Soura (Babylonie)

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31° 53′ 00″ N 44° 27′ 00″ E / 31.88333333, 44.45 Soura (judéo-araméen : סורא) est le nom de deux villes situées dans le sud de l'ancienne Babylonie, dont l'une aura été l'un des grands centres intellectuels du judaïsme, du IIe siècle au XIe siècle.

Les deux Soura[modifier | modifier le code]

La première Soura, dite « simplement Soura » (judéo-araméen : סורא סתם Soura Stam), se situait près du lac Essouria, à l'ouest de la rive de l'Euphrate. Cette proximité rendait la région fertile, et elle était réputée pour sa production agricole de raisins, de blé et d'orge. Elle abritait une importante communauté juive, vivant de l'agriculture[1].

La seconde, « Soura de l'Euphrate[1] » (judéo-araméen : סורא דפרת Soura DePhrat), se trouvait sur le bord de l'Euphrate lui-même, au nord de Poumbedita.

La communauté de Soura[modifier | modifier le code]

Flavius Josèphe rapporte qu'à la mort de Hassinaï et Hanilaï (circa 25 de l'ère commune), potentats juifs d'un royaume parthe, une vague de représailles anti-juives provoque une série d'émigrations, et le dépeuplement de nombreux centres comme Soura. Mal accueillis à Saloukia, où les Grecs et les Syriens, qui se livraient bataille, font cause commune contre eux, et à Katissifon, capitale du royaume parthe, les Juifs trouvent finalement refuge à Nehardea[2].

Une nouvelle présence juive est attestée à Soura Stam, environ 225 ans plus tard : Abba Arika, dit Rav, venu s'y installer en 219, y trouve une communauté nombreuse mais peu pratiquante, que le Talmud compare à un champ en friche[1],[3].

La yeshiva de Soura[modifier | modifier le code]

À la période des docteurs du Talmud[modifier | modifier le code]

L'académie talmudique (yeshiva) fondée par Rav, 7 ans après son arrivée, est empreinte de sa méthodologie, héritée de ses maîtres, Rabbi (Juda Hanassi) et Rabbi Hiyya. Elle est caractérisée par la recherche du sens littéral des versets d'une part, et par les commentaires homilétiques et ésotériques de l'autre[4].

Sherira Gaon, auteur d'une chronique rédigée environ 800 ans plus tard, semble assimiler Soura à Mata Mehassia, laquelle est mentionnée dans le Talmud ; c'est du moins ainsi que le comprend Abraham ibn Dawd, dans son Sefer HaQabbala. Toutefois, le médiéviste Adolf Neubauer pense que Sherira indique seulement que le collège de Soura fut transporté à Mata Mehassia ou que les étudiants de Soura et Mata Mehassia étudiaient ensemble à l'époque de la clôture du Talmud[1].

L'académie de Soura domine le paysage spirituel des Juifs de Babylonie dès sa fondation. Du vivant de Rav, on y compte 1200 étudiants, de Babel ou d'ailleurs[1]. Du fait de la grande affluence, la yeshiva s'agrémente de 3 sections: l'« akhsadra » (le vestibule), le « kiton » (des petites pièces dans la yeshiva, à l'usage des rabbins et des maîtres de la yeshiva, la « guinata » (un vaste champ dont le produit servait à l'entretien de l'académie et de ses étudiants) et les « tzippi » (des pièces avec nattes utilisées pour le repos et le confort). Des grands noms du judaïsme se succèdent, et c'est un Rosh yeshiva de Soura, Rav Achi, qui entreprend de compiler, avec la collaboration du collège de l'académie rivale de Poumbedita, les traditions orales composant la Guemara babylonienne, pour aboutir au Talmud de Babylone.

Après la clôture du Talmud[modifier | modifier le code]

L'académie connaît de nombreux troubles à l'ère des Saboraïm, du fait des crises ayant précédé la conquête musulmane. Les dommages qu'elle y subit obligent ses directeurs à recourir aux exilarques, et à se complaire à leurs désirs et prérogatives.

La yeshiva de Soura retrouve cependant sa prééminence sur Poumbedita pendant la période des Gueonim[5] : le Gaon de Soura siège à la droite de l'exilarque, tandis que le Gaon de Poumbedita est à sa gauche; Lorsque les deux sont présents à un banquet, le premier récite les bénédictions avant et après le repas ; le Gaon de Soura a toujours préséance sur son collègue même s'il est plus jeune, et ne lui donne pas le titre de Gaon dans ses missives, s'adressant aux « Savants de Poumbedita, » tandis que le gaon de Poumbedita doit écrire « au Gaon et aux Savants de Soura ; » au cours de l'installation solennelle de l'exilarque, le gaon de Soura lit les sections du Targoum (traduction interprétative) sur le Pentateuque qui avaient été lues par l'exilarque ; à la mort de l'exilarque, le gaon de Soura a le droit exclusif de déterminer ses émoluments officiels jusqu'à l'élection d'un nouvel exilarque.

