Littérature africaine

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La littérature africaine, et principalement la littérature subsaharienne, a la spécificité de se nourrir abondamment de l'oralité. Elle aborde les thèmes de la civilisation africaine, de ses mœurs, ses cultures, ses pratiques bref le reflet ou l'image de l'Afrique ancestrale. La littérature africaine moderne est récente. Elle est née au contact de deux mondes, le monde occidental et africain alors que des écrits antiques peuvent conduire à classer la littérature africaine parmi les plus vieilles au monde.

Les littératures historiques[modifier | modifier le code]

Inscriptions coptes et arabes dans une église du Vieux Caire.
Stèle montrant l'alphabet phénicien, Tophet de Carthage, Tunisie.

La littérature de l'Égypte antique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature de l'Égypte antique.

La littérature de l'Égypte antique s'écrit en égyptien ancien pendant plusieurs siècles, de l'époque pharaonique jusqu'à la fin de la domination romaine. Aujourd'hui, cette langue survit avec la langue copte, qui est restée la langue liturgique de l'Église copte. Ainsi, la littérature égyptophone d'Afrique est-elle, avec la littérature sumérienne de Mésopotamie, la plus ancienne du monde.

La pierre de Rosette est la clé de la redécouverte de l'égyptien ancien, dont la connaissance était perdue depuis la fin de l'époque romaine. Il s'agit d'un fragment de stèle en granodiorite qui montre le même texte en hiéroglyphes, en écriture démotique et en alphabet grec. Découverte en 1799, pendant la campagne d'Égypte de Bonaparte, elle est traduite en 1822 par le français Jean-François Champollion.

Parmi les œuvres les plus connues, on trouve le livre des morts des Anciens Égyptiens, les textes des pyramides, et le livre de la vache et du ciel. En général ces livres sont soit écrits en scripte hiéroglyphique ou hiératique sur des rouleaux de papyrus, soit gravés en scripte hiéroglyphique sur des murs de pierre dans les monuments d'Égypte.

La littérature phénicienne, grecque, et latine[modifier | modifier le code]

La civilisation carthaginoise fut un grand empire à l’emplacement de la Tunisie actuelle. Sa littérature disparait après les guerres puniques, avec la destruction des bibliothèques de Carthage ; cette littérature s'écrivait en phénicien et en grec ancien. Les auteurs les plus connus sont Diogène Laërce et Clitomaque.

Pendant la dynastie des Ptolémées, alors que l'Égypte est une colonie grecque, la bibliothèque d'Alexandrie devient la plus célèbre bibliothèque de l'Antiquité. Selon Ibn Khaldoun, Amr ibn al-As détruit cette bibliothèque en 642 sur l'ordre du calife Omar[1].

Après les guerres puniques, Rome est le pouvoir principal en Afrique du Nord. L'Afrique romaine produit plusieurs œuvres littéraires en latin. Parmi les auteurs d'expression latine les plus célébrés, citons Terence, Apulée, Florus, Sulpice Apollinaire, Nonius Marcellus, Terentianus dit le Maure et Fronton. Le philosophe et théologien Augustin d'Hippone, auteur des Confessions, était aussi un auteur latino-berbère. Il se définit lui-même comme un écrivain punique[2], mais la langue maternelle de ce Père de l’Église catholique était probablement le latin.

Pendant le Moyen Âge, les universités musulmanes protègent plusieurs textes grecs et latins traduits en arabe. Sans cette préservation en Afrique, il est probable que plusieurs œuvres auraient disparu.

La littérature en amharique[modifier | modifier le code]

Bible éthiopienne du XXe siècle.
Article détaillé : Littérature éthiopienne.

L'Éthiopie possède une très ancienne tradition littéraire, utilisant le système d'écriture guèze, remontant à son époque axoumite. La littérature ancienne, dominée par l'enseignement religieux, est essentiellement morale dans son contenu.

La littérature amharique commence à se développer vers le XIIIe siècle, au cours de la dynastie Zagwe. On peut distinguer trois périodes majeures dans le développement de la littérature amharique moderne du XXe siècle ; la période de l'occupation italienne (1935-1941), la période post-indépendance (1941-1974) et la période post-révolutionnaire (1974-aujourd'hui)[3].

La philosophie écrite éthiopienne s'étend sur douze siècles de production littéraire[4]. Elle connait une période traduction littéraire, dominée par Le Fisalgwos (Le Physiologue) et Biä’afä Mikael (Le Livre des philosophes).

