Raoul Pugno

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Raoul Pugno
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Le pianiste français Raoul Pugno
Nom de naissance Stéphane Raoul Pugno
Naissance
Montrouge, Drapeau de la France République française
Décès (à 61 ans)
Moscou, Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Activité principale Compositeur, pianiste
Activités annexes organiste, chef de chœur
Collaborations Nadia Boulanger
Formation École Niedermeyer de Paris
Conservatoire de Paris
Maîtres Georges Mathias, Ambroise Thomas
Enseignement Conservatoire de Paris

Raoul Pugno, né le à Montrouge, et mort à Moscou le est un compositeur et pianiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il était né de parents modeste. Sa mère (lorraine) et son père (italien) n'étaient ni des créateurs, ni des virtuoses. Mais son père était fou de musique : il en vendait dans un tout petit magasin de la rue Monsieur-le-Prince où se rencontraient les étudiants mélomanes. On y parlait de tout ce qui touchait à l'art lyrique, avec la passion de la jeunesse, celui-ci se mettant au piano, celui-là prenant un violon, tous vibrant à l'unisson, un unisson musical ! C'était dans cette atmosphère que le petit Raoul Pugno est né, respirant l'amour d'un art qui devait être un jour le sien. Ayant pressenti sa nature et caressant l'ambition qu'il devînt un grand musicien, son père le fit travailler de très bonne heure : à 6 ans, il était un enfant prodige et jouait en public, pour la 1ère fois, dans un concert de bienfaisance donné à l'Hôtel de Ville. C'est une artiste de valeur, Mlle Joséphine Martin, qui lui avait enseigné les premiers principes[1].

Sur la recommandation de Poniatowski, Raoul Pugno obtint une bourse à l'École Niedermeyer de Paris[2]. Le 25 janvier 1866, par l'entremise d'Ambroise Thomas (qui l'avait un soir, par hasard, entendu exécuter un concerto de Hummel), il entrait au Conservatoire dans les classes de piano et de solfège (Mathias et Durand comme professeurs). Il obtenait, cette même année, un 1er prix de piano à l'unanimité, et une 2ème médaille de solfège. Puis en 1867, 1ère médaille de solfège et 1er prix d'harmonie (Classe de Bazin). En 1869, 1er prix d'orgue (Classe de Benoit) et 2nd prix de contrepoint et de fugue (classe d'Ambroise Thomas). A cette date, il n'avait pas encore obtenu sa naturalisation (fils d'italien), ce qui l'empêcha de concourir pour le prix de Rome.

D'orientation révolutionnaire, il est nommé, à 18 ans, membre de la Commission d'aide à l'art musical et aux artistes, le 12 mai 1871, par la Commune de Paris. Deux de ses pièces sont proposées pour être jouées à l'Opéra le 22 mai 1871.

Élève de Georges Mathias et d'Ambroise Thomas, puis enseignant au Conservatoire à son tour (harmonie, piano), il prend Nadia Boulanger sous son aile, jouant notamment sous sa direction sa Fantaisie variée pour piano et orchestre, et composant avec elle un certain nombre d’œuvres en collaboration dont, en 1909, le cycle de mélodies des Heures claires. Ils conçoivent ensemble l'opéra La Ville morte, sur un livret de Gabriele D'Annunzio, qui sera représenté à l'Opéra comique en 1915, un an après sa mort. Les agendas de Nadia Boulanger révèlent que leur relation dépassait largement celle du maître à l'élève et était en réalité un amour profond entre la jeune femme et celui qui était un ami de longue date de la famille[3].

Raoul Pugno a été organiste à l'Église Saint-Eugène (1872-1892) et chef de chœur au Théâtre Ventadour (1878-1892). Il a enseigné l'harmonie au Conservatoire de Paris (1892-1896), puis a été nommé professeur de piano , poste dont il démissionne le .

Malgré une excellente technique de jeu et doué d'une profonde inspiration, ce n'est qu'à partir de la quarantaine que Pugno se lance sérieusement dans une carrière de concertiste. Il donne des récitals de sonates dans le monde entier (Angleterre en 1894). En 1897, il part en tournée aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Russie...avec le violoniste belge Eugène Ysaÿe, son frère de cœur et d'art, avec qui il interprète notamment les sonates de Beethoven. Il conquiert tous les publics « par le charme de son jeu, dont la légèreté surprenait lorsqu'on voyait ce gros homme barbu, solidement assis sur une chaise, renforcée par des chevilles de cuivre[4] ».

