Régime Seignalet

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Le régime Seignalet est un régime alimentaire promu par le Dr Jean Seignalet (1936-2003), qui estimait qu'il avait une action préventive ou bénéfique dans un grand nombre de maladies. Il préconise un retour à une nutrition de type ancestral. Son régime repose sur une approche essentiellement qualitative de la diététique, il écarte des aliments qu'il considère potentiellement nocifs pour l'organisme humain : les aliments cuits à haute température et aussi, entre autres, le blé et les produits laitiers, et privilégie les aliments biologiques. Cette méthode nutritionnelle est indifféremment appelée par l'auteur « régime ancestral », « régime hypotoxique » ou « alimentation de type originel ».

Ce régime est inspiré de la diète paléolithique, de l'instinctothérapie[1] et du régime Kousmine. Les mécanismes d’action proposés par l’auteur pour expliquer les pathogénies liées à certains aliments et l'efficacité de leur suppression n'ont pas été établis scientifiquement. En outre, les environnements idéaux pour ce genre d'études sont en voie de disparition à la surface de notre globe (forêts primaires)[2].

Jean Seignalet est décédé d'une pancréatite le 13 juillet 2003. Selon le Pr Henri Joyeux, cela serait lié à sa pratique excessive « [d']un régime trop carné avec des prises d'enzymes inutiles »[3].

Origine[modifier | modifier le code]

Jean Seignalet fut orienté vers la nutrition par ses recherches en immunologie. Il élabora des théories sur les relations entre l'alimentation et l'apparition de diverses pathologies. Dans sa pratique clinique, il a testé ces théories sur ses patients en leur proposant un modèle nutritionnel qu'il qualifie d'hypotoxique. Après 230 publications en langues française et anglaise, dont 78 internationales pour ses travaux sur l'histocompatibilité et un premier livre sur « Le groupage HLA en rhumatologie » (éds Masson, 1985), il publie un second livre destiné au grand public, L'Alimentation ou la troisième médecine[4], qui expose les principes de cette méthode diététique, les mécanismes proposés pour expliquer comment certains aliments pourraient intervenir dans diverses pathologies et les résultats que Seignalet aurait observés sur ses patients par suite du changement nutritionnel. Ces résultats sont classés par pathologies, dont certaines, mal soignées par la médecine classique, seraient mises en rémission par le régime appliqué avec rigueur. L'ouvrage n'a pas la prétention de prouver scientifiquement ces théories, mais d'ouvrir de nouvelles voies de recherches qui permettraient peut-être de les valider et de proposer une nouvelle approche de la santé, axée sur la prévention et susceptible de compléter la médecine classique et la médecine non conventionnelle.

Pathogénie alimentaire selon Seignalet[modifier | modifier le code]

Alimentation moderne inadaptée[modifier | modifier le code]

Pour Seignalet, notre patrimoine génétique de chasseur-cueilleur du paléolithique n'aurait pas eu le temps de s'adapter à l'alimentation moderne. Cette inadaptation serait une des clefs de la compréhension de certaines pathologies.

Le rôle de l'intestin grêle[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de divers facteurs : génétiques (carences enzymatiques, terrain prédisposant, allergies) et environnementaux comme l'alimentation moderne (incluant notamment le gluten, les protéines du lait et les produits de la cuisson à haute température) ou la prise fréquente de substances chimiques comme les antibiotiques, la muqueuse intestinale serait agressée, fragilisée et rendue trop perméable, facilitant ainsi le passage dans la circulation sanguine de macro-molécules bactériennes et alimentaires.

Selon la théorie proposée par Seignalet, dans cet état que l'on caractérise d'hyper-perméabilité intestinale (leaky gut syndrom) (en), le passage de molécules exogènes provoquerait un processus inflammatoire chronique et une réponse immunitaire qui, en fonction du terrain, aboutirait à l'apparition d'une maladie auto-immune, d'une maladie dite d'encrassage ou encore de pathologies dites d'élimination.

Théorie de l'élimination[modifier | modifier le code]

Les résidus alimentaires ou bactériens seraient capturés par le système immunitaire puis dirigés vers des émonctoires naturels, provoquant une inflammation de l'organe cible.

Emonctoire Pathologies associées
Tube digestif Colite, maladie de Crohn, gastrite
Système cutané Acné, eczéma, urticaire, psoriasis
Bronches Bronchite chronique, asthme

Théorie de l'encrassement cellulaire[modifier | modifier le code]

Lorsque les résidus alimentaires dépassent la capacité d'élimination de l'organisme, ils s'accumuleraient dans le milieu extracellulaire, provoquant une fatigue du système immunitaire et certaines molécules, de structures similaires à celles de l'hôte, pénétreraient dans les cellules de tel ou tel organe et en altéreraient le fonctionnement ou en compromettraient la survie à terme.

