Philippe Even

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Philippe Even
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Philippe Even, né en 1932 à Paris, est médecin pneumologue français.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Philippe Even commence ses études de médecine en 1952 et devient professeur en 1966. Spécialisé dans les maladies respiratoires, il rejoint le Cercle d’études cliniques et biologiques de Jean Hamburger et Jean Bernard avant d'être nommé chef du service de réanimation de l'hôpital Laennec.

Devenu doyen de l'hôpital Necker-Enfants malades entre 1988 et 2000, il défend la recherche fondamentale. Il est réputé pour son franc-parler et ses prises de position à contre-courant, notamment à l'égard de l'industrie pharmaceutique et des pouvoirs publics.

Professeur émérite à l'université Paris-Descartes, Philippe Even a participé à des commissions scientifiques de l’Inserm et du ministère de la Santé. Il a aussi été représentant de la France à Bruxelles et chargé de missions scientifiques aux États-Unis[réf. nécessaire].

Il préside l’Institut Necker (association loi 1901 à ne pas confondre avec l'Institut Necker enfants malades, institut de recherche dépendant de l'université Paris-Descartes) jusqu'en 2015, date à laquelle il démissionne de la présidence pour mettre fin à une accusation de conflit d'intérêt[1].

Le 18 mars 2014, le Conseil de l'Ordre des médecins condamne Philippe Even et Bernard Debré à « un an d'interdiction d'exercice de la médecine dont 6 mois avec sursis », une condamnation visant leur crédibilité et non leur faculté de traiter des patients, puisque les deux médecins sont alors retraités. Cette condamnation, consécutive à la publication de leur "Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", suscite des réactions contrastées au sein de la profession médicale. Suite à l'appel d'Even et Debré, cette sanction est réduite « à un simple «blâme» pour avoir traité les allergologues de «gourous» ou de «marchands d'illusion» »[2].

Se déclarant « scandalisés » par la condamnation initiale, une vingtaine de médecins, dont Irène Frachon et plusieurs membres de l'Académie des sciences, publient en 2014 une lettre de soutien à Philippe Even, dans laquelle ils regrettent « une sanction portant atteinte à la liberté d’expression, sous le couvert d’une confraternité trop souvent caution de la loi du silence. » ; ils témoignent de leur « confiance en son intégrité, son désintéressement, la qualité et le courage de ses analyses », et de leur admiration pour « la ténacité avec laquelle il mène depuis des années son combat de lanceur d’alerte, en ouvrant de nombreux et indispensables débats, sur des bases scientifiques et non sur des arguments d’autorité »[3].

Le journal Le Parisien indique fin 2016 que « Les rédacteurs de la revue de référence « Prescrire » le soutiennent. « On a plutôt une bonne opinion de lui. C'est quelqu'un de convaincu, de sérieux. » » et que le Formindep « partage l'essentiel de ses constats, notamment ses critiques sur la politique de santé en France, avec une mainmise des laboratoires »[4].

Philippe Even a démissionné du Conseil de l'Ordre des médecins, son nom ayant été à sa demande supprimé du tableau de l'Ordre le 27 septembre 2015. Le il est néanmoins radié de l'Ordre des médecins, n'ayant pas fait appel de cette sanction annoncée le 16 décembre 2016, qu'il a déclaré considérer comme une « décoration »[2].

Le scandale de la ciclosporine[modifier | modifier le code]

En octobre 1985, trois médecins de l’hôpital Laennec, à Paris, les professeurs Philippe Even, pneumologue, Jean-Marie Andrieu, cancérologue, et le docteur Alain Venet, immunologiste, expérimentent la ciclosporine, un médicament diminuant les défenses immunitaires, sur deux patients atteints du sida puis donnent le 29 octobre une conférence de presse annonçant qu'ils ont trouvé un traitement du sida[5].

Hélas, les deux patients traités meurent, ainsi qu'un troisième traité à Grenoble. Le coup sera dur pour l'image de la recherche médicale française, celle de la Ministre de la santé Georgina Dufoix et celle de l'auteur. Dans un contexte de compétition internationale pour découvrir un traitement du sida, cet essai a été conduit sans respecter les règles qui encadrent ces expérimentations. En particulier le consentement éclairé des patients n’a pas été recueilli, pas plus que la Commission nationale d’éthique n’a été consultée pour approuver le protocole de cet essai. Enfin, une dernière zone d’ombre subsiste dans ce dossier, à savoir la manière dont les médecins se sont procuré la ciclosporine utilisée dans cet essai. À cette époque la délivrance de cet immunosuppresseur utilisé pour des greffes était soumise à des règles extrêmement strictes en France[6],[7].