La littérature berbère[modifier | modifier le code]

Écritures tifinaghs anciennes près d'Essouk au Mali.

Il existe plusieurs langues berbères. La famille des langues berbères comprend tamazight, chleuh, kabyle, rifain, chaoui, chenoui et d'autres. Elles se répandent principalement au Maroc, en Algérie, au Mali et au Niger.

Le touareg, une langue berbère du Sahara centrale, s'écrit avec l'alphabet tifinagh depuis le IIIe siècle av. J.-C., elle utilise l'abjad arabe depuis l'époque médiévale et l'alphabet latin est aujourd'hui officiel au Mali et au Niger.

Pendant le Printemps berbère (Tafsut Imazighen) de mars 1980, plusieurs berbèrophones en Kabylie et à Alger manifestent pour l'officialisation de la langue tamazight en Algérie. En 2002, ils réussissent. Au xxe siècle, on constate une renaissance de la littérature berbérophone.

La littérature en arabe[modifier | modifier le code]

Ibn Battûta, un explorateur marocain célébré pour ses récits de voyages.
Article détaillé : Littérature de langue arabe.

Avec la conquête musulmane d'Égypte et du Maghreb à partir des années 600, il y a une diffusion de la langue arabe en Afrique. Les centres de scolarisation les plus importants sont, à l'époque, au Caire et à Alexandrie, en Égypte, ainsi qu'à Tombouctou au Mali, où se trouve l'ancienne université Sankoré. Même aujourd'hui on estime qu'il y a au moins 300 000 manuscrits cachés dans les bibliothèques et les collections privées à Tombouctou, dont la plupart en arabe, avec quelques manuscrits en peul et en songhai[5].

Parmi les écrivains d'expression arabe, les plus célèbres sont l'explorateur médiéval marocain Ibn Battûta et l'historien tunisien Ibn Khaldun. Pour l'époque contemporaine, Naguib Mahfouz, d'expression arabe, reçoit le prix Nobel de littérature en 1988[6].

Les littératures orale et écrite subsahariennes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Littérature afrikaans.

La littérature orale[modifier | modifier le code]

Griot (1910) avec un xalam.

En Afrique de l'Ouest, la littérature est souvent orale et transmise par les griots. Le récit est accompagné de musique[7]. Les griots suivent une formation spécialisée et parlent des langues nigéro-congolaises.

Cette littérature orale est en prose ou sous forme de poésies. La prose est souvent mythologique ou historique dans son contenu. La poésie, souvent chantée, prend la forme de l'épopée narrative, de la poésie rituelle, des épigrammes, des proverbes, des énigmes. La poésie peut être adressée aux rois et autres dirigeants, et il existe une tradition de chansons d'amour ou de travail[7],[8].

Parmi les œuvres principales se trouve l'Épopée de Soundiata, relative à Soundiata Keïta (1190-1255), empereur du Mali. À côté de l'épopée Mandingue, il existe d'autres genres d'épopées. On trouve par exemple chez les Fangs d'Afrique Centrale l'épopée du Mvett, un récit en plusieurs épisodes, qui voit s'opposer deux peuples, celui des mortels d'Oku et les immortels d'Engong.

Cette culture orale trouve des prolongements dans l'écrit. Pour l'aire francophone, l'un des fondateurs de la négritude, Léopold Sédar Senghor, se déclare explicitement inspiré par la poésie orale de son pays et, pour une période plus récente, d'autres écrivains revendiqueront cette filiation, tel Jean-Marie Adiaffi, dans les années 1980[9].

La littérature écrite[modifier | modifier le code]

Au xxe siècle, Solomana Kante invente le n’ko pour transcrire les langues mandingues. Il écrit une Méthode pratique d'écriture n'ko et un Traité de sciences en n'ko, vers 1960.

En plus de l’ajami (écriture arabe) et des alphabets dérivés de l’alphabet latin, l’Afrique possède ainsi plusieurs écritures qui lui sont propres : Écriture Bamoun, Mandombe, Alphabet N’ko, Tifinaghs (écriture des touareg, également subsahariens), Vaï, Winanckôkrousè

La littérature en français[modifier | modifier le code]

La littérature nord-africaine[modifier | modifier le code]

La littérature subsaharienne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Roman colonial.