Catégorie Pathologies liées à l'encrassement
Rhumatologie fibromyalgie, tendinites, arthrose, ostéoporose, goutte
Neuropsychiatrie céphalées, autisme, schizophrénie, dépression nerveuse endogène, maladie d'Alzheimer, maladie de Parkinson, dystonie, sclérose latérale amyotrophique
Maladies métaboliques diabète sucré de type 2, autres troubles : hypoglycémie, spasmophilie, surcharge pondérale et obésité
Autres maladies non malignes athérosclérose, hémopathies diverses, vieillissement, problèmes des sportifs
Autres maladies polyfactorielles cancers

Maladies auto-immunes[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de maladies auto-immunes feraient intervenir l'alimentation et l'hyper-perméabilité de l'intestin grêle dans leur pathogénie, par exemple en induisant des réponses immunitaires croisées contre des bactéries intestinales qui pénètrent dans le sang et contre des cellules de l'organisme, ou contre des cellules de l'organisme contaminées par des polluants (maladies hétéro-immunes).

Catégorie Maladies auto-immunes
Rhumatologie polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, rhumatismes inflammatoires, syndrome de Gougerot-Sjögren, lupus érythémateux disséminé, sclérodermie
Hépatologie hépatite auto-immune, cirrhose biliaire primitive, cholangite sclérosante primitive
Autres maladies auto-immunes et hétéro-immunes maladie de Basedow, sclérose en plaques, maladie cœliaque, dermatite herpétiforme, uvéite antérieure aigüe, syndrome de Guillain-Barré, neuropathies périphériques idiopathiques, granulomatose de Wegener, périartérite noueuse, néphropathie à IgA, maladie de La Peyronie, maladie de Horton, maladie d'Addison auto-immune
Maladies où la diététique a une efficacité douteuse ou nulle thyroïdite de Hashimoto, purpura thrombocytopénique idiopathique, diabète sucré de type 1, pemphigus, maladie de Churg et Strauss, leucémie lymphoïde chronique

Principes du régime alimentaire[modifier | modifier le code]

Avec le régime hypotoxique, Seignalet propose le retour à une alimentation plus proche de ce qu'elle était probablement il y a 5 000 ou 10 000 ans. Il préconise d'écarter les aliments et modes de préparation jugés potentiellement nocifs ou inadaptés à l'organisme de l'être humain.

Suppression des produits laitiers[modifier | modifier le code]

Jugeant le lait inadapté à l'homme adulte, Seignalet préconise une alimentation sans aucun produit laitier : lait pasteurisé, UHT, yaourts, fromages, beurre, ainsi que tous produits dans lesquels entrent les poudres de lait comme ingrédient.

Suppression du gluten et des céréales mutées[modifier | modifier le code]

Seignalet considère que les enzymes et mucines de certains humains ne sont pas adaptées à la structure de certaines protéines du blé et du maïs, a fortiori lorsqu'elles sont transformées par la cuisson. Il préconise l'élimination de toutes les céréales contenant du gluten, ainsi que tous les aliments dérivés : pain, pâtes alimentaires, pizza, gâteau. Sont autorisés par le régime le riz, et d'autres graines susceptibles de remplacer les céréales: le sarrasin, le sésame, la châtaigne et peut-être aussi le quinoa et le millet.

Utilisation d'huiles non raffinées et d'aliments biologiques[modifier | modifier le code]

Pour Seignalet, le mode de fabrication industrielle des huiles alimentaires et des margarines pose problème car les techniques mises en œuvre pour augmenter les rendements d'extraction induisent des modifications nocives. Le chauffage à la vapeur d'eau entre 160 °C et 200 °C, surtout employé vers la moitié du XXe siècle, engendre des acides gras insaturés trans. Les procédés actuels : extraction à froid par des solvants, raffinages, décoloration, désodorisation, éventuellement hydrogénation sont susceptibles de dénaturer le produit et les solvants plus ou moins nocifs tels que l'hexane utilisés pour extraire à froid, ne sont pas complètement éliminés du produit final.

Suivre le régime hypotoxique implique donc l'emploi exclusif d'huiles vierges (extraction mécanique, aucun traitement chimique, aucun raffinage, absence d'insecticides et de pesticides), consommées crues : huile d'olive vierge, huile de colza, huile de noix, huile de noisette… toutes issues d'une pression à froid. Sont proscrites margarines et huiles raffinées.

