Bibliothèque Laurentienne

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43° 46′ 27.88″ N 11° 15′ 13.16″ E / 43.7744111, 11.2536556

Salle de lecture de la bibliothèque Laurentienne.

La bibliothèque Laurentienne (Biblioteca Medicea Laurenziana en italien) est une bibliothèque publique d'État située dans l'enceinte du monastère San Lorenzo à Florence.

Histoire[modifier | modifier le code]

Son nom évoque Laurent le Magnifique qui en augmenta le fond après sa création par Cosme l’Ancien qui voulait y concentrer, en un seul bâtiment, les productions de la pensée humaine. Elle trouve son origine dans la collection privée des Médicis, par opposition à la bibliothèque Médicis publique, née du don de Niccolo Niccoli et ouverte au XVe siècle dans le couvent San Marco sous la responsabilité de Cosme l'Ancien. La bibliothèque Médicis privée fut ouverte au public en Juin 1571[1] dans une salle commandée en janvier 1524 par le pape Clément VII et spécialement conçue par Michel-Ange assisté par Ammannati et Giovanni Battista del Tasso. Dans le dépôt d'environ onze mille manuscrits, on y trouve des manuscrits de Virgile du Ve siècle, un Horace annoté par Pétrarque, le livre d'heures de Laurent le Magnifique, des autographes de Léonard de Vinci, le Codex Amiatinus, le Codex de Florence, le Codex Squarcialupi, etc.

Le chanoine Bandini, qui en fut le conservateur, écrivit un Catalogue des manuscrits de la bibliothèque Laurentienne, en 1764.

La Salle de Lecture[modifier | modifier le code]

Listes des ouvrages indiquées sur le côté

La salle de lecture a son agencement dicté par la structure extérieure, en effet puisqu’elle est placée au sein d’un lieu préexistant, elle a fait face à un certain nombre de contraintes. Tout d’abord elle est surélevée car les logements monastiques se situent juste en dessous et ont été coiffés de voûtes pour éviter d’endommager la précieuse collection de livres en cas d’incendie[2]. De plus, pour ne pas avoir à épaissir les murs de la bibliothèque, ce qui aurait fait perdre de l’espace, Michel-Ange a placé de petits contreforts à l’extérieur et a affiné le plus possible les murs car les contreforts ne pouvaient pas être épais puisqu’ils déborderaient alors sur le cloître voisin[2]. Les fenêtres ont donc été disposées dans les espaces laissés libres par les contreforts et ont été placées le plus bas possible, pour optimiser l’entrée de lumière. A l’intérieur un style conforme à celui de Filippo Brunelleschi a été adopté pour rester cohérent avec le reste de l’édifice; des pilastres sont placés au niveau des contreforts et tout l’ornement a été réduit au minimum de relief dans le but d’alléger la structure. Les lutrins quant à eux ont été installés près des fenêtres pour qu’ils bénéficient de la lumière et permettent ainsi de faciliter la lecture ou la copie. Les livres sont rangés sous les lutrins et liés à ceux-ci pour prévenir les vols[1]. La liste des livres est indiquée à côté de chacun de ces supports de lecture par un petit panneau vertical.

Le Vestibule[modifier | modifier le code]

Le Vestibule a tout d'abord la particularité d'avoir été réalisé sans la présence de Michel-Ange en effet, ayant soutenu la république de 1527, rencontrait l'hostilité des florentins préférant la domination des Médicis[3]. Clément VII l'autorise donc à quitter Florence pour le rejoindre à Rome en août 1533 à condition qu'il achève le dessin de la partie décorative de l'escalier[2]. Cette pièce est donc construite d'après ses plans mais en son absence. Il s'agit d'une pièce verticale en raison de l’exigence du pape Clément VII de ne pas faire entrer la lumière par le plafond[2]. Il fallut donc rehausser l’édifice pour pouvoir faire entrer la lumière par des fenêtres latérales. L’usage des éléments architecturaux est quelque peu inhabituel, on remarque en effet ces couples de colonnes discrètes qui se logent dans des niches et ne dépassent guère des murs. C’est que ces colonnes ont véritablement vocation à soutenir le toit et viennent accompagner les fins contreforts situés à l’extérieur dans leur rôle[2]. De plus, ces colonnes tracent avec les consoles qui les portent et les pilastres du niveau supérieur, des axes verticaux qui soulignent la forme de la pièce et créent un contraste avec la salle de lecture qui est dominée par des lignes horizontales.

