Création monétaire

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La création monétaire est le processus par lequel la masse monétaire d’une zone économique (comme la zone euro) est augmentée.

Par le passé, les gouvernements et les banques centrales avaient de facto le monopole de création monétaire, via l'émission de pièces (monnaies métalliques). Ce système permettait dans une certaine mesure aux États de se financer, grâce aux revenus de seigneuriage.

Avec l'apparition des banques centrales et le développement des billets et des bons du trésor, la création monétaire est devenue fiduciaire, c'est-à-dire décorrélée d'une garantie liée aux métaux précieux. Pendant un temps, la création monétaire des banques centrales pouvait couramment financer les gouvernements, via le rachat de leurs bons du trésor ou la création de lignes de crédits. Ce processus s'appelle le financement monétaire, ou plus péjorativement décrit par l'expression "faire fonctionner la planche à billets"[1]. Néanmoins, cette pratique est désormais très limitée, voir même strictement interdite dans certaines zone monétaires telles que la zone euro (Article 123 du Traité de Lisbonne).

Dans l'économie moderne ou la monnaie est essentiellement scripturale (électronique), la création monétaire est aujourd'hui largement conduite par les banques privées, par l'émission de crédits. En effet, lorsqu'un crédit est accordé, la banque crée la monnaie nécessaire à ce crédit par un simple jeu d'écriture dans un livre comptable[2],[3]. Ce système est parfois appelé le système de réserves fractionnaires.

Cette création monétaire est néanmoins contrôlée et limitée par la politique monétaire des banques centrales, via la fixation des taux directeurs, les taux de réserves obligatoire ou encore les ratios fixés par le comité de Bâle. Les banques centrales peuvent également créer de la monnaie dans le cadre des opérations dites d'open market. On parle alors de "monnaie centrale" ou de réserves.

Si la création monétaire par les banques commerciales est prépondérante, il existe d'autres types de création monétaires de moindre importance. Par exemple, lorsqu'une entreprise reçoit un virement de l'étranger en devise étrangère, la banque qui tient son compte va créditer ce compte en euro par création monétaire, et va acquérir une créance sur le pays étranger en question[3].

Création monétaire par la banque centrale[modifier | modifier le code]

Les banques centrales ont le pouvoir de créer deux types de monnaies: la monnaie fiduciaire (pièces et billets) ainsi que les réserves (aussi appelées monnaie centrale ou monnaie de base).

Pièces et billets[modifier | modifier le code]

Les monnaies ayant une valeur propre égale à leur valeur faciale (comme les pièces de métal précieux) ayant quasiment disparu, il ne reste aujourd'hui que des monnaies fiduciaires, telles que les pièces et les billets.

D'un point de vue comptable, les billets émis par la banque centrale ne sont rien d'autre qu'une reconnaissance de dette au porteur, inscrits à son passif quand elle les met en circulation[4]. Chaque billet valant par définition son montant nominal, la banque centrale peut émettre autant de billets qu'elle veut sans déséquilibrer son bilan.

Chaque pièce ou billet matérialise ainsi une promesse de pouvoir disposer du bien que la monnaie représente. L'émission n'est plus contrainte par un élément physique (ce qui est le cas pour les devises modernes depuis l'abandon de l'étalon de change or).

Aujourd'hui, la création de pièces et de billets par la banque centrale est essentiellement effectué en fonction de la demande par le secteur bancaire, et en échange de monnaie centrale. L'effet de la création de pièces et de billets sur la masse monétaire globale est donc relativement limité, voire nul[5].

Financement monétaire public[modifier | modifier le code]

Le financement monétaire consiste pour une banque centrale à financer directement le budget du gouvernement central. Ce processus est parfois appelé la « Planche à billets ». Elle fait référence aux processus de production de monnaie physique, mais en pratique il s'agit aujourd'hui plus d'écriture comptable. L'expression est souvent employée avec une connotation péjorative.

La planche à billets : caricature visant la politique inflationniste de l'administration Lincoln pour soutenir les dépenses de guerre après la défaite des Nordistes à Bull Run.

La capacité des États et des banques centrales à créer massivement de la monnaie ex nihilo est un outil économique puissant, qui peut contribuer à stimuler l'économie, mais peut également la déstabiliser durablement.

Les États ont fréquemment abusé de la création monétaire, par exemple pour financer des guerres coûteuses, avec souvent des conséquences graves sur l'économie[6] notamment des crises hyperinflationnistes.

