Une si longue lettre

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Une si longue lettre
Auteur Mariama Bâ
Genre Roman
Distinctions Prix Noma
Lieu de parution Abidjan
ISBN 2-7236-0430-6
Éditeur Nouvelles éditions africaines
Date de parution 1979

Une si longue lettre est le premier roman de l'écrivaine sénégalaise Mariama Bâ publié pour la première fois en 1979. Éc=rit en français, l'ouvrage prend la forme d'un roman épistolaire où Ramatoulaye Fall raconte à Aïssatou, son amie de longue date, son veuvage et sa vie de femme et de mère. Aux événements de sa vie s'entrelacent ceux de son amie Aïssatou.

Ce roman célèbre aborde le statut des femmes au Sénégal et plus largement en Afrique de l'Ouest.

Thèmes[modifier | modifier le code]

L'amour et l'amitié[modifier | modifier le code]

L'amour et l'amitié jouent un rôle central dans le parcours de Ramatoulaye dans la relation polygame que créée son mari Modou en prenant une deuxième épouse, puis au lendemain de la mort de Modou. Ramatoulaye, qui a choisi de se marier avec Modou par amour, explore ce que signifie être amoureux, et comment la tradition de la polygamie supprime ce sentiment[1].

L'importance de l'amitié est vue notamment avec l’échange épistolaire entre Ramatoulaye et Aïssatou. A la mort de son mari, Ramatoulaye met à profit la période de deuil pour faire le point sur sa vie. Elle écrit à Aïssatou pour lui faire part de ses sentiments, de ses réflexions, et disposer de son appui dans son désarroi[2].

Evolutions possibles du statut de la femme africaine[modifier | modifier le code]

L’évolution possible du statut des femmes apparaît dans les personnages de Ramatoulaye et Aïssatou. Ces deux femmes sont puissantes, intelligentes, indépendantes, et elles représentent le mouvement féministe de l’Afrique. Aïssatou a quitté son mari parce qu’il a pris une deuxième femme et ce n’était pas le type de mariage qu’elle voulait. Après, elle est partie pour les États Unis comme traductrice. Cette situation montre qu’elle a le pouvoir et la liberté de choisir ce qu’elle veut faire. Quand le mari de Ramatoulaye est mort et que plusieurs hommes l’ont demandé en mariage, elle les a rejetés. Elle n’épousera pas pour d’autre raisons que l’amour[1],[3].

La polygamie[modifier | modifier le code]

Le roman explore le sujet de la polygamie et le statut de la femme dans le contexte de la société et la famille. La protagoniste, Ramatoulaye subit l'influence directe d'un mariage polygame lorsque son mari prend une deuxième épouse sans son consentement. Dans sa lettre, Ramatoulaye raconte la différence des réactions entre elle et son amie Aissatou. Aissatou avait décidé de quitter son mari lorsqu'il épousa une deuxième femme. Ramatoulaye a toutefois décidé de rester avec son mari pour le bien de ses enfants. Malgré les actions de son mari, Ramatoulaye lui reste fidèle. D’ailleurs, elle refuse de se remarier après sa mort, affirmant que le mariage est une affaire d'amour. Quand le frère de son mari décédé lui propose le mariage, Ramatoulaye est catégorique sur le fait qu'elle ne participera pas à ce mariage simplement pour améliorer son statut social[1].

Principaux personnages[modifier | modifier le code]

  • Ramatoulaye Fall : narratrice, mère de douze enfants, épouse de Modou Fall avec qui elle a vécu vingt-cinq ans[1].
  • Modou Fall : mari de Ramatoulaye. Le roman débute au moment de sa mort, lorsque Ramatoulaye prend la plume pour raconter son veuvage à son amie Aïssatou.[1].
  • Aïssatou Bâ : meilleure amie de Ramatoulaye, destinataire des lettres. Elle demande le divorce lorsque son mari prend une deuxième épouse.[1].
  • Tamir, frère du défunt Modou Fall. Il est persuadé qu’il s’impose comme le nouvel époux de Ramatoulaye, suite à la mort de son frère. Elle lui répond : « Je ne serai jamais le complément de ta collection »[1].
  • Mawdo Bâ : mari d'Aïssatou, il est Toucouleur et appartient au clan Guelwar et réalise donc, pour sa famille, une mésalliance en épousant Aïssatou, fille de bijoutier. Pour cette raison, sa mère lui donnera une épouse de leur clan.
  • Nabou, dite "la petite Nabou" : deuxième épouse de Mawdo Bâ.[1].
  • Nabou : mère de Mawdo Ba et homonyme de la petite Nabou[1].
  • Binetou : deuxième épouse de Modou Fall, amie de Daba[1].
  • Daouda Dieng : ancienne connaissance de Ramatoulaye, il espère l'épouser depuis la mort de son mari[1].
  • Daba : fille ainée de Ramatoulaye. Elle l’encourage à divorcer lorsque l’époux de Ramatoulaye devient polygame. Elle choisit librement son fiancé, pour une relation monogamique[1].

Éditions[modifier | modifier le code]

Une si longue lettre, Abidjan, Nouvelles éditions africaines, 1979 (ISBN 2-7236-0430-6) ; réédition, Paris, Le Serpent à plumes, coll. « Motif » no 137, 2001 (ISBN 2-84261-289-2).

Le roman a été traduit en 25 langues. Il a notamment été traduit en anglais en 1981, par Modupe Bode-Thomas, sous le titre So Long a Letter[4], et en wolof en 2016 par Mame Younousse Dieng et Arame Fal, sous le titre : Bataaxal bu gudde nii [5].

Accueil[modifier | modifier le code]

L'œuvre est accueillie avec intérêt par les professionnels du livre, et connaît un succès public. Elle se voit décerner le Prix Noma lors de la Foire du livre de Francfort en 1980. Elle devient ensuite un classique de la littérature africaine, étudié en classe[6],[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k et l Daouda Pare et Elisabeth Yaoudam (dir.), « Une si longue lettre, de Mariama Bâ. La femme est aussi un Homme … », dans Métamorphoses féminines : Émergence et évolutions dans les littératures francophones contemporaines, Archives contemporaines, (lire en ligne), p. 213-220
  2. Jean-Marie Volet, « Mariama Bâ », Université d'Australie-Occidentale,‎ (lire en ligne)
  3. Bouba Mohammedi-Tabti, Mariama Bâ, Une si longue lettre, Honoré Champion,
  4. Ugo Chukwu Françoise et Okonjo Ogunyemi, Chikwenye, « Africa Wo/Man Palava. The Nigerian Novel by Women », Cahiers d'études africaines, vol. 38, no 149,‎ , p. 185-189 (lire en ligne)
  5. Abdourahman Waberi, « Mettez du wolof dans vos bibliothèques ! », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. « Une si longue lettre, de Mariama Bâ », sur AfricaVivre Le Mag
  7. Jean-Marie Volet, « A (re)lire. "Mariama Bâ ou les allées d'un destin", une biographie de Mariama Bâ par Mame Coumba Ndiaye », Université d'Australie-Occidentale,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bouba Tabti-Mohammedi, Mariama Bâ, Une si longue lettre, Paris, Honoré Champion, "Entre les lignes", 2016.
  • Diop, Papa Samba, Archéologie du roman sénégalais, Paris, L'Harmattan, 2010.
  • Habib Latha, Rizwana, "Feminisms in an African Context : Mariama Bâ's so Long a Letter", Agenda, Empowering Women for Gender Equity, No. 50 : "African Feminisms One", 2001, p. 23-40.