicitement interdire tout signe religieux visible au nom de la laïcité. Il instaure une commission dirigée par Bernard Stasi pour la préparer.

La commission Stasi (2003-2004)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Commission Stasi.

La loi sur le port de signes religieux ostensibles (mars 2004)[modifier | modifier le code]

La loi du 15 mars 2004 « encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics », appelée parfois « loi sur le voile islamique », a été votée par le parlement en mars 2004. Elle interdit le port de tout signe religieux « ostensible », ce qui inclut le voile islamique mais aussi la kippa, et le port de grandes croix. La loi permet le port de symboles discrets de sa foi, tels que petites croix, médailles religieuses, étoiles de David, ou mains de Fatma - bien que cette main puisse être portée indépendamment de la religion, n'étant pas de source musulmane.

Le port du voile dans les écoles et administrations publiques est interdit dans plusieurs pays à majorité musulmane, dont l'Indonésie et la Turquie.[réf. nécessaire]

La première charte de la laïcité à l'école (septembre 2013)[modifier | modifier le code]

Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, fait connaître le lundi 9 septembre 2013 « la première charte de la laïcité à l'école ». L'article 14 indique notamment : « (...) Le port de signes ou tenues par lesquelles les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Cette charte devra être visible dans les établissements d'enseignement public : écoles primaires, collèges, lycées[26].

L’avis des autorités musulmanes sur le port du voile[modifier | modifier le code]

Beaucoup de musulmans considèrent que le Coran impose aux femmes de porter le voile en dehors du cercle familial, cette obligation est clairement exprimée dans le texte original (voir l'article hijab, tout particulièrement le chapitre sens contemporain). La validité d’un tel point de vue est discutée dans le monde musulman[27]. La tradition du voile a existé avant l'apparition de l'islam. Une loi du XIIe siècle avant Jésus-Christ en Mésopotamie assyrienne sous le règne du roi Teglath-Phalazar Ier (-1115 à -1077) rendait à l’extérieur le port du voile obligatoire à toute femme mariée. L'obligation, pour les femmes musulmanes, de se couvrir la tête d'un voile, s'est fixée dans le droit islamique avant la mort de Mahomet (le dernier prophète du monde selon l'islam). C'est avec l'islam qu'elle s'est répandue dans différents pays du globe. On trouve cependant également dans le christianisme des arguments strictement religieux visant à imposer aux femmes le port du voile. Ainsi, un passage de la première lettre de Paul aux Corinthiens (11/2-16)[28] lie le voile des femmes à leur relation à Dieu. Cela n'est cependant pas devenu une obligation de la religion chrétienne, et le port du voile a varié considérablement selon les époques et les lieux dans les régions de tradition chrétienne.

Dans les sociétés musulmanes traditionnelles, une femme non voilée peut être considérée comme non totalement vêtue. L’importance du couvre-chef varie, allant des « mouchoirs de tête » bariolés qui ne cachent pas l’ensemble des cheveux en Afrique noire à un voile uni cachant l’intégralité de la chevelure, parfois avec une partie du visage (Yémen), les mains, voire le corps entier, un masque rigide (parfois fait de cuir) dans certains pays du golfe Persique et certaines zones du Pakistan, jusqu'à la burqa en Afghanistan.

Dans les sociétés musulmanes modernes, on observe parfois une levée partielle ou totale de cette obligation, et en particulier son absence dans la loi, voire l’interdiction du voile dans certaines situations professionnelles (Tunisie, Turquie). Dans les faits, les musulmanes non voilées sont fréquentes dans des villes comme Istanbul ou Casablanca. Au contraire, l’obligation de porter le voile fait partie des obligations légales pour la femme dans certains pays comme l’Arabie saoudite ou l’Iran, et le non-respect de cette obligation est passible de sanctions par le Code pénal. On peut observer dans certains pays où il est obligatoire une certaine tolérance, le port du voile étant plus observé par la génération antérieure, les jeunes femmes se vêtant à l'occidentale si elles le veulent, le costume religieux n'étant alors réservé que pour les cérémonies traditionnelles.

