Suzanne Melk

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Suzanne Melk
Suzanne.jpg
Suzanne Melk en 1950
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 42 ans)
DurhamVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
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Grade militaire
Conflit
Distinction

Suzanne Melk, née le à Vesoul, et morte le , à Durham en Caroline du Nord, est une aviatrice française.

Championne de vol à voile, Suzanne Melk est l'une des pionnières de l'aviation en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Suzanne Melk est née 7 rue de Cita à Vesoul, dans le sud de la ville. En 1914, elle, ainsi que son frère Pierre et ses deux sœurs, déménagent dans une propriété à Navenne, commune directement située au sud de Vesoul ; il y passent leurs enfances. Un endroit paisible. Pendant la guerre on y produisit du tabac, des betteraves à sucres et du vin. Elle se marie à un quincailler, elle n'est pas satisfaite de son devenir. Très belle jeune femme, dotée d'un charisme étonnant, pianiste virtuose, elle étonne, elle déconcerte.

Après le décès prématuré de son mari, elle épouse Jean Dreyfus. En 1935, ils achètent 2 "Hanriot 32", et en font retaper un avec lequel Suzanne effectuera ses premiers vols. Elle fait alors partie du comité à l'origine de la création de l'aéro-club et de l'école de pilotage de Vesoul. Deux ans plus tard, elle obtient le brevet de monitrice.

Attirée par les planeurs et leur vol gracieux allié à la puissance des émotions ressenties à la recherche des courants porteurs, elle délaisse temporairement les avions. Elle devient en 1938 la quatrième française titulaire du brevet de pilote de vol à voile.

En juin 1940, à l'arrivée des Allemands son mari, de confession juive, divorce pour la protéger et s'exile en Angleterre puis en Amérique du Sud. Suzanne Melk n'aura plus de contact avec le reste de sa famille jusqu'à la fin de la guerre[1].

Pendant la Guerre[modifier | modifier le code]

Elle s'engage comme ambulancière et accomplit son devoir malgré la menace des Stukas sur les routes de la débâcle de 1940. N'acceptant pas la défaite, elle devient résistante au sein du réseau Béarn et travaille ainsi pour la BCRA entre le 1942 e le 1944 [2]. Elle accomplit des missions dangereuses à travers les lignes ennemies. Dans une interview publiée en 1947 après son arrivée aux États-Unis, elle dit avoir échappé plusieurs fois aux Allemands, mais aussi avoir coordonné un groupe de pilotes FAFL devant transférer des avions militaires. Impressionné, le journaliste la définira comme une "Wasp" française [3]. Son frère Pierre, lui aussi résistant [4], sera grièvement blessé par une balle allemande reçue en pleine poitrine le jour de la libération de Vesoul par les Américains. Pour ses prises de risques exceptionnelles et sa conduite héroïque, elle est l'objet de plusieurs citations de l'armée. Elle est en outre décorée de la Croix de Guerre, de la Médaille de la Résistance, et nommée chevalier de le Légion d'honneur[1].

Après la Guerre[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, elle rejoint Châteauroux avec d'autres cadres navigants de l'Armée de l'Air et devient pilote militaire grâce à l'initiative du Ministre de l'Air communiste Charles Tillon qui crée à cette époque un corps de pilote militaires féminines dans l'armée française.

Sous les directives du commandant Perrier, chef de la célèbre patrouille d'Étampes, elle en vient rapidement à faire des présentations sur Nord 1000. Elle sera l'une des deux seules femmes, l'autre étant Élisabeth Boselli, à piloter, et avec brio, le fameux Dewoitine D.520. Cependant, la passion du vol à voile l'amène à quitter Châteauroux pour le centre national de vol à voile de La Montagne Noire.

Élève du chef-pilote Gourbeyre, grand spécialiste de la formation des moniteurs, elle confirme rapidement ses compétences. Après avoir réussi toutes les épreuves du brevet "D", elle tente de battre des records. Le elle bat le record de France de durée sur monoplace, détenu jusqu'alors par la championne Marcelle Choisnet. Le record atteint est de 13 heures 18 minutes. Les 5 et 6 octobre, elle bat son propre record en portant sa durée à 16 heures 44 minutes. L'année suivante, au centre de vol à voile de Saint-Auban sur Durance, elle atteint l'altitude de 4 200 mètres, battant ainsi le record mondial d'altitude. Mais faute de barographes performants (limités à 3 500 m), le record n'a pu être homologué. De retour à La Montagne Noire, sur un biplace "Castel 242", Suzanne devient Championne du Monde de durée en circuit fermé, en 16 heures 3 minutes les 25 et 26 mars 1947.

Après cette consécration, elle est invitée à Prague à participer à une rencontre internationale de voltige aérienne, où elle est la seule femme inscrite, et se classe seconde à quelques points du champion tchèque. La célébrité de Suzanne dépasse désormais le monde de l'aviation et fait la une des journaux de l'époque.

En septembre 1947, Suzanne rallie les États-Unis via Londres et les Açores à bord d'un Lockheed Constellation. Son principal objectif est de battre le record de distance détenu par une femme russe (peut-être Olga Klepikova[5]). Elle veut utiliser pour cela les courants puissants qui balayent les immenses plaines américaines. Elle est fascinée par sa nouvelle terre d'accueil, apprend rapidement l'anglais, et s'empresse d'obtenir un visa permanent. À New York, elle découvre les immenses chantiers de construction où s'élèvent des gratte-ciel de plus en plus hauts, et évoque souvent son frère Pierre, devenu comme son père, entrepreneur. De Long Island, elle se rend en Floride en empruntant les autoroutes qui lui permettront, avec voiture et planeur en remorque, d'atteindre son but en 2 jours. Là, elle participe à de nouvelles compétitions, dont le "Florida Challenge Trophy of Sanford". Avec son nouvel appareil, un Arsenal Air 100, elle totalise 128 points, contre 25 attribués à la championne américaine Virginia Bennis. Avec ce score, elle passe devant tous les pilotes masculins, à l'exception de Brittain qui remporte le trophée.

Sa prestation lui vaut d'être portée en triomphe, et pendant que monte le drapeau tricolore dans le ciel de Floride, Suzanne suscite les cris de "Vive la France" sur fond de Marseillaise. Le lendemain, la presse américaine fait paraître les articles les plus élogieux à la gloire du vol à voile français qu'elle représentait avec tant de prestige.

En 1949, Suzanne est gravement malade et doit ralentir la cadence de ses exploits. Elle séjourne à Washington, et en profite pour s'adonner, avec ses amis, au plaisir de la voile dans la baie Chesapeake. Mais son mal s'aggrave, et elle doit se rendre à Durham en Caroline du Nord, pour se faire soigner par un grand spécialiste des maladies du sang. Un ami, Lou Howard, donne son sang à plusieurs reprises et offre un de ses reins. Elle écrit à ses proches pour exprimer tout son regret d'être séparée à jamais des siens et de son pays. Mais elle continue de se battre courageusement jusqu'au bout.

Ses amis resteront auprès d'elle jusqu'à la fin, le . Son corps fut rapatrié en France selon ses souhaits et repose à Navenne, dans le cimetière communal. Ses funérailles se sont déroulées à l'église du Sacré-Cœur de Vesoul, église que son père avait construite, trente années auparavant[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Larère, Suzanne Melk, l'indicible étoile, Belfort, Association À l'écoute des poètes, 2014, 75 p. (ISBN 9782919266418)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]