Aharon ben Moshe ben Asher

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Aharon ben Asher (hébreu : אהרון בן משה בן אשר Aharon ben Moshe ben Asher, arabe : Abū Saʿīd Hārūn[1]) est un scribe juif du Xe siècle.

Représentant le plus éminent de l'école massorétique tibérienne, il est l'auteur du codex d'Alep, considéré comme la copie la plus fiable du texte de la Bible hébraïque, et de nombreux ouvrages fixant le système de vocalisation et de cantillation de l'hébreu biblique. Les marques de vocalisation, qui sont écrites sous, sur, et dans la lettre, sont toujours d'usage en hébreu moderne.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Aaron ben Moshe descend d'une lignée de massorètes établis à Tibériade depuis cinq ou six générations. Son père, Moshe ben Asher, serait l'auteur du Codex Cairensis (rédigé vers 895 de l'ère commune). Le fondateur de la lignée, « Asher Hazaqen Hagadol » (le grand ancêtre Asher) aurait vécu dans la seconde moitié du VIIIe siècle, et aurait été contemporain d'Anan ben David, traditionnellement considéré comme le fondateur du karaïsme, un mouvement juif ne s'appuyant que sur la Bible hébraïque, adversaire du judaïsme rabbinique traditionnel et de son Talmud.

La date de son décès n'est pas connue avec certitude, mais dans une lettre datée de 989, il est dit qu'il « repose dans le jardin d'Éden. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Dikdouke HaTe'amim[modifier | modifier le code]

L'une des contributions les plus durables de Ben Asher est son Sefer Dikdouke HaTe'amim (Livre des Règles Précises sur les Accents), également appelé Ma'hberet Ben Asher, recueil de règles grammaticales et de savoir massorétique sur les marques de cantillation (taamei hamiqra). Rédigé en hébreu, il est composé de deux parties, grammaticale et massorétique, dont la première est écrite en prose rimée. Elle traite principalement de phonologie, de la façon correcte de noter le shva, de morphologie et établit une distinction entre lettres de base et lettres fonctionnelles.
Le Dikdouke HaTe'amim peut être considéré comme le summum en matière de littérature massorétique et montre, notamment dans sa théorie des formes, l'influence de la grammaire arabe. Cependant, le traité ne peut pas encore être considéré comme véritablement grammatical, son objet n'étant pas l'étude du langage mais la préservation d'une tradition d'écriture et de prononciation.

Le livre a été imprimé pour la première fois en deux parties, un Traité des accents (1517) et une Grammaire (1615). Il a ensuite été publié, sous le titre Diḳdouḳe ha-Ṭe'amim par S. Baer & H. L. Strack (Leipzig, 1879). Une édition critique a été préparée par Aron Dotan (Diqduqei Hateamim of Aharon ben Mose ben Aser, Jérusalem, 1967).

Le codex d'Alep[modifier | modifier le code]

D'après les indications consignées dans les dernières pages du codex d'Alep, la copie du texte aurait été réalisée en terre d'Israël aux alentours de 920 par un scribe du nom de Shlomo ben Bouya'a, avant d'être vérifiée, vocalisée, accentuée et dotée de notes massorétiques par Ben Asher.

Le soin apporté par Ben Asher à ses travaux devient rapidement une garantie. En 989, le scribe anonyme d'un manuscrit des Prophètes promeut son livre en assurant l'avoir vocalisé et ajouté les notes massorétiques « d'après les livres qui ont été [vocalisés] par Aaron ben Moshe Ben Asher[2]. »
De même, Moïse Maïmonide écrit, en faisant référence à un manuscrit des vingt-quatre Livres de la Bible, en provenance de la terre d'Israël et se trouvant à l'époque en Égypte (ce qui correspond fortement à la description du codex d'Alep) : « Tous se fiaient dessus, étant donné qu'il a été corrigé par Ben Asher, et qu'il a été travaillé et analysé par lui de nombreuses années, et a été révisé plusieurs fois selon la Massora ; je me suis moi-même fondé sur ce manuscrit dans le Sefer Torah que j'ai écrit[3]. » De plus, la confiance accordée par une autorité aussi importante que Moïse Maïmonide à ce livre, (même s'il ne s'y réfère que par rapport à la division du texte en sections ouvertes et fermées, et non au texte lui-même) lui confèrent un sceau d'autorité suprême.

Le texte massorétique établi par Aharon ben Asher est considéré comme le correctif par excellence de toute édition de la Bible hébraïque depuis. Toutefois, les Bibles juives suivent en certains endroits la tradition concurrente de Moshe ben Naphtali.

Autres[modifier | modifier le code]

D'autres traités massorétiques sont attribués à Ben Asher, dont une liste de 80 paires d'homophones bibliques, les règles sur les lettres qui sont parfois utilisées comme auxiliaires (א, ה, ו et י) et qui peuvent adoucir la prononciation d'une consonne du groupe BeGa"D KeFa"T qui les suit (passage d'une prononciation occlusive à une prononciation fricative)[4].