La raison du port du voile vu par un démographe[modifier | modifier le code]

Le démographe Emmanuel Todd a avancé une explication sociologique à la controverse du voile en examinant les structures familiales traditionnelles en France et dans les pays d'origine des musulmans français.

Selon lui, si certains musulmans imposent le port du voile à leurs filles, c’est pour les empêcher de rencontrer et éventuellement de se marier avec des non musulmans. Ce refus du mariage mixte correspondrait aux pratiques endogamiques très présentes dans de nombreuses sociétés traditionnelles musulmanes, où il était bon de se marier parmi ses cousins, afin de maintenir l’unité du clan. Emmanuel Todd parle de "famille communautaire endogame".
La famille traditionnelle française, en revanche, serait exogamique (l'auteur distingue la famille nucléaire égalitaire du nord de la France et la famille souche au sud du pays, toutes deux exogames). Les jeunes hommes vont chercher des épouses à l’extérieur du village. On retrouve sous différentes formes dans la mythologie gréco-romaine, mais aussi dans les contes traditionnels, l’image de l’homme venu de loin pour «prendre femme». Parfois c’est pour la sauver (Blanche Neige, la belle au bois dormant), d’autres fois c’est un rapt pur et simple (Zeus et Europe), mais toujours, « ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants ».
Le port du voile est vu – inconsciemment - comme un refus de mariage, comme un code vestimentaire disant « je ne serai jamais de ta famille ». Son interdiction serait une volonté de supprimer cette opposition au mariage mixte, pratique plus répandue en France que dans la plupart des autres pays occidentaux. L’une des manifestations de cette mentalité serait donc la volonté d’interdire tout port de signes distinctifs de l’origine ethnique ou religieuse des personnes – et particulièrement des femmes – vivant sur le territoire national. Dans des pays où l’approche est plus multiculturelle et où le port du voile est bien accepté (Angleterre, États-Unis), le taux de mariages mixtes est bien plus bas.

Cas des parents d'élèves[modifier | modifier le code]

La circulaire du ministre Luc Chatel de mars 2012 permet aux conseils d'école de refuser les présences de femmes voilées dans les sorties scolaires. Parfois appliquée par une partie des établissements scolaires de la même ville, les différences d'application ont suscité des tensions. La Ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem annonce qu'il convient aux établissements scolaires de refuser tout comportement prosélyte par les parents d'élèves et d'exclure les perturbateurs, mais non de refuser par principe d'associer les mères voilées de toutes les accompagnements scolaires[29].

L'Observatoire de la laïcité soutient cette démarche en déclarant : « La laïcité ne suppose la neutralité que des représentants de l’administration (fonctionnaires ou assimilés) pour garantir leur impartialité, en particulier dans le service rendu aux usagers des services publics, quelles que soient les convictions politiques, philosophiques ou religieuses de ces usagers. La laïcité, ce n’est pas une conviction ou une opinion mais le cadre qui les autorise toutes[30]. »

Devant les députés la ministre déclare : « Contre le prosélytisme quel qu’il soit – religieux, politique ou philosophique –, nous agissons avec fermeté. Je confirme ici que la circulaire Chatel (...) continuera à être utilisée par les personnels de l’éducation nationale (...) Hors de ces comportements prosélytes, faut-il interdire par principe à une maman portant le foulard d’accompagner ses enfants en sortie scolaire ? (...) Qui sont mieux placés pour juger de cela que les enseignants et les équipes sur le terrain[31] ? »

Conclusion[modifier | modifier le code]

L’affaire du foulard et ses conséquences législatives ont révélé les problèmes liés à la pratique de l’islam en tant que religion dans la société et les institutions françaises (par opposition au problème connexe de l’intégration des personnes). Partiellement nourrie de la peur d'une « communautarisation » voire d'une « islamisation » de la société française, elle a elle-même alimenté dans certaines franges de la communauté musulmane la peur d'une « assimilation forcée » d'une spirale de « toujours plus » interdisant le voile ou d'autres expressions de la foi musulmane dans un périmètre de plus en plus large. Cependant, elle a aussi amorcé la définition de la place de l’Islam dans la société nationale.

