Michel Aglietta

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Michel Aglietta

Naissance 1938
Chambéry (France)
Champs Économie
Institutions Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Diplôme École polytechnique et ENSAE

Michel Aglietta, né en 1938 à Chambéry, est un économiste français, ancien élève de l'École polytechnique (Promotion X1959) et de l'ENSAE. Actuellement professeur de sciences économiques à l'Université Paris X, il est également conseiller scientifique au CEPII, membre de l'Institut universitaire de France, consultant à Groupama-AM et professeur de macroéconomie au sein de la majeure Alternative Management de l'HEC Paris[1]. Il a été membre du Cercle des économistes et, de 1997 à 2003, du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre.

Spécialiste des questions de régulation économique, Michel Aglietta a en particulier travaillé sur les nouvelles stratégies boursières sacrifiant l'emploi à la rentabilité et leur impact macroéconomique.

Il est nommé membre du Haut Conseil des Finances Publiques par le président du Sénat Jean-Pierre Bel le 28 février 2013[2].

Biographie et travaux[modifier | modifier le code]

Diplômé de l’École Polytechnique sa sensibilité et son intérêt pour les éléments théoriques du débat politique le poussent à choisir, en 1961, l’École Nationale de la Statistique et des Études économiques (ENSAE) comme école d’application.

En 1964, il commence sa carrière en tant qu’administrateur de l’INSEE au sein de la Division des programmes, division qui collabore alors avec le Commissariat général du plan au moment où Charles de Gaulle pose la planification comme une ardente obligation pour l’économie française. Il participe ainsi à la conception du premier modèle économétrique français qui s’appelait FIFI. Travaillant sur la croissance de moyen terme pour la planification française, il est concerné par le dépassement de la conception de la politique économique qui régnait à l’époque. Rappelons-nous que les événements de 1968 avaient changé irréversiblement le modèle de croissance français en rappelant que l’évolution de la société est un phénomène social total et par conséquent que l’économie ne peut être séparée des relations socio-politiques. Michel Aglietta juge donc utile pour rénover la théorie de la croissance d’étudier les rapports entre économie et société dans l’histoire longue et dans un autre contexte, celui des États-Unis.

Introduit auprès de Kenneth Arrow par Edmond Malinvaud directeur de la toute nouvelle Direction de la recherche de l’INSEE, il obtient une bourse de research fellow de l’Otan et se rend ainsi à Harvard en octobre 1970. Il commence une recherche sur la croissance de longue période avec pour objectif d’étudier les grandes évolutions du capitalisme américain pour repérer des régimes de croissance historiquement situés et liés à des modes d’action publique et au développement des organisations de salariés dans la Grande Dépression. Il cherche notamment à expliquer la croissance soutenue de l’après-guerre par rapport à l’instabilité de l’entre-deux-guerres. Sa thèse porte sur la régulation du monde de production capitaliste en prenant comme exemple les États-Unis (1870-1970).

En octobre 1974, Michel Aglietta soutient sa thèse à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, intitulée Régulation du mode de production capitaliste dans la longue période. Prenant exemple des États-Unis (1870-1970). Elle fonde l’école de la régulation. Le jury de sa soutenance de thèse se compose des professeurs Raymond Barre, H. Brochier, Carlo Benetti, J. Weiller et Edmond Malinvaud.

Les sept chapitres de cette thèse seront ensuite discutés dans le cadre d'un séminaire qu'il organise à l'INSEE. Ainsi, chaque mois a lieu une réunion sur un des chapitres. Un noyau dur de personnes venues de l’INSEE, du CEPREMAP mais aussi des universités se forme, notamment Robert Boyer et Alain Lipietz. À partir de ces réunions, Aglietta rédigé le livre Régulation et crises du capitalisme . À sa sortie, en 1976, ce livre a une certaine visibilité et est traduit assez rapidement.

Agrégé en Sciences économiques en 1976, après avoir été administrateur de l'INSEE, Michel Aglietta est nommé à l’Université d’Amiens. Il y reste jusqu’en 1982, année où il rejoint l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Michel Aglietta est l'un des fondateurs en 1976, avec Robert Boyer, de l'école de la régulation[3].

Michel Aglietta n’est pas un pur universitaire. Il a mené parallèlement des recherches au Centre d’Etudes Prospectives et d’Information Internationale (CEPII) et dans différents organismes monétaires et financiers : conseiller auprès de la Banque de France, visiting fellow au Département recherche de la Federal Reserve Bank de New York en 1995, consultant à la Compagnie parisienne de Réescompte, puis chez Groupama Asset Management. Il s’est intéressé à partir de la fin des années 1970 d’une part, à la théorie et l’histoire de la monnaie et d’autre part, à l’économie internationale dans le cadre des études poursuivies au CEPII pour comprendre les causes et les conséquences de la globalisation financière. Il a reçu plusieurs prix au cours de sa carrière en particulier le prix de l’Économiste de l’année décerné par le Nouvel Économiste en juin 1995 et le prix européen du livre d’économie en février 2005. Il est actuellement membre du Haut Conseil des Finances Publiques, Professeur émérite de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, professeur à HEC et chercheur au CEPII.

