Piano mécanique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un piano mécanique en action.
Photographie d'un piano reproducteur Steinway équipé d'un système pneumatique Welte.
Phillips piano mécanique (Frankfurt Mainz)

Un piano mécanique est un piano de la famille des instruments de musique mécanique, généralement ancien, qui joue de la musique automatiquement à partir de cartes perforées généralement en papier entoilé ou rouleau cylindrique à picots.

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

À la place du pianiste les touches et les pédales qui fonctionnent toutes seules constituant en elles-même une curiosité, sont actionnées par des systèmes mécaniques, pneumatiques ou encore électriques.

Le clavier de touches est facultatif, permettant éventuellement de jouer en même temps que la mécanique, mais une grande partie des pianos mécaniques en sont dépourvus, fonctionnant à l'instar des orgues limonaires ou autres instruments de musique mécanique de manière totalement autonome.

Le piano mécanique connut son pic de popularité dans la première moitié du XXe siècle, environ au même moment que le gramophone.

Il était fréquent dans plusieurs bars autrefois, typique des saloons américains, où en mettant une pièce, illustré par la chanson "Mets deux tunes dans l'bastringue" sous forme de danse charleston, puis en choisissant l'air à l'analogue des juke-box qui suivirent, celui-ci égrenait les succès du jour et pouvait même comme l'orgue limonaire dans un bal, faire danser les gens.

Sa sonorité pouvait être accordée comme un piano de concert, mais les cordes pouvaient être aussi parfois volontairement plus ou moins légèrement désaccordées entre elles, apportant un aspect champêtre voire folklorique à l'instar du piano bastringue, joué quant à lui par un musicien.

Histoire[modifier | modifier le code]

On ne peut pas attribuer l'invention de cet instrument de musique à une seule personne. En effet, ses nombreux mécanismes ont été inventés sur une longue période, principalement pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Un des premiers exemples fut le Pianista développé par Henri Fourneaux en 1863. Le plus connu fut le Pianola créé par Edwin Scott Votey en 1895 dans son atelier de Détroit pour la compagnie Æolian : cette société américaine disposait de nombreuses filiales à l'étranger et finit par imposer son modèle, le mot pianola devint d'usage courant (lire notamment « Est-ce ainsi que les hommes vivent », poème de Louis Aragon dans Le Roman inachevé).

Les pianos mécaniques étaient quelquefois construits en assemblant des cordes et des boîtes à musique à vent à l'intérieur. Ce genre d'instruments était appelé un « orchestrion » et fut construit dès 1840 environ.

L'une des plus grandes firmes dans ce domaine était la compagnie américano-allemande M. Welte & Sons, fabricante du piano reproducteur Welte-Mignon, et la Wurlitzer-Company, fondée par deux immigrants allemands de Bavière, Welte et Bockisch. Ces énormes machines furent les instruments les plus complexes jamais construits, à l'exception de quelques orgues.

D'autres « piano players » (l'expression fut en vogue) connurent un certain succès en France avant 1914 : le Pleyela, conçu par Gustave Lyon pour la société Pleyel, ou encore le Mélodia (de la Melodia Company), qui est un appareil reproducteur électromécanique pouvant s'adapter à n’importe quel piano. Il existait à Épernay une importante usine située rue Marc Seguin, les établissements J. Herrburger, qui fabriquait le modèle Schwander[1], et employait des centaines d'ouvriers produisant entre 50 et 60 000 unités par an. La maison Bord lança de son côté l'Autobord, un piano pneumatique avec appareil reproducteur dissimulé à l'intérieur. La maison Gaveau produisit le Dea, le Phonola et l'Uniolitz.

Le Monol fut produit par les établissements parisiens Limonaire frères, qui parallèlement furent bien connus aussi pour leurs orgues limonaires[2].

Principes du rouleau de musique perforée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rouleau de piano pneumatique.

Au début du XXe siècle, les étapes de fabrication du rouleau qui est inséré dans l'appareil et permet l'exécution du morceau, sont les suivantes :

  • la transcription et la notation, lors desquelles un pianiste suit une partition et reporte sur une feuille un encodage des notes figurées par des traits d'inégales dimensions qu'il faut ensuite perforer ;
  • la perforation, soit manuelle soit mécanique, sur une suite de cartes qui est ensuite testée avant d'être dupliquée et commercialisée sous la forme d'une longue bande entoilée roulée à l'intérieur d'un étuis, parfois signé par l’interprète original : ce qui était vendu c'était moins le morceau classique, que le jeu d'un maître comme Raoul Pugno, par exemple.

Le fabricant le plus célèbre était la maison Impérial-Entoilé.

Types[modifier | modifier le code]

Les pianos mécaniques les plus courants sont ceux actionnés par un système pneumatique (par l'intermédiaire de pédales actionnées avec le pied ou d'un moteur électrique). Il en existe principalement deux types : le premier, entièrement automatique, reproduit fidèlement l'interprétation que ferait un pianiste de la musique ; l'autre ne dispose pas des nuances d'une exécution en direct.

Depuis la fin du XXe siècle, il existe des pianos équipés d'un dispositif de capteurs et de moteurs électriques sous chaque touche, commandés par un système électronique et une mémoire. Cela permet de jouer un morceau enregistré dans un format numérique, ou d'enregistrer le jeu du pianiste afin de le restituer plus tard.

