Raimon de Montredon

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Raimon de Montredon (né en ? - † le ) était un religieux du Moyen Âge, qui fut chanoine de Nîmes, puis archidiacre de Béziers, évêque d’Agde (1130-1142) et enfin archevêque d'Arles de 1142[1] au 16 avril 1160.

Origine et premières années[modifier | modifier le code]

D’origine languedocienne, Raimon de Montredon, nait d'après Pierre le Vénérable, abbé de Cluny[2] dans le diocèse de Nîmes; il est destiné de bonne heure à l’état ecclésiastique et offert (oblat ?) par ses parents à la cathédrale de Nîmes dont il devient chanoine. On le trouve ensuite archidiacre à Béziers, puis évêque d’Agde.

Archevêque d'Arles[modifier | modifier le code]

À Arles, l'archevêque Raimon de Montredon — comme par la suite ses successeurs — se préoccupe de préciser la nature des relations qui lient l'Église aux fidèles laïcs qui tiennent d'elle — souvent depuis des générations — certains de leurs domaines. Il se montre d'abord soucieux de consolider et de développer le patrimoine de la mense épiscopale, ainsi qu'en témoignent les inventaires successifs de son début d'archiépiscopat[3]. Dès sa prise de fonction, il prend également grand soin de la prestation des serments qu'il estime lui être dus. Il fait modifier leur formulaire en le féodalisant peu à peu. Ainsi, par exemple, en 1142, Peire de Lambesc qui reçoit en fief de l'archevêque Raimon — en contrepartie de l'abandon de ses droits sur Salon — les castra de Vernègues et d'Avallon, doit prêter un serment de fidélité qui l'oblige explicitement à l'hommage, à l'aide (« servicium »), à une albergue de vingt chevaliers et à devoir rendre les deux castra sur simple requête de l'archevêque. Cependant les grands seigneurs comme ceux des Baux ou de Marseille, échappent à ce traitement et bénéficient de la poursuite des relations traditionnelles, plus égalitaires[4]. En ce qui concerne les Baux, compte tenu de la position dominante de cette famille parmi les grands laïcs de la région, Raimon de Montredon comprend en effet rapidement l'intérêt à s'entendre avec ces seigneurs qui disposent en outre d'une certaine influence sur le comte de Saint-Gilles avec lequel le siège d'Arles est en délicatesse à propos des terres d'Argence depuis le début du XIIe siècle[3]. Le à Fourques, Alphonse Jourdain reçoit donc en fief de Raimon de Montredon qui manifesta toujours une neutralité bienveillante vis-à-vis d’Alphonse Jourdain dans le conflit qui opposait les maisons d’Aragon et de Toulouse, l’Argence, un petit territoire entre Beaucaire et Saint-Gilles).

À partir de 1150, il arrive fréquemment qu'on fasse appel à l'archevêque d'Arles — comme au comte de Provence — pour rendre des arbitrages et des médiations dans des conflits qui déchirent — apparemment de manière régulière — la société aristocratique à l'époque. Pour cela, Raimon de Montredon s'est entouré de juristes comme Bernat d'Auriac ou Maître Millon. Ainsi, à la fin de l'année 1156, à la suite d'une reprise des guerres baussenques, l'archevêque négocie, de concert avec le comte Raimond V de Toulouse et la vicomtesse Ermengarde de Narbonne, la soumission d'Hugues des Baux et de ses frères au comte Raimond Bérenger IV de Barcelone et à son neveu Raimond Bérenger II de Provence[5].

Pour des raisons que l’on ignore, la ville d’Arles semble s’être révoltée contre son archevêque vers 1150, à la suite de quoi celui-ci dut concéder une charte de consulat à la ville.

Raimon de Montredon s'efforce également de maintenir de bonnes relations avec les empereurs germaniques, qui sont les suzerains lointains de la ville, initialement avec Conrad III[6], puis avec son successeur Frédéric Ier Barberousse, dont il obtiendra — à Worms, en juin 1152 (ou 1153 ?) — la confirmation des privilèges de l’Église d’Arles.

Épitaphe de Raimond de Montredon.

Le , il organise la translation des reliques de saint Trophime, des Alyscamps à la basilique Saint-Étienne (appelée de nos jours Saint-Trophime).

L'archevêque Raymond de Montredon assiste au concile de Pavie (5 au 11 février 1160) convoqué par l'empereur Frédéric où l'élection de l'anti-Pape Victor II (?) (en principe IV) fut approuvée et Alexandre III excommunié avec tous ses partisans. Il meurt au retour de ce concile le (ou le 16 mai[7]). Sa tombe se trouve aujourd'hui dans la basilique Saint-Trophime d'Arles où l'on voit cette épitaphe incrustée dans le mur nord de la troisième travée[8] :

« Decimo sexto kal. maii, obiit D. Raymundus de Monterotundo, bonae memoriae, Arelat. Archiespiscopus, anno Domini Incarnat, M.C.L.X. orate pro eo. »[7].

À ce jour, il s'agit de la plus ancienne épitaphe conservée dans cette basilique[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fin 1142.
  2. Cf. lettre adressée au pape, en 1148
  3. a et b Florian Mazel - La noblesse et l'Eglise en Provence, fin Xe-début XIVe siècle, page 281
  4. Voir l'article de Florian Mazel, « Seigneurie épiscopale, aristocratie laïque et structures féodo-vassaliques en Provence au XIIe siècle », dans la revue « Rives nord-méditerranéennes », Aspects du pouvoir seigneurial de la Catalogne à l'Italie (IXe siècle – XIVe siècles)
  5. Edwin Smyrl, « La famille des Baux (Xe-XIIe siècles) », Cahiers du Centre d'études des sociétés méditerranéennes, vol. 59, no 2,‎ , p. 41, 61-62, 88-92.
  6. cf. diverses donations
  7. a et b Jean-François Noble de Lalauzière - Abrégé chronologique de l'histoire d'Arles - p. 133
  8. a et b Jacques Thirion - Saint-Trophime d'Arles, p. 363 in « Congrès archéologique de France, 184e session, Pays d'Arles » - Société française d'Archéologie - 1976

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Louis Stouff, Arles au Moyen Âge.
  • Mathieu Anibert, Mémoires historiques et critiques sur l'ancienne République d'Arles.
  • Martin Aurell, Actes de la famille des Porcelet d'Arles - 972/1320.
  • Florian Mazel, La noblesse et l'Église en Provence, fin Xe-début XIVe siècle - (ISBN 2735505030).
  • Jean-François Noble de Lalauzière - Abrégé chronologique de l'histoire d'Arles - Arles, 1808.

Liens internes[modifier | modifier le code]