Il conseille également la consommation régulière de poissons des mers froides pour leur apport en acides gras Oméga-3. En particulier : EPA et DHA, et en général les aliments issus de l'agriculture biologique pour leur qualité nutritionnelle et leur exemption des pesticides chimiques.

Il faut toutefois noter que les homologues supérieurs des deux acides gras essentiels (acide linoléique et acide alpha-linolénique), tels que ceux qui sont fabriqués par les animaux, court-circuitent le système d'équilibrage entre prostaglandines "de paix" (PG E2) et "de guerre" (PG E1) selon l'expression de Catherine Kousmine. Ce délicat équilibre ne peut être assuré qu'à partir des précurseurs végétaux. La forme oméga-3 (première double liaison entre le 3e et 4e atome de carbone en partant de la fin de la chaîne) est présente dans les huiles de noix, soja, colza, germe de blé et lin (référence: Document-Santé no 37 : Connaissez-vous les Acides gras essentiels ?.

Mode de préparation des aliments[modifier | modifier le code]

Il est conseillé de ne pas cuire les aliments à une température supérieure à 110 °C. À cette température, la dénaturation des protéines, glucides, des huiles et des nutriments est limitée. Au-delà, sous l'effet de l'agitation thermique, apparaissent des composés chimiques non présents à l'état naturel, qui ne sont pas nécessairement assimilables par l'organisme, du fait de leur structure spatiale ou de leur complexité (par exemple les molécules de Maillard). Ce qui est agréable à nos sens n'est pas pour autant adapté à nos enzymes.

Il faut donc :

L'absence de cuisson préserve les vitamines, les oméga-3 et la plupart des molécules antioxydantes.

Supplémentation[modifier | modifier le code]

Dans les pathologies inflammatoires chroniques, il existe souvent un terrain de carence en nutriments non énergétiques : vitamines, sels minéraux et oligo-éléments. De plus, les besoins d'un organisme malade sont supérieurs à ceux d'un individu sain. Or l'alimentation moderne est carencée.[réf. nécessaire] Seignalet propose donc dans sa méthode nutritionnelle d'ajouter à des doses physiologiques ces nutriments : vitamines, sels minéraux et oligo-éléments.

La supplémentation fait partie intégrante du régime Seignalet, il est indispensable de la continuer durant toute la période du changement alimentaire.

Seignalet recommande aussi l'utilisation quotidienne de probiotiques, car ces bactéries auraient un rôle intéressant à plusieurs niveaux :

Bénéfices supposés[modifier | modifier le code]

Seignalet a présenté les résultats (succès et échecs) obtenus par le changement nutritionnel chez 2 500 de ses patients. Ces derniers totalisent entre eux plus de 115 maladies. Parmi celles-ci, 91 ont réagi favorablement au régime, dont certaines sont considérées incurables par la médecine classique. Toujours selon l'auteur, les patients soignés par la nutrition ont appliqué strictement le régime hypotoxique et les effets ont été perceptibles au bout d'une durée variable de quelques mois à plusieurs années, lorsque ce régime a été suivi suffisamment tôt.

Seignalet déconseille toutefois d'appliquer ce régime en substitution d'un traitement médical. Il s'agit d'adopter un mode de vie permettant de prévenir la maladie ou d'améliorer la tolérance du patient à des traitements parfois très lourds tels que chimiothérapies ou radiothérapies. Seignalet insiste sur le fait que la diététique ne guérit pas les maladies : au mieux elle induit une rémission, l'abandon du régime étant souvent suivi de rechute.

Controverses[modifier | modifier le code]

Reconnu pour ses travaux en histocompatibilité, Seignalet publia de nombreux articles sur le sujet dans des revues scientifiques reconnues. En revanche, aucune ne publia ses articles en rapport avec la nutrition[5]. D'une part, il ne présenta pas d'études correspondant aux critères qualitatifs voulus (double aveugle, c'est-à-dire randomisé, et avec groupe témoin recevant un placebo), d'autre part ses hypothèses sur les bienfaits du régime hypotoxique ne trouvèrent que peu d'écho dans les milieux scientifiques[réf. nécessaire]. Selon le Professeur J. Frexinos[6], connu en particulier pour son livre Le petit dictionnaire de l'humour médical, le grand nombre de pathologies censées répondre à son régime ne plaida pas en sa faveur.

Des données sur des chasseurs-cueilleurs modernes, qui suivent un régime traditionnel, indiquent qu'ils souffrent peu de certaines maladies modernes (obésité, diabète de type 2, etc.), indépendamment de l'origine principale de leur alimentation (viande animale, plantes sauvages ou domestiques)[7].

