Retraite de Lang Son

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Retraite de Lang Son
Informations générales
Date fin mars 1885
Lieu
Issue
Belligérants
Drapeau de la France France Drapeau : Chine Empire de Chine
Guerre franco-chinoise
Batailles
Expédition du Tonkin · Bac Ninh · Fuzhou · Keelung · Tamsui · Kep · Shipu · Zhenhai · Lang Son (1re) · Nui Bop · Tuyen Quang · Yu Oc · Hoa Moc · Phu Lam Tao · Bang Bo · 2e Lang Son · Pescadores
Cette boîte : voir • disc. • mod.

La retraite de Lang Son, menée à la fin mars 1885, contre toute attente, par une des deux brigades de l'armée française au Tonkin, lors de la guerre franco-chinoise, a conduit à l'Affaire du Tonkin, déclenchant la chute du gouvernement de Jules Ferry, puis un accord de paix avec la Chine, signé par son successeur.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le contexte de guerre de conquête coloniale[modifier | modifier le code]

Les différents affrontements qui ont lieu pendant le conflit.

Lors de la guerre franco-chinoise, la France prit le contrôle du fleuve Rouge qui reliait Hanoï à la riche province chinoise du Yunnan, pour tenter d’y acquérir des positions fortes. Le traité de Saigon de 1874 ouvre le fleuve Rouge à la libre circulation, mais les Pavillons Noirs harcèlent les navires de commerce français au début des années 1880. C'est alors qu'est conçu le projet d'offensive au Tonkin, pensée comme une opération limitée, mais qui s'est transformée en guerre de conquête, doublée d'un conflit avec la Chine[1], sur fond de nationalisme exacerbé, alors que les rivaux anglais venaient de subir au Soudan, le mois précédent, un cuisant revers soldant le siège de Khartoum.

La prise de Lang Son, une première étape pour la France[modifier | modifier le code]

Article connexe : Campagne de Lang Son.

Deux brigades françaises remontèrent le haut Tonkin et conquirent en février 1885 la ville de Lạng Sơn, au nord de l'actuel Viêt Nam. La première brigade, dirigée par le futur général de division Laurent Giovanninelli (1837-1903) et le général de brigade Louis Brière de l'Isle, quitta Lạng Sơn pour venir en aide aux assiégés de Tuyên Quang, à l'ouest de l'actuel Viêt Nam. La seconde brigade, dirigée par le général Oscar de Négrier, lança une attaque vers le nord, de l'autre côté de la frontière chinoise, sous la pression du gouvernement français, qui espérait ainsi exercer une menace sur la Province de Guangxi, en Chine, pour obtenir un KO des troupes chinoises et leur reddition. Ses 1 500 hommes furent cependant défaits, sur les hauteurs du col de Zhennan, par 25 000 hommes de l'armée chinoise du Kouang: c'est la bataille de Bang Bo du 24 mars 1885.

La décision de repli[modifier | modifier le code]

Se retirant sur Lạng Sơn, avec 70 tués et près de 200 blessés, les Français stoppèrent quatre jours plus tard une offensive chinoise à la bataille de Kỳ Lừa, le 28 mars où ils infligent de lourdes pertes aux chinois, grâce à leur artillerie, mais subissent 7 morts et 38 blessés, parmi lesquels le général Oscar de Négrier. Son remplaçant, le lieutenant-colonel Paul-Gustave Herbinger (1839–1886), est atteint de la Malaria. Dans l’après-midi du 28 mars 1885, il ordonne que la ville de Lạng Sơn soit rapidement abandonnée, car il craint son encerclement. C’est la très controversée "retraite de Lang Son": la seconde brigade française se replie vers le delta du fleuve Rouge, abandonnant l'essentiel des gains des deux derniers mois.

La retraite s’effectue en deux colonnes. Paul-Gustave Herbinger mène le bataillon en ligne vers Thanh Moy, tandis que Schoeffer conduit les deux bataillons de légionnaires jusqu’à Dong Song. De peur que l’artillerie ne freine le repli, les canons sont abandonnés dans la rivière Song Ki Cong, où les chinois les retrouveront, ainsi que le trésor de la brigade.

Télégrammes à la Métropole[modifier | modifier le code]

Paul-Gustave Herbinger envoie un télégramme à Hanoi, au général Louis Brière de l'Isle, pour indiquer qu’il n’a pas assez de munitions pour mener une nouvelle bataille pour défendre Lang Son. Le télégraphe est ensuite coupé, ce qui empêche le général Louis Brière de l'Isle de lui répondre. Dans la soirée du 28 mars, ce dernier prévient alors la métropole et l’Agence Havas par un télégramme alarmiste, sans prendre le temps de trier dans ce qu'il a reçu. Le lendemain, il se reprend : il envoie un nouveau télégramme relativisant le contenu de celui de la veille. Il envoie aussi un câble à Paul-Gustave Herbinger pour lui ordonner de cesser la retraite et de rester sur les positions de ses deux colonnes, à Thanh Moy et Dong Song.