Le tabagisme passif[modifier | modifier le code]

Le professeur Even a manifesté à de nombreuses reprises son incrédulité par rapport aux effets néfastes du tabagisme passif : « Soit la nocivité est inexistante, soit elle est extrêmement faible ». « Question : Les associations antitabac évoquent pourtant de 3 000 à 6 000 morts par an en France… Réponse : Je serais curieux de connaître leurs sources ». « Question : De nombreux spécialistes affirment que le tabagisme passif est aussi responsable de maladies cardio-vasculaires et autres crises d'asthme. Pas vous ? Réponse : Ils ne s'appuient sur aucune donnée scientifique solide »[8]. « On a créé de toutes pièces une peur qui ne repose sur rien »[9]. Il estime ainsi que les campagnes anti-tabac « se fondent trop souvent sur des mensonges comme le danger du tabagisme passif qui est, en fait, inexistant. Les arguments utilisés sont en fait destinés à mobiliser les non-fumeurs pour tenter de culpabiliser les fumeurs et cela en biaisant la réalité »[10]. Il réaffirme sa position très minoritaire contre la dangerosité du tabagisme passif dans un article du Parisien daté du 31 mai 2010[11]. « La nocivité du tabagisme passif n'est plus à démontrer » a réagi le ministère de la Santé, après ces propos remettant en question les dangers pour la santé de la fumée des autres.

Cette prise de position polémique a été mise à mal à la suite de la publication dans The Lancet en 2011 d'une vaste analyse rétrospective montrant que le tabagisme passif tue chaque année près de 600 000 personnes dont 28 % d'enfants de moins de 5 ans[12].

Industrie pharmaceutique[modifier | modifier le code]

Philippe Even est le traducteur du livre La vérité sur les compagnies pharmaceutiques : Comment elles nous trompent et comment les contrecarrer de Marcia Angell, ancienne rédactrice en chef du New England Journal of Medicine (Éditions le mieux-être, 2005).

En décembre 2010, il intervient régulièrement dans les médias à propos de l'affaire liée au Mediator[13],[14],[15]. Il est le coauteur, avec Bernard Debré, d'un rapport sur la réforme du système du médicament[16], commandé par la présidence de la République à la suite de l'affaire du Mediator, et remis au ministre de la Santé le 16 mars 2011.

Dans son livre "Corruptions et crédulité en médecine", il déclare également être l'auteur « de deux rapports remis, l'un au président de la République en 2005, et l'autre quelques mois après, au Premier ministre, deux études jugées trop explosives pour être publiées à la Documentation française et qui, au mieux, dorment encore dans un tiroir ». Il précise avoir repris dans son livre "La Recherche biomédicale en danger" (2010) des « évaluations globales de la recherche biomédicale française […] appliquées à des milliers de médecins et de chercheurs biologistes », « dérivées » de ces deux rapports non publiés.

Il dit dans le documentaire Maladies à vendre diffusé sur Arte :

« Faute d'inventer des médicaments nouveaux, réellement nouveaux et puissants, pour les vraies maladies, pour les maladies qui frappent toutes l'humanité — cancer, hypertension, etc. —, pour maintenir ses ventes, l'industrie pharmaceutique a trouvé plus simple d'inventer des maladies qui n'existent pas… et pour lesquelles elle propose des médicaments sans efficacité (mais ça n'a aucune importance puisque les soi-disant malades ne sont pas malades)[17]. »

Pour l'ouvrage controversé de Philippe Even et Bernard Debré, le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux publié en 2012, l'Ordre des médecins leur interdit en 2014 d'exercer la médecine pendant un an, dont six mois avec sursis, motivant sa sanction sur le fait qu'il convient « d'éviter de mettre en cause la compétence et l'honnêteté de médecins, notamment allergologues et cardiologues[18] » et que « par [le] caractère catégorique, voire péremptoire de leurs affirmations, les auteurs ont, au mépris de leurs obligations déontologiques, entendu donner aux ouvrages incriminés un tour spectaculaire non dépourvu de visées commerciales[19]. »

Quelques années plus tôt, Philippe Even avait toutefois pris position en faveur de l'industrie pharmaceutique française, accusant l'État français de l'avoir tué par une politique de prix contraignante[20]. En septembre 2015, la presse révèle que l'Institut Necker qu'il dirige est largement subventionné par l'industrie pharmaceutique[21].

