Syndrome du bébé secoué

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Syndrome du bébé secoué
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Image d'un hématome sous-dural une des conséquences possible du fait de secouer un bébé

CIM-10 Y07.9 et T74.1Voir et modifier les données sur Wikidata
CIM-9 995.55Voir et modifier les données sur Wikidata
MedlinePlus 000004
MeSH D038642

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Le syndrome du bébé secoué (SBS) est un ensemble de signes cliniques concernant un nourrisson, qui présente un hématome sous-dural, une hémorragie rétinienne ou un œdème cérébral (ce que l'on appelle parfois la « triade »), qui indiquent dans la plupart des cas que l'enfant a subi une violence physique, qui peut être un choc violent (accident de voiture, etc.), ou plus généralement que l'enfant a été secoué par un adulte. On parle aussi de traumatisme crânien infligé. Le diagnostic peut parfois être rendu difficile du fait de l'existence de maladies rares provoquant des symptômes similaires (diagnostics différentiels[SOFMER 1]).

Cet acte qui peut paraître anodin à certains, peut être imputé à un parent excédé par les pleurs de l'enfant; il est en réalité souvent bien plus grave qu'une chute du bébé de la table à langer par exemple. Il est reconnu comme une maltraitance sur mineur que le soignant est tenu de signaler au procureur de la République afin de procéder à une enquête, car l'enfant décède dans 13 à 40 % des cas, et s'il survit une fois sur deux il y a récidive[1].

Les séquelles possibles sont un sujet d'études. Elles concernent la majorité des cas selon données statistiques, notamment à long terme, et elles peuvent être lourdes ou légères, voir qualifiable de « handicap invisible » comme on les qualifie dans les traumatismes crâniens en général[Note 1].

Physiologie[modifier | modifier le code]

Le bébé, principalement avant six mois, a un cerveau qui ne remplit pas toute la boîte crânienne, une tête grosse et lourde relativement au reste du corps, et des muscles trop peu développés pour la maintenir ou la retenir en cas de secousse. Des mouvements forts et répétés, non comparables avec ceux du jeu, peuvent donc faire que le cerveau bouge suffisamment dans la boîte crânienne pour entraîner la rupture de vaisseaux sanguins dans le cas de ce syndrome.

Signes évocateurs[modifier | modifier le code]

Le diagnostic repose sur la présence des signes évocateurs d'une atteinte neurologique qui vont être recherchés: malaise, trouble de la vigilance, convulsions, coma dans les cas les plus graves, mais aussi des signes plus légers, comportementaux souvent, d'irritabilité, de décrochement dans les compétences, de trouble du sommeil, pâleurs ou encore trouble respiratoires voire apnée prolongée[SOFMER 2]. Dans les cas les plus graves l'enfant est retrouvé mort, et une autopsie s'impose[SOFMER 3].

Des indices concordants peuvent être associés au contexte, des parents ayant des explications changeantes ou ayant tardé dans le recours au soin, ou encore l'existence d'une mort inexpliquée dans la fratrie. Dans tous les cas si ce diagnostic est envisagé, une hospitalisation en urgence est indiquée[SOFMER 4].

Diagnostics différentiels[modifier | modifier le code]

Le diagnostic du syndrome du bébé secoué se base sur la présence d'un hématome sous-dural et d'hémorragies rétiniennes. Cependant, des maladies rares peuvent provoquer ces symptômes en l'absence de tout traumatisme[SOFMER 1]: troubles de l'hémostase (thrombopénie, hémophilie, maladie de Willebrand, déficit en facteurs de coagulation comme la vitamine K), malformations artério-veineuses cérébrales, maladies métaboliques (acidurie glutarique, maladie de Menkes), maladies infectieuses (méningite), maladies génétiques (ostéogenèse imparfaite).

