Étienne Moulinié

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Étienne MouliniéÉtienne Molinier

Naissance 10 octobre 1599
Lauran, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès Entre le 8 février et le 23 novembre 1676
Activité principale Compositeur

Étienne Moulinié[1] est un compositeur français de l'époque baroque né le 10 octobre 1599 à Lauran (devenu Laure-Minervois), à proximité de Carcassonne, et mort entre février et novembre 1676.

Figure importante de la musique baroque française d'avant Lully, contemporain de compositeurs comme Pierre Guédron, Antoine Boësset, Guillaume Bouzignac, Henry Du Mont ou bien encore Pierre Robert, il s'est essentiellement consacré à la musique profane dans les formes de son temps : airs de cour, airs à boire et airs de ballet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne. Étienne Moulinié fut formé toute sa jeunesse au sein de sa maitrise.

Étienne Moulinié est le fils cadet d'une famille de cinq enfants dont le père, Jacques Molinier, artisan cordonnier du Languedoc, avait prospéré par l'acquisition de terres et de troupeaux. Soucieux de lui assurer une situation honorable, ce dernier parvient à lui faire intégrer, vers l'âge de cinq ans et avec son frère aîné Antoine, la maîtrise de la cathédrale de Narbonne (alors l'une des plus importante du midi du royaume). C'est le début d'une formation de dix à quinze ans pendant laquelle Étienne Moulinié étudie aussi bien le solfège, le chant et la pratique des instruments, que la lecture et l'écriture, les humanités, le catéchisme et la composition.

L'éducation que l'on pouvait recevoir au sein d'une maîtrise comme celle de la cathédrale de Narbonne était stricte. Ne pouvant sortir sans être accompagné, les chantres participaient à la plupart des offices, mêmes matinaux. Les parents qui confiaient leur enfant, lui assurant ainsi et sans grandes dépenses une promotion appréciable dans la société, se dépouillaient du même coup de leur puissance paternelle.

Débuts de carrière[modifier | modifier le code]

À l'âge de 21 ans, Antoine Moulinier (1595-1655) parvient à rejoindre la suite de l'évêque de Carcassonne, Christophe de Lestang, dans une mission importante à Paris. Moins d'un an plus tard, il devient l'un des sept chantres de la musique de la chambre du roi Louis XIII. Ses dons de chanteur et de danseur, tout autant que son enthousiasme et sa joie de vivre[2], lui permettent de jouir bientôt d'une certaine célébrité à la cour, ainsi que de partager l'intimité du souverain en qualité de valet de chambre. Cette situation confortable permet à Antoine Moulinier, vers 1621, d'introduire rapidement son frère Étienne dans le milieu fermé de la cour. Aussi, six ans plus tard, Étienne Moulinié est nommé à la charge importante de maître de la musique de Monsieur, Gaston d'Orléans, frère du roi.

Dans les années 1630 Jacques Molinier déménage à Paris et obtient, grâce aux relations de ses fils, une charge de tailleur et de valet de chambre de Gaston d'Orléans. Le 18 août 1655, Antoine Moulinier, probablement éméché[3], meurt en tombant par la trappe de sa cave. Cet événement fut certainement marquant pour Étienne, très proche de son frère, qui dans les années qui suivent, fera régulièrement chanter des messes à sa mémoire. L'inventaire des biens réalisé après le décès d'Antoine est révélateur de la réussite des deux frères.

À la cour de Gaston d'Orléans[modifier | modifier le code]

Gaston d'Orléans, frère du Roi. Étienne Moulinié resta à son service pendant près de 40 ans.

Étienne Moulinié fréquente les personnages qui servent à la cour et les grands maîtres de musique de l'époque : Antoine Boësset, Eustache de Caurroy, Pierre Guédron, mais aussi le jeune Jean-Baptiste Lully. Certains rapprochement peuvent également faire penser qu'Étienne Moulinié a collaboré avec la troupe de Molière. A la cour, il participe à l'organisation des nombreux concerts et ballets, et prend en charge l'éducation musicale de jeunes pages. Malgré les troubles, la vie artistique est alors foisonnante. Mademoiselle note ainsi dans ses mémoires : "il ne se passe pas de jour qu'il n'y eût des sérénades aux Tuileries ou dans la place Royale". Étienne Moulinié est cependant de nature perfectionniste ; ainsi, en quarante ans, il n'écrira qu'un peu moins de deux cents airs, ce qui est relativement peu pour l'époque.

