Le Roi des aulnes (poème)

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Statue représentant le Roi des aulnes à Iéna

Le Roi des aulnes ( Erlkönig en allemand ) est un poème de Johann Wolfgang von Goethe écrit en 1782.

La créature évoquée dans le poème est un Erlkönig (roi des aulnes), personnage représenté dans un certain nombre de poèmes et ballades allemandes comme une créature maléfique qui hante les forêts et entraîne les voyageurs vers leur mort.

Par une nuit d'orage, un père chevauche, à travers une forêt sombre, avec son jeune fils dans ses bras. L'enfant croit voir dans l'obscurité la forme du roi des aulnes et il est effrayé. Le père calme son fils : ce qu'il voit n'est seulement que "le brouillard qui traîne". Mais la figure fantomatique ne quitte pas l'enfant. avec un discours persuasif, le roi des aulnes invite le "gentil enfant" à venir dans son royaume pour se distraire avec ses filles. Mais l'enfant est agité. Encore une fois le père essaie de trouver une explication naturelle à ses hallucinations: ce ne serait que le bruissement des feuilles et le reflet d'arbres centenaires. Mais la vision est plus menaçante, et le fils est paniqué. Lorsque le roi des aulnes finit par saisir l'enfant, le père perd son sang-froid et essaie de galoper aussi vite qu'il peut pour atteindre la ferme. Mais il y arrive trop tard : l'enfant est mort dans ses bras.

Illustration de Moritz von Schwind

Ballade, 1782 ; adaptation M. Greslou


Texte original et adaptations en français[modifier | modifier le code]

Texte original Adaptation par
Jacques Porchat (1861)[1]
Adaptation par
Charles Nodier

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht !
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif ? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

„Du liebes Kind, komm geh’ mit mir !
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n ?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächt lichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.

_Sie wiegen und tanzen und sigen dich ein.“

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort ? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt !“
Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an,
Erlkönig hat mir ein Leids getan. –

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant.
Il porte l'enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
— Mon fils, c'est un brouillard qui traîne.

— Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d'or.

— Mon père, mon père, et tu n'entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
— Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C'est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

— Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t'endormiront, à leur danse, à leur chant.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des aulnes à cette place sombre ?
— Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

— Je t'aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j'userai de violence.
— Mon père, mon père, voilà qu'il me saisit !
Le roi des aulnes m'a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l'enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L'enfant dans ses bras était mort.

Quel est ce chevalier qui file si tard dans la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant ;
Il serre le petit garçon dans son bras,
Il le serre bien, il lui tient chaud.

« Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d'effroi ton visage ?
— Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ?
— Mon fils, c'est un banc de brouillard.

— Cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs sur le rivage,
Et ma mère possède de nombreux habits d'or.

— Mon père, mon père, et n'entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
— Sois calme, reste calme, mon enfant !
C'est le vent qui murmure dans les feuilles mortes.

— Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s'occuperont bien de toi
Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ?
— Mon fils, mon fils, je vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.

— Je t'aime, ton joli visage me charme,
Et si tu ne veux pas, j'utiliserai la force.
— Mon père, mon père, maintenant il m'empoigne !
Le Roi des Aulnes m'a fait mal ! »

Le père frissonne d'horreur, il galope à vive allure,
Il tient dans ses bras l'enfant gémissant,
Il arrive à grand-peine à son port ;
Dans ses bras l'enfant était mort.

Johann Wolfgang von Goethe
Erlkönig

1. Poème lu en allemand.

2. Ernestine Schumann-Heink interprétant Le Roi des Aulnes mis en musique par Schubert


Interprétations[modifier | modifier le code]

Certains vers comme Viens, cher enfant, viens avec moi ! ou Je t'aime, ta beauté me charme, et, si tu ne veux pas céder, j'userai de violence évoquent un abus sexuel sur mineur ; c'est pourquoi certains auteurs pensent que le poème est en rapport avec un viol. Ainsi le sociologue allemand Rüdiger Lautmann décrit le Roi des aulnes non comme un pédophile mais comme un violeur[2].

En 2005, lors de la 55e Semaine de psychothérapie de Lindau, la psychanalyste Luise Reddemann a exposé sa thèse selon laquelle le poème serait le cauchemar d'une victime de violence sexuelle : d'un côté le père comme bon père, de l'autre le roi des aulnes comme méchant père[3].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Mise en musique[modifier | modifier le code]

Première page du lied de Franz Schubert

Le poème a été souvent mis en musique :

  • En 2002 est apparue une version du poème par Achim Reichel dans le CD Wilder Wassermann.
  • Le groupe Neue-Deutsche-Härte Rammstein a écrit une adaption du Erlkönig dans la chanson Dalai Lama de l'album Reise, Reise.
  • Le groupe « Hypnotic Grooves » l'a traité dans l'album Rosebud: Songs of Goethe and Nietzsche (1999), dans le cadre de "Weimar - Ville du patrimoine mondial en 1999" et l'a faite interpréter par Jo van Nelsen.
  • En 2000, le Roi des Aulnes a été mis en musique par l'acteur suisse Daniel Bill dans une version rock sur le CD Scream in the night.
  • sur le Jenzig-Album der Neofolk-Gruppe „Forseti“ on trouve également une version de la ballade.
  • Josh Ritter l'a traitée avec The Oak Tree King en 2007 au Verbier-Festival.
  • Le Paganfolk-Projekt Falkenstein a interprété la Ballade dans son Album Urdarbrunnen paru en 2008.
  • Une version pop a été écrite par l'auteur-compositeur ERLKÖNIG et l'artiste vidéo VJ. Vanessa.
  • La groupe allemand a capella « Maybebop » a présenté en 2013 une adaptation du Erlkönig de Schubert.
  • Achim Reichel.
  • En 2015, une nouvelle adaptation écrite par Philonico voit le jour. La chanson s'intitule Retiens-les[4].
  • Elle a été composée et interprétée par Pixote Diaz, JC Benitez et Philonico. [vidéo] Disponible sur YouTube


Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

  • Une des premières œuvres de Walter Scott a été sa traduction en anglais du Roi des aulnes (1797)[5].
  • En 1970, l'écrivain français Michel Tournier a publié son roman Le roi des aulnes. Ce roman a été adapté à l'écran en 1995 par Volker Schlöndorff sous le titre Le Roi des aulnes (The Ogre - Der Unhold).
  • Dans son roman paru en 2002 Tod eines Kritikers, Martin Walser appelle le personnage principal André Ehrl-König.
  • Le titre du roman historique « Das Erlkönig-Manöver » (2007) de Robert Löhr fait allusion à Napoléon.
  • Andrew Birkin, dans son adaptation au cinéma en tant que scénariste et réalisateur, de "Brûlant Secret", nouvelle de Stefan Zweig , a utilisé un extrait du poème récité en voix off.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. mapageweb.umontreal.ca/lafleche/ma/goethe
  2. (de)Rüdiger Lautmann: Das Szenario der modellierten Pädophilie
  3. (de)Luise Reddemann: Zwischen Schlaf- und Wachzuständen: Von Elben, Druiden, Nachtmaren, Kobolden und anderen Ungeheuerlichkeiten: Alpträume. Vortrag, 21. April 2005, im Rahmen der 55. Lindauer Psychotherapiewochen 2005. page 12 et suivantes (PDF; 66 kB)
  4. « Retiens-les »
  5. Text (PDF; 251 kB)