Les médecins doivent effectuer des examens complémentaires (bilans sanguins et analyses d'urine) pour rechercher ces maladies et permettre un meilleur diagnostic. Si ces examens sont incomplets, des personnes risquent d'être accusées à tort de maltraitance. Selon des médecins français[2], « il s’agit d’éviter de méconnaître une situation de maltraitance et de ne pas poser trop hâtivement ce diagnostic, ce qui peut avoir des conséquences importantes sur la vie familiale. »

L'hydrocéphalie externe, qui est reliée à un périmètre crânien élevé (macrocrânie) et à un élargissement des espaces sous-arachnoïdiens, est aussi un facteur confondant. Plusieurs études rapportent la survenue d'hématomes sous-duraux et d'hémorragies rétiniennes chez certains enfants atteints de cette pathologie[3],[4],[5]. Cela peut avoir lieu spontanément ou faire suite à un traumatisme mineur, sans qu'il ne soit possible d'affirmer l'existence d'un secouement[6]: « en se basant sur la présomption d'innocence, si un hématome sous-dural est associé à l'hydrocéphalie externe mais pas à des lésions traumatiques, le diagnostic de bébé secoué ne peut pas être fait. »

Données statistiques[modifier | modifier le code]

D'après une étude canadienne de 2001 [7] reposant sur les enfants hospitalisés après avoir été secoués :

  • 19 % d’entre eux sont morts
  • 59 % accusaient un déficit neurologique ou visuel ou d’autres troubles de santé
  • 22 % semblaient bien guéris au moment de leur congé. mais « selon certaines données récentes, ces bébés qui semblent bien guéris peuvent présenter des troubles comportementaux ou cognitifs plus tard. »

En France, 180 à 200 bébés de moins d'un an seraient victimes de secouements violents, chiffre probablement sous-évalué[SOFMER 5], soit par un homme (7 fois sur 10), soit par une femme qui peut être la mère, soit par un tiers (2 fois sur dix un ou une garde d'enfant)[8].

Dix à quarante pour cent (10 à 40 %) des enfants décéderaient, la majeure partie des survivants gardant des séquelles à vie (75 %[9]), parmi lesquelles on trouve l'épilepsie, la paralysie, des troubles visuels et des difficultés d'apprentissage.

Séquelles possibles[modifier | modifier le code]

Contrairement à une croyance répandue le pronostic n'est pas meilleur chez l'enfant. Le handicap invisible est encore plus fréquent que chez l'adulte, les lésions diffusent et le jeune âge (typique du SBS) est un facteur aggravant. Les études sur le sujet ont certaines données en commun, notamment une récupération partielle a un an, ou encore le fait que « le jeune âge est toujours un facteur de mauvais pronostic » [10]

Le Dr Chevignard rapporte en plus de l'incidence sur la scolarité une incidence statistique sur l’emploi et la vie active et même une sur-représentation des traumatisés crâniens en milieu carcéral[11]. Globalement :

« Des troubles cognitifs multiples sont rapportés, ainsi que des troubles de la compétence sociale, et une immaturité affective. »

« Les adolescents et les adultes victimes d'un traumatisme crânien pendant l'enfance présentent souvent des séquelles neuropsychologiques appelées « handicaps invisibles »[12]. »

Plan juridique[modifier | modifier le code]

« Le bébé secoué est toujours la victime d’une infraction pénale qualifiée de délit ou de crime selon la gravité des conséquences du secouement[13]. »

La victime est considérée comme potentiellement en danger car il y a récidive dans 50 % des cas. Les soignants sont donc tenus d'informer les autorités judiciaires qui peuvent procéder à un jugement[14]. Même si le diagnostic n'est que probable, « l'enfant doit être protégé et ses droits en tant que victime doivent être préservés. » C'est ce qu'affirme la publication de la SOFMER et de la Haute autorité de la santé qui précise[SOFMER 6] :

« Le signalement au procureur de la République, avec copie au président du conseil général, s’impose. Est ainsi déclenchée une double procédure, civile pour protéger l’enfant sans délai et pénale puisqu’il s’agit d’une infraction. »

Controverse[modifier | modifier le code]

Les bases scientifiques du syndrome du bébé secoué font l'objet d'une controverse à l'étranger[15]. Le neurochirurgien britannique qui a été le premier à évoquer l'idée du syndrome du bébé secoué en 1971, Norman Guthkelch, a ensuite critiqué sa propre théorie[16]. Il s'est déclaré choqué et dévasté de savoir que des dizaines de milliers de personnes ont été poursuivies en justice et emprisonnées sur la seule base de son hypothèse qui n'avait pourtant jamais été prouvée.