L'Escalier[modifier | modifier le code]

Escalier du vestibule

L'escalier est tripartite. Le projet d’origine en faisait un escalier bipartite avec une partie à chaque extrémité de la pièce et se rejoignant en son centre. Mais l’architecte décida de modifier l’escalier pour lui donner la forme qu’on lui connait aujourd’hui. Cet escalier a été exécuté par Bartolomeo Ammannati d’après une maquette de Michel-Ange[2], il est en bois et reprend la couleur des colonnes. Il est composé d'une volée centrale avec des marches qui semblent se dérober sous les pieds de celui qui l’empreinte ainsi que deux entrées latérales qui sont dépourvues de garde-corps et rejoignent la volée centrale par deux volutes. Cette forme maniériste très théâtrale envahit tellement l’espace en déroutant celui qui essaye de la gravir que l’historien de l’art Charles Tolnay l’a comparée à un flot de lave envahissant la pièce[4][2].

La Salle des livres rares[modifier | modifier le code]

Une salle des livres rares était prévue par Michel-Ange mais elle n’a pas été construite, les livres les plus rares de la collection auraient dû y être entreposés et la salle aurait eu une forme triangulaire, située au bout de la salle de lecture. Il est assez difficile de savoir à quoi aurait dû ressembler cette salle car il ne subsiste aucune élévation[5].

Contenu[modifier | modifier le code]

Cette bibliothèque possède aujourd'hui environ 11 000 livres manuscrits (plus 150 caisses de documents manuscrits non reliés), 2 500 papyri d'origine égyptienne, 43 ostraca, 566 incunables, 1 681 livres imprimés du XVIe siècle, 126 527 livres imprimés après 1600, des périodiques de 592 titres.

Le noyau de la bibliothèque, ce sont les 3 000 manuscrits qui s'y trouvaient déjà au moment de l'ouverture au public en 1571 et qui sont rangés dans les « plutei » (« étagères ») d'origine (Cosme l'Ancien possédait 63 livres en 1417 et 150 à sa mort en 1464). Au XVIIIe siècle, le fonds fut enrichi par le transfert par l'empereur François Ier (qui échangea en 1737 son titre de duc de Lorraine contre celui de grand-duc de Toscane) de la bibliothèque des ducs de Lorraine qui se trouvait à Lunéville : c'est le fondo Mediceo Palatino Lorenese. Entre 1755 et 1789, s'y ajoutèrent (par acquisition ou transfert) plusieurs bibliothèques privées (de grandes familles florentines) et ecclésiastiques (comme la Biblioteca del Duomo, transférée en 1778 et formant la section des Edili, mot désignant les responsables de l'Opera del Duomo). En 1809, après la suppression momentanée des ordres religieux, s'ajouta notamment la bibliothèque du couvent San Marco. Il y a aussi, entre autres, le « fonds Ashburnham », une collection de 2 000 manuscrits ayant appartenu au mathématicien et bibliophile Guglielmo Libri (1809-1869), qui la vendit en 1847 à un Anglais, le 4e comte d'Ashburnham (1797-1878) ; à la mort de ce dernier, elle fut rachetée par le gouvernement italien.

Actualités[modifier | modifier le code]

Des expositions temporaires y ont lieu :

  • en 2012 : Magnifici tre, consacrée aux trois livres-joyaux (des livres d'heures) commandés par Laurent le magnifique pour ses filles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  •  La Biblioteca Medicea-Laurenziana nel secolo della sua apertura al pubblico, 11 giugno 1571, Firenze : L.S. Olschki, 1971.
  •  Ackerman, J. S., & Newman, J. (1991). L’architecture de Michel-Ange. (M. K. Deming, Trad.). Paris, France: Macula, 1991.
  •  Murray, P., & Nervi, P. L. (1973). L’architecture de la Renaissance. Paris, France: Electa-Weber, 1973.
  •  Medicean-Laurentian Library. Encyclopædia Britannica. 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michel Pierre, « La Bibliothèque Laurentienne », Le Magazine Littéraire, no 349,‎ décembre 1996 (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f et g James Sloss Ackerman, L'architecture de Michel-Ange, Macula architecture,‎ 1991, 351 p. (ISBN 2-86589-024-4), Page 99
  3. Encyclopédie de l'art, Librairie générale française,‎ 1991, 1336 p. (ISBN 2-253-05303-1)
  4. Peter Murray, L'architecture de la Renaissance, Electa-Weber,‎ 1973, 401 p.
  5. (en) JAMES G. COOPER, « Michelangelo's Laurentian Library: Drawings and Design Process », Architectural History, no 54,‎ 2011, pp. 49-90 (ISSN 0066622X, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Manuscrits[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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