Périodes et auteurs[modifier | modifier le code]

« La naissance d’une littérature africaine au sens « classique » du terme est généralement datée de l’entre-deux-guerres[10] ». Avant cela, l'Afrique est d'abord sujet de récits de voyage et d'exploration au xixe siècle[11], puis du roman colonial[12] lequel connaîtra son apogée entre les années 1920 et 1940[13], ce qui se superpose donc, en terme temporel, avec les débuts de la littérature écrite par les Africains.

Cette littérature est souvent découpée entre une période « coloniale » et une période « post-indépendance » car nombre des ouvrages sont inspirés par les réalités de l'époque, produisant d'abord des ouvrages critiques du colonialisme puis des œuvres dénonçant les régimes africains autoritaires[14].

Ces tendances ne sont évidemment pas totalement homogènes. Ainsi, à la période « coloniale », L'Enfant noir, du Guinéen Camara Laye, paru en 1953, et devenu un classique de la littérature africaine, fait l'objet de vives critiques, notamment de la part de Mongo Beti, précisément parce qu'il ne dénonce pas suffisamment le fait colonial[15],[16]. Pour la période « post-indépendance », Le Devoir de violence, du malien Yambo Ouologuem, paru en 1968 et qui reçoit le prix Renaudot, une première pour un Africain[17], est lui aussi critiqué pour avoir mis en scène la collaboration africaine au colonialisme[18] ; l'auteur est aussi accusé de plagiat[19],[20].

Quant aux auteurs, « les critiques classent aujourd’hui les écrivains négro-africains en quatre générations : les pionniers, essentiellement des poètes (Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Damas), les écrivains des environs des indépendances africaines (C. Laye, Mongo Beti, F. Oyono, Cheikh Hamidou Kane…), la génération de 1967 à 1980 (Ahmadou Kourouma, Yambo Ouologuem, Sembène Ousmane, Sony Labou Tansi, Henri Lopes, Williams Sassine, Alioum Fantouré, V. Mudimbe, Tierno Monénembo, etc.) et la génération d’après 1980, dans laquelle figurent plusieurs femmes (Ken Bugul, Calixthe Beyala, Véronique Tadjo, Aminata Sow Fall, etc.)[21] ». Amadou Hampâté Bâ et Fatou Diome sont aussi cités parmi les auteurs d'importance[22],[23].

Évolution de la littérature au cours du xxe siècle[modifier | modifier le code]

Eric Mendi entouré de Guillaume Oyônô Mbia et de l'épouse de ce dernier.

En 1921, René Maran reçoit le prix Goncourt pour son roman Batouala. Bien qu'il ne soit pas africain puisqu'il est né Guyanais et élevé en métropole, il a écrit son roman alors qu'il est fonctionnaire colonial en Afrique-Équatoriale française[24]. Il y décrit la vie quotidienne en Centrafrique, à l'époque l'Oubangui-Chari ; le roman est un « sévère réquisitoire » contre les abus de la colonisation[25] mais aussi une peinture des « vices » africains[26],[27]. Son écriture comporte de nombreuses innovations et originalités[28]. Il est considéré comme précurseur de la négritude, quoiqu'à titre personnel, il émettait des réserves quant à ce mouvement[26],[29].

L'après-guerre, le courant de la négritude[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, apparaît le mouvement de la négritude, un courant littéraire et politique, rassemblant des écrivains noirs francophones, dont Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Guy Tirolien, Tchicaya U Tam'si et Léopold Congo-Mbemba[30]. Il trouve ses prémices chez Leo Frobenius, ethnologue allemand, qui publie en 1903 un ouvrage, Histoire de la civilisation africaine[notes 1], décrivant l'Afrique comme un continent hautement civilisé, à l'inverse de l'idéologie coloniale qui considérait apporter la « civilisation » à un monde « sauvage ». Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor s'y référaient explicitement[31]. Lié à l'anticolonialisme, le mouvement influence par la suite nombre de personnes proches du Black nationalism, s'étendant bien au-delà de l'espace francophone. Le terme est forgé en 1935 par Aimé Césaire dans le numéro 3 de la revue des étudiants martiniquais L'Étudiant noir. Le concept est repris par Léopold Sédar Senghor dans ses Chants d'ombre (1948) ; il l'approfondit, opposant « la raison hellène » à l'« émotion noire »[32]. D'après Senghor, la négritude est « l'ensemble des valeurs culturelles de l'Afrique noire » et « un fait, une culture. C'est l'ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d'Afrique et des minorités noires d'Amérique, d'Asie et d'Océanie. » Le mouvement est porté par une revue, fondée en 1947, Présence africaine[33].

