Les Hydropathes

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L'Hydropathe, no 1 du 22 janvier 1879, avec Émile Goudeau, fondateur, caricaturé par Georges Lorin, dit Cabriol.

Les Hydropathes est un club littéraire parisien, fondé par le poète et romancier Émile Goudeau, et qui a existé entre 1878 et 1880 puis, de façon éphémère en 1884.

Histoire du club[modifier | modifier le code]

Après la guerre de 1870, il se créa à Paris de nombreux clubs littéraires dont la longévité et l'importance furent extrêmement variées. Le club des Hydropathes fut l'un des plus importants tant par sa durée que par les artistes qui y participèrent.

Le club fut créé par Émile Goudeau, le . Il choisit le nom Hydropathes (étymologiquement : « ceux que l'eau rend malades »), peut-être à partir d'une valse intitulée Die Hydropathen, de Joseph Gungl, qu'il affectionnait[1].

Caricature d'Achille Mélandri par Georges Lorin, dans le journal Les Hydropathes (25 juin 1879, no 12).

On peut également penser qu'il s'agit d'un jeu de mot sur le nom du fondateur : Goudeau, c'est-à-dire « goût d'eau », pour des gens qui n'aiment pas beaucoup l'eau… cela donne « hydropathes » :

— Pourquoi votre société a-t-elle pris le nom d'Hydropathe ? demandait-on à l'un de nos confrères :
— Parce qu'elle a Goudeau, et tient ses séances à l'hôtel Boileau[2].

Il peut s'agir enfin d'un clin d'œil ironique à l'hydre, cet animal dont les têtes repoussent au fur et à mesure qu'on les coupe, qu'il s'agisse de « l'hydre de la Révolution », « l'hydre de l'Anarchie », ou encore, sur un mode plus sérieux, de « l'hydre des conventions bourgeoises[1] ».

L'objectif premier du club était de célébrer la littérature et en particulier la poésie : les participants déclamaient leurs vers ou leur prose à haute voix devant l'assistance, lors des séances du vendredi soir. Mais les membres professaient également le rejet de l'eau comme boisson au bénéfice du vin. Charles Cros écrivit :

Hydropathes, chantons en cœur
La noble chanson des liqueurs.

Le club eut un succès important : dès de sa première séance, il réunit 75 personnes et il compta plus tard 300 à 350 participants. Cette réussite était due en grande partie à son président et animateur, Émile Goudeau, mais aussi à une certaine bienveillance des autorités et à la facilité d'inscription : celui qui voulait s'inscrire était toutefois tenu de mentionner sur sa demande au président un talent quelconque dans la littérature, la poésie, la musique, la déclamation ou tout autre art[3]. Dans les mois qui suivirent, de nombreux articles de journaux, en France et en Belgique, publièrent des comptes-rendus élogieux des séances du club des hydropathes[3], et la revue du même nom, fondée par Goudeau, parut à partir de janvier 1879. La fondation du club y était présentée ainsi :

« Nous étions, en ce temps-là, un groupe jeune, composé d'artistes, de poètes, d'étudiants. On se réunissait chaque soir au premier étage d'un café du Quartier latin, on faisait de la musique, on récitait des vers. Mais la musique ne plaît pas à tout le monde, on n'aime pas toujours, lorsqu'on fait une partie de piquet ou d'échecs, à entendre chanter derrière soi, le chanteur fût-il excellent. Nous gênions souvent et nous étions gênés. Il nous fallait absolument un local à nous. De l'idée d'un local à l'idée d'un cercle, il n'y avait qu'un pas. Il fut fait, et le cercle des Hydropathes était fondé. La création en était due surtout à l'activité d'Émile Goudeau. Il était juste qu'il en fût nommé Président[4]. »

La revue compta 32 numéros entre 1879 et mai 1880. On y trouvait transcrites les interventions, poésies ou monologues, des membres du club et la présentation, à chacun de ses numéros, d'une personnalité proche du groupe (d'André Gill à Sarah Bernhardt et de Charles Cros à Alphonse Allais), qui apparaissait en caricature en couverture, exécutée le plus souvent par Cabriol, pseudonyme de Georges Lorin, et faisait l'objet d'un article élogieux en page 2. Elle fut ensuite remplacée par une autre revue, intitulée Tout-Paris, dont l'existence fut éphémère (5 numéros entre mai et juin 1880[5].)