Le rôle du cholestérol dans l'athérosclérose[modifier | modifier le code]

Dans un livre publié le 21 février 2013, Philippe Even affirme que le cholestérol n'a pas la dangerosité que lui attribue généralement la communauté médicale, concernant l’athérosclérose et l'infarctus du myocarde. Il remet en cause le traitement de l'hypercholestérolémie, en particulier par les statines, dont il met en avant les effets secondaires[22]. Cette position est également celle d'un ensemble de chercheurs et médecins qui se sont regroupés en 2002 au sein du THINCS, The International Network of Cholesterol Skeptics (en), qui réfute également l'intérêt des régimes à faible teneur en acides gras saturés. Elle est toutefois contestée par la communauté médicale, qui continue à défendre l'intérêt du traitement par les statines, notamment pour les patients ayant déjà subi un accident cardiaque[23], mais aussi en prévention pour ceux qui présentent un taux de cholestérol anormalement élevé[24].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Les scandales des hôpitaux de Paris et de l'hôpital Pompidou, Le Cherche midi, 2001
  • Avec Bernard Debré, Avertissement aux malades, aux médecins et aux élus, Le Cherche midi, 2002
  • Avec Bernard Debré, Savoirs et pouvoir : pour une nouvelle politique de la recherche et du médicament, Le Cherche midi, 2004
  • La recherche biomédicale en danger, Le Cherche midi, 2010
  • Avec Bernard Debré, Les leçons du Mediator : l'intégralité du rapport sur les médicaments, Le Cherche midi, 2011
  • Avec Bernard Debré, Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, Le Cherche midi, 2012 (ISBN 2749121418)
  • Avec Bernard Debré, La vérité sur le cholestérol, Le Cherche Midi, 2013
  • Corruptions et crédulité en médecine : Stop aux statines et autres dangers, Le Cherche midi, 2015

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Conflits d’intérêts : Pr Even, l’arroseur arrosé », (consulté le 22 décembre 2016).
  2. a et b « « Putains académiques » : le Pr Philippe Even radié de l'Ordre des médecins », leparisien.fr,‎ 2016-12-16cet14:27:08+01:00 (lire en ligne)
  3. Anne Crignon, « EXCLUSIF. Des médecins apportent leur soutien au professeur Even », (consulté le 15 juin 2017).
  4. Marc Payet, «Un tiers des médicaments ne servent à rien», selon Philippe Even, (consulté le 15 juin 2017).
  5. http://www.jp-m.eu/dossiers/dufoix.php
  6. La troublante affaire ciclosporine-sida, Science&Vie no 820 - janvier 1986, page 36
  7. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reso_0751-7971_1999_num_17_95_2157
  8. http://www.leparisien.fr/abo-faitdujour/on-a-cree-une-peur-qui-ne-repose-sur-rien-31-05-2010-943934.php
  9. « Et si le tabagisme passif n'était pas si grave? », Le Parisien, 31 mai 2010.
  10. Interview de Philippe Even par S. Mouchet et J.-F. Picard, CNRS, 11 avril 2001
  11. « Et si le tabagisme passif n’était pas si grave ? » www.leparisien.fr
  12. (en) Oberg M, Jaakkola MS, Woodward A, Peruga A, Prüss-Ustün A, « Worldwide burden of disease from exposure to second-hand smoke: a retrospective analysis of data from 192 countries », The Lancet 2011;377(9760):139-46. DOI:10.1016/S0140-6736(10)61388-8.
  13. AFP Mediator : l'Institut Necker estime que « l'État a failli depuis longtemps » 9 décembre 2010
  14. Pablo René-Worms Philippe Even : « Même pour interdire le cyanure, il faudrait deux ans en France », Le Point, 27 décembre 2010.
  15. Philippe Even, l'indigné de la médecine, Le Monde, 22 janvier 2011
  16. [PDF]Pr B. Debré, Député de Paris, et Pr P. Even, président de l'Institut Necker, Rapport de la mission sur la refonte du système français de contrôle de l'efficacité et de la sécurité des médicaments à Monsieur le Président de la République et Monsieur le Ministre de la Santé
  17. le documentaire sur le site Youtube, de 00:00:00 à 00:00:30
  18. Pauline Fréour, « Guide sur les médicaments : les Pr Even et Debré sanctionnés », sur sante.lefigaro.fr,
  19. Laetitia Clavreul, « Les professeurs Philippe Even et Bernard Debré interdits d'exercer la médecine pendant un an », sur www.lemonde.fr,
  20. « Entretien avec Philippe Even (S. Mouchet et J-F. Picard, 11 avril 2001) », sur www.histrecmed.fr voir en fin d'entretien
  21. Anne-Laure Mercier. Le Pr Philippe Even pris la main dans le sac. Le Pharmacien de France, 2 septembre 2015.
  22. Anne Crignon, « Et si le cholestérol n'était pas dangereux ? », L'Obs,‎ (lire en ligne).
  23. Paul Benkimoun, « Cholestérol : polémique sur l'utilisation des statines », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  24. Société française de cardiologie, « Cholestérol et maladies cardiovasculaires : le point de vue scientifique de la Société française de cardiologie », (consulté le 22 décembre 2016).