La négritude est critiquée, parfois violemment, dès la génération d'écrivains africains suivante[34], en particulier par les anglophones[35], mais son influence se poursuit et reste forte, surtout chez les francophones[36], au moins jusqu'aux années 1980[37].

Au-delà de la négritude[modifier | modifier le code]

Les décennies 1950 et 1960 voient l'essor du roman africain d'expression française avec l'aide des maisons d'édition françaises[38]. C'est l'époque des indépendances politiques et aussi celle d'une nouvelle forme d'écriture. Ahmadou Kourouma, avec Les Soleils des indépendances (1968), est représentatif du courant de la critique des régimes africains, mais il est aussi précurseur d'un écriture moins académique dans sa forme[39],[40], qui rompt avec la « littérature d'instituteurs »[41].

Dans les années 1970, les femmes font leur apparition en littérature. Mariama Bâ, avec son roman Une si longue lettre (1979), est l'une des premières représentantes[39] ; elles ne quitteront plus la scène littéraire[42].

Les années 1980 voient l'apparition du roman policier, genre jusqu'alors délaissé[39] et traité comme une sous-littérature en Afrique francophone comme en France[43]. Le polar se montre, au début du xxie siècle, particulièrement dynamique en Afrique de l'Ouest, avec notamment le Malien Moussa Konaté, figure de l'« ethnopolar »[notes 2],[45]. Le roman policier, par son aspect réaliste, permet de montrer une certaine réalité sociale, celle de la marge[46].

À partir des années 1990, la littérature africaine d'expression française « se diversifie tant sur le plan thématique que sur celui de l’esthétique et de l’écriture[47] » et elle entend explicitement se dégager de son caractère identitaire et revendicatif et aspire à être une littérature se devant de n'être considérée que selon le seul critère de ses qualités intrinsèques[48],[39]. Cette revendication est notamment celle d'écrivains Africains ou d'origine africaine, nés ou immigrés en Europe, les « négropolitains » ou « afropolitains »[49] et ceux relevant de la « migritude » qui, à la croisée des cultures, revendiquent de n'être ni purement Africains ni totalement occidentalisés[50],[51],[52].

Tendances actuelles[modifier | modifier le code]

L'édition africaine est limitée, l'essentiel des publications étant réalisées (et lues) en Europe[53],[54]. Au début du xxie siècle, un nouvel engouement se fait pourtant sentir, dont témoignent les concours et autres initiatives littéraires à travers le continent[55]. Ainsi, en 2012, le Salon international du livre d'Abidjan est-il relancé après huit ans d'éclipse[56], en 2013 se créent les Grands prix des associations littéraires[57], en 2014 est lancé, au Tchad, le festival Le souffle de l'harmattan[58]. En 2017, Conakry, capitale de la Guinée, est déclarée « capitale mondiale du Livre 2017 » par l'UNESCO[59].

La littérature en portugais[modifier | modifier le code]

La littérature lusophone en Afrique se trouve principalement en Angola et au Mozambique, deux anciennes colonies portugaises.

La littérature angolaise apparaît au XIXe siècle. La diversité de la culture d'Angola se reflète dans la diversité de sa littérature, traditionnellement combative et satirique.

En 2006, l'écrivain angolais José Luandino Vieira gagne le prix Camões, mais il le refuse pour « des raisons personnelles et intimes »[60],[61]. Agostinho Neto, le premier président d'Angola, était lui-même un poète illustre[62]. Les autres écrivains angolais célèbres sont Viriato da Cruz (en), Antonio Jacinto, Oscar Ribas, Mario Antonio, Arlindo Barbeitos, Henrique Abranches, Pepetela et Botelho de Vasconcelos.

Quant au Mozambique, on trouve là-bas les romanciers Paulina Chiziane, Mia Couto, Lina Magaia, Orlando Marques de Almeida Mendes et Lília Momplé ; les nouvellistes Luis Bernardo Honwana et Ungulani Ba Ka Khosa et les poètes José Craveirinha et Noémia de Sousa[63],[64].

La littérature en anglais[modifier | modifier le code]

Olaudah Equiano, écrivain anglophone d'Afrique.

