Rose Bertin

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Rose Bertin
Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Rose Bertin gravé par Jean-François Janinet d'après Louis-Roland Trinquesse.

Nom de naissance Marie-Jeanne Bertin
Naissance
Abbeville
Décès
Épinay-sur-Seine
Nationalité Royal Standard of the King of France.svg Française
Profession
Portrait présumé de Rose Bertin par Élisabeth Vigée Le Brun.
Portrait présumé de Rose Bertin par Louis-Amadée Van Loo (1789)[1].

Marie-Jeanne Bertin dite Rose Bertin, ou encore « Mademoiselle Martin », née à Abbeville le et morte à Épinay-sur-Seine le , est une marchande de modes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le magasin « Le Grand Mogol »[modifier | modifier le code]

Fille de Nicolas Bertin, cavalier de la maréchaussée d'origine picarde, et de Marie-Marguerite Méquignon, garde-malade[2],[3], la future Rose Bertin part à Paris dès seize ans pour travailler comme modiste au Trait Galant, sous les ordres de Mlle Pagelle[3], maison qui fournissait Marguerite de Rancurel de la Saune, maitresse d'un prince du sang, le comte de Charolais et mère de ses deux filles. Comme cette dernière passa commande au Trait Galant des robes de mariage de ses deux filles, Rose Bertin, chargée de la livraison, rencontra à cette occasion la princesse douairière de Conti, elle aussi princesse du sang, qui devint sa première protectrice[4].

En 1770, elle ouvre son propre magasin de modes à l'enseigne « Le Grand Mogol », dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris, le 24 avril 1789 elle transférera ses ateliers 26 rue de Richelieu, à Paris, immeuble dont elle s'est portée acquéreur le 24 avril de la même année et qu'elle conservera jusqu'à sa mort.Sa créativité et son sens des affaires font que son activité se développe rapidement et emploie bientôt trente salariées et cent-vingt fournisseurs. Elle allège les silhouettes, avec des paniers plus légers et moins encombrants, lance la mode champêtre, les robes de mousseline et les robes de grossesse[5],[6]; Sa clientèle est essentiellement aristocratique.

La ministre des modes[modifier | modifier le code]

Portrait de Rose Bertin par Pierre-Adolphe Hall.

Louise Marie Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres la présente à celle qui est depuis un jour reine, le 11 mai 1774, à Marly, alors que Louis XV vient d'expirer[7]. Elle jouit de la faveur de la reine de France Marie-Antoinette qui trouve en elle sa « ministre des modes » ; elle est d'ailleurs jalousée de sa proximité avec la souveraine. Cette jeune femme qui vient du bas-peuple peut être considérée comme une entrepreneuse avant l'heure, ne devant sa réussite qu'à son talent ; en outre, les métiers de conception de mode sont surtout à l'époque une affaire d'hommes : Rose Bertin inaugure avant l'heure ainsi l'ère des créatrices de mode, qui prendra son essor le siècle suivant[8],[9],[note 1]. Elle achève la révolution opérée dans les modes par Madame de Pompadour et Madame du Barry. Elle se voit bientôt réclamée dans toutes les cours d’Europe[note 2]. Les modes explosent de diversité et d’invention (coiffure à la belle poule, pouf aux sentiments, chapeau feu l’Opéra, à la Montgolfier ou à la Philadelphie…)[note 3]. Elle devient une proche de la reine Marie-Antoinette. Elle lui conseille notamment, quand celle-ci ne parvient pas à avoir d'enfant, d'effectuer le pèlerinage de Notre-Dame de Monflières, petit hameau dépendant du village de Bellancourt, près de sa ville natale d'Abbeville[10].

La Révolution et l'Empire[modifier | modifier le code]

Boutique de Rose Bertin en 1807 (n° 26 de la rue de la Loi, à Paris).

Pendant la Révolution française, le destin de Rose Bertin et de Marie-Antoinette suivent des routes parallèles, se rejoignent à Versailles et se séparent sur la place de la Révolution, en octobre 1793. Elle est accusée d'entretenir les passions dispendieuses de l'ancienne souveraine. Pendant la Terreur, Bertin détruit tous ses livres de caisse et ses factures. Elle continue à travailler et n'émigre qu'au dernier moment en Angleterre.

Elle revient en 1794 elle retourne à Paris et récupère ses biens, dont ses ateliers du 26 rue de Richelieu (renommée rue de la Loi) ainsi que sa maison d'Épinay-sur-Seine (qu'elle surnomme le « pavillon Béatus »[note 4]) où elle décide de rester un an plus tard, mais le Premier Empire ne lui permet pas de retrouver son succès d'antan. Située au bord du fleuve à Épinay-sur-Seine, la maison peut être aperçue depuis l'île Saint-Denis, à la droite de la mairie d'Épinay[11]. Un an plus tard, elle décide de rester en France, à Épinay-sur-Seine, mais ne rencontre plus le même succès. Elle meurt en 1813, en étant restée officiellement célibataire[3].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Le Dictionnaire Bouillet indique qu’elle substitua, au « grand dommage des industries françaises, un luxe fantasque et léger à la magnificence des vieilles étoffes ».

