Matthew Shepard

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Matthew Shepard
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Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Université du Wyoming
Catawba College (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Père
Dennis Shepard (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Autres informations
Site web

Matthew Shepard, né le à Casper (Wyoming) et mort le à Fort Collins (Colorado), est un étudiant américain, torturé et assassiné par deux jeunes gens, à l’âge de 21 ans, en raison de son homosexualité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Matthew Shepard est le premier des deux fils de Judy Peck et Dennis Shepard. Son frère, Logan, est né en 1981.

Après avoir vécu quelque temps en Suisse, il étudie la science politique à l'université du Wyoming, dont il est major en première année.

Meurtre[modifier | modifier le code]

Lors d'un voyage scolaire, en 1995, Matthew Shepard est frappé et violé, ce qui provoque chez lui une dépression et des crises d'angoisses.

Trois ans plus tard, le , il se retrouve seul au Fireside Bar, à Laramie, après le départ de ses amis[1]. Matthew se fait aborder par deux jeunes gens, Aaron McKinney et Russell Henderson, qui lui demandent s'il est homosexuel. Ceux-ci se font alors passer pour des gays et lui proposent un tour de voiture, ce que Matthew Shepard accepte.

Les deux individus l'emmènent alors dans un lieu isolé et le font sortir du véhicule à coup de crosse de .357 Magnum. L'ayant attaché à une barrière, ils le dépouillent, le torturent et le frappent jusqu'à lui briser le crâne. Le croyant mort, ils l'abandonnent.

Prévenus par un cycliste l'ayant d'abord pris pour un épouvantail, les secours arrivent sur place 18 heures après l'agression et le transportent à l'hôpital de Poudre Valley, dans le Colorado. Il présente de multiples coupures au visage, certaines atteignant l'os, et de nombreuses brûlures sur le corps. Il meurt dans la soirée du , après avoir passé plusieurs jours dans le coma, entouré des siens.

Réactions[modifier | modifier le code]

La mère de Matthew Sheppard (en bleu) à la Maison-Blanche, 28 octobre 2009.

Dès l'annonce de sa mort, les associations gays ont décidé de réagir en organisant des candlelight vigils, des veillées où chacun vient avec sa bougie. Le but était double : se rassembler pour rendre un hommage silencieux et ému à Matthew et réclamer l'adoption de la loi contre les crimes haineux afin d'éviter que cette tragédie ne se reproduise.

La première veillée a eu lieu le 15 octobre, à Washington, sur les marches du Capitole. Plus de 5 000 personnes s'y sont rassemblées, des sticks phosphorescents à la main, pour écouter les discours d'amis de Matthew, de stars, de représentants des associations gays et de défense des droits de l'homme, et d'hommes politiques.

Le 16 octobre, jour des funérailles, les pages d’accueil des sites internet homosexuels prennent le noir comme couleur dominante. Ce même jour, des militants de la Westboro Baptist Church, emmenés par leur pasteur Fred Phelps, manifestent près de l’église où a lieu la cérémonie, au cri de « God hates fags » (Dieu déteste les pédés), en brandissant des pancartes « Matt in hell » (Matthew en enfer). Romaine Patterson, une amie de Shepard, organise une contre-manifestation. Des personnes portant des robes blanches et des ailes gigantesques (ressemblant à des anges) se rassemblent autour du groupe d'homophobes et masquent leurs pancartes, permettant aux funérailles de se dérouler dans le respect.

En 1999, les deux assassins de Matthew Shepard, Russell Henderson et Aaron McKinney, alors âgés de 21 et 22 ans, sont condamnés à la perpétuité, sans possibilité de libération.

L'histoire de Matthew Shepard a inspiré trois films : Le Projet Laramie (d'après la pièce du même nom), The Matthew Shepard Story (en) et Anatomy of a Hate Crime. The Laramie Project et The Matthew Shepard Story ont tous deux reçu de nombreux prix.

Plusieurs artistes ont évoqué le crime dans leurs chansons : Melissa Etheridge (Scarecrow dans son album Breakdown, 1999), Elton John et Bernie Taupin (American Triangle dans Songs from the West Coast, 2001, chœurs de Rufus Wainwright), Amy Ray (Laramie, dans Stag, 2001), Ron Sexsmith (God Loves Everyone, dans Cobblestone Runway, 2002), Janis Ian (Matthew, dans Billie's Bones, 2004), Thursday (M. Shepard, War All the Time, 2004), Cyndi Lauper (Above the Clouds, dans The Body Acoustic, 2005), Tori Amos (Merman, dans A Piano: The Collection, 2006), Brian Houston (The Ballad of Matthew Shepard, dans Sugar Queen, 2006), et plusieurs autres, dont Trivium avec la chanson And Sadness will sear.