La controverse du foulard islamique a été utilisée pour favoriser l’expression d’un islam français, indépendant des pays d’origine des musulmans de France. La présence des Françaises musulmanes portant des voiles tricolores et clamant « Je suis française » dans les manifestations contre la loi « antifoulard » organisées à Paris est un exemple, certes ponctuel, mais symptomatique d’une réalité sociale qui devient de plus en plus visible. Un sondage réalisé par le CSA en janvier 2004 permet de cerner cette réalité  : plus de 90 % des Français musulmans interrogés se disent attachés à des principes tels que la république ou l’égalité homme-femme, et 68 % approuvent le principe de séparation des Églises et de l’État, mais sont plus réservés sur d'autres sujets comme l'apostasie par exemple. En revanche, une majorité (50 à 65 %) des personnes interrogées se déclare défavorable à la loi sur la laïcité[réf. nécessaire], et verrait d’un bon œil que leur femme ou leur fille puisse porter le voile. Toutefois, selon un sondage Ifop de novembre 2003, 8 % des femmes musulmanes de moins de 35 ans déclarent porter souvent le voile[32].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b France Soir, mardi 10 octobre 1989, « Quand je suis entrée en classe tout le monde m'a regardée ».
  2. Le Parisien, mardi 10 octobre 1989, « Leila, Fatima et Samira iront à l'école en tchador »
  3. a et b L'Humanité, jeudi 5 octobre 1989, « Le foulard de Fatima ».
  4. a et b Le Monde, samedi 7 octobre 1989, « Les réactions »
  5. Gisèle Halimi démissionnera d'SOS-Racisme à la suite de cette position ; cf. Lang d'accord avec le ministre de l'Éducation, Le Quotidien de Paris, Paris, 4-5 novembre 1989.
  6. Libération, mardi 10 octobre 1989, « devoirs religieux et cas de conscience laïcs ».
  7. Le 16 octobre, plus de dix jours après la réintégration des filles au collège de Creil et leur acceptation de retirer leur voile, Le Point, dans son numéro 891 du 16 octobre 1989, publie un dossier de 6 pages sous le titre : « Faut-il laisser entrer l'Islam à l'école ? ».
  8. La Fédération des musulmans de France demandera le 18 octobre 1989 dans un communiqué que les trois élèves de Creil remettent leur voile. Selon Daniel Youssez, un des dirigeants de la Fédération, l'interdiction du port du voile équivaut à un attentat à la pudeur[réf. nécessaire], tandis que l'accord avec les parents s'était fondé sur une sourate qui précise qu'il n'y a pas de péché lorsque le musulman est obligé de transgresser sa religion. (L'Humanité, jeudi 19 octobre 1989, « La Fédération des musulmans préconise le port du voile »).
  9. La démission en novembre 2006 d'Antoine Spire de la Ligue des droits de l'homme sera notamment due à des affaires de ce type. Cf. Le Monde du vendredi 24 novembre 2006.
  10. Libération, lundi 16 octobre 1989, « Le MRAP entre en lice pour le foulard de Souan »
  11. a et b Le Provençal, mardi 17 octobre 1989, « Un voile sur l'avenir de Souha [sic] »
  12. la presse ne donnera pas de nom de famille.
  13. Libération, vendredi 20 octobre 1989, « Tchadors solidaires à Avignon ».
  14. Cité par Libération, vendredi 20 octobre 1989, « Tchadors : les chefs religieux entrent dans le débat ».
