Egmont (Goethe)

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Egmont est une pièce de théâtre de Johann Wolfgang von Goethe écrite en 1788. Sa dramaturgie est largement inspirée des tragédies de Shakespeare. Le personnage d’Egmont est celui d’un homme qui a foi en la bonté. À ce titre il est dans la ligne du mouvement Sturm und Drang (Tempête et élan, en français). C'est également un manifeste politique pour la justice et la liberté face à l’oppression d’un despote.

Argument[modifier | modifier le code]

Dans son Egmont, Goethe décrit le combat du Comte d’Egmont (1522-1568) contre le Duc d’Albe. Egmont est un guerrier flamand qui se bat contre le despotique duc d’Albe, représentant l’envahisseur espagnol. Egmont est arrêté, emprisonné et abandonné par la Régente et par son peuple en proie à une grande lâcheté. Malgré les efforts de sa maîtresse, il est condamné à mort. De désespoir, celle-ci met fin à ses jours. La pièce finit par un dernier appel à l’indépendance du héros. Sa mort en martyr apparaît alors comme une victoire contre l’oppression.

Genèse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Cette pièce n’est pas sortie d’un jet de la plume de Goethe. Dès l’âge de 26 ans (en 1775), pour se distraire d’un chagrin d’amour, il avait esquissé la pièce et écrit la scène principale. C’est en 1782 qu’il envoya l’ébauche à Justus Moeser en le priant de lui donner son jugement sur l’ouvrage[1]. Peu satisfait, il laissa de côté le manuscrit jusqu'en 1787, date à laquelle il publia une édition complète de ses œuvres. En quatre semaines de travail, seuls quelques changements furent opérés sur le texte de 1782. Il écrivait ainsi deux mois plus tard à un ami :

« Je suis bien aise de l’accueil que l’on fait à mon Egmont : j’espère que l’ouvrage ne perdra rien à une seconde lecture, car je sais ce que j’y ai mis et sais aussi qu’il n’est pas possible de le découvrir à première vue. C’est une tâche d’une difficulté inexprimable, que je n’aurais pu mener à bonne fin sans une indépendance absolue de vie et d’esprit. Qu’on se représente ce que signifient ces mots : reprendre un ouvrage qui a été écrit douze ans plus tôt et l’achever sans le remanier de fond en comble. Au nombre des parties de l’histoire universelle que j’avais étudiée avec quelques soins, se trouvaient les événements qui ont rendu si célèbre les Pays-Bas. J’avais étudié consciencieusement les sources et cherché, de mon mieux, à m’instruire directement et à me faire de tout une image vivante. Les situations m’avaient paru dramatiques au plus haut point, et comme figure principale, autour de laquelle les autres étaient susceptibles de se grouper de la manière la plus heureuse, le compte Egmont m’avait frappé : sa grandeur humaine et chevaleresque me plaisait par-dessus tout.

Mais, pour mon dessein, je dus transformer le caractère de mon héros et lui attribuer des qualités qui conviennent mieux à un jeune homme qu’à un homme d’âge mûr, à un célibataire qu’à un père de famille, à un personnage indépendant qu’à celui qui, avec le plus grand amour de la liberté, est entravé par les multiples nécessités de sa situation. […] Le courage personnel qui caractérise notre héros est la base même sur laquelle répond toute son existence. […] Il ne connaît aucun danger, il s’aveugle sur le plus grand qui s’approche de lui. […] Voila sans doute ce qui a assuré à cette pièce, sinon, au début, du moins plus tard et au bon moment, la faveur dont elle jouit encore. »

Critique[modifier | modifier le code]

Egmont n'est pas une victime de la fatalité, ni intérieure, ni extérieure. Si Goethe avait voulu faire une pièce sur la fatalité, il aurait bien raté son objectif[1].

La langue est pleine d’originalité et de verdeur dans les premières scènes, se rapprochant davantage du style idéalisant d’Iphigénie et de Tasso à partir du 3e acte. Goethe abuse un peu des termes français. Moins originale que Goetz de Berlichingen, inférieure à Iphigénie et à Torquoto Tasso, la tragédie Egmont – qui n’a rien de tragique – ‘est une œuvre gracieuse et touchante. L’intérêt en est soutenu, et, par ses qualités comme par ses défauts, elle est plus abordable que les chefs-d’œuvre dramatiques de Goethe.

Mise en musique[modifier | modifier le code]

En lisant la pièce, Beethoven fut saisi d’une grande envie d’écrire une musique inspirée de ce thème de liberté. Le 8 août 1809, il écrit à ses éditeurs Breitkopf et Härtel son désir de mettre Egmont en musique. Il leur demande à cette occasion une édition des œuvres complètes de Goethe. D’après le musicologue Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, son contemporain, « Beethoven était entre les musiciens le seul capable de saisir l’essence profonde de cette œuvre à la fois délicate et forte »[2].

Article détaillé : Egmont (Beethoven).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67694q/f12.image
  2. Massin J. & Massin B. (1967). Ludwig wan Beethoven. Ed. Fayard. p. 669.