Jouisseur autant que conspirateur invétéré, dans une époque troublée par les guerres de religion puis la fronde, Gaston d'Orléans est régulièrement amené à s'éloigner de Paris. Étienne ne l'accompagne pas toujours dans ses exils, volontaires ou forcés, mais sait mettre à profit la liberté que lui confère l'éloignement de son maître. Il fait ainsi publier, de 1624 à 1637, par moins de 7 volumes d'airs de cour, qui rencontreront un succès réel. La publication d'un tel nombre de recueils par un même compositeur est exceptionnel pour l'époque, et traduit bien la popularité dont pouvait alors jouir Moulinié.

Le renommée de Moulinié dépasse alors les cercles de la cour. À la mort de Gaston d'Orléans, il organise et dirige les chants. Il en est de même un an plus tard, pour l'anniversaire, cérémonie à propos de laquelle le poète Jean Loret écrira :

Le renommé sieur Moulinié,
Assisté de maint chantre habile
Tant du Louvre que de la ville
Firent, avec leurs rares chants,
Des concerts si beaux, si touchants
Qu'on ouït jamais rien de tel.

Il est probable que Moulinié resta au service de la maison d'Orléans jusqu'en 1663, soit trois années après la mort de son maître.

Retour en Languedoc[modifier | modifier le code]

Assemblée des Etats du Languedoc. A la fin de sa vie, Étienne Moulinié en fut le maître de musique.

Les états du Languedoc était une assemblée disposant de larges pouvoirs, et se réunissant périodiquement dans l'une des principales villes de la province. Les sessions, qui se tenait pendant deux à trois mois par an en moyenne, étaient l'occasion de réjouissances importantes (voir grandioses, selon les circonstances) et d'offices religieux quotidiens. La musique y tenait donc une place essentielle.

Au début de l'année 1666, la tenue des états à Béziers est concomitante avec deux services funèbres d'importance : le premier pour la Reine Mère, le second pour le Prince de Conti. La musique, dirigée par Étienne Moulinié, fait une très forte impression sur l'assemblée. Quelques mois plus tard, il est officiellement nommé intendant et maître de la musique des états du Languedoc. Cet emploi lui est confié à vie : "par la seule considération qu'ils ont eut de son mérite personnel et la réputation qu'il s'est acquise à la cour pour un des meilleurs maîtres de musique du royaume".

Durant cette période, Étienne Moulinié participe également à diverses cérémonies : inaugurations, messes, services funèbres de personnalités, célébrations de victoires, etc.

En 1675, Étienne Moulinié a 76 ans. Son âge lui procure de plus en plus d'incommodités. Les états lui propose de nommer un successeur afin, s'il venait à mourir, de prévenir les sollicitations de personnes non qualifiées mais soutenues par des personnages de marque. En février 1676, Moulinié dirige un Te Deum clôturant la session des états. C'est la dernière cérémonie de sa carrière musicale. Il mourra quelques mois plus tard, à une date et dans des circonstances non élucidées (peut-être au cours d'un voyage).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Si Moulinié emploie un contrepoint savant (superposition de lignes mélodiques distinctes), directement hérité de la musique polyphonique des époques qui l'on précédé, la primauté est cependant le plus souvent accordée au dessus (voix la plus haute), qui développe une ligne mélodique ornementée et figurant de façon très expressive le texte. La conception harmonique des airs de Moulinié est très rigoureuse, stable, affirmée et claire. Ainsi, les éventuelles modulations (changement ponctuel de tonalité) ne remettent jamais en cause le ton principal. La musique de Moulinié échappe cependant à l'uniformité et fait preuve d'une grande expressivité par la diversité rythmique et mélodique, ainsi que par les contrastes de timbres et d'effectifs.

