Achard de Saint-Victor

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Achard de Saint-Victor
Bienheureux
Naissance vers 1100
Angleterre ou Normandie
Décès 1171 
Fête 29 avril
Achard de Saint-Victor
Image illustrative de l'article Achard de Saint-Victor
Détail du gisant d'Achard, dans la nef de l'abbatiale de La Lucerne.
Biographie
Naissance vers 1100
Angleterre ou Normandie
Décès 1171
Évêque de l’Église catholique
Évêque d'Avranches
11611171
Précédent Herbert Richard III Suivant
Abbé de Saint-Victor de Paris
11551161
Précédent Gilduin de Saint-Victor Gonthier Suivant
Autres fonctions
Fonction religieuse
chanoine régulier de Saint-Augustin
Prieur de Bridlington

Le bienheureux Achard de Saint-Victor, né vers 1100, mort en 1171, est un ancien abbé de Saint-Victor de Paris, devenu ensuite évêque d'Avranches de 1161 à 1171. Son œuvre théologique, reconnue à son époque, est longtemps restée manuscrite et n'est traduite que depuis peu.

Biographie[modifier | modifier le code]

Abbaye Saint-Victor de Paris, gravure de 1550

Né vers le commencement du XIIe siècle, on ne sait dire s'il est natif d'Angleterre ou de Normandie, compte tenu des diverses hypothèses sur le début de sa vie. Ceux qui en font un Normand estiment qu'il appartenant à un noble lignage du Passais (actuel département de l'Orne) ; ceux qui le disent Anglais s'appuient sur le fait qu'il aurait été prieur d'un prieuré anglais. Ce prieuré était celui de Bridlington, dans le Yorkshire[1].

Le bienheureux Achard devint chanoine régulier de Saint-Augustin, à l'abbaye de Saint-Victor-lez-Paris (où se trouve aujourd'hui l'Université de Jussieu), après y avoir complété ses études. À la mort de l'abbé Gilduin de Saint-Victor en 1155, Achard fut choisi comme successeur par le chapitre canonial.

En 1157, le chapitre cathédrale de Séez le choisit comme successeur de l'évêque Gérard II - choix confirmé par le pape Adrien IV, mais le roi Henri II Plantagenêt, duc de Normandie, préféra lui substituer son chapelain Froger († 1184). Achard garda tout de même de bonne relation avec la cour de Henri II et ce dernier ne mit aucune opposition à son élection au siège d'Avranches en 1161, et contunua de lui donner des marques particulières d'estime, le choisissant dès cette même année pour parrain de sa fille Aliénor (1161-1214), futur reine de Castille. Cette nomination ne fut pas du goût du roi Louis VII, qui voyait l'un des esprits les plus brillants de Paris passer en terrain anglo-normand.

L'épiscopat d'Achard fut marqué par sa présence à Londres en 1163 lors de la translation du corps de saint Édouard le Confesseur à l'abbaye de Westminster.

En 1164, il approuva la fondation par Hasculphe de Subligny de l'abbaye Sainte-Trinité de la Lucerne, qu'il confia à des chanoines prémontrés venus de l'abbaye de Dommartin. Il avait projeté d'y être enterré. Il se lia en outre avec saint Thomas Becket († 1170) et c'est au pied de la cathédrale Saint-André d'Avranches que le roi Henri II en 1172.

Mais entre temps, Achard avait remis son âme en 1171 et fut inhumé dans l'abbatiale de la Lucerne en pleine construction (elle ne fut terminée qu'en 1178), avec pour seule épitaphe : « Hic jacet Achardus episcopus cujus caritate ditata est paupertas nostra »[2] (ci-gît Achard, évêque d'Avranches, dont la charité a enrichi notre pauvreté). Il est fêté le 29 avril dans le diocèse de Coutances-et-Avranches, et particulièrement à l'abbaye de la Lucerne, où sont encore ses reliques.