  15. Pierre Bernard a été condamné en 1989 et 1991 pour discrimination raciale après avoir refusé pendant de longues années d'inscrire des enfants immigrés dans "ses" écoles municipales. Le MRAP sera à l'origine des deux plaintes. Cf. Montfermeil, ville-laboratoire de la droite extrême, Informations Syndicales et Antifascistes, juillet 2006.
  16. a et b France Soir, jeudi 2 novembre 1989.
  17. Marseille : le maire veut une mosquée "belle comme une cathédrale", Le Figaro, Paris, 2 novembre 1989.
  18. L'opposition dénonce la "triple faute" de Lionel Jospin, Creil : Jospin "invité" par les enseignants, La Voix de l'islam ne défilera pas, Lang d'accord avec le ministre de l'Éducation, Le Quotidien de Paris, Paris, 4-5 novembre 1989.
  19. D'Eugène Spuller à Danielle Mitterrand, L'Humanité, Paris, 4 novembre 1989
  20. Cf. Les voies de l'Islam, Les mosquées entre prière et polémique, Le Quotidien de Paris, Paris, 4-5 novembre 1989.
  21. Cf. Un maire PC « comprend » celui de Montfermeil, Le Quotidien de Paris, Paris, 4-5 novembre 1989. Rappelons que Pierre Bernard a été condamné pour discrimination raciale à deux reprises à la suite de deux plaintes du MRAP pour ces refus de service public. Cf. Montfermeil, ville-laboratoire de la droite extrême, Informations Syndicales et Antifascistes, juillet 2006.
  22. Pour "une laïcité de la ville", Libération, Paris, 6 novembre 1989.
  23. Concilier l'inconciliable, un jeu délicat pour le Conseil d'État, Libération, Paris, 6 novembre 1989. Cette édition de Libération publie d'ailleurs 9 pages sur la thématique du voile à l'école. Voir également Coup de pied en touche, L'Humanité, Paris, 6 novembre 1989. Et les pages 2 à 6 de l'édition du 6 novembre 1989 du Quotidien de Paris.
  24. Parents très vigilants, L'Humanité, Paris, 6 novembre 1989.
  25. Avis n° 346.893, Assemblée générale (section de l'intérieur), 27 novembre 1989
  26. [1]
  27. Exemples d'autorités islamiques considérant que le respect de l'islam n'implique pas le port du voile par les musulmanes : Soheib Bencheikh, grand mufti de Marseille, sur le voile, dans le magazine Elle du 2 mars 1998 : « Il ne s’agit pas de l’islam, mais d’un machisme méditerranéen doublé d’une vision archaïque du droit musulman. Il est anormal que cette interprétation des textes sacrés, faite pour une société qui n’existe plus, reste telle quelle. C’est comme si, aujourd’hui, la France continuait d’appliquer une juridiction remontant à l’inquisition ou aux préceptes en vigueur à l’époque des croisades. Les islamistes s’appuient sur une théologie qui n’a plus lieu d’être. Ils appliquent à la lettre un droit canon archaïque. »
  28. Première Epître de Paul aux Corinthiens, chapitre 11, Version Louis Segond
  29. « Mères voilées: les enseignants les mieux placés pour juger selon Vallaud-Belkacem », liberation.fr,‎ 5 novembre 2014 (consulté le 7 novembre 2014)
  30. « Mères voilées et sorties scolaires: mettons un terme à l'instrumentalisation de la laïcité », nouvelobs.com,‎ 6 novembre 2014 (consulté le 7 novembre 2014)
  31. « Questions au Gouvernement », Assemblée nationale,‎ 5 novembre 2014 (consulté le 7 novembre 2014)
  32. http://www.ifop.com/media/pressdocument/48-1-document_file.pdf

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Quand la religion fait la loi à l'école, documentaire télévisé de Cyril Denvers sur le lycée Turgot à Paris

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Réflexions sur la laïcité[modifier | modifier le code]