La formulation alarmiste du premier télégramme de Louis Brière de l'Isle au gouvernement français, annonçant à tort la déroute du corps expéditionnaire, est reprise et amplifiée par la presse.

Jules Ferry balayé à la Chambre[modifier | modifier le code]

L'émotion déclenchée par la nouvelle cause immédiatement un tollé à la chambre des députés puis entraîne la chute du gouvernement de Jules Ferry, seulement deux jours après, le 30 mars 1885, sous la pression de ses adversaires au sein même de son propre camp, la gauche, dirigés par Georges Clemenceau. Ferry rend public les autres télégrammes et demande des crédits pour des renforts. Mais il est balayé, par 306 votes contre 149.

Le premier télégramme de Louis Brière de l'Isle, repris par Havas, déclarait que les Chinois, débouchant par grandes masses sur trois colonnes, ont attaqué avec impétuosité nos positions en avant de Ki Lua. Le colonel Herbinger, devant cette grande supériorité numérique et ayant épuisé ses munitions, m’informe qu’il est obligé de rétrograder sur Dong Song et Than Moï. Ensuite, Louis Brière de l'Isle conclut maladroitement son texte par quoi qu’il arrive, j’espère pouvoir défendre tout le delta du fleuve Rouge et je demande au gouvernement de m’envoyer le plus tôt possible de nouveaux renforts[2].

La Bourse de Paris réagit immédiatement: le 30 mars, la valeur de l’emprunt d’État à coupon de 3 % baisse de 3,50 francs en une seule journée, alors qu’il n’avait baissé que de 2,50 francs le jour de la déclaration de guerre en 1870[3]. Un loi de protection des actionnaires contre les faillites[4], dite « loi sur les marchés à terme », venait justement d'être votée le 28 mars 1885[5].

Nouvelle retraite de la brigade Herbinger[modifier | modifier le code]

Gustave Borgnis-Desbordes, futur commandant en chef des troupes d'Indochine française.

Herbinger envoie des patrouilles de cavalerie pour inspecter les positions chinoises, qui s’avèrent très modestes. Il commande à sa colonne, dans la nuit du 30 mars, de quitter Thanh Moy pour rejoindre celle de Dong Song, qui a facilement repoussé une attaque chinoise. Mais il commande ensuite une nouvelle retraite jusqu’à Chu, à la surprise générale, alors que Brière de l'Isle lui a envoyé des renforts de cavalerie.

Le général Louis Brière de l'Isle doit alors envoyer jusqu’à Chu l’essentiel de la 1ère brigade, dirigée par Laurent Giovanninelli, pour faire la jonction. Il confie le commandement sur place au colonel Gustave Borgnis-Desbordes, qui télégraphie le message suivant: Appelé, en raison de la grave blessure du général de Négrier, à prendre le commandement provisoire de la brigade, j'arrive ici avec des troupes nouvelles et des munitions. J'ai reçu du général l'ordre d'arrêter avec vous, et coûte que coûte, tout mouvement rétrograde. C'est ce que nous ferons. Le colonel Gustave Borgnis-Desbordes, un ancien de la guerre du Soudan, finira commandant en chef des troupes en Indochine française.

Le successeur de Jules Ferry, Charles de Freycinet, engage dès le 4 avril des négociations de paix avec les Chinois, par un protocole qui mène à l’Accord de Tientsin du 9 juin 1885, reconnaissant implicitement le protectorat français sur le Tonkin, mais renonçant à demander une indemnité pour l’embuscade de Le Buc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Auguste Pavie, l'explorateur aux pieds nus » [1]
  2. Jean-Michel Gaillard, « Le désastre de Lang Son », L’Histoire, no 203, octobre 1996, p. 34.
  3. Auguste Thomazi, La conquête de l’Indochine : avec vingt-deux croquis, Paris, Payot, 1934, p. 260, [lire en ligne]
  4. « Finances publiques et conquête coloniale : le coût budgétaire de l'expansion française entre 1850 et 1913 » par François Bobrie [2]
  5. « Paris sur les fluctuations de prix et valeurs républicaines », par zébu" [3]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Gaillard. « Le Désastre de Lang Son », L'Histoire, n° 203, octobre 1996, p. 34-35

Articles connexes[modifier | modifier le code]