La travail d’Étienne Moulinié a été influencé par la musique d'autres pays, et notamment par les musiques de danse d'Espagne et d'Italie. Ses airs de cours témoignent également de certaines inflexions mélodiques d'origine languedocienne. Étienne Moulinié est par ailleurs un des premiers compositeurs à employer, en France, la technique de la basse continue (accompagnement en partie improvisé), ainsi qu'à réaliser des doubles ornés (répétition d'une même mélodie, mais plus richement ornée). Autre trait de modernité : son écriture harmonique consacre la prédominance du majeur et du mineur sur les modes anciens.

La réussite d'Étienne Moulinié tient autant à son talent qu'à son penchant marqué pour la mode. Les airs italiens et espagnols qui émaillent son troisième livre d'airs de cours sont à ce titre révélateurs. De fait, l'essentiel de l’œuvre de Moulinié est une musique de circonstances, composée sur commande selon les besoins et les goûts de ses mécènes. En contrepartie, la situation sociale avantageuse que ce travail lui procure lui permet de faire imprimer sans trop de difficultés sa musique et de la faire jouer par les meilleurs interprètes.

L’œuvre d’Étienne Moulinié a été publié par l'éditeur Ballard, principalement sous la forme de recueils d'airs de cour (pour voix, pour voix et luth, voix et guitare ou voix et basse continue).

Musique religieuse[modifier | modifier le code]

Bien que sa musique soit essentiellement profane, c'est avec ses Meslanges de sujets chrestiens, œuvre tardive et pouvant être, à plusieurs titres, considérée comme une sorte de testament musical, que Moulinié démontre le mieux ses talents de compositeur. Tout au long des 36 airs qui composent ce recueil, il fait ainsi preuve d'une étonnante modernité, par une maîtrise harmonique certaine, un renouvellement mélodique constant, un contrepoint dense mais clair, mais également par l'emploi raisonné de dissonances alors particulièrement novatrices (un avertissement les concernant figurant même dans la préface du recueil[4]). Un second volume, jamais édité, aurait probablement du venir compléter les Meslanges. Ainsi, un motet comme flores apparuerunt, qui n’apparaît pas dans ce dernier, devait sans doute être destiné à y figurer[5].

  • Meslanges de sujets chrestiens, cantiques, litanies et motets, œuvre majeure du compositeur, 1658
  • Motets offerts à la province de Languedoc (œuvre perdue), 1668
  • Missa pro defunctis (certaines parties sont perdues), œuvre de facture plus traditionnelle que les Meslanges, 1636

Musique profane[modifier | modifier le code]

Un grand nombre de pièces vocales profanes d’Étienne Moulinié ont pu être conservées (airs de cour, airs à boire et airs de ballets). Elles ont été regroupées au sein de plusieurs recueils publiés entre 1624 et 1668 :

  • Airs de cour avec la tablature de luth, 5 volumes[6] publiés de 1624 à 1633
  • Airs de cour à quatre et cinq parties, 4 volumes[7][8] publiés de 1625 à 1639
  • Airs à quatre avec la basse continue, 1668

Dans ces recueils figurent plusieurs airs issus des ballets dont Mouliné à participé à écrire la musique :

  • Ballet du monde renversé, 1624
  • Ballet de Mademoiselle : les quatre monarchies chrétiennes, 1635
  • Ballet du mariage de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne, 1638

Musique instrumentale[modifier | modifier le code]

L'oeuvre d'Étienne Moulinié s'inscrit dans une époque où les instruments ne commencent que tout juste à ne plus être uniquement considérés comme un simple soutien à la voix. Ainsi, à partir de la moitié du XVIème siècle, et sous le terme de "fantaisie", les musiciens commencent petit à petit à transcrire pour les seuls instruments des pièces vocales polyphoniques. Puis, progressivement, ce détour est délaissé, et des pièces dédiées à cette nouvelle pratique sont spécifiquement composées. Moulinié n'a laissé que trois fantaisies pour viole, et encore sont-elles placées en fin de volume, ne sont pas répertoriées, et se trouvent ainsi noyées au milieu de quatorze autres compositions. Loin d'être novateur sur ce point, Moulinié semble donc s’inscrire dans la mouvance de son temps, où la primauté est encore très largement accordée au chant.

