Vitalis Cros

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Vitalis Cros
Fonctions
Préfet de police à Alger
Maire
Élection Mairie de Villeneuve-Minervois
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Villeneuve-Minervois
Date de décès (à 85 ans)
Nationalité Drapeau de la France Française

Vitalis Cros (né le à Villeneuve-Minervois et mort le à La Redorte) est un résistant durant la Seconde Guerre mondiale. Nommé sous-préfet à la libération, il participe à des cabinets ministériels et devient ultérieurement préfet mais aussi écrivain. Dernier préfet de police d'Alger, engagé dans une lutte contre l'OAS, il est aussi, juste après l'indépendance de ce pays, un des hommes qui s'efforcent de reconstruire les relations franco-algériennes.

Famille[modifier | modifier le code]

Vitalis Cros est le fils unique de Vercingétorix Cros, limonadier, et de Juliette Durand. Il est prénommé plus précisément Vitalis Jules. Vitalis est un ancien prénom italien ou gallo-romain, s'inscrivant dans une tradition familiale, c'est le prénom donné à l'aîné dans cette famille agnostique[1], et Jules est « de l’humour occitan, la rencontre du romain Jules César et de Vercingétorix »[2]

Vercingétorix Cros fut gravement blessé pendant la guerre de 1914, et très handicapé à son retour à Villeneuve-Minervois où la famille tenait un petit commerce. Juliette Durand reconvertit le commerce familial, d'abord en un kiosque à journaux à Carcassonne, qui se transforma rapidement en une librairie et marchand de journaux. Librairie qui était aussi un lieu de discussion. Enfin, un magasin de gros est créé, pour la diffusion de la Presse Parisienne dans la région de Carcassonne.

Études[modifier | modifier le code]

Après une formation classique et mathématique aux lycées de Carcassonne et de Montpellier, Vitalis Cros étudie le droit à Toulouse et obtient les diplômes d’études supérieures d’économie politique et de droit public avant de s'inscrire au barreau de Toulouse en 1936.

Le , Vitalis Cros épouse Suzanne Pugenc dont il aura trois enfants.

La guerre et la Résistance[modifier | modifier le code]

Mobilisé en 1939, la débâcle le ramène dans l'Aude. En 1940 Vitalis Cros note dans son journal personnel cité par Lucien Maury :

« 1940: C'est la débandade - Rentré à Carcassonne, je ne trouve que des gens soulagés... avec deux millions de prisonniers ... Je sens la pourriture nous envahir. Il faudrait adorer ce que nous avons brûlé. Et on commence à nous parler de révolution nationale ! Dans un pays occupé par l'ennemi ! De qui se moque-t-on ? »

— Lucien Maury, La Résistance audoise[3]

.

Le magasin familial devient un point de ralliement pour les premiers résistants audois. La qualité de secrétaire adjoint du syndicat des dépositaires de presse, et le permis de circuler attaché à la fonction permettent à Vitalis Cros de nouer des contacts à l'extérieur du département. Pendant cette période, Vitalis Cros effectue, outre la distribution de la presse clandestine, les transports clandestins dont la résistance avait besoin. Clermont-Ferrand, Toulouse, Montpellier, etc., il est agent de liaison entre les maquis. Puis il devient membre de l’état major des mouvements unis de la résistance (M.U.R.) dès sa création en janvier 1943[3].

Fonctions dans l'administration centrale et la préfectorale[modifier | modifier le code]

En juillet 1944, alors que le département n’est pas encore libéré, le Gouvernement provisoire de la République française lui demande de prendre en charge la sous-préfecture de Narbonne. Il prend ses fonctions le 22 août et elles lui sont confirmées le . Il le reste jusqu'au .

À cette date, il devient Secrétaire général du CATI (actuellement Secrétariat général pour l'administration de la police) de la Préfecture de la Haute Garonne, à Toulouse, jusqu'au début de l'année 1957.

Durant les cinq premiers mois de 1957, une nouvelle mission lui est confié qui le conduit à Paris. Il a été en effet appelé comme chef de cabinet de Georges Guille, homme politique originaire de l'Aude et ancien résistant comme lui, secrétaire d'état à la Présidence du Conseil, chargé de la Recherche scientifique et de l'Énergie atomique, dans le gouvernement de Guy Mollet Président du Conseil et membre de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).

Il est nommé préfet le [4] mais reste en fonction à Paris, cette fois comme chef de cabinet d'Arthur Conte au Secrétariat d'état à l'Industrie et au Commerce, Bourgès-Maunoury étant Président du Conseil.

