Léger-Félicité Sonthonax

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Léger-Félicité Sonthonax

Description de l'image  Sonthonax.jpg.
Naissance
Oyonnax
Décès (à 50 ans)
Oyonnax
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Girondin abolitionniste

Léger-Félicité Sonthonax, né le 7 mars 1763 à Oyonnax, où il est mort le 23 juillet 1813, est un révolutionnaire français girondin. Il fut le premier législateur abolitionniste français en promulguant l’abolition générale de l'esclavage dans la province du Nord de Saint-Domingue, plusieurs mois avant que la Convention ne décide à Paris l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies le 4 février 1794.

Jeunesse et vie parisienne[modifier | modifier le code]

Fils d’un négociant aisé d'Oyonnax, Sonthonax fut collégien à Nantua, puis étudia le droit à Dijon. Il était avocat au Parlement de Paris en 1789, quand débuta la Révolution française. Il était d’un caractère enthousiaste – que certains qualifiaient de brouillon – et tranché – que les mêmes qualifiaient de sectaire.

Il développa une activité de journaliste où il défendit les thèses abolitionnistes portées par la Société des amis des Noirs. Il se lia d’amitié[1][réf. nécessaire] avec l’un de ses fondateurs, Jacques Pierre Brissot, le chef de file de ceux qu’on appellera les Girondins qu'il rencontra au club des Jacobins. Il se prononce pour l’abolition immédiate de l’esclavage dès le 25 septembre 1790 dans un article des Révolutions de Paris. Les articles étant anonymes il n'est pas facile de les identifier. Il arrête sa collaboration avec les Révolutions de Paris vers le mois de juillet 1791 : il dira en 1795 que son dernier article traitait alors de la nécessité de déchoir le roi pour le faire juger. Tout laisse croire que les articles suivants du périodique de Prudhomme sur les colonies seront écrits par Chaumette. D'autant que dans le débat qui commence en décembre 1791 sur la guerre offensive entre futurs girondins et futurs montagnards, il s'engage en faveur des premiers, n'hésitant pas peu après Guadet à haranguer Robespierre le 26 mars 1792 au club des Jacobins sur le concept de « providence » que Robespierre utilisa pour se féliciter (à tort) de l'annonce de la mort de Léopold II. Sonthonax lui lance ainsi « Point de capucinades[2] ! » Les Révolutions de Paris étaient opposés à la guerre et soutenaient Robespierre.

Saint-Domingue[modifier | modifier le code]

En août 1791, une révolte d’esclaves avait éclaté dans la partie nord de Saint-Domingue, au cœur de l’économie sucrière de la plus riche colonie française. Saint-Domingue était également ravagée par des conflits entre colons blancs et personnes de couleur libres (mulâtres ou noirs affranchis), ainsi qu’entre ceux qui soutenaient la Révolution et ceux qui souhaitaient le rétablissement de l’Ancien Régime ou l’indépendance de l’île.

Après avoir longtemps écouté les thèses des colons esclavagistes, l’Assemblée législative fut sensible aux arguments des Brissotins et, le 4 avril 1792, elle accorda la pleine citoyenneté à tous les libres de couleur. Elle décida d’envoyer une commission civile aux pleins pouvoirs, avec mission d’imposer cette loi controversée, de rétablir l’autorité de la France et d’inciter les esclaves à retourner aux plantations. C'est grâce à Brissot que Sonthonax est désigné comme l’un des trois commissaires civils pour Saint-Domingue le 29 avril 1792 avec Étienne Polverel et Ailhaud.

À son arrivée, le 18 septembre 1792 (quatre jours avant la proclamation de la République) Sonthonax découvrit que la plupart des blancs étaient dévorés par la haine raciale. Il reçut de leur part, ses écrits étant connus, un accueil glacial. Il décida alors de s’allier avec les libres et imposa ainsi son autorité par la force. Il prononça la dissolution de l’assemblée coloniale exclusivement composée de blancs et, entré à Port-au-Prince, la capitale frondeuse, en avril 1793, il exila plusieurs extrémistes blancs qui n’acceptaient pas l’égalité avec les libres. De même, il parvint à contenir l’insurrection des esclaves du Nord. Les chefs de ceux-ci se réfugièrent dans la partie est de l’île, colonie espagnole.

Guerre avec l’Angleterre[modifier | modifier le code]

La guerre à l’Angleterre et l’Espagne en février 1793, suite à l’exécution de Louis XVI, présenta un nouveau problème pour les commissaires civils. En quelques mois, la plus grande partie de Saint-Domingue fut occupée. De plus, de nombreux colons s’allièrent à l’un ou l’autre de ces pays, émigrant ou prenant les armes. En juin, Galbaud, le nouveau gouverneur royaliste, soutint une émeute de blancs au Cap-Français.