La controverse scientifique porte principalement sur les critères permettant de poser le diagnostic de maltraitance sur un bébé. Historiquement, la seule découverte d'un hématome sous-dural et d'hémorragies rétiniennes, même en l'absence d'autres traces de traumatisme, permettait de diagnostiquer le syndrome du bébé secoué de manière fiable[17]. C'est d'ailleurs le critère utilisé en France actuellement[SOFMER 1].

Depuis plusieurs années cependant, le consensus scientifique est que ces signes ne suffisent plus au diagnostic. La présence de fractures, de bleus, ou de lésions cervicales sont des signes supplémentaires permettant le diagnostic. Pour des juges britanniques[18], « la seule présence de la triade ne permet pas de conclure automatiquement ou nécessairement à un diagnostic de bébé secoué et/ou à un infanticide. Tous les faits de chaque cas individuel doivent être pris en compte ». Selon des médecins canadiens[19], « l’avis généralement admis selon lequel la triade [hématome sous-dural, hémorragies rétiniennes, œdème cérébral] en soi est un diagnostic de syndrome du bébé secoué ne tient plus ». En 2017, des médecins suédois de l'Institut Karolinska et travaillant pour l'Agence suédoise pour l'évaluation des technologies de la santé et des services sociaux ont publié une revue systématique de la littérature sur le syndrome du bébé secoué[20]. Leur conclusion est qu'« il n'y a pas assez de preuves scientifiques établissant la validité diagnostique de la triade pour identifier le secouement traumatique ».

En 2011 et 2015, le New York Times et le Washington Post ont publié deux longs dossiers sur la controverse du bébé secoué et sur les personnes accusées à tort[21],[22]. En 2014, la professeure de droit américaine Deborah Tuerkheimer a publié un livre sur la controverse du syndrome du bébé secoué et sur les erreurs judiciaires qui en découlent[23]. Le film The Syndrome, réalisé par Meryl Goldsmith, est sorti en 2016[24]. La thèse principale de ces travaux est que les connaissances scientifiques ont évolué, mais pas les connaissances des médecins et des juges. Le décalage entre les évolutions de la science et l'inertie de la pratique clinique explique les nombreuses erreurs judiciaires dans les affaires de bébé secoué.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. par exemple ici