Une loi contre les crimes de haine fondés sur l'orientation sexuelle a été déposée le 20 mars 2007, au nom de Matthew Shepard. Elle est passée au Sénat des États-Unis, mais le président George W. Bush a indiqué qu'il lui opposerait son veto. Réintroduit plusieurs fois sous diverses formes, le Matthew Shepard Act a été adopté par la Chambre des Représentants le 8 octobre 2009, puis par le Sénat le 22 octobre 2009, et enfin signé par le président des États-Unis Barack Obama le mercredi 28 octobre 2009.

Polémiques et autres versions[modifier | modifier le code]

En 2004, le programme de nouvelles 20/20 d'ABC News diffuse un reportage au cours duquel McKinney, Henderson, Kristen Price, le procureur et un enquêteur principal affirment que le meurtre n'a pas été motivé par la sexualité de Shepard mais plutôt un vol lié à la drogue qui a mal tourné. Kristen affirme avoir menti à la police quand elle a affirmé que McKinney s'est mis en colère à cause d'une avance sexuelle inopportune. Elle déclare à la journaliste de télévision Elizabeth Vargas ne pas penser que ce soit un crime de haine[2],[3].

L'enquêteur Ben Fritzen affirme à l'interviewer : « la préférence sexuelle de Matthew Shepard ou son orientation sexuelle ne constituait certainement le mobile du crime...»[4].

Dans un article de la revue LGBT The Advocate, Aaron Hicklin écrit qu'après des années d'enquête, le producteur du spectacle, l'écrivain homosexuel Stephen Jimenez, a interrogé plus de 100 personnes et a « amassé suffisamment de preuves anecdotiques pour soutenir de manière convaincante que la sexualité de Shepard était, sans être accessoire, nettement moins importante à cette affaire que le consensus populaire voudrait nous faire croire[5]. »

Le procureur dans cette affaire affirme qu'il y a de nombreuses preuves que la drogue était au moins un facteur dans ce meurtre[6]. L'agent Waters confie à la journaliste britannique Julie Bindel : « Je crois encore aujourd'hui que McKinney et Henderson essayaient de trouver la maison de Matthew afin de voler la drogue qu'il y avait. C'était assez bien connu dans la communauté de Laramie que McKinney n'était pas quelqu'un qui frapperait par homophobie[7]. »

Le 1er octobre 2013 est publiée une enquête de Steven Jimenez qui contredit fortement la thèse du « martyr homosexuel »[8]. Selon cette enquête, Shepard était un revendeur de drogue et connaissait ses agresseurs avec qui il aurait eu des relations sexuelles avant le soir du drame. Son assassinat serait motivé par la drogue et non par son orientation sexuelle[9].

La qualité de cette enquête est critiquée par la Fondation Matthew Shepard[10]. Le livre est également critiqué par la journaliste Alyssa Rosenberg comme pauvrement sourcé : « en ne distinguant pas quelle citation est forgée à partir de souvenirs, qui sont des paraphrases rapportées par des sources, et lesquelles lui ont directement été rapportées »[11]. Des officiers de police interviewés après la publication du livre ont remis en cause certaines assertions du livre. Dave O'Malley, le chef de la police de Laramie, a ainsi déclaré que les allégations de Jimenez selon lesquelles Matthew Shepard était dealer de méthamphétamine sont « presque de l'humour ». Pour Rob Debree, enquêteur principal de l'époque, le livre contient des « erreurs factuelles et des mensonges » et l'allégation de Jimenez selon laquelle Matthew Shepard était un trafiquant de drogue est « proprement risible »[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Boulden, Walt (2001). "A tribute to Matthew Shepard". Journal of Gay & Lesbian Social Services, 13: 1, 7-14
  2. (en) « New Details Emerge in Matthew Shepard Murder »
  3. James Kirchick (22 octobre 2013), Book Review: 'The Book of Matt', by Stephen Jimenez The Wall Street Journal
  4. (en) Jimenez, Stephen, The Book of Matt, Steerforth, (ISBN 1586422146), p. 168
  5. (en) « Have We Got Matthew Shepard All Wrong? »,‎
  6. (en) Shaun Knittel, « The Matthew Shepard paradox: How one U.S. Representative opened hate's old wounds », sgn.org, Seattle Gay News (consulté le 29 octobre 2009)
  7. Julie Bindel, (25 October 2014), The truth behind America’s most famous gay-hate murder
  8. Stephen Jimenez, The Book of Matt: Hidden Truths About the Murder of Matthew Shepard, Steerforth, 2013.
  9. http://c-fam.org/en/francais/volume-16/7544-la-fin-d-une-icone-du-mouvement-gay
  10. http://reloaded.e-llico.com/article.htm?un-livre-enquete-refute-la-these-du-crime-de-haine-homophobe&articleID=31524
  11. Alyssa Rosenberg, "‘The Book Of Matt’ Doesn’t Prove Anything, Other Than The Size Of Stephen Jimenez's Ego". ThinkProgress, 18 octobre 2013.
  12. Seth Hemmelgarn, "Shepard book stirs controversy". The Bay Area Reporter 24 octobre 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]