Il est un spécialiste d’économie monétaire internationale et connu pour ses travaux sur le fonctionnement des marchés financiers, qui ont permis de mieux connaître l'Histoire des bourses de valeurs. Il a dans plusieurs ouvrages souligné ce qu'il considère être des failles du système financier[4].

Aglietta a étudié les relations entre les structures des systèmes financiers et la croissance économique. La libéralisation financière engagée dans les années 1980 a été envisagée comme un moyen d'améliorer l'efficience des marchés financiers à un niveau mondial (la concurrence devait conduire à une allocation optimale des capitaux et à une baisse des taux d'intérêts) et finalement à la croissance. Mais pour Aglietta, le passage à une économie financière globalisée s'est accompagnée d'une instabilité cyclique et d'un risque de système (ou risque systémique). La défaillance d'un agent conduit par effet de contagion (ou effet mimétique) à une crise financière généralisée. Pour que la mobilité des capitaux serve véritablement l'économie réelle, Aglietta insiste sur la nécessité d'instaurer de nouvelles règles, de renforcer le contrôle prudentiel des marchés et de conduire des politiques contra-cycliques plus actives.

L'économiste Jacques Sapir a critiqué les opinions de Michel Aglietta dans son ouvrage Faut-il sortir de l'Euro. Il lui reproche notamment une « vision essentialiste » de la monnaie[5]. Celle théorie présuppose que la simple existence d'une monnaie unique est suffisante pour créer l'homogénéité économique nécessaire à l'intégration d'une zone. Jacques Sapir souligne a contrario : « L'histoire des faits économiques montre qu'à chaque fois qu'un espace gagne en homogénéité,... la divergence des dynamiques économiques entre régions s’accentue ». Sur ce point les opinions de Michel Aglietta et Jacques Sapir convergent, mais Michel Aglietta estime que le problème de la divergence peut être résolu par l'existence d'un budget fédéral (comme aux États-Unis) et plaide donc en faveur de cette solution, tandis que Jacques Sapir estime que l'opinion européenne n'est pas prête pour un tel projet[6].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Lors de l'élection présidentielle française de 2012, il signe l'appel des économistes en soutien du candidat François Hollande[7].

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Régulation et crises du capitalisme, 1976-1997
  • La violence de la monnaie, avec André Orléan, 1984
  • Macroéconomie financière, 1995-2005
  • La Monnaie souveraine, avec André Orléan, Odile Jacob, 1998
  • La Monnaie : entre violence et confiance, avec André Orléan, Odile Jacob, 2002
  • Dérives du capitalisme financier, 2004
  • Désordres dans le capitalisme mondial, avec Laurent Berrebi, Odile Jacob, 2007
  • La Crise, 10 questions posées par Pierre Luc Séguillon, Michalon, 2008 (nouvelle édition augmentée, 2010)
  • Crise et rénovation de la finance, avec Sandra Rigot, Odile Jacob, 2009
  • Les hedge funds, piliers ou fossoyeurs de la finance, Perrin, 2010
  • Zone euro: éclatement ou fédération, 10 questions posées par Richard Robert, Michalon, 2012
  • La voie chinoise, capitalisme et empire, avec Guo Bai, Odile Jacob, 2012
  • Un New Deal pour l'Europe, avec Thomas Brand, Odile Jacob, 2013

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. HEC Paris.Majeure Alternative Management. Page du Prof. Michel Aglietta sur le site d'HEC
  2. Communiqué de presse du Sénat.
  3. « Michel Aglietta : “La dictature du cours de Bourse mène à la catastrophe” »
  4. Michel Aglietta
  5. Jacques Sapir, Faut-il sortir de l'Euro, Paris, Le Seuil, 2012, p. 44-48
  6. Citation complète:« L'histoire des faits économiques montre qu’à chaque fois qu'un espace gagne en homogénéité, que ce soit par l'instauration d'une monnaie unique, l'abolition des droits de douane intérieurs ou par la mise en œuvre de nouveaux moyens de communication (les chemins de fer par exemple au XIXe siècle), la divergence des dynamiques économiques entre régions s'accentue. »Michel Aglietta vs. Jacques Sapir : deux livres instantanés et jetables!, Bouillaud's Weblog, 25 février 2012
  7. Philippe Aghion et al., « Nous, économistes, soutenons Hollande », Le Monde,‎ 17 avril 2012 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]