Ses traités doctrinaux ont été remarqués dès son époque, ainsi que ses sermons, dont beaucoup sont longtemps restés manuscrits : « Il est le seul évêque d'Avranches à avoir laissé une œuvre doctrinale importante, parvenue jusqu'à nous. Ce mystique a écrit un traité de métaphysique et un recueil de sermons. »[3]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Traité d'abnégation de soi-même (alias Traité des déserts)
    • Manuscrit autrefois conservé à la bibliothèque des Victorins[4].
  • Sermons inédits, texte latin avec introduction, notes et tables par le chanoine Jean Châtillon, Paris, Vrin, 1970, 328 p. ;
  • L'Unité de Dieu et la pluralité des créatures, texte latin (De unitate Dei et pluralitate creaturarum, connu sous le nom aussi de De Trinitate), établi, traduit et présenté par Emmanuel Martineau, Saint-Lambert-des-Bois, éditions du Franc-dire (coll. Authentica), 1987, 297 p.
    • Manuscrits conservés : à la Bibliothèque Antonienne du Couvent Saint-Antoine à Padoue, Ms. Scaff. V 89, fol. 177-188 (d'après M.-Th. d'Alverny.)
  • Du discernement entre âme, spiritus et mens, texte latin (De discretione animæ, spiritui et mentis), en appendice de l'édition précédente, 1987, 10 p.
    • Manuscrits conservés : à la Bibliothèque Mazarine, Ms. latin 1002 ; à la bibl. du Corpus Christi College de Cambridge, codex 451 ; à la Bibliothèque universitaire de Cambridge, codex 1773, fol. 112v-118v, et à la Bibliothèque nationale de France, Ms. latin 14842, fol. 17-20v.
  • Autres œuvres dans : Hugh B. Feiss, O.s.B., Achard of Saint-Victor. Works (coll Cistercian Studies Series, no 165), Kalamazoo (Michigan), Cistercians publications, 2001.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F. Châtillon, « Achard de Saint-Victor », Mélanges... F. Cavalera, Toulouse, 1948, p. 317-337.
  • Marie-Thérèse d'Alverny, « Note sur deux œuvres théologiques du XIIe siècle. Alain de Lille, "Expositio prosæ de angelis" ; Achard de Saint-Victor, "De Trinitate" », Bibliothèque de l'École des chartes, année 1954 (Mélanges), vol 112, p. 247-250.
  • Jean Châtillon, Théologie, spiritualité et métaphysique dans l'œuvre oratoire d'Achard de Saint-Victor: études d'histoire doctrinale précédées d'un essai sur la vie et l'œuvre d'Achard de Saint-Victor, Paris Université de Paris, Vrin, 1969, 356 p.
  • Jean Châtillon, « Achard de Saint-Victor et les controverses théologiques du XIIe siècle », M.F.C., p. 317-337.
  • T.F. Merill, « Achard of St. Victor and the medieval exegetical tradition, Rom 7, 22- 25 », in Westminster Theological Journal, XLVIII (1986), p. 47-62.
  • Abbé Marcel Lelégard, « Le bienheureux Achard, abbé de Saint-Victor de Paris, 1155-1161, évêque d’Avranches, 1161-1171 », Les Normands et Paris. Actes du XXI° congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, Paris, 3-6 sept. 1986, paru dans : Cahiers Léopold Delisle, t. XXXV-XXXVI (années 1986-1987), Paris, Société parisienne d'histoire et d'archéologie normande, 1988, p. 167-173.
  • Pascal Even, « L’abbaye parisienne de Saint-Victor au Moyen âge » dans : Communications présentées au XIIIe colloque d’humanisme médiéval de Paris (1986–88) (Jean Longère éd.), Paris, Brepols, 1991.
  • Abbaye Sainte-Trinité de La Lucerne, Art de Basse-Normandie, no 114, Caen, 2e trimestre 1998, 160 p., p. 26-28 (gisant), p. 30 (statue et peinture murale), p. 49 (sépulture).
  • Mohammad Ilkhani, La philosophie de la création chez Achard de Saint-Victor, Bruxelles, Ousia, 1999 (coll. Ousia, 38), 394 p. (ISBN 978-2-87060-072-6)
  • Pascal Massie, The Metaphysics of Primary Plurality in Achard of Saint Victor (18 p. en anglais), dans : The Saint Anselm Journal, 5.2, Spring 2008.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. *Marie-Thérèse d'Alverny, « Note sur deux œuvres théologiques du XIIe siècle, Bibliothèque de l'École des Chartes, année 1954 (Mélanges), p. 249.
  2. Annuaire de la Manche, 1820.
  3. Abbé Jean-Baptiste Lechat, Calendrier du diocèse de Coutances, fête du 29 avril.
  4. Alban Butler et alii, Vies des pères, martyrs et autres principaux saints, tirées des actes originaux, Bruxelles, Gomaëre, 1854, vol. 3, p. 106, n. 4.

Source de l'article[modifier | modifier le code]

  • Texte de l'article paru dans : Eustache Marie Pierre Courtin, Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommes et des, vol. I, p. 103. (texte de l'article).
  • Catholic encyclopedy: Achard de Saint-Victor (en Anglais), lui-même d'après BUTLER, Lives of the Saints, 2 May ; STANTON, Menology, Londres et New York, 1892 ; BONNARD, Histoire de l'Abbaye royale de Saint-Victor de Paris, Paris, 1907 ; PENNOTTO, Hist. Cleric. Canon., Rome, 1642.