7e compagnie indépendante

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La 7e compagnie indépendante (7 Indep Coy) est une unité de mercenaires français, présente en Rhodésie entre octobre 1977 et mai 1978, dont les membres ont touché la prime d'unité spéciale[Quoi ?]. Le nom de cette compagnie a été choisi par l'état-major rhodésien qui avait déjà six compagnies indépendantes.

Formation : octobre 1977[modifier | modifier le code]

  • À court d'effectifs, le commandement rhodésien fait l'essai d'engager des troupes non-anglophones, en unité constituée. Il recrute en France d'anciens paras ou légionnaires et aussi un peu n'importe qui. Les plus anciens sont très expérimentés (Algérie, Yémen, Angola). De plus jeunes ont fait Beyrouth ou le coup du Bénin. D'autres en sont à leur première aventure. Les radio-interprètes sont des Français engagés à titre individuel (Grey's Scouts, Rhodesian Light Infantry).
  • Attachée au 1.R.R (1st Battaillon, the Rhodesia Regiment) qui appartient à la 2. Brigade, commandée par le général Maclean, alias Jumbo, la compagnie est formée au camp de Cranborne, fief du Rhodesian Light Infantry, dans la banlieue de Salisbury (Harare).
  • Lune de miel. Paysage superbe. Temps idéal. Délices de la capitale toute proche. Tests sportifs. Petite mise en train. Entraînement militaire succinct. Les grades (et les soldes) attribués de façon pseudo-aléatoire font les premiers mécontents.

Terrain[modifier | modifier le code]

  • La compagnie est engagée dans le nord-est du pays, secteur dit Operation Hurricane, où l'insurrection a débuté, région du Mashonaland bien tenue par les partisans du Zanla (Zimbabwe African National Liberation Army), branche armée du Zanu (Zimbabwe African National Union), parti de Robert Mugabe.
  • Montagneuse, ravinée, arrosée par le fleuve Mazoe, la région, couverte de bush (savane claire) et de gomos (collines escarpées), est peu peuplée. Apparentés à l'ethnie majoritaire des Shonas, les paysans vivent dans les kraals (hameaux) et quelques Protected Villages. Cultures vivrières (canne à sucre, maïs, millet, etc.). Un peu d'élevage extensif de bovins. Cueillette. Piègeage de petit gibier.
  • On voit peu d'hommes en âge de porter les armes. Les uns travaillent en ville ou en Afrique du Sud. Les autres sont au maquis ou au Mozambique.
  • La région qui paraît paisible est depuis longtemps contrôlée par les petits groupes locaux de l'organisation politico-militaire du Zanla dont la mission est de faciliter l'infiltration ou l'exfiltration de bandes armées d'un trentaine d'hommes entraînés au Mozambique.
  • La présence du Zanla est signalée de loin en loin par de rares assassinats d'indicateurs, par des coups de main de nuit contre les villages protégés et, à l'occasion, par de prudentes embuscades contre les véhicules de Forces de Sécurité.

Tactiques[modifier | modifier le code]

  • De petites équipes de 4 hommes (ou sticks) armées de fusils et d'une mitrailleuse, mais surtout d'un poste radio, furètent dans un secteur bien délimité, pendant une période de durée variable, jusqu'à deux semaines. Courtes période de repos (nuits sans garde, détente, repas chauds) au camp de base. Les sticks emploient plusieurs procédés.
    • De jour : poste d'observation, embuscade, patrouille,
    • De nuit : poste d'écoute, embuscade, patrouille (rare).
  • Quand une bande est repérée, le chef de stick rend compte. Le chef du secteur prévient le commandement régional qui active alors ou non une Fireforce. Si la Fireforce est indisponible, il faut y aller.
  • La discrétion est un point-clef. Les locaux signalent aux insurgés toute trace des Forces de Sécurité. Un stick compromis ne sert plus à rien.

Premier tour d'opérations[modifier | modifier le code]

- 1er Battle camp : novembre 1977[modifier | modifier le code]

  • Quelques jours de brousse, non loin de Bindura (nord-est de Salisbury). Tir à toutes les armes. Premières pluies torrentielles.

