Philippe Mongin

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Philippe Mongin
Naissance (68 ans)
Nationalité française
Domaines Economiste et philosophe
Institutions HEC, CNRS
Diplôme ENS (Ulm)

Économiste et philosophe de l'économie, Philippe Mongin est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et ancien professeur à l'école des Hautes études commerciales (HEC). De 2006 à 2012, il a été membre du Conseil d'analyse économique auprès Premier Ministre français[1].

Philippe Mongin est l'auteur de plusieurs monographies, d'une dizaine de recueils, et de plus d'une centaine d'articles, parus dans des revues françaises ou internationales d'économie, de philosophie et de sciences sociales.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1969, il entre en l'École normale supérieure où il fait des études de lettres et surtout de philosophie, dont il est agrégé en 1973. En parallèle, il est élève à l'Institut d'études politiques de Paris, dont il est diplômé en 1971. Il prépare ensuite une thèse de troisième cycle sous la direction de Raymond Aron[2]. Soutenue en 1978, celle-ci constitue le premier travail de recherche français portant sur les manuscrits préparatoires au Capital que Karl Marx composa en 1857-1858 et qui sont connus sous la dénomination allemande de Grundrisse (Ébauches)[3]. D'après les conclusions de Philippe Mongin, le projet fondamental de Marx, en matière de critique de l'économie politique, se comprend mieux à la lecture de ce brouillon génial qu'à celle des quatre livres publiés du Capital, qui n'en présentent qu'une réalisation imparfaite et d'ailleurs en partie apocryphe.

Influencé par un séjour d'études à l'Université de Cambridge entre 1975 et 1978, Philippe Mongin se tourne vers les formes contemporaines et mathématisées de théorie macroéconomique, puis microéconomique, auxquelles il consacre alternativement des recherches techniques, le plus souvent formalisées, et des études réflexives qui touchent tantôt à la philosophie des sciences, tantôt à la philosophie morale et politique. Dans les années 1980, il participe aux efforts collectifs suscités par Herbert Simon pour développer des concepts de rationalité limitée en rupture avec celui de rationalité optimisatrice qui domine l'économie néo-classique[4]. À partir des années 1990, il participe au mouvement international qui, sous l'influence d'Amartya Sen, vise à redéfinir les bases de l'économie normative en dépassant les limites étroites de l'économie du bien-être néo-classique. La contribution personnelle de Philippe Mongin dans ce domaine consiste surtout à étendre la théorie des préférences collectives au cas de l'incertitude probabilisable. En suivant cette voie, il démontre un théorème d'impossibilité qui est aujourd'hui souvent repris dans la littérature spécialisée[5]. D'autres de ses résultats rejoignent une forme généralisée d'utilitarisme [6]. En s'appuyant sur certaines idées de l'économiste et philosophe John Harsanyi, il tente de préciser et de défendre cette doctrine en tenant compte de certaines objections qu'elle suscite anciennement, ainsi que des critiques récentes de Sen et de ses successeurs.

Ce programme de recherche en économie normative prend son essor à l'Université Catholique de Louvain, où Philippe Mongin est Professeur-invité entre 1991 et 1996, et où il collabore avec d'autres théoriciens normatifs, comme Claude d'Aspremont. Dans la même période, Philippe Mongin participe à un programme collectif de modélisation logique de la connaissance interactive, qui, en accord avec les recommandations de Robert Aumann, vise à développer une forme de logique pour la théorie des jeux. Embryonnaire dans les années 1990, ce programme s'est beaucoup développé par la suite, notamment sous l'intitulé répandu aujourd'hui de théorie des jeux épistémique (epistemic game theory. L'ouvrage collectif de M. Bacharach, L.A. Gérard-Varet, P. Mongin et H. Shin, Epistemic Logic and the Theory of Games and Decisions, Kluwer, 1997, synthétise les résultats obtenus alors.