Les œuvres en anglais les plus connues de l'époque de la colonisation sont en général des narrations d'esclavage, pour exemple The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano (1789) de l'affranchi éponyme, ou le moins connu Autobiography of Nicholas Said. Olaudah Equiano devint une figure influente de l'abolition de l'esclavage.

En 1911, le Ghanéen Joseph Ephraim Casely-Hayford publie ce qui est probablement le premier roman africain anglophone, Ethiopia Unbound: Studies in Race Emancipation. Pendant la même période, des pièces de théâtre commencent à apparaître. En 1935, Herbert Isaac Ernest Dhlomo, d'Afrique du Sud, publie la première pièce anglophone d'Afrique, The Girl Who Killed to Save: Nongqawuse the Liberator. En 1962, Ngugi wa Thiong'o, du Kenya, écrit le premier drame d'Afrique d'Est, The Black Hermit, une histoire d'avertissement contre le tribalisme, forme de racisme entre les tribus africaines.

En 1986, Wole Soyinka devient le premier écrivain africain après les indépendances à gagner le prix Nobel de littérature. En 1991, une autre anglophone, Nadine Gordimer, gagne le même prix. En 2003, l'anglophone J. M. Coetzee le gagne aussi[65]. Nadine Gordimer et J. M. Coetzee étaient sud-africains ; ils combattaient l'apartheid.

La littérature en swahili[modifier | modifier le code]

En Tanzanie, le swahili est devenu la langue officielle en 1966 ; ce pourquoi la littérature anglaise n'a pas eu un grand impact dans le pays. La poésie en swahili avait déjà une tradition ancienne qui s'étend sur des centaines d'années auparavant. Le manuscrit le plus ancien nous étant parvenu date du XVIe siècle et serait écrit dans un dialecte du kiswahili du Nord proche du kiamu, mais dans un état évidemment ancien. L'un des grands innovateurs est Shaaban Robert, qui en 1934 a commencé à écrire dans un style traditionnel sur les sujets tels que le colonialisme et le nationalisme. Il a écrit aussi des romans : Kufikirika (1946) et Kusadikika (1951)[66].

La première œuvre en prose moderne en swahili vint en 1934, avec le livre Uhuru wa watumwa de James Juma Mbotela. Il fut bientôt traduit en anglais et a été saluée par les Britanniques comme un travail pionnier, tandis que les indigènes étaient plus indifférents, et l'a considéré comme trop favorable au pouvoir colonial. Ces dernières années, l'authenticité du livre a même été remise en question[67].

Le traducteur de la Bible Aniceti Kitezera créa en 1945 un volumineux roman dans la langue kikerewe. Il ne pouvait pas trouver un éditeur qui voulait publier l'œuvre, et a commencé à s'auto-traduire en swahili. En 1981 la traduction et le travail étaient effectué. Bwana na Bibi Myombekere Bugonoka na na Ntulanalwo Bulihwali ("M. et Mme Myombekere Bugonoka et Ntulanalwo et Bulihwali») est alors un roman de plus de mille pages sur les enfants de trois générations et est une des œuvres littéraires les plus importantes dans toutes les langues africaines.

Mathias E. Mnyampala (1917-1969) fut un juriste, historien et poète qui participa de façon significative au décrochage ethnique de la littérature d'expression swahilie, en poésie en particulier. D'origine ni insulaire, ni côtière, ni swahilie et né dans la région de Dodoma au centre de la Tanzanie, il parvient à devenir un maître des formes classiques de la poésie des Swahilis du rivage occidental de l'océan indien. Par son œuvre se laisse entrapercevoir une puissante dynamique de diffusion à l'échelle continentale du kiswahili et de ses lettres classiques. Elle comprend plus de vingt-cinq livres dont une anthologie[68] de ses poèmes, des traités d'histoire de sa région natale[69], de la langue swahilie, des poèmes religieux et politiques. Mathias E. Mnyampala a aussi rédigé son autobiographie[70] à la fin de sa vie. Militant du socialisme tanzanien ujamaa na kujitegemea et grand patriote, il sera jusqu'en 1966 le président de l'association nationale des poètes ou UKUTA "le rempart" qui avait pour charge la diffusion de la langue officielle par la poésie.

