Masse monétaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Numéraire)
Aller à : navigation, rechercher

La masse monétaire est une mesure de la quantité de monnaie dans un pays ou une zone économique. C'est l’ensemble des valeurs susceptibles d'être converties en liquidités, c’est l’agrégat de la monnaie fiduciaire, des dépôts bancaires et des titres de créances négociables, tous susceptibles d'être immédiatement utilisables comme moyen de paiement.

Elle est suivie par les banques centrales et publiée, offrant aux acteurs économiques une précieuse indication sur la possible évolution des prix selon la théorie quantitative de la monnaie.

En 2009, la base monétaire mondiale émise par les banques centrales est estimée à environ 11 000 milliards de dollars[1].

Composants de la masse monétaire[modifier | modifier le code]

Pendant une longue période, la monnaie était exprimée en fonction d'une certaine quantité de métaux précieux, l’or, l’argent, c’est le bimétallisme ou le monométallisme. En théorie, la masse monétaire était égale aux réserves métalliques dans les coffres des banques centrales. Ce système a définitivement disparu le 15 août 1971 quand les États-Unis ont abandonné la convertibilité-or de leur monnaie qui, depuis les Accords de Bretton Woods, servait de référence mondiale et de devise de réserve pour les banques centrales.

Les composantes de la masse monétaire sont des agrégats. Les agrégats monétaires sont des indicateurs statistiques regroupant dans des ensembles homogènes les moyens de paiement détenus par les agents d'un territoire donné. Il y a plusieurs niveaux d'agrégats statistiques dans la masse monétaire, selon le degré de liquidité.

  • M0 appelée aussi base monétaire ou monnaie centrale représente l'ensemble des engagements monétaires d'une banque centrale (pièces et billets en circulation, avoirs en monnaie scripturale comptabilisée par la banque centrale).
  • M1 correspond aux billets, pièces et dépôts à vue (515 000 000 000 € de billets et de pièces en l'an 2000 dans la zone euro).
  • M2 correspond à M1 plus les dépôts à termes inférieurs ou égaux à deux ans et les dépôts assortis d'un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois (par exemple, pour la France, le livret jeune ou le CODEVI, les livrets A et bleu, le compte d'épargne logement, le livret d'épargne populaire...).
  • M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), et qui représentent des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (ex : OPCVM monétaire, certificat de dépôt, créance inférieure ou égale à deux ans).
  • M4 correspond à M3 plus les Bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.

Masse monétaire euro €[modifier | modifier le code]

Voir la définition de la Banque centrale européenne des agrégats monétaires[2]


Évolution des différents composants M1, M2 et M3 de la masse monétaire €

Au 15 janvier 2013 [3], les différents agrégats monétaires étaient les suivants:

Base monétaire = 1630,9 Mds (1334 Mds fin mai 2013)

Dont billets = 903,5 Mds

Dont réserves = 489 Mds (dont réserves obligatoires = 106 Mds)

Dont facilités de dépôt = 238,4 Mds.


Masses monétaires

M1 = 5121 Mds

Dont Billets = 903,5 Mds

Dont Dépôts à Vue = 4218 Mds

M2 = 9017 Mds

Soit M1 plus

- dépôts à moins de 3 mois = 2089 Mds

- dépôts à moins de 2 ans = 1807 Mds

M3 = 9785 Mds

Soit M2 plus

- pensions = 132 Mds

- OPCVM monétaires = 463 Mds

- titres de créance à moins de 2 ans = 173 Mds

Masse Monétaire Dollar $[modifier | modifier le code]

Évolution des différents composants de la masse monétaire aux États-Unis, entre 1959 et 2006


Analyse[modifier | modifier le code]

Les billets de banque et les pièces de monnaie ne constituent qu'une fraction de la monnaie en circulation, la monnaie scripturale en représente maintenant plus de 90 %. Si la banque centrale produit la monnaie fiduciaire, les banques commerciales créent la monnaie scripturale en accordant des crédits sous l'égide des banques centrales. Ainsi selon l'adage « les crédits font les dépôts » : quand une personne obtient par exemple un crédit pour acheter une maison à une autre qui ne se sert pas immédiatement de l'argent et le dépose à sa banque. Mais plus qu'une simple relation de causalité, il décrit un système de rétroaction tournant à la vitesse de circulation de la monnaie et où « Les dépôts font les crédits » : par exemple lorsque le dépôt précédent est prêté à une entreprise, et ainsi de suite. Ainsi la masse monétaire varie en permanence, c'est le processus de création monétaire.

