Bal des Quat'z'Arts

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Affiche de Ricardo Florès pour le bal des Quat'z'Arts de 1901.

Le bal des Quat'z'Arts est un très célèbre bal annuel parisien, dont la première édition fut organisée par les étudiants[1] des Beaux-Arts en 1892.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le bal parisien[modifier | modifier le code]

De 1892 à 1966[modifier | modifier le code]

En 1899, la Revue des Quat'saisons parle du bal des Quat'z-Arts.

Organisé pour la première fois en 1892 à Montmartre, le bal des Quat'z'Arts réunissait les élèves en architecture, peinture, sculpture et gravure. C'était une grande fête carnavalesque parisienne préparée, chaque printemps, par les étudiants de l'École nationale des beaux-arts de Paris. Elle fut créée à l'initiative de l'architecte Henri Guillaume, Grand Massier des Architectes de l'École des beaux-arts.

Les participants, obligatoirement costumés, l'étaient de moins en moins au fil de la soirée qui prenait souvent un tour orgiaque. En 1893, au Moulin Rouge[2] où a lieu la fête, le bal fait scandale avec son défilé de Cléopâtre nue entourée de jeunes filles tout aussi dénudées. Une certaine Mona, modèle artistique, aurait improvisé un lent effeuillage en musique, inventant ainsi le strip-tease. À la suite de cet événement se constitue une Société générale de protestation contre la licence des rues qui dénonce ce « fait d'une gravité extrême et d'une inadmissible impudeur… » Un procès fut intenté aux organisateurs du bal par René Bérenger, président de la Ligue de Défense de la Morale. Le juge chargé de l'affaire s'enquit de ce qui s'était passé. Le bal avait été l'occasion de l'exposition décorative de femmes nues exerçant la profession de modèles et pas d'une orgie. Résultat, le juge, rassuré et amusé, condamna les organisateurs du bal à une amende tout à fait symbolique. Immortalisant cet épisode dans une chanson, la Marche des 4'zarts, E. Sano et Ed. L. Casanova se sont moqués du sergot papa Bérenger.

Traditionnellement, les carabins de l'École de médecine voisine participaient à la grand-messe païenne du bal des Quat'z'Arts et invitaient à leur tour au bal de l'Internat. Les liens affectifs, festifs et amicaux entre les carabins et étudiants des Beaux-Arts s'expliquent aussi par la présence commune des uns et des autres aux séances de dissection. En effet, les élèves des Beaux-Arts, jusqu'en 1968, étudiaient l'anatomie humaine sur le cadavre et le faisaient en compagnie des carabins.

À l'occasion de chaque bal des Quat'z'Arts était réalisé un bronze. Il s'agissait d'une médaille que portaient au cou les organisateurs du bal, au moment de celui-ci. Les bals avaient chaque année un thème choisi. Les billets d'entrée, invitations et affiches du bal des Quat'z'Arts bénéficiaient de tout le talent des élèves des Beaux-Arts et constituent un véritable panorama de la mode dans les arts graphiques.

Le bal des Quat'z'Arts n'était pas organisé par la Grande Masse des Beaux-Arts, mais par un comité qui en était totalement distinct. Seul un étudiant fût simultanément Grand Massier des Beaux-Arts et Président du Bal des Quat'z'Arts : Philippe Molle en 1962.

Au bal des Quat'z’Arts existait deux concours d’ateliers : de défilé et de loge ; et deux concours individuels : de casque et de costume, parfois un seul pour ces deux thèmes.

C'est en 1966 que le bal se déroule pour la dernière fois. En 1967, des problèmes d'organisation, les organisateurs ne parvenant pas à trouver une salle pour la tenue du bal, puis, en 1968, les « évènements de mai », furent un obstacle insurmontable à l'organisation du bal. Depuis 1892 jusqu’en 1966, il y eut au total 63 bals des Quat’Z’Arts.

Renaissance[modifier | modifier le code]

En 2012, dans le cadre d’un nouveau projet de développement et de rayonnement, l'École nationale des beaux-arts[3] a relancé le bal dans une forme nouvelle et plus contemporaine, tout en conservant les fondements historiques. L’objectif est de créer un dynamisme durable autour de l’école en créant un lien solide entre l’école, le monde de l’art et de l’entreprise.