Organillo en Espagne[modifier | modifier le code]

En Espagne, notamment à Madrid, des pianos mécaniques ambulants à manivelle, étaient souvent transportés sur charrettes à âne. De sonorité assez aigrelette très originale et caractéristique, bien que couvrant une tessiture complète jusqu'aux basses, ils étaient renforcés dans les aiguës, à l'instar de certains orgues limonaires, de petits xylophones mécaniques jouant simultanément[3].

Parmi les disques d'organillos jouant souvent des paso-dobles, valses ou polkas, l'un d'entre eux fut accompagné par le grand orchestre avec violons du Camara de Madrid.

Piano mécanique et piano électronique[modifier | modifier le code]

La principale différence entre le piano mécanique et le piano électronique réside dans la production du son. Le piano mécanique est un piano normal constitué de cordes frappées par des marteaux actionnés par les touches du clavier. Le piano électronique produit le son grâce à un synthétiseur qui traduit l'information à un ensemble de haut-parleurs, les touches du clavier ne sont plus que des interrupteurs déclenchant la lecture de l'échantillon ou la génération électronique de la note à chaque enfoncement.

Les pianos électroniques modernes sont généralement appelés pianos numériques, accouplés à un programme informatique ou circuit électronique et peuvent se comporter comme un piano mécanique, capables de rejouer un morceau préenregistré. Depuis 2004, certains modèles peuvent se connecter à un ordinateur et enregistrer des séquences à faire jouer par l'instrument, comme un piano mécanique.

Dans les galeries commerçantes[modifier | modifier le code]

Beaucoup de ces pianos à queue modernes ont été installés récemment dans des galeries commerçantes, sur un podium tournant, pour sonoriser et en guise de curiosité l'espace commercial, sur des morceaux souvent adaptés aux airs de piano-bar.

Ils peuvent être parfois légèrement amplifiés et avec un discret accompagnement d'orchestre au moyen d'un haut-parleur situé au dessus. Un pianiste peut également jouer sur ceux-ci en alternance.

En 2010, le guitariste Pat Metheny présente en tournée[4] un orchestre mécanique entièrement piloté, via un ordinateur, par sa guitare : deux pianos, un vibraphone, un xylophone, des percussions, une guitare, une guitare basse et quelques autres curiosités sonores. L'ensemble peut restituer un morceau préalablement enregistré, ou une séquence (appelée boucle) sur laquelle le musicien ajoute une nouvelle voix, et par conséquent être commandé en direct, instrument par instrument.

Intérêt historique[modifier | modifier le code]

Rex Lawson jouant le sacre du printemps en 2013 au C.R.R. de Reims.

Apparu avant le disque 78 tours, le piano mécanique nous permet d'avoir une idée de l'interprétation de grands pianistes classiques comme Debussy ou Rachmaninov.

Beaucoup de ragtimes comme ceux de Scott Joplin, joués au départ par lui-même, ont pu être restitués ainsi, avant le perfectionnement du disque et des phonographes, gramophones puis pick-up. Ceux-ci ont d'ailleurs été eux-mêmes réenregistrés ensuite sur microsillons puis CD.

Des enregistrements-témoins ont même été effectués selon le procédé AMPICO (AMerican PIano COmpany) (en). Ce sont les mouvements des touches et des pédales qui ont été enregistrés à mesure que le pianiste jouait. Cela a permis une sorte de « résurrection du jeu » de prestigieux pianistes comme Rachmaninov, Busoni, Paderewski ou Dumesnil, qui ont enregistré avec ce système au début du XXe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les établissements J. Herrburger remonte à 1844, fondés par Jean Schwander à Paris, puis reprise par son beau-fils Joseph Herrburger en 1900 et fusionnés en 1922 avec le britannique Brooks of London, l'association devenant leader sur le marché mondial dans les années 1920-1930 : filiale d'Harmony Pianos (Hong Kong), « Herrburger, Brooks Ltd » disparaît en 1998, elle fut à cette date la plus ancienne société en activité produisant des pianos mécaniques (cf. « Herrburger, Brooks », dans British Industrial History, en ligne).
  2. « La vogue des pianos automatiques » par P. de Fontenelles, dans Je sais tout, 15 mars 1914, dossier p. 409-422, en ligne sur Gallica.
  3. https://books.google.fr/books?id=PDFruGdoDikC&pg=PT121&lpg=PT121&dq=piano+m%C3%A9canique+organillo&source=bl&ots=uQbMT4JU2v&sig=lXPy6YzsKdHShtTlp25P2z1Ii1U&hl=fr&sa=X&ved=0CEQQ6AEwCGoVChMI4dXbg_nGxwIVp6tyCh3VcA7d#v=onepage&q=piano%20m%C3%A9canique%20organillo&f=false
  4. Orchestrion Tour : tournée mondiale inaugurée à Coutances. Un disque "Orchestrion" est sorti en janvier 2010.[1]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Mange, Le Piano reproducteur Welte-Mignon: son histoire, sa conception, son répertoire. Strasbourg, 1982
  • Peter Hagmann, Das Welte-Mignon-Klavier, die Welte-Philharmonie-Orgel und die Anfänge der Reproduktion von Musik. Bâle, 1982. Online