Hamidou ben Ali

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Raïs Hamidou

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Raïs Hamidou
Rais hamidou.jpg

Statue de Rais Hamidou au Musée militaire d'Alger

Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Hamidou ben Ali
Activité
Fratrie
Raïs Hamdan

Hamidou ben Ali, dit Raïs Hamidou (en arabe : الرايس حميدو), est un corsaire[1], né vers à Alger, et mort, en mer le [2] près du cap de Gate.

Kabyle d'origine, il a capturé plusieurs navires durant sa carrière. Hamidou assura la prospérité de la régence d'Alger, et lui donna sa dernière gloire avant la conquête.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hamidou ben Ali[3],[4] ou Raïs Hamidou est né à Alger vers 1770[5], dans la régence d'Alger, d'origine Kabyle[6],[7],[8]. Son père était un tailleur originaire de Issers, à Boumerdès (Kabylie)[9]. Dès l’âge de dix ans, il abandonna le métier de tailleur que lui faisait apprendre son père, pour s’engager comme mousse à bord de l’un des navires de la régence[10].

Les début dans la carrière[modifier | modifier le code]

En 1790, après la reconquête d'Oran, Hamidou est nommé chef de la marine oranaise, qui comportait alors 3 chébecs et felouques. Ses premiers succès sonnent rapidement aux oreilles du dey d'Alger, Sidi Hassan, qui le convoque à Alger quelques mois plus tard. Le dey lui octroi un chebec de trois mâts armés de 12 canons, pourvu de 60 marins et miliciens[11]. Il n’existe toutefois pas de document sur l’activité du raïs Hamidou pendant les premières années de ses fonctions de commandant à Alger et on peut supposer qu’il était sous la tutelle d’un corsaire plus ancien, et qu’il faisait son apprentissage[12].

Entre l' et 1796, au retour d'une expédition en Italie, pris dans une tempête, il décide de mouillé à La Calle, ses ancres ripent et son navire, emporté par une tempête, se brise contre les rochers du rivage. Cet événement faillit ruiner les projets d'Hamidou. La perte d’un navire confié à un raïs était le plus souvent très sévèrement punie. Alors qu'il n’était pas rentré faire son rapport, il est rattrapé et ramené de force à Alger. Mais il sut calmer la colère du dey et bientôt, il disposa d'une frégate construite par l'espagnol Maestro Antonio[13], charpentier à Alger qui donna une dimension nouvelle à l'activité de Hamidou.

En 1797, une corvette du dey d'Alger revint au port sans arborer son pavillon ni saluer la mosquée de Sidi Abderrahman, patron de la ville d’Alger. Ceci signifiait la perte de son capitaine. En fait, ce dernier, ayant de nombreux méfaits et de grosses fautes de navigation à se faire pardonner, avait préféré déserter, et alla se réfugier au Maroc. Le pacha désirant récompenser le raïs Hamidou de ses récents succès, le nomma au commandement de ce navire[14]. Le raïs Hamidou est mentionné régulièrement dans le registre des prises, mettant à contribution Génois, Vénitiens, Napolitains et Grecs[15].

Le [16], après quelques jours de croisière, Hamidou fait la rencontre d'un vaisseau de guerre portugais de 44 canons, avec un chébec de 40 canons, conscient de la supériorité militaire de la frégate portugaise, il emploie la ruse, il hisse un pavillon anglais pour s'approcher des Portugais, la frégate algérienne se tenant correctement, les Portugais se laissent approcher. Ils prennent conscience bien trop tard qu'ils sont face à des pirates, les Algériens, abordent et dévastent le navire, 282 portugais sont faits prisonniers, les cordaires capturent le navire[17],[18].

Ce succès valut au Rais la direction de la flottille algérienne, et une villa à El Biar, offerte par le dey Hussein[19][réf. incomplète]. La frégate deviendra une unité de la flotte de la régence sous le nom de La Portugaise[20]. Hamidou obtienr de la part des Turcs, un Yatagan d'honneur, et fut reçu en audience solennelle[21]. La frégate portugaise ne fut pas la seule que les Algériens captureront[22], puisque le de la même année, le Rais Hamidou capture une autre frégate portugaise de guerre de 36 canons[23].

A partir de cette époque, et pendant près de deux années, le nom de Hamidou cesse de figurer sur le registre des prises à cause de problèmes internes dans l'Odjak et de la jalousie du Dey[24]. En 1808, l'un des premiers actes du nouveau Dey, Ali ben Mohamed, fut d’exiler Hamidou dont la célébrité l’offusquait[25]. Hamidou est envoyé en exil à Beyrout, au Liban ; mais Hadj Ali Dey, arrivé au pouvoir en 1809, s’empresse de le rappeler[26].