La crainte de ces abus a conduit la plupart des États à interdire le financement monétaire public : cette disposition est par exemple inscrite dans la Constitution allemande[7] ou les traités de l'Union européenne (article 101 du traité CE repris par l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne (TFUE) issu de la signature du Traité de Lisbonne en 2007). Les déficits publics doivent donc être financés par emprunts – très majoritairement obligataires – auprès d'organismes privés, aux taux d'intérêt proposés par le marché.

La « planche à billets » n'a pas pour autant disparu. Si certains courants radicaux (libertarianisme, partisans de l'étalon or…) souhaiteraient interdire ou drastiquement limiter la création de monnaie, ou la confier à des acteurs non politiques, la plupart des économistes s'accordent à considérer qu'une création de monnaie contrôlée, accompagnée d'une inflation raisonnable, font partie du fonctionnement normal d'une économie[8].

Certains économistes notamment keynésiens considèrent que la relance monétaire (création massive de monnaie pour relancer l'économie) peut être un moyen de répondre aux dépressions économiques graves et que le risque d'inflation est soit surévalué, soit un moindre mal[9],[10].

Opérations d'open market[modifier | modifier le code]

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Raison : Le quantitative easing a été massivement utilisé ailleurs qu'aux États-Unis.

En pratique, les politiques de relance monétaire des banques centrales aujourd'hui s'effectuent de façon indirecte. Les banques centrales ont notamment recourt aux opération d'open market par lesquelles elles créent des réserves (monnaie centrale) non pas pour financer les gouvernements, mais pour se substituer au refinancement des banques privées sur le marché interbancaire, ou par le rachat massif d'actifs financiers (quantitative easing). Ces pratiques ne constituent pas du financement monétaire public puisqu'elles ont pour objectif de relancer la création monétaire par le crédit bancaire, et non l'augmentation du déficit de l'État.

Dans le but d'éviter une aggravation de la crise des subprimes de 2007-2008, les banques centrales ont massivement recouru à ces pratiques, notamment aux États-Unis[11]. En Europe, pour faire face à la crise de l'endettement de certains pays de l'Union monétaire européenne, la Banque centrale européenne (BCE) a elle-même dérogé à cette interdiction par décision du 10 mai 2010. Dans ces circonstances, afin de justifier ces dérogations, le terme « méthode non conventionnelle » a été utilisé.

Création monétaire par les banques privées[modifier | modifier le code]

Dans le système monétaire actuel, la monnaie est essentiellement scripturale (environ 90 %) : elle est créée par les banques par un jeu d'écritures, sur simple demande, et dans certaines limites, en échange d'une promesse de remboursement (émission d'un crédit bancaire). Il y a ainsi création monétaire lors de l'octroi d'un crédit, et destruction monétaire lors du remboursement de ce crédit. En zone euro par exemple, 93 %[12]de la masse monétaire est créée par l'émission de crédits ouverts par les banques commerciales.

La Banque d'Angleterre décrit ainsi ce phénomène[13] :

"À chaque fois qu'une banque fait un prêt, elle crée simultanément un dépôt sur le compte en banque de l'emprunteur, créant ainsi de la nouvelle monnaie"

Le président de la BCE Mario Draghi est également très clair[14] :

La vaste majorité de la monnaie est émise par les banques privées - les dépôts bancaires

Mécanisme[modifier | modifier le code]

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Lorsqu'une banque octroie un crédit à un client, elle ne ponctionne pas dans ses réserves pour lui fournir de la monnaie. Elle a recours à un simple jeu comptable: elle inscrit dans son bilan une créance, ayant pour montant la somme qu'elle va prêter à son client, et augmente le compte de dépôt de son client d'autant. Le crédit venant alimenter le compte de dépôt du client, c'est l'expression les crédits font les dépôts qui est vraie et non l'inverse.

Le jeu d'écriture comptable est le suivant:

  • inscription de l'augmentation du dépôt du client au passif du bilan de la banque, la monnaie sur le compte du client étant due par la banque à son client.
  • inscription de la créance à l'actif du bilan de la banque, la monnaie due par le client étant considérée comme un actif de la banque.

Mais le remboursement d'un crédit à la banque correspond à une démonétisation ayant pour effet de diminuer la masse monétaire.
Au fur et à mesure que le client rembourse son crédit, une monnaie est reçue en retour par la banque. La part de monnaie correspondant au prêt initial est détruite. La part de monnaie correspondant aux intérêts revient à la banque.