Une rue porte son nom dans sa ville natale, ainsi qu'une station de la ligne T8 du tramway à Épinay-sur-Seine, où elle est morte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans une conférence à l'Institut français de la mode, Michelle Sapori regrette le choix du terme de couturière et non de modiste par son éditeur.
  2. Elle faisait alors envoyer tous les mois à Saint-Pétersbourg un mannequin revêtu de ses dernières créations afin que la cour russe soit constamment au fait de la dernière mode versaillaise. Ce fait est d'ailleurs rapporté par Delille dans les vers qu'il consacre à Rose Bertin dans son poème l'Imagination (chant III):

    ... Ainsi, de la parure aimable souveraine,
    Par la Mode, du moins, la France est encor reine;
    Et, jusqu'au fond du Nord portant nos goûts divers,,
    Le mannequin despote asservit l'univers.

    (Le mot Nord rappelle ici le titre de comte du Nord, porté par le futur empereur Paul Ier, lors de son voyage en France, en 1782, et fait donc référence à Saint-Pétersbourg).
  3. Cet engouement pour les créations les plus excentriques de Mlle Bertin est rapporté et critiqué par Madame Campan dans ses mémoires, qui en fait une des raisons de la détestation du peuple à l'égard de Marie-Antoinette : « On peut dire que l'admission d'une marchande de modes fut suivie de résultats fâcheux pour Sa Majesté. » (in Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, chapitre IV).
  4. Il est classé aux monuments historiques en 1933
  5. Le réel rédacteur serait l'avocat parisien Jacques Peuchet (1758-1830).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Rolland, Autour des Van Loo: Peinture, commerce des tissus et espionnage en Europe (1250-1830), Université Rouen Havre, (lire en ligne), p. 307
  2. Acte de baptême,registres de la paroisse Saint-Gilles d'Abbeville : « l'an 1747 sur les neuf heures du soir est née du légitime mariage une fille de Nicolas Bertin cavalier de la maréchaussée et marié à Marguerite Méquignon son épouse, le lendemain a été baptisée, par moi curé soussigné sous le nom de Marie Jeanne » - AD80, Registre des Baptêmes de Saint-Gilles d'Abbeville.
  3. a, b et c Catherine Örmen, « Bertin Rose - (1747-1813) », sur Encyclopædia Universalis
  4. Mémoires de Mlle Bertin, où elle raconte cette rencontre en détail.
  5. Peyret 2015, Libération, p. VIII.
  6. (en) « Original court dress by Rose Bertin », sur tiarasandtrianon.com
  7. Madame la duchesse de Chartres... introduisit dans l'intérieur de la reine mademoiselle Bertin, marchande de modes, devenue fameuse à cette époque par le changement total qu'elle introduisit dans la parure des dames françaises (in Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, chapitre IV).
  8. Bernet 2005, Annales historiques de la Révolution française, p. 181-182.
  9. Tétart-Vittu et al. 2013, Le dictionnaire universel des créatrices, p. 507.
  10. Hervé 2014, Le Courrier picard.
  11. « La maison de Rose Bertin », sur le site d'Épinay-sur-Seine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Delille, L'Imagination, chants premier et troisième, t. 1, (lire en ligne).
  • Jeanne Campan, Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre : suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les règnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, Abbeville, Devérité, (lire en ligne), chap. IV.
  • Émile Anglade, La Marchande de mode de Marie-Antoinette. Rose Bertin, Albin Michel éditeur, (lire en ligne).
  • Pierre de Nouvion et Émile Liez (ill. Georges Ripart), Un ministère des modes sous Louis XVI. Mademoiselle Bertin, marchande de mode de la reine 1747-1813, Paris, Chez Henri Leclerc, (lire en ligne).
  • Catherine Guennec, La Modiste de la reine, Paris, Jean-Claude Lattès, .
  • Michelle Sapori :
    • Rose Bertin : Ministre des modes de Marie-Antoinette, Paris, Institut français de la mode et Éditions du Regard (distribution Seuil), octobre 2003, 318 pages (ISBN 2-914863-04-7)
    • Rose Bertin, la couturière de Marie Antoinette, Paris, Perrin, 2010 (ISBN 9782262032487).
  • Jacques Bernet, « Rose Bertin, ministre des modes de Marie-Antoinette », Annales historiques de la Révolution française,‎ , p. 180-181 (lire en ligne).
  • Bertrand Meyer-Stabley, 12 couturières qui ont changé l'Histoire, Pygmalion, 2013.
  • Françoise Tétart-Vittu, Béatrice Didier (dir.), Antoinette Fouque (dir.) et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, , « Bertin, Rose (Marie-Jeanne bertin, dite) [Abbeville 1747 - Épinay-sur-Seine 1813] », p. 506-507.
  • Emmanuèle Peyret, « Rose Bertin, reine du bon goût », Libération,‎ (lire en ligne).
  • Vincent Hervé, « Abbeville : Rose Bertin, la Coco Chanel du XVIIIe siècle», habillerait Lady Gaga (compte-rendu d'une conférence de Michèle Sapori) », Le Courrier picard,‎ (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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