Le , c'est le retour au pays natal, il est nommé préfet de l'Aude. A son arrivée au pouvoir, le général de Gaulle le conforte dans cette fonction, ce qui fait de lui, de fait, un des premiers préfets nommés en France sous la Ve République.

Préfet des Ardennes[modifier | modifier le code]

Le , une nouvelle affectation le conduit dans une région plus septentrionale, puisqu'il devient préfet des Ardennes. Un préfet parfois peu respectueux du protocole mais efficace, agissant pour le développement de ce département, dans cette période dite des Trente Glorieuses. Il milite en particulier pour faciliter la circulation fluviale de fret sur la Meuse[5].

En mai 1960, dans le prolongement du traité Euratom, le département dont il a la charge est retenu pour l'installation d'une nouvelle centrale nucléaire avec réacteur à eau pressurisée. Une société est constituée entre EDF et une compagnie d'électricité belge, la société d'énergie nucléaire des Ardennes (SENA) pour mener à bien cette implantation à Chooz, dans une boucle de la vallée de la Meuse[6].

Le , Vitalis Cros publie un arrêté constituant un syndicat intercommunal entre 13 communes associant Charleville, Mézières, Mohon, Aiglemont, Etion, La Francheville, Montcy-Notre-Dame, Moncy-Saint-Pierre, Prix, Saint-Laurent, Le Theux, Villers-Semeuse et Warcq. Ce syndicat intercommunal doit étudier et réaliser des zones industrielles et d'habitation, des études d'urbanisme et des travaux d'équipement urbain[7]. C'est l'amorce de la fusion de Charleville, Mézières, Mohon, Montcy-Saint-Pierre, Etion et Le Theux, qui se concrétisera avec son successeur.

En 1961 également, Vitalis Cros est chargé de préparer un voyage du président de la république dans les Ardennes. Mais ce voyage ne se fera qu'après son départ. La légende veut qu'il ait à cette occasion manifesté au ministère de l'intérieur son incompréhension sur l'ambiguïté de la politique algérienne du général de Gaulle. Pour lui, l'indépendance de l'Algérie est dicté par le bon sens. La question algérienne semble pourtant bien loin des terres ardennaises. Certes, la question algérienne déchirent les socialistes ardennais, dont une partie significative menée en particulier par Andrée Vienot et Guy Desson, s’oppose à la SFIO sur ce sujet et rallie le PSU. Et quelques activistes pro-OAS se manifestent tant bien que mal : une grenade explose dans une poubelle de Charleville, une charge d'explosifs est trouvée sous la fenêtre d'un inspecteur de police à Montcy-Saint-Pierre, des menaces de mort sont envoyées à quelques personnalités locales. Sans grands échos dans la population, plus inquiète pour ses jeunes incorporés dans le contingent militaire présent sur place[8].

À Alger[modifier | modifier le code]

En novembre 1961, Roger Frey, ministre de l’intérieur, le nomme préfet de police à Alger, dans une période très tendue. De fin 1961 à juillet 1962, il doit gérer la transition de l’Algérie vers l’indépendance avec le commandant Azzedine, assurer le maintien de l'ordre avant et après le référendum sur l'indépendance et contenir à la fois le FLN et l'OAS qui multiplient les attentats.

Le 19 mars, un cessez-le-feu est proclamé entre l'Armée Française et le FLN. Le second article de ce cessez-le-feu indique :

« Les deux parties s'engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle. Toute action clandestine et contraire à l'ordre public devra prendre fin. »

Les événements dramatiques se succèdent pourtant, avec notamment à partir du la bataille de Bab El-Oued, et concomitamment, le 26 mars, la fusillade de la rue d'Isly, à la suite d'une manifestation pourtant interdite par le préfet et les autorités militaires.

À la suite du cessez-le-feu, le FLN devient un parti officiel. Passant outre ce qu'il qualifie de « mythomanie environnante », Vitalis Cros accepte de rentrer en contact de façon régulière avec les interlocuteurs désignés par le mouvement algérien[9]. Des contrôles, perquisitions, arrestations et saisies d'armes se multiplient dans les milieux européens hostiles à l'indépendance, perturbant de plus en plus l'action de l'OAS.

Après la colère, commence la phase de résignation, avec une vague massive d'exode des Pieds-Noirs à partir d'avril 1962. Une bonne partie de la population d'Algérie d'origine européenne se détache des extrémistes de l'OAS.