Son dernier concert aura lieu le 15 décembre 1914 à Constanz en Russie, avant que la Première Guerre mondiale n'éclate. Le mal qui devait l'emporter le minait déjà. Le 27 décembre, à Moscou, dans la chambre où il devait mourir, il met pour la dernière fois les mains sur le piano. Il s'éteindra le [2],[5]. Il est enterré à Gargenville où il fut maire de 1904 à 1908.

Le pianiste était aussi un grand amateur d'art, collectionneur éclairé et habitué des salles de l'Hôtel Drouot.

Pugno a édité les œuvres de Chopin et de Robert Schumann pour les éditions Universal à Vienne.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

  • Ninetta, opéra comique (Paris, 23 décembre 1882)
  • Le Sosie, opéra-bouffe (7 octobre 1887)
  • Le Valet de cœur, opérette (18 avril 1888)
  • Le Retour d'Ulysse, opérette (1er février 1889)
  • La vocation de Marius opéra-bouffe (29 mars 1890)
  • La Petite Poucette, opérette (1891)
  • Tai-Tsoung, opéra (1894)

Musique de scène[modifier | modifier le code]

Ballets[modifier | modifier le code]

  • Les Papillons"" (1884)
  • La Danseuse de corde"" (5 février 1892)

Oratorio[modifier | modifier le code]

  • La Résurrection de Lazare, oratorio joué en 1879 au Concert Pasdeloup

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Piano Revue n°2 - Février 1914, Monvoisin et Cie, Editeurs, 136 Rue Amelot à Paris (11ème),
  2. a et b Marc Honegger, Dictionnaire de la musique : Tome 2, Les Hommes et leurs œuvres. L-Z, Bordas, , 1232 p. (ISBN 2-04-010726-6), p. 886
  3. Nadia Boulanger, Agenda 1914, inédit, Bibliothèque nationale de France, Département de la Musique, Rés Vmf ms 152, cité dans Alexandra Laederich, Rémy Stricker, « Les trois vies de Nadia Boulanger. Extraits inédits de la valise protégée », Revue de la BNF, 2014/1, n° 46, p. 77-78, disponible en ligne sur http://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2014-1-page-77.htm.
  4. Le Miroir, loc. cit.
  5. Nadia Boulanger laisse entendre que Raoul Pugno est mort le 2 janvier 1914 (Nadia Boulanger, Agenda 1914 [janvier], inédit, Bibliothèque nationale de France, Département de la Musique, Rés Vmf ms 152 [1], cité dans Alexandra Laederich, Rémy Stricker, « Les trois vies de Nadia Boulanger. Extraits inédits de la valise protégée », Revue de la BNF, 2014/1, n° 46, p. 78, disponible en ligne sur http://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2014-1-page-77.htm.).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Caroline Potter, « Nadia Boulanger's and Raoul Pugno's La ville morte », The Opera Quarterly, 2000, n° 16 (3), p. 397-406
  • Joël-Marie Fauquet (direction) (préf. Joël-Marie Fauquet), Dictionnaire de la Musique en France au XIXe siècle, Paris, Fayard, , 1 405 p. (ISBN 2-213-59316-7), p. 1 022
  • Theodore Baker et Nicolas Slonimsky (trad. Marie-Stella Pâris, préf. Nicolas Slonimsky), Dictionnaire biographique des musiciens [« Baker's Biographical Dictionary of Musicians »], t. 3 : P-Z, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (réimpr. 1905, 1919, 1940, 1958, 1978), 8e éd. (1re éd. 1900), 4 728 p. (ISBN 2-221-07778-4), p. 3 308
  • (fr) Eugène Rapin, Histoire du piano et des pianistes, Georges Bridel, Lausanne ; A. Bertout, Paris, 1904, p. 471
  • (fr) « La France a perdu un grand pianiste », Le Miroir, 18 janvier 1914 (nécrologie)

Liens externes[modifier | modifier le code]