Théorie des réserves fractionnaires[modifier | modifier le code]

Article principal : Effet multiplicateur du crédit.

Ce mécanisme a été pendant un temps décrit sous l'appellation de "système de réserves fractionnaires" ou le "multiplicateur monétaire". Cette vision a pour caractéristique de penser la création de crédit comme contrainte par la quantité de réserve (monnaie de base) disponibles dans le marché interbancaire, et le niveau de Réserves obligatoires. Selon cette vision, les banques "multiplient" la part de base monétaire dont elles disposent lorsqu'elles effectuent des crédits, ceci dans la limite de capacité d'effet de levier maximum.

Mais un nombre croissant (bien qu'encore marginal) de publications académiques[15],[16],[17] nuancent voire rejettent aujourd'hui la validité de cette théorie, et avancent que les banques privées n'ont pas besoin de mobiliser des réserves en amont de l'émission d'un crédit. Autrement dit, oui les banques créent de la monnaie en émettant des crédits, mais cette création monétaire n'est pas contrainte par l'existence d'un taux de réserves obligatoires. Il n'y a donc pas non plus d'"effet multiplicateur de crédit". En effet, le FMI explique :

Les banques centrales modernes poursuivent des objectifs de taux d'intérêts et doivent fournir autant de réserves que le système bancaire en demande pour ces objectifs. Ce fait va à l'encontre de la très populaire théorie bancaire du multiplicateur de dépôts, qui explique que les banques font des prêts en multipliant à répétition un montant initial de réserves de monnaies (monnaie centrale).

La Banque d'Angleterre explique également[18] :

La demande de monnaie de base est plus certainement une conséquence qu'une cause de la création de crédit bancaire.

En conclusion, la Banque d'Angleterre affirme:

Certes, la théorie du multiplicateur de monnaie peut être une façon utile d'introduire la monnaie et le fonctionnement des banques dans les manuels d'économie, mais il ne constitue par une façon correcte de décrire comment la monnaie est créée en réalité. Plutôt que de contrôler la quantité de réserves, les banques centrales mettent en place leur politique monétaire en fixant le prix des réserves, c'est-à-dire par les taux d'intérêts.

Contrôle et limites de la création monétaire par le crédit[modifier | modifier le code]

Facteurs de l'évolution de la création monétaire par le crédit[modifier | modifier le code]

Bien que les banques commerciales n'ont en théorie aucunes limites à leur création de crédit, en pratique, la création monétaire globale des banques dépend de plusieurs facteurs :

  • Du désir d'encaisse liquide des agents économiques qui dépend étroitement de leurs anticipations en matière de revenu, d'épargne, d'inflation ainsi que de l'idée qu'ils se font de la solidité des placements possibles.
  • Des anticipations des banquiers qui, selon la conjoncture, privilégieront l'extension ou la défense de leur bilan.
  • De l'action des autorités de régulation, par la réglementation ou par l'intervention.
  • Des autres sources de création monétaire qui l'alimentent plus ou moins généreusement en dépôts (solde de balance des paiements, création monétaire par le trésor public là où elle est possible).

Cette complexité où la confiance et les facteurs psychologiques jouent un rôle important, explique l'instabilité associée à la création monétaire des banques et son rôle dans les mouvements de la conjoncture et dans le cycle économique[19].

Auto-régulation par le marché monétaire[modifier | modifier le code]

Lorsqu’une banque prête de l'épargne pré-existante ou crée de la nouvelle monnaie scripturale à la suite d'un crédit accordé, elle crédite le compte à vue de son client qui va dépenser cette monnaie, c'est-à-dire la virer aux comptes à vue de ses fournisseurs et salariés, une fraction seulement des comptes des bénéficiaires étant tenus par cette banque. À l'inverse, la banque peut recevoir, dans les comptes de dépôts de ses clients, les montants correspondant aux achats effectués par les clients d’autres banques.

Les banques doivent faire face aux fuites correspondantes aux besoins de monnaie banque centrale : réserves obligatoires (1 % dans la zone euro[20]) et demande de monnaie fiduciaire (estimé en moyenne à 15 % des dépôts à vue, mais variable suivant les périodes et les lieux).