Au début des années 2000, abandonnant l'économie normative stricto sensu, Philippe Mongin se penche sur la formation du jugement collectif pris dans un sens large, susceptible de couvrir aussi les applications politiques et judiciaires. C'est précisément le sens que retient la théorie nouvelle de l'agrégation des jugements (judgment aggregation theory), dont il devient un spécialiste actif[7],[8]. Par ailleurs, sans renier l'influence de la philosophie anglo-saxonne et de ses méthodes analytiques, il revient à des questionnements philosophiques larges; ainsi lorsqu'il s'interroge sur le rôle des jugements de valeur[9] et celui du principe de rationalité en sciences sociales[10],. Une de ses recherches récentes porte sur l'application de la théorie des jeux et de la théorie de la décision à l'histoire ; il rejoint par là le courant américain du récit analytique (Analytic narrative) [11],[12].

Politique économique et prises de position[modifier | modifier le code]

Pour le Conseil d'analyse économique, Philippe Mongin a travaillé sur le projet de revenu de solidarité active (RSA)[13],[14]. En outre, avec Céline Grislain-Letrémy et Reza Lahidji, il a été responsable du rapport Les grands risques et l'action publique qui a clos la série de 105 rapports inaugurée avec la création du Conseil d'analyse économique en 1997. Les auteurs ont été auditionnés à plusieurs reprises pour présenter leurs conclusions, notamment lorsque l'Assemblée Nationale a créé la commission d'enquête Coût de la filière nucléaire et durée d'exploitation des réacteurs, dont le rapporteur était Denis Baupin. Toujours dans le cadre du Conseil d'analyse économique, Philippe Mongin a commenté les rapports Performance, incitations et gestion publique, Valoriser le patrimoine culturel de la France et La protection du consommateur : rationalité limitée et régulation.

Dans la presse ou les revues à grande diffusion, Philippe Mongin est intervenu au début des années 2000 dans les controverses qui ont resurgi sur l'emploi des mathématiques dans l'enseignement économique[15] et dans celles qui ont porté sur le principe de précaution au moment où se posait la question de sa valeur constitutionnelle[16],[17].

Il a aussi pris parti, contre la gauche en 2006, en faveur du Contrat nouvelles embauches du Premier Ministre Dominique de Villepin, en le rapprochant de la flexisécurité[18], et contre certaines attaques de la droite en 2010, en faveur du RSA et son instigateur, Martin Hirsch[19].

Lors de l'élection présidentielle française de 2012, il a signé avec 18 autres économistes un appel pour voter Nicolas Sarkozy au second tour[20].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Anciens membres », sur Conseil d'analyse économique (consulté le 19 janvier 2013)
  2. Curriculum Vitæ
  3. Sur les Grundrisse, voir en:Grundrisse
  4. Philippe Mongin, « Simon, Stigler et les théories de la rationalité limitée », Social Science Information/Information sur les sciences sociales, no 25,‎ (lire en ligne)
  5. Philippe Mongin, « Consistent Bayesian Aggregation », Journal of Economic Theory, vol. 66,‎ (lire en ligne)
  6. Philippe Mongin et Claude d'Aspremont, « Utility Theory and Ethics », dans Handbook of Utility Theory, Kluwer, (lire en ligne)
  7. Philippe Mongin, « Factoring out the impossibility of logical aggregation », Journal of Economic Theory, no 141,‎
  8. Philippe Mongin et F. Dietrich, « Un bilan interprétatif de la théorie de l'agrégation logique », Revue d'économie politique, vol. 120,‎ (lire en ligne)
  9. Philippe Mongin, « Value Judgments and Value Neutrality in Economics », Economica,‎ (lire en ligne)
  10. Philippe Mongin, « Le principe de rationalité et l'unité des sciences sociales », Revue économique, vol. 53,‎
  11. Philippe Mongin, « Retour à Waterloo : Histoire militaire et théorie des jeux », Annales. Histoire, sciences sociales, vol. 63,‎ (lire en ligne)
  12. Philippe Mongin, « What Are Analytic Narratives? », HEC Paris Research Paper No. ECO/SCD-2016-1155,‎ (lire en ligne)
  13. Philippe Mongin, « Sur le revenu de solidarité active », Revue d'économie politique, vol. 118, no 4,‎ (lire en ligne)
  14. Faut-il attribuer le RSA à 18 ans ?
  15. [1]
  16. [2]
  17. [3]
  18. [4]
  19. [5]
  20. Bernard Belloc et al., « Économistes, sans parti pris idéologique, nous soutenons Sarkozy », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]