Les Quat'z'Arts en province[modifier | modifier le code]

Le prestige immense du bal parisien des Quat'z'Arts a amené à reprendre ailleurs son nom. C'est arrivé au moins dans deux villes :

  • À Dunkerque, une des sociétés philanthropiques et carnavalesques organisant l'immense liesse générale du Carnaval dunkerquois, porte le nom de Les Quat'z'Arts. Cette société a été fondée par Henri Ferrari, en 1921.
  • Dès 1921, elle est à l'origine d'un Bal des Quat'z'Arts dunkerquois. À partir des années 1925-1926, ce bal sera baptisé Bal du Chat Noir, en référence au fameux cabaret montmartrois du même nom. L'appellation Bal des Quat'z'Arts paraît avoir encore été utilisée durant longtemps (c'est le cas, dans un article du 17 février 1952, du journal Nord Matin). C'est un des plus fameux bals du Carnaval de Dunkerque, dont il ouvre la saison, chaque année.
  • Un bal de Quat'z'Arts existait à Bordeaux, dans les années 1930. Il était très couru.

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Banquet costumé d'artistes pour la Mi-Carême 1901 à Paris. Comme aux bal des Quat'z'Arts, les modèles y figurent pratiquement nus[4].

« C'était vers 1907.
Le petit et rond Jules, étranger à Paris, avait demandé au grand et mince Jim, qu'il connaissait à peine, de le faire entrer au bal de Quat'z'Arts, et Jim lui avait procuré une carte et l'avait emmené chez le costumier[5]. »

Dans la suite du roman, les deux amis emmènent deux de leurs conquêtes, Lucie et Odile (1re partie, chapitre 11), au bal. Odile y fait sensation en se glissant dans la file des modèles pour le concours de beauté.

« Vint le concours de beauté. Des femmes nues, modèles pour la plupart, le corps lissé de poudre, et fardées, paraissaient une à une, pour un quart de minute, sur une estrade projetée du balcon, et l'intensité des ovations exprimait le jugement de la foule. Jim aperçut de loin, avec surprise, Odile dans la queue de celles qui attendaient leur tour. […] Elle avait conservé son pagne minuscule, qu'on lui arracha — c'était la règle — et on la poussa sur l'estrade, dans l'aveuglant faisceau lumineux. »

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Feu la mère de Madame, pièce en un acte de Georges Feydeau débute au moment où Lucien, rentré tard du bal des Quat'z'Arts, réveille sa femme Yvonne, qui commence à lui faire une scène. La tempête passée, un valet de chambre sonne à la porte, au moment où les deux époux se couchent. Le messager est porteur d'une terrible nouvelle : la mère de Madame est morte.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Chanson[modifier | modifier le code]

  • En 1964, dans l'album Les Copains d'abord, Georges Brassens chante dans le deuxième titre, Les 4 z'arts, l'enterrement mis en scène marquant la fin du bal des Quat'z'Arts. Cette chanson drôle et nostalgique à la fois est écrite deux ans avant la disparition effective du bal. Elle témoigne du prestige et de la célébrité de cet événement festif, qui était connu et apprécié bien au-delà du seul milieu des étudiants de l'École des Beaux-Arts.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les Quat'z'Arts, numéro spécial du Courrier Français, 21 avril 1895, 12e année, no 16.
  • Tract illustré de Basile Pachkoff diffusé et placardé à l'École des Beaux-Arts fin novembre 1998, consacré au Pompier, sa musique et son histoire, établi d'après divers documents et témoignages, dont ceux recueillis en 1997 de Jean-François Duffau et Ouanes Amor, anciens élèves devenus enseignants à l'École des Beaux-Arts.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il existe une confusion courante entre les Bal des Quat'z'Arts et les « gadzarts », notamment due aux fêtes mémorables organisées par les deux corpus d'élèves. Ce sont les Quat'z'arts que chante Georges Brassens et non les gadzarts.
  2. Le premier bal des Quat'z'Arts eu lieu à l'Élysée Montmartre, les huit suivants, y compris celui de 1900, à la salle de bal du Moulin Rouge.
  3. Présentation du projet sur le site de l'ENSBA.
  4. Dessin de Noël Schusler, paru dans La Caricature, 9 mars 1901, p.79.
  5. Jules et Jim, première partie, chapitre 1 : Jules et Jim.
  6. Date exacte à vérifier. Collection de l'École des Beaux-Arts.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]