Si chaque banque accorde des crédits en fonction de ses parts de marché de dépôts, les fuites se compensent et le marché bancaire est équilibré. Mais si ce n'est pas le cas, pour ajuster leur trésorerie en monnaie banque centrale, les banques vont se tourner vers le marché monétaire (Euribor, par exemple) qui leur permettra de placer, auprès des autres banques et établissements financiers, leurs excédents ou d’obtenir d'eux le financement de leurs besoins de monnaie centrale, après compensation journalière des mouvements entre banques.

Les interventions de la banque centrale sur ce marché correspondent au « refinancement ».

Les opérations de la banque centrale sur les taux d’escompte et les opérations d’open market, conjointement avec les règles de mises en pension de certains actifs monétaires, sont censées réguler ce marché. Du fait d’une abondance excessive de liquidité des établissements financiers, les taux du marché peuvent devenir inférieurs aux taux de refinancement de la banque centrale. En cas de tension sur le marché monétaire, une mise à disposition de liquidité (refinancement) par la banque centrale est de nature à réguler la situation.

Lorsque (comme ce fut le cas en 2008) aucune banque ne fait plus confiance aux autres, il advient un blocage des prêts inter bancaires ou un taux de prêt trop élevé. Cette situation bloque le marché monétaire et impose des refinancements massifs par les banques centrales pour permettre aux banques commerciales d'assurer leurs besoins de monnaie centrale.

Limitations par la politique monétaire et réglementation financière[modifier | modifier le code]

La création monétaire par ce procédé reste soumise à des contraintes pratiques ou réglementaires qui la maintiennent dans certaines limites :

  • Les clients d'une banque réclament régulièrement de la monnaie banque centrale (retrait via un distributeur automatique de billets par exemple), une banque a donc besoin de pouvoir acheter (par cession d'obligations éligibles) à la banque centrale une quantité de billets généralement liée à la quantité de monnaie scripturale qu'elle accorde ; cette quantité est variable suivant le lieu et la période mais peut être estimée en moyenne à 13 % des crédits ;
  • Des règles prudentielles sont imposées aux banques afin que les crédits qu’elles accordent ne dépassent pas différents ratios (déterminés actuellement par les règles dites de Bâle II) et représentent sensiblement une obligation de 8 % de fonds propres, des crédits accordés ;
  • La politique monétaire permet de jouer sur la quantité de crédit que les banques peuvent offrir avec profit (donc la quantité de monnaie scripturale dans leurs comptes) :
    • La banque centrale exige des banques des réserves obligatoires : plus le total des dépôts (dépôts à vue et dépôts à terme) de leurs clients est élevé, et plus il leur faut déposer de fonds à la banque centrale. En faisant varier le ratio de réserves obligatoires des établissements de crédit, la banque centrale fait varier la quantité maximale de crédits (donc de monnaie) qui peuvent être octroyés. Le ratio actuel de réserves obligatoires dans la zone euro est de 1 % des dépôts[20],
    • Les taux directeurs sont le principal outil de la politique monétaire : les établissements de crédit empruntent sur le marché interbancaire ou empruntent aux banques centrales à un taux d'intérêt défini par la banque centrale, le taux de refinancement, la monnaie banque centrale dont elles ont besoin[21]. En augmentant (respectivement en baissant) ses taux d'intérêt, la banque centrale rend plus difficile (respectivement plus facile) l'accès au refinancement pour les banques commerciales et induit un renchérissement du coût d'un crédit pour l'emprunteur (ménage ou entreprise). De ce fait, une hausse du taux d'intérêt entraîne (toutes choses égales par ailleurs) une baisse de demande de crédit. Une diminution du taux de refinancement a évidemment un effet contraire ;
  • Dans certains cas les autorités peuvent aussi agir sur la quantité de crédit offerte par les banques : en exerçant une pression plus ou moins amicale, en édictant des impératifs légaux (c’était par exemple le cas en France dans le cadre des lois Debré dans les années 1960), etc.

Autres types de création monétaire[modifier | modifier le code]

Création monétaire par achat de devises[modifier | modifier le code]

Toute entrée de devises, du moment qu'elle transite par une banque, est à l'origine d'une création monétaire domestique, et inversement toute sortie engendre une destruction.

Monnaie alternatives ou quasi-monnaie[modifier | modifier le code]

Les établissements de crédit ne sont pas les seuls à émettre de la monnaie fiduciaire. De la monnaie ou quasi-monnaie, en quantité proportionnellement infime et quasiment négligeable, est également émise par d'autres agents économiques.