Reconnaissances[modifier | modifier le code]

L'Afrique compte quatre lauréats du prix Nobel de littérature[71] : Wole Soyinka, 1986, nigérian, d'expression anglaise ; Naguib Mahfouz, 1988, égyptien, d'expression arabe ; Nadine Gordimer, 1991, Sud-Africaine, d'expression anglaise. J.M. Coetzee, d'expression anglaise, originaire d'Afrique du Sud, naturalisé australien en 2006, reçoit le prix Nobel en 2003[72].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'ouvrage n’est traduit en français qu'en 1936.
  2. « [ses] romans traitent aussi bien de la corruption politique que des traditions et croyances chez les Dogons et les Bozos de l'Ouest[44]. »

Références[modifier | modifier le code]

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  2. "Saint Augustin et le problème de la survivance punique", Revue Africaine, 94, 1950, p. 239-282.
  3. Melakneh Mengistu, Map of African littérature, Branna, 2005
  4. Claude Sumner, L'éthique en philosophie éthiopienne: les normes de la moralité, Éthiopiques n°36, 1er semestre 1984 - vol. 2 n° 1 [lire en ligne]
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  9. Derive 2008, p. 5-6.
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  11. Jean-Marie Seillan, « La (para)littérature (pré)coloniale à la fin du XIXe siècle », Romantisme, no 139,‎ , p. 33-45 (36-37) (DOI 10.3917/rom.139.0033)
  12. « Introduction aux discours coloniaux », Université de la Réunion
  13. Jean-François Durand, « Littératures coloniales, littératures d'Empire ? », SIELEC
  14. Kesteloot 2012, p. 45-53.
  15. Bernard Magnier, « Remember Mongo Béti », RFI,
  16. Ooupoh Bruno Gnaoulé, « Histoire littéraire et littératures africaines », Les cahiers du GRELCEF, no 7,‎ , p. 74 (lire en ligne)
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  63. Simon Gikandi, ed., Encyclopedia of African Literature, Routledgen 2002. (ISBN 978-0415230193)
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  65. Notice bibliographique sur J.M. Coetzee sur le site de l'Académie suédoise
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  70. Mnyampala, M. E. (2013). Maisha ni kugharimia. DL2A - BULUU PUBLISHING. France. (ISBN 9791092789027). 112 p.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • 1960-2004, bilan et tendances de la littérature négro-africaine (Actes du colloque international, Lubumbashi, 26-28 janvier 2005), Presses universitaires de Lubumbashi - Agence universitaire de la Francophonie, 875 p. (lire en ligne)
  • Jean Derive, Place et rôle de l’oralité dans la critique littéraire africaniste, CNRS/INALCO, Laboratoire Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire (LLACAN), (lire en ligne)
  • Vincent Hecquet, « Littératures orales africaines », Cahiers d'études africaines, no 195,‎ , p. 833-840 (lire en ligne)
  • Julien Hage, « Les littératures francophones d’Afrique noire à la conquête de l’édition française (1914-1974) », Gradhiva, no 10,‎ , p. 80-105 (DOI 10.4000/gradhiva.1523, lire en ligne)
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  • Lilyan Kesteloot, « La littérature négro-africaine face à l'histoire de l'Afrique », Afrique contemporaine, no 241,‎ (DOI 10.3917/afco.241.0043, lire en ligne)
  • Karen Ferreira-Meyers, « Le polar africain. Le monde tel qu'il est ou le monde tel qu'on aimerait le voir », Afrique contemporaine, no 241,‎ , p. 55-72 (DOI 10.3917/afco.241.0055)
  • (en) Reuben Makayiko Chirambo et J.K.S. Makokha, Reading contemporary African literature: critical perspectives, Amsterdam, New York, Rodopi, , 443 p. (ISBN 978-90-420-3675-8)
  • (en) Bernth Lindfors et Geoffrey V. Davis, African literatures and beyond: a florilegium, Amsterdam, New York, Rodopi, , 428 p. (ISBN 978-90-420-3738-0)
  • (en) Nicki Hitchcott (dir.) et Dominic Thomas (dir.), Francophone Afropean literatures, Liverpool University Press, , 232 p. (ISBN 978-1-78138-034-5)
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  • (en) Madhu Krishnan, Contemporary African literature in English: global locations, postcolonial identifications, Basingstoke, New York, Palgrave Macmillan, , 222 p. (ISBN 978-1-13-737832-3)
  • Tirthankar Chanda, « Littérature africaine : de la négritude à l'« écritude » avec Alain Mabanckou », RFI,
  • « Welcome, akwaba, bienvenue dans l'univers des Belles-Lettres africaines. L'Afrique écrite au féminin », The University of Western Australia

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]