Éric Weil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Weil.

Éric Weil est un philosophe français, émigré d’Allemagne. Il est né à Parchim (Mecklembourg) en 1904, a suivi des études de médecine et de philosophie à Hambourg et Berlin. Après sa thèse de doctorat sur Pomponazzi, en 1928, dirigée par Ernst Cassirer, il poursuit ses recherches sur la Renaissance, notamment sur Marsile Ficin, au sein de la Bibliothèque Aby Warburg. En 1933, à l’accession de Hitler au pouvoir, il quitte l’Allemagne. Il est mort à Nice le 1er février 1977. Il est très fidèle à la conception kantienne du devoir et de la morale.

Biographie[modifier | modifier le code]

De la Baltique à la Méditerranée, il a suivi un chemin continu et cependant chaotique, intégrant sans cesse ses réactions aux événements historiques et dynamisant ainsi ses convictions philosophiques. Après avoir lu Mein Kampf, il prit en toute lucidité la décision de quitter l’Allemagne si jamais cette dernière choisissait Hitler pour Führer.

Dès 1933, il se vit proposer, en même temps que le cinéaste Fritz Lang, de collaborer au ministère de la Culture et de la Propagande de Goebbels. Tous deux prirent alors le premier train en partance pour la France.

Dès son arrivée en France, Éric Weil, exilé, vécut une situation matérielle des plus précaires. Il eut toutefois la chance de fréquenter quelques éminents philosophes français comme Raymond Aron, Alexandre Koyré et Alexandre Kojève. C’est en participant au séminaire de Kojève sur Hegel qu’il contribua à renouveler la lecture de Hegel en France. Il publia dans cette intention, en 1950, un résumé de sa thèse supplémentaire Hegel et l’État où il fait litière de l’idée fausse selon laquelle Hegel aurait été l’admirateur de l’État prussien de son époque. En fait, ce qu’Hegel envisageait sous l’appellation d’« État moderne » représente plutôt une critique du trop pâle reflet de la Révolution française qu’était l’État prussien. L’analyse d’Éric Weil montre que si la liberté ne saurait s’accomplir sans État, ce dernier ne remplit sa fonction que s’il garantit l’existence de la liberté à chacun.

Entre-temps, Éric Weil avait obtenu en 1938 la nationalité française. C’est après sa démobilisation et son retour de captivité qu’il fut recruté par l’École pratique des hautes études, entra au CNRS et fonda la revue Critique avec Georges Bataille et Alexandre Koyré. Il y développa l’idée que l’avenir de l’enseignement de la philosophie consiste à passer du singulier indéfini au pluriel défini : de la philosophie aux philosophies. Il est en quelque sorte l’inventeur d’un pluralisme raisonnable qui seul parvient à dépasser la thèse sceptique selon laquelle la vérité n’existe pas, et la thèse selon laquelle l’ambition de vérité anime néanmoins le discours philosophique. Ses principaux ouvrages sont : Logique de la Philosophie (1950), Philosophie politique (1956), Philosophie Morale (1961), Problèmes Kantiens (1963).

De 1956 à 1968, Éric Weil enseigna la philosophie à la Faculté des Lettres de Lille, puis, de 1968 à 1974, à la Faculté des Lettres de Nice. Un « Centre de recherche Éric Weil » est fondé à Lille en 1982 afin de publier et étudier l'ensemble de ses écrits[1]. (Voir Jean Quillien).

Éric Weil a légué tous ses biens, dont son importante bibliothèque, à l’Université de Lille III. Cette bibliothèque est située au 2e étage de la Bibliothèque Universitaire Centrale (BUC) de l’Université Charles de Gaulle - Lille III, à Villeneuve d’Ascq (Nord). Elle est gérée par l’Institut Eric Weil-Institut d’Histoire des Concepts et des Idées [2]. L'institut Eric Weil consacre notamment ses activités à la diffusion et à l’analyse de l’œuvre d’Eric Weil ; aux questions auxquelles cette œuvre s’est attachée : questions de philosophie première, de philosophie pratique, d’histoire de la philosophie, questions relatives à l’éducation, à l’historiographie, à l’histoire, à la sociologie et aux sciences politiques. La Bibliothèque Éric Weil est ouverte depuis octobre 2009[3]. Les catalogues des archives d'Éric Weil[4] ainsi qu'une biographie[5]sont accessibles en ligne.

Weil écrit « L'homme est libre dans la mesure où il veut la liberté de l'homme dans une communauté libre[réf. nécessaire] ». Il écrit aussi que, « la politique ne connait pas seulement des problèmes, elle en constitue un des plus grands, un des problèmes fondamentaux pour la philosophie ». Au sujet des caractéristiques de l'homme : « ce n'est pas en premier lieu le don divin de s'étonner mais celui de s'ennuyer et d'être mécontent. C'est de là que vient son désir de travailler mais sans doute aussi celui de se révolter »[6]

Analyse marxiste[modifier | modifier le code]

Pour Éric Weil, la critique de la religion de Karl Marx aurait évolué et, d'anti-religieuse, elle serait devenue a-religieuse [7]. Il ne s'agit plus de critiquer la religion, mais de critiquer le droit, plus généralement de critiquer la situation concrète du peuple : « Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu'il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c'est exiger qu'il soit renoncé à une situation qui a besoin d'illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l'auréole » [8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Guibal : Le Courage de la raison - la philosophie pratique d'Éric Weil (Paris, éditions du Félin, 2009 )
  • Francis Guibal : Le sens de la réalité - logique et existence selon Éric Weil (Paris, éditions du Félin, 2011 )
  • Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel,‎ 1843

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site du Centre
  2. [1]
  3. Site de la bibliothèque
  4. Catalogues des archives
  5. [2]
  6. Memoire Online
  7. (Weil 1991, p. 27)
  8. (Marx 1843, p. 51-53)