La BCE publie régulièrement la valeur des agrégats monétaires de la zone euro[4].

A fin Janvier 2011, les 330 millions de citoyens de la zone euro, utilisent une monnaie M3 de densité moyenne de 30 000 € par citoyen.

Ces chiffres sont à rapprocher du montant du PIB en Euroland (16 pays de la zone Euro) au 31 décembre 2009 : 9 534 milliards d'Euros [5].

Tout ce qui affecte la masse monétaire peut avoir un effet direct et massif sur l'activité « réelle ».

L’interprétation de ces agrégats est devenue complexe du fait des changements structurels qui se sont produits récemment et l’introduction dans les produits relevant normalement de M3 de nouveaux instruments financiers complexes comme les CDO ( Debt Obligations).

Le ratio M1/PIB est passé de 0,40 en 1950 à 0,25 en 1982. Depuis il oscille autour de 0,25 [6]. Cette baisse traduit une meilleure gestion des trésoreries par les entreprises et par les particuliers qui placent de mieux en mieux leur solde de compte créditeurs. En revanche, si on prend la valeur absolue de M1 et qu’on retranche l’inflation on constate en général que M1 se contracte pendant les récessions et se dilate pendant les phases d’expansion, correspondant à une plus grande prise de risque et un accroissement de l’endettement par les agents économiques.

Le 23 mars 2006, le Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis a cessé de publier M3, considérant que cet indicateur « n’était pas utilisé »(communiqué). La BCE continue à le faire même si Christian Noyer, l’actuel gouverneur de la Banque de France a précisé que l’introduction de nouveaux produits en changeait l’interprétation[7]. De même le site shadowstats continue à l'estimer.

L’examen rétrospectif de M3 montre le gonflement de la bulle immobilière et le début de son renversement à fin 2007 qui allait précipiter le blocage puis la dégringolade des marchés financiers et des banques [réf. souhaitée].

Eurodollars, Euromonnaies[modifier | modifier le code]

Un cas particulier de ces quasi-monnaie est celui des Euromonnaies, et notamment des Eurodollars. Le principe est le même, un dépôt d'espèce dans une banque du pays d'origine sert de gage à une émission de titre qui circule à l'extérieur du pays. Cela permet de s'affranchir de la règlementation du pays d'origine. L'effet multiplicateur du crédit s'applique, ce qui permet la circulation d'une masse considérable de monnaie dérivée, pouvant servir à tous les usages ordinaires de la monnaie, notamment des levées de fond par émissions d'obligations

Représentation graphique[modifier | modifier le code]

Base et masse monétaires de la zone euro, octobre 2009

Impact des variations de la masse monétaire sur l'inflation[modifier | modifier le code]

La théorie monétariste[modifier | modifier le code]

Les monétaristes considèrent que le niveau de la masse monétaire est important parce qu'il a un impact direct sur l'inflation selon l'équation :

MV = PQ

où M représente la masse monétaire, V la « vélocité de la monnaie », le nombre de fois qu'une unité monétaire change de main chaque année, P le prix moyen des produits vendus chaque année et Q la quantité moyenne vendue chaque année.

En d'autres termes, si la masse monétaire augmente plus vite que la croissance du produit national brut, il est selon eux plus que probable que l'inflation va suivre.