Cette monnaie peut prendre un grand nombre de formes, scripturale ou matérialisée par un objet représentatif : bons d'achat, chèques-cadeaux, titres restaurant, « points » comme les Nintendo Points ou les miles, la monnaie Canadian Tire[22], tickets de kermesse ou jetons de casinos, crédit d'heures, crédit mutuel…

Les émetteurs sont tout aussi divers : entreprises, associations, Système d'Echange Locaux, etc.

En période de crise ou de troubles (ce fut par exemple le cas dans de nombreux pays, dont la France, après la première guerre mondiale), des collectivités ou des privés émettent des pièces et des billets appelés monnaie de nécessité.

L'émetteur contrôle sa monnaie et lui applique les règles qui lui semblent adaptées ; il peut en contrôler le taux de change et la convertibilité, lui donner les caractères d'une monnaie fondante, donner des droits de tirage fixe ou progressifs aux participants (capital initial « offert » aux participants de jeux en ligne…).

Lorsque la quantité de monnaie ainsi émise devient significative, les autorités exigent que l'émetteur se soumette aux régulations ordinaires des établissement de crédits, alors qu'elles peuvent être assez tolérantes pour la même activité exercée plus modestement (ce qui par exemple conduisit PayPal à s'adapter).

Les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international constituent également la monnaie qui lui sert d'unité de compte.

Controverse autour de la création monétaire[modifier | modifier le code]

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L’État n'a pas le monopole de créations monétaires excessives. Elles peuvent être pratiquées aussi bien par le secteur privé et aboutir aux mêmes dysfonctionnements. Par les crédits qu'elles accordent au-delà de la base monétaire (monnaie de banque centrale) dont elles disposent les banques commerciales créent de la monnaie. Cette création peut être excessive et source d'inflation et de surendettement. La crise des subprimes en est une illustration. Les banques américaines ont multiplié les crédits immobiliers qu'elles accordaient à des emprunteurs. Entre 2000 et 2006 leurs encours ont plus que doublé[23]. Les prix de l'immobilier ont alors augmenté de 171 % entre 1997 et 2007 créant de ce fait une bulle immobilière[24]. L'éclatement de cette bulle et l'insolvabilité des endettés ont déclenché une crise financière entraînant une crise économique mondiale. La responsabilité de la banque centrale américaine (Fed) ne saurait être éludée puisqu'elle est responsable de la gestion quantitative des crédits, notamment par la fixation des taux d'intérêt (banque centrale).

La création monétaire par le secteur privé peut également être dommageable si l'utilisation de la monnaie créée est source d'instabilité. Il en est ainsi lorsque les banques privées procurent des fonds qui servent aux opérateurs financiers à spéculer avec effet de levier. Cette pratique peut être à l'origine de gains ou de pertes très importants. En cas de pertes des retombées et des effets de contagion peuvent se transmettre aux banques et porter atteinte à la sphère économique réelle[25].

Murray Rothbard, élève de Ludwig von Mises et également membre de l'école autrichienne d'économie a dénoncé le système de réserves fractionnaires, en visant particulièrement Milton Friedman, comme dans Milton Friedman unraveled en 1971[26]. Il critique le processus de création de monnaie par le système de réserves fractionnaires pour ses effets inflationnistes et assimile la création de monnaie ainsi faite à de la « magie »[27].

Plus récemment, Maurice Allais considérait en 1999, dans La Crise mondiale aujourd'hui, comme « inappropriée » la structure de création monétaire actuelle[28]. Il considère le système actuel comme instable et risqué, les engagements et les créances n'étant pas nécessairement au même horizon et le risque d'un retrait massif de liquidités par les épargnants étant toujours possible. Ainsi, selon Allais, « L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile ». Il appelle de ses vœux un système où la création monétaire ne relève que de l'État, dans un cadre de régime de change fixe.

James Robertson et d'autres auteurs altermondialistes souhaitent ramener le processus de création monétaire sous le contrôle de l'État et jugent que le système actuel n'est pas aligné « sur des principes de justice économique et sur les réalités de l’ère de l’information, à tel point que la confiance dans la démocratie même en est sérieusement ébranlée »[29]. Et d'ajouter : « Le fait que ces banques commerciales créent toujours ces fonds libellés en devises officielles et que cette création de monnaie génère des bénéfices revenant au privé constitue un anachronisme flagrant ». Il préconise également que les banques centrales soient seules créatrices de monnaie et que la monnaie créée soit affectée aux dépenses publiques. Les banques de second rang n'auraient plus la possibilité de créer de la monnaie par l'emprunt, le tout dans un système contrôlé par une banque centrale mondiale qui « devrait rendre compte aux gouvernements membres ».