Le , un attentat à la voiture piégée, au port d'Alger, perpétré par l'OAS, fait 110 morts et 150 blessés, en majorité des dockers et des demandeurs d'emploi. Au vaste élan de solidarité déclenché à partir des différents quartiers par toute la population, européens et musulmans confondus, ont répondu les tirs des ultras de l’OAS provoquant ainsi un véritable carnage. D'autres attentats suivent provoquant une réplique du FLN le 14 mai. Pour éviter l'escalade de la violence, Vitalis Cros décide de faire fermer un nombre important de bars ou restaurants utilisés comme point de ralliement par l'OAS, et de faire partir des policiers connus pour leur sympathie pour ce mouvement[9]. Pour autant, les actions de l'OAS restent quotidiennes.

L’Algérie devient indépendante le .

De juillet 1962 à septembre 1964, il continue sous une autre forme son action à Alger, à l'Ambassade de France, comme ministre Conseiller chargé de la coopération. Il s'efforce de reconstruire les relations franco-algériennes, avec l'aide d'une petite communauté de Français. Il se lie d’amitié avec l'écrivain Jean Sénac et le peintre Jean de Maisonseul, qui participent également aux premiers pas du nouvel État dans le domaine culturel[10]. En automne 1963, il reçoit Jules Roy, revenu sur place observer la naissance de la nouvelle Algérie[11].

Retour en métropole[modifier | modifier le code]

Il a une dernière affectation dans la préfectorale, sur un poste à priori plus paisible comme préfet du Loir-et-Cher du au . Il doit donc y gérer les événements de mai 68, mais ce mouvement n'est pas aussi dramatique que la décolonisation de l'Algérie.

De 1969 à 1979, il devient haut fonctionnaire de défense au Ministère de l'Intérieur, à Paris. En 1979 il est conseiller technique au comité de recherches pour la sécurité des systèmes d’informations automatisés, puis au Cnil (Commission nationale de l’informatique et libertés). Il divorce cette même année 1979, et se remarie en 1982 avec Hermine Chastanet, artiste peintre dont les toiles ornent son bureau à côté d'une photo dédicacée de Charles de Gaulle[10].

En parallèle, il revient dans sa commune natale, Villeneuve-Minervois, dont il devient maire pendant une douzaine d'années, de 1971 à 1983. En mars 1973, il se présente aux élections législatives dans la première circonscription de l'Aude, pour succéder à son ancien mentor, Georges Guille. Candidat pompidolien[note 1],[12] bien que se définissant comme un « socialiste libéral »[1]… Cette candidature échoue face au candidat socialiste, Antoine Gayraud[12].

En 1984, âgé de 71 ans, il quitte la vie active et décède en 1999[10].

L'écrivain[modifier | modifier le code]

Il est encore haut fonctionnaire lorsqu'il publie ses premiers ouvrages, de témoignage et de réflexion. Avant de se consacrer à des œuvres d'inspiration plus littéraires.

Ses principales œuvres :

  • Le Temps de la violence. Chronologie succincte des événements vus d'Alger du premier novembre 1954 au 5 juillet 1962, Presses de la Cité, 1971
  • Le Mal du siècle. Vouloir dans l'ordre ou subir dans le chaos, Presses de la Cité, 1972
  • La liberté colonisée, manifeste pour demain, Plon, 1974
  • Liberté (Cantate), Annet-Georges Aupois, 1985, poésie
    Avant dire de René Char
  • L'homme et L'utopie, La Pensée universelle, 1987
  • La marquise, Confrérie Castille, 1995, nouvelle

Prix[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Candidat favorable à Georges Pompidou, Président de la République

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b France Inter Radioscopie Jacques Chancel février 1975
  2. « L'homme qui a dit non à l'homme qui a dit non », sur Si Chalabre m'était conté
  3. a et b Maury 1980, p. 55 et 286
  4. Journal officiel de la République française du 5 juillet 1957, page 6628
  5. Yannick Hureaux, « Ce jour là 27 mai 1960, un vendredi en Ardennes », Journal l'Union,‎ (lire en ligne)
  6. Michel Hug, Un siècle d'énergie nucléaire, Éditions Le Manuscrit, (ISBN 978-2-304-03058-7, lire en ligne)
  7. Plat-Tainturier et Greterin 1980, p. 37-54
  8. Gilles Deroche, La France en guerre 1954-1962, Éditions Autrement, coll. « Mémoires/Histoire », , 506 p. (ISBN 978-2-7467-1185-3), « Les socialistes et l'Algérie. Les Ardennes, terre de minorité », p. 241-254
  9. a et b Monneret 2000
  10. a, b et c Le Monde Péroncel-Hugoz 21 avril 1999
  11. Guy Dugas, Algérie, Vers le cinquantenaire de l'indépendance : Jules Roy, compagnon de route complice et critique de l'Algérie indépendante, L'Harmattan, 280 p., p. 32
  12. a et b Guilaine et Fabre 1990, p. 272

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]