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bébé secoué : une forme mal connue de maltraitance aux conséquences irréparables
  2. A. Botte, A. Mars, B. Wibaut et S. De Foort-Dhellemmes, « Association hémorragies cérébrales et rétiniennes chez 2 enfants : ne pas conclure trop vite au diagnostic d’enfant secoué », Archives de Pédiatrie, vol. 19, no 1,‎ , p. 42–46 (DOI 10.1016/j.arcped.2011.10.006, lire en ligne)
  3. Heather McKeag, Cindy W. Christian, David Rubin et Carrie Daymont, « Subdural hemorrhage in pediatric patients with enlargement of the subarachnoid spaces », Journal of Neurosurgery: Pediatrics, vol. 11, no 4,‎ , p. 438–444 (ISSN 1933-0707, DOI 10.3171/2012.12.PEDS12289, lire en ligne)
  4. David Miller, Patrick Barnes et Marvin Miller, « The Significance of Macrocephaly or Enlarging Head Circumference in Infants With the Triad », The American Journal of Forensic Medicine and Pathology, vol. 36, no 2,‎ , p. 111–120 (DOI 10.1097/paf.0000000000000152, lire en ligne)
  5. Jacqueline Tucker, Arabinda Kumar Choudhary et Joseph Piatt, « Macrocephaly in infancy: benign enlargement of the subarachnoid spaces and subdural collections », Journal of Neurosurgery: Pediatrics, vol. 18, no 1,‎ , p. 16–20 (ISSN 1933-0707, DOI 10.3171/2015.12.PEDS15600, lire en ligne)
  6. (en) Matthieu Vinchon, Isabelle Delestret, Sabine DeFoort-Dhellemmes et Marie Desurmont, « Subdural hematoma in infants: can it occur spontaneously? Data from a prospective series and critical review of the literature », Child's Nervous System, vol. 26, no 9,‎ , p. 1195–1205 (ISSN 0256-7040 et 1433-0350, DOI 10.1007/s00381-010-1105-2, lire en ligne)
  7. Déclaration conjointe sur le syndrome du bébé secoué par la société canadienne de pédiatrie
  8. Le syndrome du bébé secoué : quels symptômes, quelles conséquences ?
  9. syndrome du bébé secoué sur santémedecine.net
  10. D'après un cours de médecine ré-adaptative du Dr Mathilde Chevignard p. 3
  11. D'après le Dr Mathilde Chevignard en 2010, cité ici
  12. http://www.medscape.fr/voirarticle/3391049 Le devenir des enfants traumatisés crâniens à long terme], Dr Mathilde Chevignard, Le devenir des enfants cérébrolésés, aux journées de Neurologie de Langue Française du 3 au 6 avril 2012 (rapporté par Aude Lecrubier le 30 avril 2012 sur medscape.fr)
  13. Statuts du bébé secoué
  14. Exemple de jugement rapporté par AFP : Mort d’un bébé secoué : du sursis pour le père
  15. Pour la Science, « Mortelles secousses ? », CerveauetPsycho.fr,‎ (lire en ligne)
  16. (en) Retro Report, « The Doctor », Retro Report,‎ (lire en ligne)
  17. (en) David L. Chadwick, Robert H. Kirschner, Robert M. Reece et Lawrence R. Ricci, « Shaken Baby Syndrome—A Forensic Pediatric Response », Pediatrics, vol. 101, no 2,‎ , p. 321–323 (ISSN 0031-4005 et 1098-4275, PMID 9457163, DOI 10.1542/peds.101.2.321, lire en ligne)
  18. (en) M. Mackey, « After the Court of Appeal: R v Harris and others [2005] EWCA crim 1980 », Archives of Disease in Childhood, vol. 91, no 10,‎ , p. 873–874 (ISSN 0003-9888 et 1468-2044, PMID 16990363, PMCID PMC2066025, DOI 10.1136/adc.2006.100719, lire en ligne)
  19. « RAPPORT DU COMITÉ AU PROCUREUR GÉNÉRAL : EXAMEN DES DÉCÈS DUS AU SYNDROME DU BÉBÉ SECOUÉ - Ministère du Procureur général », sur www.attorneygeneral.jus.gov.on.ca (consulté le 19 avril 2017)
  20. (en) Statens beredning för medicinsk och social utvärdering (SBU); Swedish Agency for Health Technology Assessment and Assessment of Social Services, « Traumatic shaking – The role of the triad in medical investigations of suspected traumatic shaking », sur www.sbu.se (consulté le 19 avril 2017)
  21. Emily Bazelon, « Shaken-Baby Syndrome Faces New Questions in Court », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  22. Debbie Cenziper Published: March 20 et 2015, « Prosecutors build murder cases on disputed Shaken Baby Syndrome diagnosis », sur Washington Post (consulté le 19 avril 2017)
  23. Deborah Tuerkheimer, Flawed Convictions: "Shaken Baby Syndrome" and the Inertia of Injustice, Oxford University Press, (ISBN 9780199913633, lire en ligne)
  24. Meryl Goldsmith, The Syndrome, (lire en ligne)
  1. a, b et c Recommandations aux professionnels - Syndrome du bébé secoué - Audition publique Sofmer – HAS (Service des bonnes pratiques professionnelles) / mai 2011, p. 8
  2. p. 4
  3. p. 8
  4. p. 5
  5. p. 4
  6. p. 15

Voir Aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]