D'autres économistes (Gabriel Galand, André Grjébine, Philippe Derudder) préconisent dans certains cas la création de monnaie permanente sous l'égide de l’État.

La succession des crises financières et les dégâts qu'elles engendrent dans la sphère réelle incite les Suisses à retourner au monopole public de la création monétaire. L'objectif est d'empêcher les banques de créer de la monnaie pour financer des spéculations financières. Un référendum sera organisé à la suite de cette demande avalisée par 111 819 signatures[30]. Le monopole public de création monétaire est préconisé tant par des économistes libéraux que keynésiens (école de Chicago, Friedman, Allais, Tobin)[31].

Sources[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La monnaie banque centrale et les billets ne sont pas de la création monétaire »
  2. « Création monétaire »
  3. a et b « Banques et création monétaire : qui fait quoi ? »
  4. Situation financière consolidée de l’Eurosystème au 20 août 2010.
  5. « Les Banques Centrales créent-elles de la monnaie ? - la finance pour tous », sur www.lafinancepourtous.com (consulté le 6 août 2016)
  6. Alternatives économiques, juillet 2000.
  7. Art. 88 Grundgesetz.
  8. Économie internationale, 4e trimestre 2000.
  9. Gabriel Galand et Alain Grandjean, La monnaie dévoilée, L'Harmattan, 1996.
  10. Paul Krugman, End this depression now!, W. W. Norton & Company, 2012.
  11. François Desjardins, « La Fed sort la planche à billets », Le Devoir,‎ (lire en ligne).
  12. « Ce qu’il faut au moins savoir sur la création monétaire », societal.org.
  13. (en) « Money Creation in the modern economy », Bulletin de la bank of England,‎ (lire en ligne)
  14. European Central Bank, « Cross-border markets and common governance », sur European Central Bank (consulté le 6 août 2016)
  15. (en) Seth B. Carpenter et Selva Demiralp, « Money, Reserves, and the Transmission of Monetary Policy: Does the Money Multiplier Exist? », Finance and Economics Discussion Series, Divisions of Research & Statistics and Monetary Affairs, Federal Reserve Board, no 41,‎ (lire en ligne)
  16. Ed Dolan, « Whatever Became of the Money Multiplier? », Ed Dolan's Encon Blog,‎ (lire en ligne)
  17. « The Truth about Banks -- Finance & Development, March 2016 », sur www.imf.org (consulté le 6 août 2016)
  18. (en) Michael McLeay, Amar Radia, Ryland Thomas, « Money creation in the modern economy », Bank of England Bulletin,‎ (lire en ligne)
  19. « Banques et création monétaire : qui fait quoi ? », Le Monde, 21 septembre 2011.
  20. a et b Baisse du ratio de réserves obligatoires de 2 % à 1 %, Banque de France, janvier 2012.
  21. L’écart entre le taux d'emprunt sur le marché interbancaire (l’Eonia par exemple) et le taux de la banque centrale est généralement faible (exceptions faites des périodes de crise de liquidité), mais il est légèrement positif.
  22. « L'argent Canadian Tire est là pour rester ».
  23. André Orléan, De l'euphorie à la panique, Éditions rue d'Ulm, 2009.
  24. André Orléan, ouvrage cité.
  25. François Chesnais (sous la coordination de), La mondialisation financière, Syros, 1996, p. 80, 81 et 84.
  26. (en) « Milton Friedman Unraveled », 1971, paru dans The Individualist et repris sur le site de Lew Rockwell (version en cache du 23 décembre 2014).
  27. « Fractional Reserve Banking », Murray Rothbard in The Freeman, 1995.
  28. Maurice Allais, La crise mondiale d’aujourd’hui - Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Éditions Clément Juglar.
  29. James Robertson & John Bunzl, en anglais Monetary Reform - Making it Happen, et traduction française La réforme monétaire – Bientôt une réalité !.
  30. (fr) « Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur pouvoir de création monétaire » (consulté le 6 août 2016)
  31. Le Monde, Éco&entreprise du 16/01/16

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]