- 1er Bush trip : novembre 1977 - janvier 1978[modifier | modifier le code]

  • Installation au camp de Rusambo, aire de Rushinga, dans le Chimanda Tribal Trust Land (région agricole indigène), où stationne une compagnie de territorials (jeunes réservistes) dont le chef, conseillé par une équipe de spécialistes du renseignement, exerce le commandement du secteur.
  • Par deux ou trois, les mercenaires sont intégrés dans les sticks rhodésiens. Premiers problèmes (langue, discipline).
  • Des sticks purement français sont envoyés sur le terrain. Nouveaux problèmes (façons de faire, imprudences, incompréhension mutuelle).
  • Fin novembre, la compagnie est consignée au petit camp de police de Marymount (est de Rusambo, près de la frontière du Mozambique). Quelques rares patrouilles.
  • 6 janvier 1978 : deux camions sont embusqués entre Rusambo et Marymount par des insurgés qui épiaient ces liaisons trop fréquences sur la même route. Deux blessés dont l'un mourra quinze jours plus tard à l'hôpital.
  • 13 janvier 1978 : le premier camion de la rame qui ramène la compagnie de Marymount à Rusambo est embusqué. Un mort et trois blessés graves. Les insurgés attendaient un convoi des affaires indigènes qui déménageait un kraal vers un village protégé.
  • 17 janvier 1978 : rassemblée aux Brady Barracks (Salisbury), la compagnie (120 hommes) qui vient d'être soldée hue les officiers rhodésiens du 1.R.R.

- 1re Rest & Recuperation : janvier - février 1978[modifier | modifier le code]

  • Tandis que les mercenaires flambent leur solde, l'état-major rhodésien hésite à poursuivre l'expérience, mais il décide finalement d'accorder une seconde chance à l'unité dont le commandant est un vieux de la vieille.
  • La plupart des mercenaires sont rapatriés sur leur demande. Seul demeure un noyau d'une quarantaine de volontaires plus motivés.

Deuxième tour d'opérations[modifier | modifier le code]

- 2e Battle camp : février 1978[modifier | modifier le code]

  • 11 février 1978 : quelques jours au camp de Mount-Darwin (nord-est de Salisbury). La Rhodesian Army a fourni ses propres interprètes. Tir à toutes les armes. Essais de remise en forme. Bonne volonté mutuelle. Un accident de camion (un blessé grave).

- 2e Bush trip : février - avril 1978[modifier | modifier le code]

  • La compagnie est seule (pas de compagnie de réservistes rhodésiens) à Rusambo avec des éléments de protection (métis et pakistanais) qui gardent le camp et une équipe mixte de policiers rhodésiens et sud-africains (SB, CID).
  • 26 février 1978 : un stick français repère 7 insurgés qui tiennent un pungwe (réunion de propagande) dans un kraal. Une Fireforce du Rhodesian Light Infantry en tue quatre, dont un cadre porteur de documents.
  • 27 février 1978 : un stick international observe 11 insurgés qui entrent dans un kraal. La Fireforce intervient trop tard.
  • 1er mars 1978 : un stick rhodésien spotte une bande à 2 km de Rusambo. La Fireforce intervient. Les mercenaires prennent part à la curée. 18 insurgés (sur 28) sont tués.
  • Deux sticks partent au camp de Marymount, sous la houlette d'un sous-officier de renseignement haut en couleurs qui multiplie les patrouilles de nuit. Un stick tire un autre stick (un blessé brancardé durant des heures). Une Land-rover de la British South Africa Police saute sur une mine. Deux policiers tués. Une liaison intempestive est embusquée. Un blessé. Un stick en allume un autre (19 avril 1978). Un blessé.
  • Les sticks toujours basés à Rusambo font ce qu'ils peuvent. Les officiers sont frénétiques : à tout prix faire du bilan avant la fin du tour. À plusieurs reprises, le secteur est gelé : troupes consignées au camp tandis que des équipes de forces spéciales rhodésiennes (Selous Scouts, RLI) maraudent sans aucun résultat.