L'édition critique de l'œuvre d’Étienne Moulinié est actuellement en cours de publication au Centre de musique baroque de Versailles (http://www.cmbv.fr), collection "Monumentales"

Discographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bouzignac, Moulinié et les musiciens en pays d'Aude, XVIe - XVIIe siècles, Jean-Louis Bonnet, Société de Musicologie de Languedoc, Béziers 1988, ISBN 2-905-400-24-2
  • Étienne Moulinié 1599-1676, Intendant de la musique aux États du Languedoc, Jean-Louis Bonnet et Bérengère Lalanne, Presses du Languedoc, Montpellier 2000 ISBN 2-859-982-33-7
  • Notes sur Etienne Moulinié, maître de la musique de Gaston d'Orléans, Denise Launay, Paris 1955
  • Musiciens audois du XVIIe s. à la Cour : Antoine et Etienne Molinié,Jean-Louis Bonnet, Carcassone 1984
  • Molière et Etienne Molinier à Carcassonne en 1652, Auguste Baluffe, Le Ménestrel, Paris 1893-1894
  • Un Musicien carcassonnais du XVIIe siècle : Étienne Moulinié, 16. 1670, Gustave-Joseph Mot, 1966
  • L'air de cour en France 1571-1655, Georgie Durosoir et Édith Weber, Université Paris-Sorbonne, Paris 1986

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Molinier" à l'origine (mais bel et bien prononcé "Moulinié" par les languedociens), il changea l'orthographe de son nom en arrivant à Paris, vraisemblablement afin qu'il ne fut pas écorché, et tout en se distinguant de son frère Antoine qui, pour sa part, signait "Moulinier".
  2. Le chroniqueur Tallemant de Réaux raconte comment, privé de la moitié de son salaire pour débauche, il décida, avec le bouffon Marais et un autre chante, de danser une mascarade à demi-nu devant le Roi. A Louis XIII qui s'interrogeait sur sa tenue, il répondit que "C'est, Sire, que les gens qui n'ont que la moitié de leur appointements ne s'habillent aussi qu'à moitié".
  3. Le maître de Chapelle Annibal Gantez dira, à propos du milieu des musiciens de la cour, que "pour arroser un jardin, il faut de l'eau, mais pour un chantre il est requis d'avoir du vin". Il ajoutera même que "un musicien n'est pas estimé s'il n'est pas buveur".
  4. "Au reste je suis obligé de remarquer ici, touchant ma façon particulière de composer, qu'en quelques endroits j'ai affecté certains traits, et toutefois en petit nombre, qui sont assez hardis, et qui passeront peut-être pour des licences dans l'opinion de ceux qui préfèrent l'austérité de l'ancienne manière aux agréments de la nouvelle. Mais outre il faut faire la différence entre la hardiesse bien ménagée qui a des bornes, et l'audace ou la témérité aveugle qui n'en a point [...]. Moi-même je n'ai point usé de cette liberté qu'après avoir longtemps consulté l'oreille, qui m'a fait comprendre que l'usage en était absolument nécessaire, pour une plus grande perfection et pour la beauté de mon ouvrage."
  5. "S'il se trouve que l'ai heureusement rencontré, cet heureux succès me donnera le courage de continuer, pour tâcher de satisfaire le public, par l'impression de mes autres pièces".
  6. Le cinquième n'est cependant qu'une version augmentée du quatrième, avec cinq pièces supplémentaires issues du Ballet de Mademoiselle.
  7. Numéroté jusqu'à cinq, le premier volume d'airs de cour avec la tablature du luth étant compté.
  8. Le premier volume est identique au second volume d'airs de cours avec la tablature de luth.