Au cours de cette période, Yehoudaï Gaon marque le début d'une période d'éminence, qui se solde 130 ans plus tard avec Rav Naḥshon (879). La concurrence de l'académie de Poumbedita se fait de plus en plus agressive, les privilèges financiers de Soura tombent, et il est même question de la supprimer. Saadia Gaon parvient néanmoins à la maintenir et à la restaurer, mais peu après sa mort, la yeshiva doit suspendre ses activités pendant 45 ans. Sherira Gaon indique dans sa chronique qu'il n'y a plus d'académie à Soura. Cependant, une dernière tentative de redressement a lieu peu après. L'académie connaît une dernière période d'éclat, qui s'achève à la mort de Samuel ben Hofni, en 1012[6].

La yeshiva ferme définitivement ses portes vers 1034.
Lorsque Benjamin de Tudèle visite la région, en 1170, il ne voit plus de trace d'une présence juive; quant à la ville, et l'académie, ce sont des champs de ruines[7].

Directeurs de la yeshiva[modifier | modifier le code]

Ère des Amoraïm[modifier | modifier le code]

Ère des Saboraïm[modifier | modifier le code]

Ère des Gueonim[8][modifier | modifier le code]

  • Rav Mar bar Rav Houna — 591
  • Rav Hanania — approx. 610
  • Mar Rav Hounaï — approx. 650
  • Mar Rav Sheshoua (également appelé Mesharsheya bar Taḥlifa) — 670
  • Mar Rav Ḥanina HaCohen de Nehar Peḳod — 689-694
  • Mar Rav Nehilaï (Hilaï) Halevi de Naresh — 694-712
  • Rav Yaaqov de Nehar Peḳod — 712-730
  • Mar Rav Shmouel (descendant d'Amemar) — 730-748
  • Mar Rav Mari HaCohen de Nehar Peḳod — 748-756
  • Mar Rav Aḥa, auteur des Sheïltot - 756
  • Rav Yehoudaï bar Mar Rav Naḥman, auteur des Halakhot Psoukot — 757-761
  • Rav Aḥounaï (ou Ahounaï, ou Houna) Kahana bar Mar Papa - 761-769
  • Mar Rav Ḥaninaï Kahana bar Mar Rav Houna — 769-774
  • Rav Mari HaLevi bar Rav Mesharsheya — 774-778
  • Rav Bebaï HaLevi bar Mar Rav Abba de Nehar Peḳod — 778-789
  • Mar Rav Hilaï bar Mar Rav Mari — 789-798
  • Rav Yaaqov HaCohen bar Mar Mordekhaï — 798
  • Rav Abimaï, frère de Mar Rav Mordekhaï
  • Mar Rav Tzadok bar Mar Rav Ashi (ou Iẓḥaḳ bar Ishaï) — 810-812
  • Mar Rav Hilaï bar Mar Rav Hanania — 812-816
  • Rav Ḳimoï bar Mar Rav Ashi — 816-820
  • Rav Moshe (ou Mesharsheya) bar Rav Yaaqov — 820-830
  • Kahana bar Mar Yaaqov — 830-832

Deux années sans Gaon

Fermeture de la yeshiva de 948 à 990

  • Mar Rav Ẓemaḥ Ẓedeḳ bar Mar Palṭoï — circa 990-circa 998
  • Rav Shmouel HaCohen ben Ḥofni — circa 998-1012
  • Rav Dossa — circa 1012-circa 1018
  • Rav Israël HaCohen ben Rav Shmouel ben Ḥofni — 1018-1033
  • Rav Azaria HaCohen ben Rav Israël ben Rav Shmouel
  • Rav Yitzhaq, dernier Gaon de Soura.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (he) Soura sur le site daat
  2. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques (18:9)
  3. T.B. Erouvin 100b : « Rav trouva un champ ouvert et y établit des barrières tout autour. »
  4. Adin Steinsaltz, Personnages du Talmud, p. 122, éd. Pocket, coll. Bibliophane Daniel Radford, isbn 2-266-11129-9
  5. Voir http://www.daat.ac.il/daat/vl/yohasin/yohasin01.pdf la première édition des Youḥassin, in Neubauer, Medieval Jewish Chronicles vol. ii., p. 77 et suivantes
  6. (he) La Yeshiva au temps des Gueonim, du Dr. Y. Horowitz, sur le site daat
  7. Encyclopedia Judaica, tome 15, Keter Publishing House, Jérusalem 1972, p. 521-523
  8. La liste est basée sur celle établie par Sherira Gaon dans son Iggeret Les dates sont tirées de Jews in Islamic Countries in the Middle Ages, p. 404-405 du Pr. Moshe Gil

Liens externes[modifier | modifier le code]