La consécration[modifier | modifier le code]

De retour à Alger, il reçut le commandement d'une division de quatre navires, une frégate de 44 canons commandée par lui-même, une frégate de 44 canons commandée par le Raïs Ali Gharnaout, la frégate portugaise de 44 canons commandée par le Raïs Ahmad Zmirli, un brick de 20 canons, commandé par le Raïs Mustapha le Maltais. Le dey l’autorisa à aller croiser dans l’océan Atlantique ce que fit le Raïs Hamidou sous le couvert de la nuit[27]. L’escadre algérienne captura trois navires portugais[28]. Les portugais signeront un traité de paix avec là régence en 1810, contre une lourde indemnité[29].

En 1811, une guerre éclate entre la régence d’Alger et celle de Tunis. Le , Hamidou capture un navire anglais contenant des marchandises tunisiennes. Le , avec une flotte de six navires de guerre, et de quatre canonnières, il capture une frégate tunisienne qu’il ramène à Alger après un rude combat contre une flotte de douze navires de guerre tunisiens. Voici ce qui a été consigné dans le registre des prises[30] :

« L’engagement dura six heures et ne cessa qu’après le coucher du soleil. Nous avons perdu 41 hommes et la frégate tunisienne 230. »

Suite à cette bataille navale, Hamidou reçut une ovation populaire après que le Pacha l’ai complimenté en audience publique[31]. La frégate tunisienne fut gardée par les Algériens et l’on retrouve son nom dans plusieurs documents[32]. Hamidou enregistrera un certain nombre d’autres succès entre 1812, et 1815. Il prit part à des attaques contre des navires venant de Grèce, de Sicile, de Suède, d'Hollande, du Danemark, et d'Espagne[33]. Il s'empara au total durant sa carrière, de plus 200 voiliers[34].

La fin de Hamidou ben Ali[modifier | modifier le code]

Le Meshuda, encerclé lors de la Bataille du cap Gata par une escadre américaine (1815)

Hamidou écume la mer à bord du Mashouda, frégate de 44 canons construite à Alger par un architecte espagnol lui servant de navire-amiral depuis 1802. Avec sa florille, il revenait dans la mer Méditerranée venant de l'Atlantique. Les circonstances font, qu'au même moment, l’escadre de Decatur venait lui aussi de l'Atlantique en Méditerranée, demander raison au dey Omar des insultes faites au pavillon américain. L'escadre, qui comptait dix navires, tombe sur Hamidou, le , non loin du Cap de Gata. Hamidou réalise trop tard qu'il s'agit d'une escadre américaine. Il tente d'abord de prendre la fuite en direction du port franc de Cartagena. Mais rapidement Hamidou se trouve engagé et il fait front. Hamidou ordonne a un de ses officiers : « Quand je serai mort tu me feras jeter à la mer »[35]. Hamidou manœuvre, et une lutte s’engage entre le Mashouda et le Constallation. Les Américains tirèrent deux bordées. Les conséquences sont dévastatrices, Hamidou est tué sur son banc de quart et le navire est en partie détruit[36],[37],[38],[39],[40].

Conformément à ses instructions, le corps du Raïs fut jeté à la mer. Des embarcations vinrent prendre possession du navire vaincu. En montant en bord, le chef du détachement demanda le commandant : « Voici tout ce qu'il en reste, dit le second, en montrant une mare sanglante : un peu de sang », rapporte Albert Devoux sur la fin tragique du raïs[41].

Dégradation des relations franco-algériennes[modifier | modifier le code]

À l'époque de Rais Hamidou, la régence d'Alger fait partie de l'Empire ottoman, dont elle est un vassal turbulent. Elle est gouvernée par un dey, terme traditionnellement traduit par Régent d'Alger. La ville est un nid de corsaires, qui sèment la terreur dans toute la Méditerranée. La menace d’asservissement était réelle pour quiconque vivant ou voyageant en mer. Les captures d’hommes, de femmes et d’enfants étaient si dévastatrices qu’un très grand nombre de villes côtières furent abandonnées[réf. nécessaire].

En 1798, les relations s’envenimèrent entre l'Algérie et la France, à cause des dettes[42] que cette dernière faisait traîner (redevances de la Compagnie d’Afrique impayées). Cela entraîna inévitablement des tensions entre les deux pays, comme cela se reproduira plus tard pour d’autres dettes ([Conquête de l'Algérie par la France#Affaire de l'éventail|voir les raisons de l’invasion de l’Algérie par la France en 1830]])[43],[44].

