Locus Solus (roman)

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Locus Solus
Image illustrative de l'article Locus Solus (roman)

Auteur Raymond Roussel
Pays France
Genre Roman
Éditeur Alphonse Lemerre
Lieu de parution Paris
Date de parution 1914
ISBN 978-1-84749-071-1
Chronologie

Locus Solus est un roman de l'écrivain français Raymond Roussel et sorti en librairie en janvier 1914 chez Alphonse Lemerre, précédé d'une prépublication en feuilleton à compter du 6 décembre 1913 dans Le Gaulois du dimanche. De par l'imaginaire qui s'y déploie, ce livre peut-être assimilé à un ouvrage de science-fiction.

Résumé[modifier | modifier le code]

Martial Canterel, scientifique et inventeur, invite ses collègues à visiter son domaine – une villa et un grand parc – appelé « Locus Solus ». Ils y découvrent des créations complexes et étranges, dont un énorme diamant de verre rempli d'eau et contenant une danseuse, un chat sans poil, et la tête encore vivante de Danton. Dans l'un des plus longs chapitres du roman, Canterel présente à ses invités une série de huit tableaux vivants mettant en scène des individus prisonniers d'immenses cages de verre. Par la suite, l'on découvre qu'ils sont en fait morts mais ressuscités grâce à un sérum, la résurrectine, inventé par Canterel et reproduisant des moments marquants de leur existence. Ayant complété le tour du domaine, les invités rentrent à la villa pour y dîner.

Autour du roman[modifier | modifier le code]

Rédigé entre 1912 et le printemps 1913, l'achevé d'imprimer de l'édition originale parue chez Alphonse Lemerre indique page 466 comme date le « vingt-quatre octobre mil neuf cent treize ».

Prépublication[modifier | modifier le code]

De larges extraits sont parus sous le titre de « Quelques heures à Bougival », dans le supplément dominical illustré du journal Le Gaulois à partir du 6 décembre 1913[1]. Ce feuilleton s'étale jusqu'au numéro du 28 mars 1914 et présente de nombreuses coupes et différences avec le livre. Certains critiques font remarquer qu'au début, à aucun moment, le lecteur n'est renvoyé à l'ouvrage pourtant en vente dès janvier, mais sous un autre titre : curieusement, et alors que Roussel connaît là sans aucun doute un nombre sensible de « lecteurs du dimanche » (le tirage du Gaulois du dimanche se monte à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires), en 1935, dans Comment j'ai écrit certains de mes livres, il se plaint de l'insuccès rencontré par son roman à sa sortie[2].

Texte revu pour la scène[modifier | modifier le code]

En 1922, Raymond Roussel charge Pierre Frondaie de faire une adaptation théâtrale de Locus solus avec Gabriel Signoret en tête d'affiche, qui rencontre aussi un notable insuccès et provoque même des disputes : la première représentation a lieu le 7 décembre au Théâtre Antoine et convoque rien de moins que Maurice Fouret (1888-1962) à la musique, Paul Poiret aux costumes et Émile Bertin (1878-1957) aux décors[3].

Analyse[modifier | modifier le code]

Le titre de ce roman est un jeu de mots sur les substantifs nominatifs latins locus (le lieu) et solus (seul, unique). Le « lieu unique » comme entendu ici, est celui de la parole (loquere), du solipsisme solaire qui émane depuis chaque création exposée dans le jardin et traduite par la bouche de Martial (allusion au poète latin) Canterel (le Kantor, le maître de chapelle, le conteur, etc.)[4]. C'est aussi le nom d'un lieu qui existe et qui semble avoir inspiré Roussel : en 1989, est retrouvée chez un garde-meuble, une malle contenant les archives de l'auteur dont la photo d'un portail avec une plaque marquée « Locus Solus » ; Jean-Michel Othoniel mène ensuite une enquête qui montre que la villa existe encore du côté de Montmorency[5].

Pour rédiger ce roman, Roussel utilisa, entre autres, et comme base de son procédé[6], le Dictionnaire national[7] de Louis-Nicolas Bescherelle.

Le motif littéraire du domaine habité par un scientifique et peuplé de créatures et inventions étranges est déjà présent dans L'Île du docteur Moreau de H.G. Wells (1896). On notera également l'influence ici d'un fantastique à la Jules Verne, que Roussel connaissait bien et qu'il avait rencontré en 1899 à Amiens[8].

Références dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • En référence au roman, Locus Solus fut le nom d'un journal littéraire créé en 1961 par Harry Mathews, John Ashbery, James Schuyler et Kenneth Koch.
  • L'architecte Carlo Scarpa fit référence à ce roman au cours de son travail.
  • Le musicien John Zorn sortit en 1983 un album intitulé Locus Solus.
  • Dans le film Innocence : Ghost in the Shell 2, Locus Solus est le nom d'une entreprise produisant des robots qui tuent leurs propriétaires. Les deux membres de la 'Section 9' Batou et Togusa, rencontrent un pirate informatique qui vit dans une maison remplie d'étranges œuvres mécaniques inspirées par le roman de Raymond Roussel.
  • Locus Solus est le nom d'un festival de musiques expérimentales qui se tient au Lieu unique à Nantes.
  • Martial Canterel est le pseudonyme du musicien expérimental américain Sean Macbride[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions modernes[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Critique et analyse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Annonce parue dans Le Gaulois du 5 décembre 1913, p. 1 — sur Gallica
  2. Patrick Besnier et Pierre Bazantay, Petit Dictionnaire de Locus Solus, Amsterdam, Rodopi, 1993, pp. 59-60.
  3. Locus Solus, sur Archives du spectacle, notice en ligne.
  4. Philippe G. Kerbellec, Comment lire Raymond Roussel : Cryptanalyse, Paris, J.-J. Pauvert et compagnie, coll. « Bibliothèque rousselienne », 1988, 264 p. (ISBN 978-2-8769-7035-9) § VII.
  5. Témoignage de Didier Saillier d'après l'exposition Soleil Froid, Palais de Tokyo, mars 2013.
  6. Selon Kerbellec (1988) qui montre un échantillon de ce dictionnaire allant des mots volontiers à voltiger, dont Volta, Voltaire, etc., ces termes proximes constituent « une zone rousselienne de forte densité, centrée sur Pile [et] fournira à Locus Solus : [...] les tissus faciaux de Danton régissant au galvanisme (par renvoi à l'entrée Volta-électrique) ; l'incrédulité notoire de Voltaire ou du voltairien prise au piège non de la conversion mais de l'étymologie latine de Voltiger : volitare (anagramme)...» (hors-texte IV et V).
  7. Cf. Dictionnaire universel de la langue française, Tome II (G-Z), Garnier frères (Paris), 1856, sur Gallica
  8. L'Express du 1er février 2005.
  9. Entretien avec Martial Canterel, par Hartzine, en ligne.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]