Le club se réunit d'abord dans un café du Quartier Latin (le Café de la Rive gauche, à l'angle de la rue Cujas et du boulevard Saint-Michel[3]), puis dans divers locaux du même quartier, dont la salle de l'[H]ermitage, située au 29, rue Jussieu, le voisinage étant indisposé par le bruit[6]. C'est après une série de chahuts provoqués par le trio Jules Jouy, Sapeck et Alphonse Allais, qui lancèrent des pétards et des feux d'artifices, que le club disparut en 1880[6]. Mais dès l'année suivante, la plupart des anciens membres du club des Hydropathes se retrouvèrent au Chat noir de Rodolphe Salis, ouvert en décembre 1881.

Plusieurs anciens Hydropathes rejoignirent, également en 1881, un autre groupe, les Hirsutes, dont le président, Maurice Petit, fut ensuite remplacé par Goudeau. Le groupe des Hirsutes se saborda en février 1884. Il renaquit alors sous le nom d'Hydropathes, mais cessa ses activités en juillet de la même année : les cafés de la Rive droite, Le Chat noir en tête, avaient remplacé ceux de la Rive gauche en tant que lieux de réunions privilégiés de la bohème estudiantine[7].

Les anciens Hydropathes se retrouvèrent en 1928 à l'appel de Jules Lévy, autrefois fondateur des Arts incohérents, pour célébrer le cinquantenaire du groupe à la Sorbonne, cérémonie qui réunit 54 anciens membres et fit l'objet d'un article à la une du Figaro[8].

Personnalités hydropathes[9][modifier | modifier le code]

Autres associations[modifier | modifier le code]

Plusieurs associations officielles (loi de 1901) rendent hommages aux Hydropathes de par leur nom[11].

Depuis 2010, un collectif d'artistes originaires de Montmartre ou de ses alentours reprend la tradition hydropathesque d'amour du vin et des lettres autour des créations musicale, cinématographique, photographique, du design, et de l'organisation de soirées. Autodéfini comme un « collectif artistique et festif », c'est en se réunissant régulièrement place Émile-Goudeau qu'ils firent la connaissance de leurs défunts prédécesseurs et décidèrent de porter à leur tour ce flambeau tristement éteint depuis le XIXe siècle[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Hydropathe, numéros 1-37, Slatkine reprints, Genève, 1971[13]
  • Émile Goudeau, Dix ans de bohème (1888), une édition critique due à Michel Golfier, Jean-Didier Wagneur avec la collaboration de Patrick Ramseyer, a publié outre le texte de Goudeau les préoriginales inconnues à ce jour et un nombre conséquent de documents relatifs au club et à ses publications, ainsi qu'au club des Hirsutes et aux sociabilités Lutéciennes, Champ Vallon, 2000, collection « XIXe siècle ».
  • Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne. L'esprit fumiste, José Corti, Paris, 1997, 329 p. (ISBN 2-7143-0615-2).
  • Raymond de Casteras, Avant le Chat Noir. Les Hydropathes, 1878-1880, Albert Messein, Paris, 1945.
  • Denis Saint-Amand, « Rire de groupe et petite presse : L'Hydropathe », sur Médias 19, 2017.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cf. Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne. L'esprit fumiste, p. 44.
  2. « Blagues hydropathesques », in L'Hydropathe, 1re année, no 1, p. 4.
  3. a, b et c Cf. Daniel Grojnowski 1997, p. 42.
  4. « Émile Goudeau », in L'Hydropathe, 1re année, no 1, p. 2.
  5. cf. Daniel Grojnowski 1997, p. 43.
  6. a et b Françoise Dubor et Henri Scepi, « Présentation de l'Hydropathe ».
  7. D. Grojnowski, op. cit., p. 43.
  8. Jacques Patin, « Le cinquantenaire des Hydropathes. Un manquant », Le Figaro, mercredi 17 octobre 1928 (exemplaire numérisé sur le site Gallica).
  9. Lettres et Arts, Marc Robine et Maurice Rollinat (préf. Michel Ragon), Anthologie de la chanson française. Des trouvères aux grands auteurs du XIXe siècle, Paris, Éditions Albin Michel, (ISBN 2-226-07479-1).
  10. « Joseph Uzanne (1850-1937) » sur data.bnf.fr, en ligne.
  11. le Journal Officiel des Associations.
  12. Le site des Hydropathes.
  13. Contient les 32 numéros de L'Hydropathe, suivis des 5 numéros de Tout-Paris.

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Liens externes[modifier | modifier le code]