Le Conseil national de l'Ordre des médecins émet une mise en garde sur ce point : efficacité thérapeutique non reconnue par la communauté scientifique, risque de retard de la mise en place de thérapeutiques curatives pouvant mettre ainsi en jeu la vie des malades. Le Dr Seignalet avait préfacé un ouvrage sur la nutrition de Guy-Claude Burger et l'avait soutenu lors du procès. Il s'en est toutefois distancé par la suite, précisant dans son ouvrage que le régime préconisé par ce dernier était extrême dans son application au quotidien et amenait généralement, à terme, à s'exclure de la société[8].

Le régime n'a pas le support d'études scientifiques rigoureuses. Cependant il continue d'avoir le soutien d'individus ayant personnellement guéri de leur maladie (dont la biologiste Jacqueline Lagacé[9]). Récemment la vogue du régime « chasseur-cueilleur » ou « paléo » aux États-Unis a renouvelé l'intérêt pour les théories du Dr Seignalet, et quelques études ont été menées dont les résultats peuvent sembler intéressants[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Seignalet, L'Alimentation ou la 3e médecine (édition obsolète), ISBN 286839-702-6. « Au total, la théorie de Burger me semble inébranlable » […] « L'instinctothérapie est une méthode très performante pour améliorer ou guérir de nombreux maux. » (p. 90). « Le régime que je propose est certainement moins parfait que celui de Burger ». (p. 103)
  2. L'échantillonnage utilisé ne suffit pas pour une approche statistique fiable qui comprendrait une étude sur un grand nombre de patients avec méthode en double aveugle et des taux chiffrés de résultats positifs et négatifs, et avec un suivi contrôlé.
  3. Professeur Henri Joyeux, Préface de L'Alimentation ou la 3e médecine, 5e édition refondue et augmentée, ISBN 978-2-268-07400-9. « […] il en était arrivé pour lui-même à l'excès inverse, combinant un régime trop carné avec des prises d'enzymes inutiles. […] » (p. II)
  4. Seignalet, L'Alimentation ou la 3e médecine, 5e édition refondue et augmentée, ISBN 286839-887-1.
  5. d'après le Dr Seignalet
  6. Point de vue du Pr J. Frexinos
  7. (en) Milton K. Hunter-gatherer diets-a different perspective., American Journal of Clinical Nutrition, mars 2000, n 71-3, p. 665-667
  8. site ministériel : Miviludes Lois, règlements/rubrique Santé, Ligue contre le cancer, Pr Frexinos, 20 ouvrages scientifiques (en anglais) d'étude sur nutrition et pathologies organiques.
  9. Vaincre la douleur par l'alimentation
  10. 5 Studies on The Paleo Diet – Does it Actually Work?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’alimentation ou la troisième médecine, 5e édition, Dr Jean Seignalet, éd. François-Xavier de Guibert, ISBN 2868398871,
  • La troisième cuisine, Colette Lesur, Édition Écologie Humaine-FX de Guibert. ISBN 286839-979-7
  • L'alimentation crue, 400 recettes, du Dr Pauthe et du cuisinier Ozanne, préfacé par le Dr Seignalet, ISBN 286839-541-4
  • Sans Gluten, Naturellement, Valérie Cupillard, un livre préfacé par le Docteur Seignalet. ISBN 2842210859
  • Vos desserts préférés sans lait ni gluten, Alice et Laure Laffont, Jean Pommier, Annie et Philippe Rapaport, Ed. La Plage, ISBN 9782842211714.
  • Sans gluten ni laitage, Marie Delmas, Édition le Mercure Dauphinois, ISBN 2-913826-44-X
  • Et si c'était le gluten?, Philippe Barraqué, Éditions Jouvence. ISBN 2883534586
  • La Nutrition préhistorique, Dr Gilles Delluc avec la coll. de Dr B. Delluc et Dr M. Roques, 1995, Ed. Pilote 24, Périgueux, 224 p., ill. et tabl. Préface du Pr H. de Lumley. Étude scientifique par des médecins et préhistoriens. ISBN 2-9501983-8-4
  • Le Régime préhistorique, Thierry Souccar. Éditions Indigène. ISBN 2911939581
  • Soyons moins lait, Dr Nicolas Le Berre et Hervé Queinnec. Éditions Terre vivante, 38710 MENS. ISBN 2-904082-83-2
  • Lait, mensonges et propagande, Thierry Souccar - Éditeur : Thierry Souccar Éditions (8 mars 2007). ISBN 2916878025
  • Rhumatismes. Et si votre alimentation était coupable ?, Dr Jean-Pierre Poinsignon. Éditeur FX de Guibert ISBN 978-2-7554-0359-6

Articles connexes[modifier | modifier le code]