Ben Asher était-il karaïte ou rabbanite ?[modifier | modifier le code]

Une controverse savante existe quant à savoir si le massorète Aharon ben Asher, dont l'œuvre est respectée tant par les Juifs rabbanites que par les Karaïtes, était un Karaïte lui-même. La question est soulevée pour la première fois au XIXe siècle, lorsque des savants formulent l'hypothèse que le traité polémique Ala Essa Mishali - Kitab al Radd ala Ben Asher de Saadia Gaon, farouche adversaire des Karaïtes, ne serait autre qu'Aaron ben Asher. Le centre d'intérêt des massorètes et des Karaïtes, à savoir la Bible hébraïque, étant le même, le rapprochement ne paraît pas tellement hasardeux[2],[5]. Le colophon du codex d'Alep lui-même est ambigu, étant attribué à « Mar Rav Aharon ben Mar Rav Asher » (Rav n'est généralement pas un titre attribué par les Karaïtes, ceux-ci préférant l'usage du terme hakham - Sage), mais signalant le livre comme le « trésor » (segoula[6]) de la communauté karaïte de Jérusalem.

Caspar Levias juge l'hypothèse « intenable[7], » sans autre précision. Aron Dotan, dont les travaux sur le Dikdouke HaTeamim et sur le codex de Léningrad ont amené à « côtoyer » fréquemment leur autorité, publie Ben Asher's Creed. A Study of the History of the Controversy (Missoula, Mont., 1977) où il produit des preuves en vue d'arriver à la même conclusion. De leur côté, les partisans de l'hypothèse estiment que l'information contenue dans les documents de la Guéniza du Caire appuie leurs dires[2]. Le débat n'est pas résolu à ce jour.

Arguments en faveur de l'appartenance de Ben Asher au karaïsme[modifier | modifier le code]

  1. Saadia Gaon, adversaire reconnu du karaïsme, a polémiqué avec Ben Asher au sujet de la prononciation de trois mots hébraïques et d'autres considérations grammaticales.
  2. Les épithètes attribués à Ben Asher dans le colophon du codex d'Alep (Hakham, seigneur des scribes, père des sages et premier des enseignants) se retrouvent presque exclusivement chez les Karaïtes.
  3. Le codex est devenu la propriété de la communauté karaïte de Jérusalem vers le milieu du XIe siècle.
  4. D'autres écrits, notamment le Ta'amei HaDikdoukim, comportent des conceptions karaïtes, notamment sur le statut des Livres prophétiques au sein des Écritures. Par ailleurs, Ben Asher emploie fréquemment, à l'instar des Karaïtes, le mot et la notion de heikesh (déduction par analogie).
  5. L'essentiel des efforts des Juifs rabbanites portaient à l'époque sur la Mishna et le Talmud. Par conséquent, une grande partie de la littérature massorétique est l'œuvre de Karaïtes.
  6. Le Shirat Geffen de Moshe ben Asher comporte de nombreuses similitudes avec la littérature karaïte. Par conséquent, lui et son fils Aharon étaient des Karaïtes.

Arguments en défaveur de cette hypothèse[modifier | modifier le code]

  1. Le « Ben Asher » invectivé par Saadia n'est, selon Aron Dotan, pas Aharon, mais Samuel ben Asher ben Manṣur, un controversialiste karaïte mineur.
  2. Il n'y a, en dehors de la lettre de Saadia et du colophon, pas de documents attestant de l'appartenance de Ben Asher au karaïsme (alors que les Karaïtes auraient dû, au contraire, s'en vanter) ni, d'ailleurs, au judaïsme rabbinique.
  3. Le colophon du codex d'Alep est postérieur d'un siècle à sa rédaction.
  4. Ben Asher pourrait avoir compilé davantage que rédigé le Dikdoukei HaTeamim. Par ailleurs, le caractère exclusivement karaïte des termes mentionnés est douteux.
  5. Les chercheurs n'ont pas trouvé trace d'une communauté karaïte à Tibériade.
  6. Moïse Maïmonide, qui loue Aharon ben Asher sans réserves, était un adversaire déclaré des Karaïtes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. (notamment) D. Barthélémy, Études d'histoire du texte de l'Ancien Testament (Orbis biblicus et orientalis, vol. 21), p.363, Éditions universitaires, 1978, ISBN 978-3-525-53324-6
  2. a, b et c Aaron ben Moses ben Asher, un article de la Jewish Virtual Library, consulté le 20/05/2009
  3. Moïse Maïmonide, Mishneh Torah, Sefer Ahava, Hilkhot Sefer Torah 8:4
  4. Aharon ben Asher, sur le site dédié au codex d'Alep, consulté le 20/05/2009
  5. Moshe Gil, A History of Palestine, 634-1099, p. 182, Cambridge and New York : Cambridge University Press, 1992.
  6. Exode 19:5
  7. C. Levias, Aaron ben Moses ben Asher, in Jewish Encyclopedia, éd. Funk & Wagnalls, New York 1901 - 1906

Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901–1906, article « AARON BEN MOSES BEN ASHER » par Caspar Levias, une publication tombée dans le domaine public.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Aaron-Ben-Aser », de Charles Weiss, Biographie universelle, ou Dictionnaire historique contenant la nécrologie des hommes célèbres de tous les pays, 1841.
  • (en) Aron Dotan, Ben Asher's Creed, Missoula, Montana : Scholars Press, 1977
  • (he) Rafael Zer, « Was the Masorete of the Keter a Rabbanite or Karaite? », Sefunot 23 (2003) Pages 573-587