Des corrélations incertaines[modifier | modifier le code]

De nombreuses études empiriques ont été effectuées pour vérifier le lien et la causalité de ce lien entre masse monétaire et niveau des prix[8]. "L'existence d'une relation à long terme entre la masse monétaire et le niveau des prix n'est guère contestée... [Le sens de la causalité] est toujours débattu... Aucun [des] tests ne permet de trancher sans ambiguïté ou a priori la question de la causalité entre monnaie et inflation"[8]. "Il est difficile d'établir une relation sur courte période qui soit forte et stable entre croissance monétaire et le taux d'inflation"[8]. Christian de Boissieu estime que "les liens entre la création monétaire et le niveau général des prix se sont considérablement distendus (depuis les années 60)"[9]. Certains économistes nient tout lien à court ou à long terme[10]. "Au mieux, ce lien n'est valable qu'à très long terme et il est instable à court et moyen terme"[11].

Régulation du niveau de la masse monétaire[modifier | modifier le code]

La régulation par les banques centrales[modifier | modifier le code]

Les banques centrales peuvent faire par mesure réglementaire varier ces masses monétaires : en autorisant les banques à prêter une proportion plus ou moins grande des fonds qu'elles ont en dépôt, il est possible par exemple de faire varier la quantité de liquidités en circulation. Un outil plus courant est de faire varier son taux directeur qui a une incidence sur le taux des prêts (et de l'épargne) bancaires.

Les ambiguïtés des agrégats monétaires[modifier | modifier le code]

Le choix de la masse monétaire servant de référence à la gestion économique diverge selon les différentes écoles. Les monétaristes intégristes optent pour la monnaie centrale M0, les monétaristes orthodoxes pour M1 et les monétaristes conservateurs pour M3[12]. Dans le passé la France et l'Allemagne se basaient sur M3[13], le Royaume Uni sur M0 et M4 et les Etats-Unis sur M2[14]. La Banque centrale européenne (BCE) a fait le choix de M3[15]. Respecter l'objectif de masse monétaire ne permettait généralement pas d'optimiser la marche de l'économie[13]. "La Bundesbank consacrait une large part de son activité de communication à expliquer pourquoi elle ne tenait pas compte... de M3"[13]. "Les banques centrales renoncent de plus en plus à contrôler les agrégats monétaires"[15]. La difficulté à opter pour un agrégat monétaire tient au flou concernant la liquidité réelle de chacun de ces agrégats. La libéralisation financière provoque "des déplacements brutaux des agrégats monétaires [qui modifient] les élasticités de la demande de monnaie"[16]. "Les marchés d'actifs jouent, là comme ailleurs, un rôle majeur et perturbant dans cette relation"[17].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Février 2009 : Quel prix d'actif va "exploser" en premier ?, Natexis Banques Populaires.
  2. Définition des agrégats monétaires par la BCE http://www.ecb.int/stats/money/aggregates/aggr/html/hist.en.html
  3. Bulletin mensuel de la Banque de France de Mars 2013 sur la page http://www.banque-france.fr/eurosysteme-et-international/la-bce/le-bulletin-mensuel-de-la-bce.html
  4. Agrégats monétaires de la zone euro BCE
  5. Eurostat http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page?_pageid=1996,39140985&_dad=portal&_schema=PORTAL&screen=detailref&language=fr&product=REF_TB_national_accounts&root=REF_TB_national_accounts/t_na/t_nama/t_nama_gdp/tec00001
  6. André Chaineau, Mécanismes et politiques monétaires
  7. Interview Liberation janvier 2007, BNP bulletin du 10 mai 2007
  8. a, b et c Cahiers économiques et monétaires, Banque de France, Direction Générale des Etudes, n°34, 1989, p.15
  9. Alternatives économiques, Septembre 2004, p.18
  10. Gabriel Galand et Alain Grandjean, La monnaie dévoilée, L'Harmattan, 1996, p.203 et 204
  11. Lettre de l'OFCE, 7 Décembre 2006, p.2
  12. Revue de l'OFCE, Juillet 1999, p.117 et 118
  13. a, b et c Revue de l'OFCE, Juillet 1999, p.120
  14. Revue de l'OFCE, Avril 1994, p.20
  15. a et b Revue de l'OFCE, Juillet 1999, p.113
  16. Michel Aglietta, Macroéconomie financière, La Découverte, 1995, p.105 et 106
  17. Revue de l'OFCE, HS, Mars 2002, p.201

Voir aussi[modifier | modifier le code]