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Alan G. Jamieson, Lords of the Sea: A History of the Barbary Corsairs, Reaktion Books, , 272 p. (ISBN 9781861899460), p. 229
  2. Roland Courtinat (2003) p. 35-36
  3. Kaddour M'Hamsadji (2000) p. 63
  4. Jean-Michel Venture de Paradis (2006) p. 221
  5. Jean-Louis Beaucarnot et Frédéric Dumoulin, Dictionnaire étonnant des célébrités, editionsfirst, , 350 p. (ISBN 9782754070522, lire en ligne)
  6. (en) Frederick C. Leiner, The End of Barbary Terror: America's 1815 War against the Pirates of North Africa, Oxford University Press, , 256 p. (ISBN 9780190293550, lire en ligne), p. 208
  7. Mouloud Gaïd, L'Algerie sous les Turcs, Maison tunisienne de l'edition, 1975 - 239 pages, , 239 p. (lire en ligne), p. 172
  8. (en) Jared Sparks, The Library of American Biography, Volume 21, , 482 p. (lire en ligne), p. 251
  9. Salah Guemriche, Alger la Blanche : biographies d'une ville, Perrin, , 416 p. (ISBN 9782262040390)
  10. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 23-24.
  11. Paul Desprès, Rais Hamidou: Le dernier corsaire barbaresque d'Alger, Editions L'Harmattan, , 226 p. (lire en ligne), p. 12
  12. Rais Hamidou: Le dernier corsaire barbaresque d'Alger (2007); p. 13.
  13. Djamel Souidi, Grands personnages de l'histoire ancienne de l'Algérie: des origines à 1830, Editions du Tell, , 144 p. (lire en ligne), p. 88
  14. Rais Hamidou: Le dernier corsaire barbaresque d'Alger (2007); p. 13.
  15. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 38-39
  16. Revue africaine, , 1 080 p. (lire en ligne), p. 413
  17. Albert Devoulx, Le Rais Hamidou, notice biographique sur le plus célèbre Corsaire algérien du XIIIe siècle de l’hégire, Alger, Adolphe Jourdan, , 126 p. (lire en ligne), p. 86-90
  18. La piraterie barbaresque en Méditerranée: XVI-XIXe siècle (2000) ; p. 36. Lire en ligne
  19. Sabrina L. (2011)[réf. incomplète]
  20. Albert Devoulx, Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du xiiie siècle de l'hégire, d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits, Alger, A. Jourdan, 1859 [1re éd.], , 127 p. (lire en ligne), p. 30-76
  21. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 81.
  22. Pierre Hubac, Les Barbaresques, Berger-Levrault, , 262 p. (lire en ligne), p. 228
  23. Daniel Panzac, Les corsaires barbaresques: la fin d'une épopée, 1800-1820, CNRS, , 311 p. (lire en ligne), p. 55
  24. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 97.
  25. Notice biographique Le plus célèbre Corsaire algérien du XIIIe siècle de l’hégire d'après des documents authentiques (1859); p. 102. Lire en ligne
  26. Albert Devoulx (1859) p; 102
  27. p. 103.
  28. p. 104.
  29. Les corsaires barbaresques: la fin d'une épopée, 1800-1820 (1999) ; p. 96.
  30. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 107.
  31. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 109.
  32. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 110.
  33. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 110-112.
  34. Jean-Louis Beaucarnot et Frédéric Dumoulin, Dictionnaire étonnant des célébrités, editionsfirst, , 350 p. (ISBN 9782754070522, lire en ligne)
  35. Mahdi Boukhalfa, « Raïs Hamidou, le 17 juin 1815 : Quand je serai mort tu me feras jeter à la mer » dans Huffpost Algeria, 2015
  36. (en) Daniel Panzac, The Barbary Corsairs: The End of a Legend, 1800-1820, Pays-Bas, K. Brill, , 352 p. (ISBN 0471444154, lire en ligne), p. 270-271
  37. La piraterie barbaresque en Méditerranée: XVI-XIXe siècle (2000); p. 36.
  38. Joshua London, Victory in Tripoli, Macmillan, , 288 p. (ISBN 0471444154, lire en ligne), chap. IX
  39. Roland Courtinat, La piraterie barbaresque en Méditerranée : XVI-XIXe siècle, 2003, p. 36
  40. Article Constellation sur le site « Naval History and Heritage Command », 2004,
  41. Le raïs Hamidou : notice biographique sur le plus célèbre corsaire algérien du XIIIe siècle de l'hégire d'après des documents authentiques et pour la plupart inédits (1859); p. 125.
  42. Pierre Montagnon, La conquête de l'Algérie, Pygmalion, 1986, p. 50
  43. Lettre du 19 décembre 1827 du dey Hussein au grand Vizir (archives du gouvernement turc) citée par Jeannine Verdès-Leroux, article Coup d'éventail (1827), in L'Algérie et la France, Robert Laffont 2009, p. 246
  44. Henri Nérac, « La Régence turque », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 4H, printemps-été 2012, p. 54-56

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]