Traité des couleurs

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Aquarelle originale de Goethe (1809), Musée Goethe de Frankfort.

Le Traité des couleurs est un ouvrage de Johann Wolfgang Goethe (1749-1832) publié après vingt ans de recherche sur la couleur (de 1790 à 1823). La majeure partie de l'essai a été éditée de 1808 à 1810, sous le titre Théorie des couleurs (Farbenlehre).

Il expose comment les couleurs sont perçues dans différentes circonstances, privilégiant une approche physiologique. Goethe considère dès l'avant-propos que la théorie de Newton est une « bâtisse ancienne que son architecte élabora dans la précipitation » et que « ses continuateurs » lui ont adjoint des « vestibules » reliant les différentes pièces de l'édifice par un réseau de couloirs incohérents.

Triangles des couleurs[modifier | modifier le code]

Le triangle des couleurs fonde la couleur, Goethe part de l'idée que la couleur est sombre, elle est un obscurcissement de la lumière. Elle est aussi un éclaircissement du noir ; de là, naissent les couleurs primaires : le jaune tout d'abord qui est « tout proche de la lumière » et le bleu qui est « tout proche de l’ombre ». En tant que couleur, elle est de la lumière obscurcie, elle est inséparable du mouvement. Goethe a un mot pour cette dynamique de la couleur c'est « l'intensification » (= obscurcissement). L'intensification du jaune donne le rouge tout comme l'intensification du bleu donne le rouge. Le pourpre est la « fusion ». Le vert naît du mélange du bleu et du jaune. Tout comme le violet naît du mélange du bleu et du rouge, et l'orange de l'amalgame du jaune et du rouge, etc.

Opinion sur la théorie de Goethe[modifier | modifier le code]

Dans son introduction aux œuvres scientifiques de Goethe[1], Rudolf Steiner écrit :

« La physique moderne ne connaît pas la « lumière » au sens de Goethe ; et pas davantage l'« obscurité ». La théorie des couleurs, de ce fait, évolue dans un domaine que n'abordent pas du tout les déterminations conceptuelles des physiciens. La physique ignore simplement les concepts de base de la théorie des couleurs de Goethe. Et par là, elle ne peut en juger de son point de vue. Goethe commence précisément là où la physique s'arrête. »

Gœthe versus Newton et la théorie physique de la couleur[modifier | modifier le code]

La théorie des couleurs de Gœthe est en contradiction avec celle de Newton : selon Newton, la lumière blanche est la superposition de lumières colorées monochromatiques, qui préexistent donc dans la lumière blanche ; et l'arc-en-ciel émanant d'un prisme est dû aux différences de réfringence de chaque longueur d'onde pure lors de la traversée du verre du prisme (réfringence induisant via les lois de la réfraction, une déviation faible pour le rouge, forte pour le bleu). Alors que pour Gœthe c'est la matière même du prisme, milieu « turbide », qui crée la couleur -celle-ci ne préexistant pas. Il faut noter que la théorie de Newton a été largement confirmée par la physique depuis trois siècles ce qui rend celle de Gœthe caduque sur le plan strictement physique.

« La théorie de Goethe de la couleur a, de nombreuses façons, été fructueuse pour les arts, la physiologie et l'esthétique. Cependant la victoire, et par conséquent l'influence sur la recherche du siècle suivant, revient à celle de Newton. »

— Werner Heisenberg, The doctrine of Goethe and Newton in light of modern physics[2].

Gœthe et la théorie de la perception des couleurs[modifier | modifier le code]

La théorie de Gœthe s'intéressant plus à la perception des couleurs qu'au phénomène objectif de la couleur, elle est à comparer avec le modèle moderne de la vision des couleurs basé sur la neurophysiologie (système trichromique : trois types de cônes sensibles majoritairement à une plage de longueurs d'onde chacun).

Influence sur les arts[modifier | modifier le code]

La théorie de Gœthe a été largement diffusée et a influencé des peintres tel que Turner.

Publication[modifier | modifier le code]

Titre allemand : Zur Farbenlehre. Didaktischer Teil (ISBN 978-3423051408).

Volume 116 de la collection Kürshners deutsche Nationalliteratur avec introduction de Rudolf Steiner.

Traduction en français :

  • Le Traité des couleurs, traduction française d'Henriette Bideau, accompagnée de trois essais théoriques de Goethe ; introduction et notes de Rudolf Steiner, Éditions Triades, Paris, 1973, 1975 ; 2e édition augmentée : 1980 ; 3e édition revue : 1983, 1986

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rudolf Steiner, Goethe le Galilée de la science du vivant, Introductions aux œuvres scientifiques de Goethe, traduit de l'allemand par Alain Barbezat, Éditions Novalis, Montesson, 2002, 325 p. (ISBN 2-91011234-9).
  2. Werner Heisenberg, The doctrine of Goethe and Newton in light of modern physics.,1952.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Jacques Le Rider, « La non-réception française de la Théorie des couleurs de Goethe », Revue germanique internationale, no 13,‎ (DOI 10.4000/rgi.781, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]