- 2e R & R : avril 1978[modifier | modifier le code]

  • Quelques désertions. Le bruit court que la bandera va subir une reprise en main corsée. Plusieurs mercenaires, ayant croisé les bras, sont mis au trou. Les autres (anciens sous-officiers de l'armée française, anciens légionnaires) gardent le calme des vieilles troupes. Trois insolents (non grévistes) sont expédiés, pour l'exemple, en détention, aux Llewelyn Barracks, Bulawayo (Matabeleland), la compagnie disciplinaire.

Licenciement - mai 1978[modifier | modifier le code]

  • 13 mai 1978 : la compagnie rassemblée dans un hangar des Brady Barracks (Salisbury) entend l'annonce officielle de son licenciement.
  • Fidèles ou grévistes, les quarante mercenaires sont poussés dans l'avion par une Military Police armée jusqu'aux dents. Les radio-interprètes sont rendus à leur régiment.
  • Plusieurs petits soldats français perdus reviendront. La chouette vie au grand soleil. Deux seront pendus pour meurtre crapuleux, après l'avènement de Robert Mugabe.
  • D'autres retournent à la vie civile. Les rêveurs de jour vivent leur vie de chien de guerre (Comores, Guinée équatoriale, Tchad, Afghanistan, Amérique latine, Yougoslavie, Zaïre, Côte d'Ivoire, Seychelles). Mais ceci, aurait dit Kipling, est déjà une autre histoire…

Conclusion[modifier | modifier le code]

  • La courte vie de la compagnie gauloise a été empoisonnée par des querelles intestines qu'il serait oiseux de ressasser.
  • Très critiques, les Rosbifs faisaient cependant des fautes (que les Frenchies ne balançaient pas).
  • La partie était perdue d'avance. À Rushinga, les insurgés sont chez eux. Les troupes rhodésiennes qui ont pris la relève n'ont pas fait mieux.
  • L'attitude et le débraillé crasseux de quelques affreux ont dégoûté les gradés du cru épris de dressage et d'astiquage.
  • Le comportement des mercenaires en permission qui, en toute candeur, violent la barrière de couleur, à Salisbury, en s'affichant avec de belles Colorées a profondément choqué les Rhodésiens.
  • Le commandement rhodésien, à qui il incombait de recruter des gens qui lui conviendraient, est responsable de la mauvaise idée qu'il a eue et des hasards de son application.

Expériences comparables[modifier | modifier le code]

  • Passés dans la Rhodesian Army, après la chute du Mozambique, les soldats portugais de troupes d'élite (Flechas, Fusilieros Especialos) avaient eu de telles difficultés d'intégration que la plupart n'étaient pas restés.
  • À l'époque du licenciement de la 7e compagnie indépendante, les vétérans américains recrutés, en unités constituées, par les Rhodésiens, sont cantonnés à la défense de points sensibles (fermes, etc.).
  • Les Rhodésiens (SAS, RLI, Selous) passés dans l'armée sud-africaine, après la chute de la Rhodésie, connaîtront, à leur tour, des difficultés d'intégration telles que la plupart partiront au bout d'un an.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie sommaire[modifier | modifier le code]

  • David Caute : Under the Skin, the Death of White Rhodesia.
  • Anna Gaël : La guerre est plutôt malsaine pour les enfants.
  • Patrick Ollivier et Thibaud d'Oiron : Soldat de Fortune.
  • Moorcraft et McLaughlin : Chimurenga : the war in Rhodesia.
  • Wood : The war diaries of André Dennison.
  • Gérard de Villiers : SAS Compte à rebours en Rhodésie.

Presse[modifier | modifier le code]

  • Le Crapouillot : Mercenaires et Volontaires (no 117 - janvier-février 1994)
  • Historia Spécial : Les Mercenaires (no 406 bis - 1980)
  • Raids : La Septième Compagnie indépendante (no 16, 17 et 19)

Liens[modifier | modifier le code]