Sonthonax et Polverel décidèrent alors de s’appuyer sur les noirs. Le 21 juin, ils proclamèrent la liberté à tous les esclaves qui se battraient pour la République. Des bandes d’esclaves révoltés envahirent et incendièrent Le Cap. Galbaud s’enfuit avec des milliers de blancs. Le 29 août 1793, Sonthonax prit une mesure radicale, qui représente l’un des événements les plus importants de l’histoire des Amériques ; il décréta l’abolition générale aux esclaves de la province du Nord (assortie néanmoins du devoir de reprendre le travail sur les plantations pour ceux qui ne combattaient pas). Dans son décret, il affirmait que sa mission était de « préparer graduellement, sans déchirement et sans secousses, l’affranchissement général des esclaves ». Un peu plus tard le 21 septembre Polverel abolissait l’esclavage dans l’Ouest et au sud. Le 4 février 1794, la Convention ratifia la décision de Sonthonax dans l’enthousiasme en abolissant l’esclavage dans toutes les autres colonies françaises (dont la partie de Saint-Domingue, sous l'égide de Polverel dont elle ignorait la décision).

Les esclaves ne se rallièrent pas immédiatement à Sonthonax et les colons blancs continuèrent, avec l’appui de plusieurs libres opposés à l’abolition de l’esclavage, de combattre l’autorité de la République. Sonthonax tenta de persuader les chefs des esclaves révoltés du Nord de rejoindre le camp républicain. Ce ne fut que début mai 1794 que Toussaint Louverture et ses corps disciplinés et aguerris se joignirent à lui (avant d’apprendre que la métropole avait ratifié l’émancipation).

Les partisans des colons à Paris en profitèrent pour plaider contre l’arbitraire des commissaires civils auprès de la Convention. Ayant attiré contre eux une partie des conventionnels ayant des intérêts dans les îles, Polverel et Sonthonax furent mis en accusation. Ayant reçu leur ordre de comparution, ils durent quitter l’île le 14 juin 1794.

Sonthonax se défendit devant une commission dirigée par Garran Coulon. Il argua du fait que ni les colons, ni les personnes libres de couleur, qu’il avait été envoyé défendre à l’origine, n’étaient plus fidèles à la France ; il réclama que la République plaçât sa confiance dans les « citoyens du 29 août » : les esclaves libérés. Ayant reçu gain de cause le 25 octobre 1795, Sonthonax fut nommé par le Directoire à la tête de la troisième commission civile le 23 janvier 1796. Il retourna à Saint-Domingue où Toussaint Louverture œuvrait à consolider son propre pouvoir.

Retour en France[modifier | modifier le code]

Sonthonax ne voulant pas de la décolonisation, le général noir s’arrangea pour le faire élire député de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents en septembre 1796. Sonthonax, conscient de la manœuvre, tenta de rester. Toussaint Louverture saisit une occasion pour placer Sonthonax le sous escorte armée à bord d’un navire appareillant pour la France. Puis, délivré de tout contrôle, il entreprit le combat pour l’indépendance de Saint-Domingue.

Rentré à Paris, Sonthonax siégea comme député de Saint-Domingue. Il y professa ses idées négrophiles. Quand Bonaparte prit le pouvoir, il l’arrêta et l’exila hors de Paris.

Il se réfugia dans sa ville natale où il mourut le 23 juillet 1813. Il avait épousé sa maîtresse, une mulâtresse du nom de Villevaleix.

Sonthonax est une figure controversée de la révolution haïtienne. Ses critiques (y compris les historiens bien disposés envers Toussaint Louverture, Dessalines ou Rigaud) l’ont dénoncé comme vain, despotique et dissimulateur. Un des historiens les plus renommés d’Haïti, Thomas Madiou, a rapporté au milieu du XIXe siècle que les personnes âgées de son époque parlaient en bien de Sonthonax et affirmaient qu’il avait « servi à régénérer le nouvel affranchi ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Nous ignorons, comme le montre Marcel Dorigny, les origines de l’intérêt qu’il porte aux questions coloniales ; ce n’est pas par Brissot qu’il les a découvertes. Les deux hommes se connaissent au club des Jacobins, et, quand la Société des Amis des noirs demande l’abolition de la traite et l’égalité des hommes de couleur, Sonthonax, déjà, se prononce pour l’abolition immédiate de l’esclavage, dans un article du 25 septembre 1790 des Révolutions de Paris. C’est grâce à l’appui de Brissot qu’il est désigné comme l’un des trois commissaires civils pour Saint-Domingue le 29 avril 1792. » « Léger-Félicité Sonthonax ». La première abolition de l’esclavage. La Révolution française et la Révolution de Saint-Domingue|auteur=Jean-Claude Halpern| année= |éditeur =Annales historiques de la Révolution française|site=ahrf.revues.org| consulté le = }.
    • « Le , il (Sonthonax) obtient sa licence en droit. Il gagne alors Paris
    où son père lui achète une charge d'avocat en Parlement. Il entre en contact avec l'entourage du Duc d'Orléans, « la faction d'Orléans », dont l'un des animateurs est Jacques Pierre Brissot, créateur de la Société des Amis des Noirs en 1788. » Généalogie et Histoire de la Caraïbe (G.H.C.), « Léger-Félicité Sonthonax », sur ghcaraibe.org, G.H.C.,‎ Octobre 1990 (consulté le ). « Généalogie et Histoire de la Caraïbe » jouit de la protection légale sur les droits d'auteur en étant déposé au dépôt légal de la bibliothèque nationale. (ISSN 0997-3923).
    • Editeurs Scientifiques, Yves Bénot et Marcel Dorigny, Léger-Félicité Sonthonax. La première abolition de l'esclavage. La Révolution française et la Révolution de Saint-Domingue. actes du colloque, Paris, Musée des arts africains et océaniens, 7-8 septembre 1990, organisé par l'association Mémoire de Léger-Félicité Sonthonax. Textes réunis et présentés par Marcel Dorigny ; avec la collaboration de Yves Bénot. Nouvelle éd. augmentée de documents inédits. : XVIIe ‑ XIXe siècle : 1650-1850, Saint-Denis, Société française d'histoire d'outre-mer ; Paris : Association pour l'étude de la colonisation européenne,‎ 2005. (notice BnF no FRBNF40095235r)
  2. Voir Georges Lefebvre, La Révolution française, p. 209-210, Alphonse Aulard Recueil de la Société des Jacobins séance des 26 et 28 mars 1792

Références et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Barcellini, Léger-Félicité Sonthonax, bilan d'un colloque, Idem.
  • Yves Benot, La Révolution française et la fin de colonies, Paris, La découverte, 1987 (2e édition avec une postface en 2003)
  • Yves Benot, « Pourquoi Bonaparte a exilé Sonthonax ou dix ans après ? » Annales Historiques de la Révolution française, no 293-294, juillet-décembre 1993, p. 522-525.
  • Yves Benot, « Saint-Domingue, 1793 : trois lettres inédites », Annales Historiques de la Révolution française, octobre-décembre 2001, p. 175-180.
  • Les abolitions de l'esclavage de Léger-Félicité Sonthonax à Victor Schoelcher, 1793-1794-1848 colloque organisé à Paris VIII-Saint Denis en février 1994, Paris, 1995.
  • Débats entre les accusateurs et les accusés dans l'affaire des colonies, janvier-août 1795, 9 vol., 1995.
  • Jean-Philippe Garran-Coulon, Rapport sur les troubles de Saint-Domingue, Paris, 1795-1797 4 vol.
  • Jean-Claude Girardin, « De la liberté politique des Noirs Sonthonax/ Toussaint-Louverture », Les Temps Modernes, no 590, année 1996, p. 82-111.
  • Georges Lefebvre, La Révolution française, Paris, PUF, 1989.
  • Jean-Daniel Piquet, L'Émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris Karthala, 2002.
  • Jean- Daniel Piquet, « L'arrestation de Sonthonax et de Polverel en 1794 : Robespierre reçoit une dénonciation de Belley, Mills et Dufay, contre un créole suspect », Annales historiques de la Révolution française, no 306, octobre-décembre 1996, p. 713-717 et avec la collaboration de Florence Gauthier un " Erratum" à l'article, no 309, juillet-septembre 1997, p. 473-475.
  • Réveillère, Polvérel et Sonthonax, Paris, Librairie militaire de L. Baudoin,‎ 1891, 28 p. (lire en ligne)
  • Léger-Félicité Sonthonax, La première abolition de l'esclavage ; la Révolution française et la Révolution de Saint-Domingue. Textes réunis et présentés par Marcel Dorigny ; Société français d'Histoire d'outre-mer, Association pour l'étude de la colonisation européenne, 1997.
  • (en) Robert Louis Stein Leger Felicite Sonthonax: The Lost Sentinel of the Republic, Rutherford, Fairleigh Dickinson Univ Press, 1985 (ISBN 0838632181)
  • Jean-René Suratteau, « Sonthonax Léger Félicité », dans Albert Soboul (dir) Dictionnaire historique de la Révolution française Paris, PUF, 1989, 2005 et 2006 (collection Quadridge)
  • Henri Castonnet Des Fosses, Le perte d’une colonie : La révolution de Saint-Domingue, Paris, A. Faivre,‎ 1893, 380 p. (lire en ligne), p. 111-132

Liens externes[modifier | modifier le code]